EXIL DE «ODWIN ET DE SES FILS
Il eD rësoha un traité : on négocia une trêve. Le roi elles witans convinrent que Ton. se donnerait réciproquement des otages , et que Tautomne suivant une assemblée de législature réglerait les différens.
Ce witenagemot fut en effet tenu; mais Tintervalle de tems qui s'était écoulé avait été très- 1051. défavorable à Godwin. Ses troupes s'étaient 1^52. débandées , et un grand nombre de. ses partisans Pavaient abandonné. Le roi s'était au contraire occupé avec activité à lever les forces dont il pouvait disposer, dans celles des contrées voisines de là Tamise qui étaient alors soumises à son pouvoir ; et quand tes witans s'assemblèrent , la première mesure qu'ils prirent ^ fut de proscrire Sweyne. Cétait un arrêt très-rigoureux. Un proscrit y disait-on , portait une tête de loup, c'est-à-dire qu'il était déclaré Tennemi de la société , comme cet animal sauvage ; chacun pouvait le tuer avec impunité, et c'était en conséquence une sentence de mort . que i'on avait virtuellement passée contre l'earl. Godwin et.Harold furent sommés de comparaître, afin de se justicier des faits à leur charge ; mais se défiant de leurs ennemis , ils demandèrent des garanties pour pouvoir aller et repartir
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en surelë. Leurs condilions ne forent point acceptées, et ce refus laisse planer quelques soupçons sur le roi. Le vent de la faveur avait tourné , et les adversaires de Godwia étaient bien résolus à profiter de leurs avantages jusqu'au bout. La peine du bannissement fut prononcée contre Godwin et Harold , qui reçurent l'ordre de quitter l'Angleterre dans l'espace de cinq jours. Il n'y avait point d'appel ; leur puissance avait si rapidement décliné , qu'ils se trouvèrent privés de tout moyen de résistance. Godwin et ses fils, si récemment les bien-aimés du roi, étaient devenus des exilés; r> on eut cru entendre annoncer un prodige , n selon les paroles de la chronique saxonne ^ si » auparavant, quelqu'un avait dit que les choses » en viendraient là. » Le vieux earl et son fils Sweyne s'embarquèrent pour la Flandre, oà régnait l'earl Baldwin , emmenant avec eux un vaisseau chargé de trésors, pour acheter l'ho^i-* talité des Flamands. Harold passa en Irlande; on lui accorda comme une grâce la permission de rester dans ce pays, sous la protection du roi. Ce fait est digne d'être remarqué , parce qu'il sem- Me impliquer que Harold n'était pas considécé comme sorti des domaines du roi, et qu'en
consëquence , lee^cdtes d'Irlande , en face de TAngleteirre , faisaient partie du royaume d'Edouard. La belle Edithe partagea la disgrâce de sa famille. Le roi son époux ne IVpargna pas. Toutes ses richesses , or , . argent et bijoux , furent saisis par son ordre. On la conduisit ensuite au monastère de Wherwell, dans le Hampshire , où , placée sous la garde de Tabbesse , steur d'Édoual'd , elle fut tenue dans une triste captivité.
On pourrait s'étonner qu'Edouard , si doux et si patient , se soit porté à des actes de cette dureté ou même de cette tyrannie ; mais il était aussi d'un caractère craintif , et personne n'est plus enclin à l'oppression qu'un homme timide, excité par la vengeance ou l'appréhension du danger. Dans les commencemens du règne , God win et sa famille virent qu'ils avaient réussi à circonvenir enti^ment le roi. Ils abusèrent de leur pouvoir ouvertement et sans ménagement , et ce fut sans doute par les traits acérés de leurs discours, autant que par toute autre cause, qu'ils s'aliénèrent l'affection d'Edouard. L'insulte est la plus douloureuse des blessures. Les événemens qui suivirent montrent aussi qu'Edouard craignait leur influence. Son ma^
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riage n^avait rien fait pour son bonheur oa sa sécurité ; Edilhe-la-Belle méritait cette ^îtbète , elle était en effet. d*une grande beauté, et les moines dans leurs chroniques , selon leur style ordinaire , comparent la fille de Godwin à la rose qui s^élève au milieu des épines ; mais elle donna matière à de fâcheux soupçons et fut peut-être infidèle , selon Tinsinaation de quelques historiens.. Edouard vit en elle une ennemie* Il ne Paima jamais non plus comme épouse, et n'eut d'elle aucun enfant. Si à tous les motifs qui contribuèrent à irriter le monargue , BOUS ajoutons Tinfluence exercée par les earls du nord dans la tumultueuse assemblée . des nobles anglo-saxons, nous aurons V explication des anomalies que semblèrent présenter les actions du Confesseur.
