‹ Histoire des albigeoisChapitre 91 sur 442 · Biogr. de Rud · texte numérisé non relu

Biogr. de Rud

illSiUiUK ALlillikOlS iH

chevalier, brodant anaoureusemeut le canevas idéal da poème de son cœur. L'hisloire ne cache pas son droit sévère sons lesafahesques de la légende. Rndel sortait vaincu de la guerre nationale contre les

Anglais. Il était probablemont proscrit parle vainqueur, ou du moins exilé volontaire par sa cléf.iile patriotique. 11 quitte son donjon féocîal dont les tours dominent le cours de la Gironde, vaste comme le Bosphore, et les côtes vineuses du Médoc. Il voit en passant le comte Ramon V son modèle, et ses collègues les tendres troubadours; à Toulouse Bernard de VentadQur, Arnauld de Marveil à Cârcas- .sonne. Pèlerin d'amour, il s^aventurait pour voir la petite nièce d'Aladals. Il s'embarque à Marseille. La tempôte le pousse vers la Syrie. Le flot le dépose nionrant et naufragé A Tripoli *. Le bruit de son aTuour, de sa navigation orageuse, de sa mort imminente arrivent au cceur de la l'rincesse au nxuit pèlerin. Touchée d'avoir allumé de si loin une îiamme si ardente et si pure, elle se rend auprès du chevo I ier ^.xpirant. £ile dépose un chaste baiser sur le front du martyr ; ce baiser le ranime, il rouvre les yeux, regarde l'objet adoré, et dans cette extase rend le dernier soupir. Interprète de la légende, la vignette du manuscrit de Rudél le représente mou* rant dans les bras de Mélissende. Mélissende Faccepte pour époux et dans son veuvage renonce au monde, s'enferme flans nn cloître; soit de la plage de cette mer dont le tlot avait loulé jusqu';"» ses pieds Tamant de son cœur, soit de la vallcc des suints, près ties

-l. Jof. Hudel. Poésies, Uiugr.. vigncttcr.

cèdres de Salomon où, mystique Salamitej elle i^évapora comme m parfdm Ters le ciel. Lorsque quelques mois après Ramon II, son frère, fut mortellement blessé à la bataille de Tibcriade, il n'est plus parlé de Mélissende. Vivante, elle aurait été comtesse de Tripoli, emiresse du Liban maronite. Elle était donc morte ou refusa de sortir de sa cellule pour un trône; elle fut roulée, comme une feuille desséchée, dans le tourbillon des victoires de Saladin.

Le' naufrage de Rudel devint . célèbre, tous les

troubadours d'Aquitaine et de Palestine le chantèrent, rOri^'înt et l'Occident retentirent des louanges de ce martyr. Les pèlerins armés visitèrent son tombeau. On aimerait à croire que Alélissende repose sous la même pierre. Leurs noms, du moins, à défaut de leurs cendres» sont à jamais unis dans une légende ineffable. Plus d*un siècle et demi après, Pétrarque, dans son triomphe d'amour, rappelle encore le tendre Geoffiroi qui usa de la rame et de la voUé pour trouver la mort

Vers le même temps un trépas non moins douloureux, une tombe encore plus tragique, attirait les pèlerins des Pyrénées orientales. Guilherade Cabestaijj^ était un gentil chevalier et un excellent troubadour de ia plage de Narbonne. 11 s'olirit en qualité de page à un puissant baron, don Ramon de Roussillon. Son maître le plaça comme damoiseau auprès de sa femme, doua Sermonda de Tarascon, prisée pour sa courtoisie et sa beauté. Sermonda

Page 1