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DEBARQUEMENT DES NORMANDS

léger ; chacun d'eux lenait à la liiain son arc déjà tendu pour le combat, et à son côté pendait le carquois rempli de ces longues flèches ' qui par la suite devinrent Tarme favorite et nationale dès officiers de la garde royale anglaise.

Les archers s'élancent hors des vaisseaux , se dispersent sur le rivage et forment des posées avancés, afin de protéger, s'il est nécessaire, lea troupes pesamment armées <|ui vont opérer leur débarquement. On aperçoit alors les chevaliers qui descendent sur les planches, lentemen t et avec précaution , chacun avec son haubert, le casque lacé , le bouclier fortifié par de brillantes lames de fer, attaché à soti cou , et son épée portée par nn écuyer servant. Cette multitude, aux armures étincelantes , couvre le rivage dans un apparent désordre; mais en peu d'instans chaque guerrier est monté sur son coursier. Les éten-* dards sont levés , les cavaliers se forment en escadrons , et ils s'avancent sur cette tf rre dont ils se considèrent déjà comme les maîtres.

Les barques versèrept ainsi tour-à-tour ^ sur

■ ii j a dans le texte : CloA-j^ard shafts. Cest une ancienne locution qui signifie : Des traits Fongs d^an yard. Le jard'est à peu près de la longueur du mètre et sert à mesurer les ëtofTes. (N.du T.)

48o DÉBARQUEMENT DES NORMANDS.

le bord de la mer les soldats de nations diverses rassemblés sous la bannière de Guillaume; enfin, arrivèrent les pionniers, avec leurs haches affilées, bien préparés, de leur côté, à seconder Tarmée qu'ils accompagnaient.

Le chef distingua aussitôt , d'un coup-d'œî! rapide et sûr, le terrain sur lequel il devait établir ses retranchemens. Les solives, les palissades et autres matériaux , furent tirés des vaisseaux de bagages, et traînés jusqu'à la position indiquée. On commença l*ouvrage avec autant d'ardeur que d'adresse , et le thané vit clairement qu'avant la chute du jour, les Normands seraient à l'abri de toute surprise. D n'attendit pas davantage et résolut d'aller Sur-le-cKamp instruire Harold de cette mauvaise nouvelle. H dirigea son cheval vers le nord , et , courant nuit et jour, il ne s'arrêta que quand il eut atteint la ville d'York. Arrivé au palais de Harold , il se précipite dai^s'la grande salle, et le trouve dans les réjouissances d'un banquet triomphal , les mains fumantes encore du sang d*un frère.

Ainsi que je l'ai fait observer , les historiens nous apprennent que, dans plusieurs parties de l'Angleterre, l'avènement de Harold rencontra de

l'autorité de harold contestée. 4^i

Topposition. RIeD ne prouve que soil autorite ait été formellement et lëg^ement reconnuedans la Mercîe , et il est certain que dans la Northumbriç elle fut entièrement repoussëe. Les. états anglo-saxons avaient commencé à se confédérer, mais il n'y avait point entr^eux d'union., législative et encore moins d'union de sentimens, A chaque révolution , les trois royaumesdominans de. Wessex, de Mercie et de Mortr humbrie avaient procédé en communautés distinctes , qui n^ étaient pa& nécessairement liée»^ par . les résolutions de;s autres. Si les prélats y les earls , les aldermen et les thanes^ du Wessex et de TEstanglie ont consenti à ce que Harold montât sur le trône ^ leur décision n^a pu être obligatoire pour lès autres états ; mais le eourt intervalle qui s'écoula entre la mort d'I^douard et rinvestiture d^ Harold empêche même de supposer que leur consentement ait seuLejnent été demandé.

