LE PAPE SOUTIENT GUILLAUME
rAngleterre , quand elle serait conquise ; fut tenue comtne fief de Saiûl-Pierre. Dans cette circonstÀnce , Sa Sainteté prit sur elle-même d^employer des formes judiciaires , en convoquant uii consistoire. U s'y trouva de l'opposition y mais la mesure fut adoptée. Hildebrand , archidiacre de l'église de Rome , qui devint ensuite le célèbre pape Grégoire VII, contribua beaucoup à faire prendre cette décision.
En .signe visible de sa protection ^ le pape * retnit à Guillaume le gonfanon , bannière consacrée de Sâint-Pier're , ainsi qu'une bague précieuse dans laquelle était renfermée une* relique dti chef des apôtres. Rien n'était plus futile que le prétexte de venger, par cette guerre , l'archevêque Robert et ses compagnons , ou de punilr le massacre des Danois ; et la sanction que le pape y donna , fut en elle-même une attaque à l'autorité temporelle. Cependant, le vernis de justice dont Guillaume s'efforça de se couvrir, montre de la déférence pour Topinion publique ; le duc prenait a tâche de prouver qu'il n'était point mû par l'avarice ou l'ambition , et qu*en supposant que lie testanient d'Edouard piit être controversé, son entreprise était du moins justi* fiée par la conscience et par l'honneur.
476 PABOLE8 DE GDILLAUME A UN ESPION .
Qtio iqu'il existât peu de commuaications régulières entre T Angleterre et le continent , il était impossible que des préparatifs aussi considérables que ceux de Guillaume échappassent à la connaissance de Harold , qui commença aussitôt à pourvoir à sa défense. Il rassembla ses forces à Sandwich, et prit ensuite position dans Tile de Wight , où il resta tout Tété et une partie de Fautorane* La flotte qu^il avilit pu se procurer gardait la côte , et son armée de terre campait sur le rivage. Pendant ce tems , il envoya un espion chargé de recueillir des rénseignemens détaillés sur la consistance des troupes normandes. Cet agent fut découvert et mené devant Guillaume , qui le reçut sans dureté y sans affecter avec lui aucun mystère , et qui le renvop sans lui faire éprouver le moindre mal. Le duc se contenta de . lui dire que Harold n'avait pas besoin de se donner tant de peine, ni de faire, de la dépense pour s^informer des forces normandes , parce qu'il les verrait de ses propres yeux et les éprouverait avant la fin de Tannée.
On a excessivement varié sur le nombre de vaisseaux dont se composait la flotte de Guillaume ; Wace, qui nous a transmis tant de dé-
LA FLOTTE NCBMAN'OTÎ. 4^7
tails par sa chronique en vers, l-apporte avoir souvent entendu dire à son père que ce nombre s^ëlevait à six cent quatre-vingt-seize ; mais qu'au tems où il écrivait , on le faisait monter à plus de trois mille. Ce dernier calcul comprenait probablement jusqu'aux plus petites barques ; quoi qu'il en soit , cette flotte était la plus considérable que l'on eût encore vue. Le vaisseau de Guillaume , qui lui avait été donné par sa femme Matbilde , se distinguait parmi tous les autres : la nuit y par le fanal qui brillait au haut du mât, et le jour, par ses somptueux omemens. Lès vents gojiflaient ses voiles cramoisies , ses girouettes dorées resplendissaient au soleil, et Ton voyait à la proue l'effigie d'un enfant, qui, armé d'un arc et d'une flèche , paraissait prêt à lancer son trait contre la terre ennemie.
Le rassemblement de la flotte à l'embouchure de la Dive avait été retardé par' des vents contraires et d'autres accidens. Les vaisseaux gagnèrent la Somme , mais les vents continuèrent de s'opposer à la traversée. Les reliques de Saint- Valery furent tirées de leur châsse. La veille du 5^ septembre jour consacré à Saint-Michel , patron de la Nor- 1066. mandie , une brise favorable s*éleva , et la flotte s'avança sur les eaux. Le défaut de provisions