Robert , duc de Normandie , avait été remplacé par Guillaume, son fils naturel. Plusieurs 1051. écrivains ont dit que Herleve ou Harlotte , mère de ce prince , était la fille d'un corroyeur de Falaise ; d'autres rapportent que Fulbert, chambellan du duc , était le père de cette concubine, et les Anglais ont même voulu croire qu elle était petite-fille de Cdte-de-Fer. Guillaume, après avoir rencontré beaucoup de difficultés ,
était parvenu à s'établir solidement dans le duché. C'était un prince rempli de finesse et d'énergie ; il traversa la mer , et vint , avec une suite riche et nombreuse de Normands faire une visite à son bon .cousin Edouard , roi d'Angleterre. Ils étaient réellement cousins , car, si Ton se le rappelle , Emma , mère d'Edouard , était la propre sœur de Robert, père de Guillaume , et quand même la parenté eût été moins rapprochée , elle aurait encore pu fournir un prétexte à cette civilité. La prospérité agit comme un télescope sur les parens éloignés ; elle donne souvent le moyen de les voir de plus près , et neustcroyons pouvoir supposer, sans trop d'injustice , que Guillaume , jeune ^ ambitieux et entreprenant , ne fit pas ce voyage uniquement par affection pour sa vieille tante et pour son cousin. Commençait-il à former des plans pour rinvasion de l'Angleterre!^ Concevait-il la possibilité de placer un jour sur sa tête la couronne de son parent? De nos jours, il est fort ordinaire de -voir toutes sortes de personnages se mettre à écrire leurs mémoires, dans lesquels, avec beaucoup d'exactitude et d'ingénuité, ils vous disent tout ce qui concerne leurs actions et leurs pensées , ou du moins tout ce qu'ils veu-
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lent vous faire crcnré; mab dans le XI*. siècle, de tels à parie n'ëtaient pas si commims. Guîllaume-le-Gonquërant n'écrivit jamais sa bio* graphie , et ne laissa point entendre à quelqiK ami bienveillant qu^il ne s'opposerait point à ce que ses opinions fussent rapportées pour raino* cément et Tinstruction du inonde. Il ne reste rien non plus de sa cartespondance , je ne puis donc dire ce qu^il pensa ; mais je puis dire ce qu'il tnif et Ton seta peut-être soi-même en état de juger ensuite des sentimens qui agitaient le cœur du guerrier normand.
Le roi Edouard était environné de Français et d'autres étrangers , qui remplissaient sa coiu- «t s'étaient répandus en Angleterre. Plusieurs des châteaux et des forts du ro^ume, qui avaient le plus d^importance , notamment ceux des firoQtières galloises , étaient occupés par des garnisons françaises et normandes , sous le commandement de chefs de leur nation. On trouvaût dans les grandes villes un nombre considérable de Français qui , s'y étant établis , jouissaient de ce que nous pourrions appeler maintenant le droit de bourgeoisie , vivant dans àes maisons dont ils étaient propriétaires et payant leur quote-part des charges puUtques comme tes
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bourgeois anglais. Le pays semblait s^ofi&ir de hii-méme auxallaques d'un ennemi ; les grandes TÎHes ^ à peu d'exceptions prèâ ^ étaient soit tout ouvertes', soit fortifiées seulement par des estacades et des levées de terre, ou peut-être enfin par quelque muraille romaine en ruine , et les Anglais , quoique très**braves » étaient bien inférieurs aux nations continentales dans Tart "de la guerre. Us avaient d'ailleurs un défaut plus funeste à des soldats que la privation d'armes ofiBensives et défensives» Robuste , musculeux et d'une santé florissante , l' Anglb-Saxon , lors*- 4]u'il était âobre,. pouvait combattre avec avantage tooit adversaire venu des rives de la Seine .ou de la Loire; mais les anciens Anglais étaient honteusement livrés à la débauche , et le vin énerve le bras le plus vigoureux. Les moines . chroniqueurs prétendent , comme on l'a dq)àt vu, que ce vice nous fut communiqué par les Danois ; c'est une faible excuse , et il est à regretter, pour l'honneur des Anglais, que l'intempérance continue, c(Hnme elle Iç fait, de souiller notre caractère national.
L'empire était troublé par des factions. Les membres 4'une famille puissante , dont la conduite avait excité les soupçons du souverain,
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s^ëtaieni vus prives de leurs possessions , miîs cette spoliation n'en était pas moins contraire aux lois de Tëquitë , de sorte qu'ils eurent, eux et leurs adhërens, un double motif d'hostilitë ; d'abord la désaffection , ensuite le sentiment de l'injustice qui leur avait été faite.
Edouard avançait en âge , sans enfans et sans espérance d'en avoir. A sa mort , la ligne royale de Cerdic ne pouvait plus être représentée que par Edouard7«-Pro^cr// , seul (ils vivant d'Edmond-Cdte-de-Fer, et qui- était alors fugitif dans un royaume lointain , au fond de la Hongne. Il semblait à peine possible que ce prince, devenu si étranger à l'Angleterre , pilt faire valoir ses droits a la succession ; le trône , lorsqu'Édouard aurait cessé de vivre , pouvait en conséqence être usurpé par celui qui, au moyen de la force ou de l'intrigue , obtiendrait l'appui de partisans puissans ou l'assentiment de la législature.
Tel était Tétat des affaires lorsque Guillaume, duc de Normandie , surnommé depuis le Conquérant , vint en Angleterre. Il ne reste aucun document certain sur ce qui fut dit ou fait , et je ne puis rapporter la conversation du roi Edouaitl et de son cousin, comme si je l'avais entendue