U .parait que le premier soin de Harold fut de s'appUquer à s^assurer l'amitié de la famille de- Léofric , dont la rivalité pouvait être ds^ngereuse. Le comté d'Sdwin comprenait une* grande partie de la Mercie ; Morcar gouvernait la Northun»brie j et en épousant leur sœur Âlgithe , veuve d^ Griffith y dernier roi du pays de Galles , Harold

Si

48a INIMITli DE TOSTIG ET DE BAKOU».

croyait se ménager an secours puissant contre les Normands. Cependant, on peut douter qu^3 ait recueilli de cette alliance Tayantage qu^il en attendait. Harold donna sa main à la reine dcMiairière du pays de Galles , à celle dont il a^ait fait pëcir Tëpoux; mais ses affections étaient placées sur Edithe , surnommée Col-de-Cygne , à cause de sa beauté, et Texistence de cet attachement détruit toute idée d^union réelîe entre Harold et la princesse quUl avait épousée. L*influence politique de ses beaux-frères n'était pas non plus de nature à Taider beaucoup. Edwin ne possédait aucun moyen de forcer les thanes de la Merde à la soumission .envers Harold , il n'avait que celui de la persuasion. La population dela^orthumbrie, difficile à maîtriser, refusait d** obéir, et elle était prête à trouver 'quelque prétexte pour se révolter ouvertement contre un roi qu'elle avait jusque-là refusé de reconnaître ; d'un autre côté , le plus prpche parent de Harold se préparait à combattre son autorité.

Depuis la plus tendre jeunesse, et même depuis Tenfance , un amer sentiment de jalousie avait existé entre Tostig et son frère Harold. Lorsque Tostig , qui s'était réfugié en Flandre, après son expulsion de la Northumbrie, apprit

INVASION DS HAEPAGER. ^Si

que son frère était parvenu au pouvoir suprême , îi résolut de chercher à le supplanter , on du moins à le faire tomber du trône. Il commença par comploter avec Guillaume , qui lui donna quelques troupes pour tenter Pinvasion de TAn-^ gleterre. Ainsi soutenu par Tëtranger, Tostîg désola l'île de Wight et tes environs de Satid-^ wich , et c^étarit afin dé.rep<iti»ser ceit^ irrup-^ tion que les forces de Harbld s^éf ^ent portées , comme je Tai dit , sitr tes rivages du midi.Tbstig évita le combat ; mais , forçant une partie des ma-' rins de Sandmch d'entrer k son service , et ga-<> ^ant les autres , il fit voile vero les côtes dte Lincohishire ^ qu'il ravagea.

Edwin et Morcar^ en s'avançant rapidemeùt^ forcèrent Tostig de retarder Vexécution de sei^ pi^jets» U prit sa route vers le not*d' et se retira près de Makolm , roi d'Éc^é ^ dail» les ëtats duquel il resta jusque vers ta fin àe Pété, époque à la(pieUe la .flotte de Harfàger, roi de Nor-^ wége t parut tout«à^coup sur les eaux de la Tyxie. Il est à pjeu près certain queTôstigfut l'instigateur de celle invasion. Les historiens normands et norwégiens nous informent qu'il s'adressa d'abord à Sweyne de Danemark ; qu'il alla'ensuite en Norvège; qu^il entraîna Harfa-

484 INVASION DE HàRPAGEft.

ger dans cette entreprise , et qu'ayant ëtë rejomt par celui-ci en Ecosse , il se fit le vassal du roi norwëgien.

La flotte était formidable; la moitié de la population norwégienne , en état de porter les armes , composait celte armée navale , qui avait traversé l'océan sur cinq cents vaisseaux de la plus grande dimension. La flotte toucha d'abord zxKS. îles Shetland , et ensuite aux Orcades , oà elle reçut des renforts. Harfager suivit alors ies côtes jusqu^à ce qu'il fût arrivé en vue de Cleveland ^ où il prit terre et força les habitans de se soumettre à lui. Scarborough ^ après une défense opiniâtre , mais inutile , fut de même contraint de céder ; et Harfiaiger, après avoir effeçjlué cette occupation partielle du pays, paraît s'être de nouveau dirigé vers le nord et avoir opéré la jonction de sa flotte avec celle de Tostig sur la Tyne. Les flottes combinées entrèrent alors dans THumber, et débarquèrent leurs forces à Riccall y à peu de distance de la ville d^York.

Harfager déploya sa bannière appelée lan^

dejrda, c^est-à-dire la désolation du pa^s. Ijcs

ftoÀt amis de Tostig et ses partisans accoururent avec

1066. ardeur et se joignirent au prince norwégien ,

augmentant ainsi le nombre de sts soldats et la

VICTOIRE DE HARPAOER.- 4^5

confiance de son armëe. Edwin et Morcar sortirent d^York avec toutes les troupes qu'ils araient pu se procurer; mais, après un combat meurtrier, ils furent mis en déroute , et avec une j^oteptemb telle confusion, qu'il y eut plus d'hommes noyës 1066. dans la rivière que tués sur le champ de bataille. Un grand nombre de thanes des districts voi« sins se soumirent à Harfager; ceux qui ne le firent pas prirent la fuite , de sorte que toute la contrée tomba en son pouvoir, et les citoyens d'York , soit qu'ils fussent disposés à se rencbre, soit qu'ils n'eussent aucun espoir dans la résis-* tance, ouvrirent leurs portes au conquérant norwégien. Harfager se mit en devoir d'établir son autorité selon les formes de la constitution. U tint une cour au dehors des murs de la ville , où il convoqua tous les habitans qui rendirent hommage au vainqueur. En outre , Harfager proclama p(Ux entière à tous ceux qui le suivraient dans le midi de Pile et qui l'aideraient à s'en rendre maître. Ce procédé fait voir quels étaient les plans de Harfager et de Tostig. Ils cherchaient moins à posséder militairement la Northumbrie , qu'à se créer une domination légale siu* la Bretagne anglo-saxonne.

Aussitôt que Harold apprit le débarquement

486 BATAIU^ f»E nAMVQft» BBIBGE.

SSieptoDbre ^ Har£ftger et de Tostig, il raUia ses forces et 1066. Biarcha en tonte hâte vers le théâtre de la guerre, Ott il arriva quatre ou dnq jours après la reddition dlTdrk. Harold essaya de détacher Tostig des întépéts de son allié , en kd faisant ofirir )e comté de Northumbrie. Tostîg demanda aa thane qui lui avait apporté ce message , ai Harfager recevrait aossi des terres? u II hii en serai a donné sept pieds pour une tombe , » répondit le thane. « Remontez à cheval , » s*écria Tostig avec un eourage -digne d*une meilleure eouse , « et coûtas annoncer au rot Harold qu'il 1 peut ceindre son épée^ il ne sera point dit en » Norwége que Tearl Tostig ait abandonne » Harfager , Ms dé Sigurd , pour passer du o&lé n 4e ses ennemis. •

Harfager avait assis son camp à Stamford Bridge, connu long-tems après sous le nom de 7 octobre Pàns BtlH OU Pont de la Bataille. Les rangs serrés 1066. 4es Norwégiena , hérissés de lances et ibnmant ce qu'ils appelaient sAiold-borg, cVst-à-dnre nne for<* teresse de boucliers , ne purent être rompus par les Anglais , qui furent obligés de battve en retraite. Les Nonvégiens sMmaginant que leurs adversaires étaient sur le point de iuir, cessèrent d* eux-mêmes de se tenir en masse pour se mettre

HAftPAGER EST DEFAIT. 4^7

à leur poursuite; alors les Anglais les entourèrent et les attaquèrent vivement. Harfager frappait autour de lui comme s'il eût été atteint de frénésie ; il n'y avait ni bouclier^ ni haubert qui résistassent à ses coups, mais une flèche Tayaut renverse , le combat se ralentit un instant Tostig saisit Ja bannière et prit le commandement. Harold lui envoya un hërault pour lui offrir la paix ainsi qu'au reste desNorwégiens; mais ils répondirent d'une commune voix qu'il ne voulaient point de quartier. Le cri de guerre s'éleva de rechef, et dans ce nouveau choc, Tostig suc-' coroba. La landeyda, la bannière fatale, fut alors enlevée par un guerrier nommé Eysteynn Orri», et ce fut le signal d'un troisième massacre. Les hommes du nord combattaient avec la rage du désespoir ; ils ne prenaient plus le soin de se couvrir de leurs boucliers, ils n'avaient d^autre but que de donner ou de recevoir ^un coup mortel. Un grand nombre d'Anglais périrent dans cetle lutte , mais ils demeurèrent maîtres dutenrain. La bataille , qui se prolongea fort avant dans la soirée , ne se termina que par la iDQort de presque tous les Norwégiens ; les monceaux d'osseraens restés sans sépulture et blanchis par la pluie , rappelèrent long-tems au

488 «AlOLD MAECHE CONTRE GUIkLADMC.

voyageur le souvenir de cette funeste journée \ Ce fut le lendemain de la bataille , dans la matinée, que le thane de Susses se présenta devant Harold , et lui apprit Tarrivée de son plus terrible ennemi. Harold se mit immédiatement en marche pour le midi , et fit halte à Londres pour ses préparatifs d'attaque. Une grande partie de son armée était détruite. De nouveaux soldats en petit nombre , le rejoignirent soit comme volontaires , soit en vertu de leurs fieis ou de leurs redevances, £dwin et Morcar se tenaient éloignés et ne soutenaient point leur beau-frère ; sa femme Algithe s'était de même séparée de lui^ l'abandonnant à 52 destinée. Le danger que courait Harold se mamCesl^ d'ailleurs trop clairement par la composition même de son armée , dont les rangs n* étaient qu'imparfaitement remplis, et par des soldats mercenaires , qui ne le servaient que pour leur paie. Il n'avait pu trouver des hommes qu'au sud de PHumber, les contrées situées au nord de cette rivière ne lui en avaient pas fourni u^ seul. Githa , sa mère , triste et pleurant la

' Ces ossemens se voyaient encore sur le champ de bataille cîn-n puante ans après Pcv^nement. {N.duT,)

OBflTINATlOer J>£ RAKOLD. 4^

perte de son fils Tostig, fit tous ses efforts pour dissuader Harold du dessein de livrer bataille à Guillaume ; ses autres parens et ses amis se joignirent à elle , et le supplièrent aussi d'y renoncer» particulièrement Gurth, earl de Suffolk et frère de Harold , renommé par ses vertus et ses grandes qualités. Gurth lui fit remarquer que ses troupes étaient épuisées de fatigue, que les Normands étaient reposés et remplis de confiance', et que d^ailleurs la viola-* tion de son serment pèserait sur son ame au jour du combat. L'earl de Sufïblk représenta de plus que n'étant enchaîné par aucune obligation de ce genre, il pouvait, lui, se mettre à la tétc des troupes , et il en sollicita la permission de Harold , dans le cas où celui-ci voudrait abso-* lument les envoyer contre Guillaume. Il paraît que le serment de Harold n'était envisagé que comme un lien personnel, qui ne Tenipéchait pas de consentir que d'autres se livrassent aux hostilités ; mais l'infortuné était sous l'intluence de cette détermination obstinée qu'au-* cun conseil n'ébranle, et qui conduit un coupable à sa perte. Il persista et fit toutes ses dispositions pour aller à la rencontre de son ennemi.

Il y avait à Waltham , près de Londres , un

49^ ABBATS Ml WALTHAM.

monastère fondé pour des chanoines régu&en de Tordre de saint Augustin, et où se trouvait un crucifix auquel on attribuait des £aculfés miraculeuses. Harold avait richement dote cette ^itbbaye, et, avant de partir, il alla (aire ses oraisons au pied de Tautel. Pendant qu^ii était en prière dans Tobscurité du chœur, on prétend que le crucifix pencha la tête. Ce présage ne fut sans doute qu'une illusion ; mais cela prouve que l'on avait le pressentiment d'un grand malheur. On se trouvait dans une de ces circonstances où l'esprit de l'homme est oppressé par la sombre tristesse que cause un péril imminent. Les moines de Waltbam décidèrent que deux membres do couvent, Osgod et Ailric accompagneraient leur bienfaiteur dan& sa marche. Harold , après avoir mis son armée dans le meilleur état possible , prit le chemin qui conduisait au rivage de Sussex ; il fit halte à Senlae, mietix connu maintenant sous le nomde Baiile ' ; entoura son camp de retranchemens, et planta son étendard rojal sur le lieu où Ton éleva dans la suite le grand autel de l'abbaye.

• Ce nouveau nom donne à Scuhcsif^nificiabataiU^. ( N. tkt T.

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