‹ Histoire des Anglo-SaxonsChapitre 35 sur 124 · SYSTÈME MILITAIRE · texte numérisé non relu

SYSTÈME MILITAIRE

à la plus pënible dëtresse , et qu'il fut obligé de chercher des moyens d'existence dans la ville de Rome , où les talens dont il avait étë doué lui permirent d'acquérir une gloire immortelle. Les gratifications accordées aux soldats qui avaient servi le triumvirat ne furent pas, comme celles que les vétérans recevaient dans les anciens tems , la juste récompense d'un glorieux courage. Acquises par des services rendus pendant les guerres civiles , ces faveurs ne devinrent plus que le prix d'une mauvaise action, et, au lieu d'encourager le peuple à défendre son pays , elles n'eurent plus d'autre effet que d'exciter les soldats à la haine et aux dissentions. Il y a autant de folie que de crime à s'écarter des voies de la justice , et les Romains en ont offert la preuve. On en vint aisément à donner des terres aux barbares, dans l'espoir qu'ils deviendraient ainsi d'utiles alliés de Tempereur. Ce fut une des principales causes de la décadence de l'empire, parce que les provinces se remplirent ainsi d'habicans , qui , opposés à la prospérité de l'état, et ne servant le souverain que par cupidité , ouvrirent le chemin à leurs compatriotes , ennemis implacables du nom romain. Les Romains agirent comme un homme

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qui y dans la crainte des voleurs , paie leur frère pour faire sentinelle à sa porte.

Ces donations se firent d'abord aux dépens d'autres barbares ; mais avant le règne de Dio-' clëtien , les Liuti, c^est-à-dire la nation % nom qu'ils se donnent avec emphase, et que leur donnent aussi les Romains en changeant seulement le mot en celui de Lœti', les Liuii, disons-nous , étaient établis dans toutes les parties de l'empire sur les terres Iceiiques , dont un rescrit de V empereur les avait mis en possession. Deux tribus germaniques , les Quades et les Marcomans ^ furent ainsi recompensées par des concessions de terres dans la Bretagne. Les descendans des Tungriens , qui , appelés en qualité d'alliés par Agricola , firent la guerre aux Calédoniens y devinrent aussi propriétaires d^une partie des déserts qu'ils avaient conquis *. Le mot liuii, ou

* Leod, en anglo-saxon ; dans les autres dialectes , /m/iet leute, multhude , nation ou peuple. Ces mots tirent peut-être leur origine de Xoiof. Hesychius^ donne aux terres publiques le nom de

' L'existence d'une coliortc tungrienne est indiquée par une inscription trouvée près de Castle-Cary.^Pour les preuves générales des explications données ici sur le gouvernement civil et militaire de Rome , )e dois renvoyer le lecteur à Touvrage intitulé : The rUe and progrtss of Ae english cotnmanweaiût ( Origine et progris de la nation anglaise ), London , J. Murray, 1833, in-&«. , chap. x|et xi.

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hUi est purement tudésque. Mais des auxiliaires teutons, on le fit passer à tous les alliés du même genre. CVst la marche ordinaire des langues et ce que nous voyons dans beaucoup de circonstances , comme lorsque nous donnons le nom de hussards , qui originairement signifie Aonffrois, à toute cavalerie légère, montée et armée à la manière des troupes hongroises de cette espèce. Les Lœii furent appelés aussi Gentils ; ce n^est qu'une traduction de leur ancien nom. Plus de quarante de ces légions barbares , quelques unes d^ origine teutonique, d'autres composées de Maures , de Dalmates et de Thraces, dont les ancêtres avaient été transplantés des parties les plus lointaines de Tempire , obtinrent leur domicile dans diverses contrées de notre île ; mais principalement sur les côtes du nord et de Test , et dans le voisinage des murailles romaines.

Le système général de défense , fondé , à peu d'exceptions près , sur le principe de payer le soldat avec des terres , donna lieu par abus à ces donations de terres Istiques. Les Marches , ou pays de frontières , furent ainsi accordées presque exclusivement aux troupes qui les garnissaient, et à des conditions qui ,

DES ROMAUIS. 2^

comme on Ta fort bien reniarqué, coatenaient le germe des tenures féodales. Les vailles , les gorges des montagnes et les bords des grandes rivières limitrophes , étaient cultivés par des laboureurs guerriers , qui ne pouvaient recueillir leurs moissons qu'en s'opposant aux incursions de Tennemi. Ces terres ne pouvaient passer entre les mains de ceux qui n'étaient pas militaires. La propriété descendait du père au fils , et celui-ci , à Tâge de dix-huit ans , devait prendre les armes , et faire partie de la légion à laquelle son père appartenait.

Les soldats des firontières furent donc établis à poste fixe sur les confins du territoire , et il en était de même, ouà-peu-près, pour les légions romaines en station dans l'intérieur de la Bretagne. Après l'affermissement du gouvernement impérial , ces légions ne furent plus changées, ni déplacées, comme le sont encore de tems à autre nos régimens des colonies, mais fixées invariablement dans les divers postes qu'elles occupaient dans l'intérieur de l'île. Le fils du vétéran étak forcé d'embrasser la profession de son père. Le service militaire était une obligation indispensable pour quiconque était de famille militaire. Les hommes de guerre, non seulement formaient

a8 succEssiosf ad pouvom impérial.

dans la nation un ordre particulier , mais cVtait encore une caste dominante , de la Tolonté de laquelle dépendait le pouvoir souverain.

Il'n'y eut peut-être pas dans l'univers, de peuple civilisé ou à demi-K:ivilisé , qui fût aussi complètement que l'empire romain privé de lois ou de règles pour la succession à l'autorité suprém^e. Le succès 'était la seule légitimité. Aurélien , Dace grossier, est proclamé empereur par les légions sur les bords du Danube. Quintilien est appelé par les suffrages des légions de Rome et l'approbation de toute l'Italie ; mais c'est Aurélien qui Temporte , et il est reconnu légitime possesseur du monde romain.

Quand un général s'arrogeait le pouvoir dans une province ou un diocèse , on l'appelait tyran , c'est-à-dire usurpateur. Choisissons un exemple, et nous reconnaîtrons combien peu cette qualification était juste. La Gaule , l'Espagne et la Grande-Bretagne , formant la préfecture des Gaules, furent érigées en un florissant empire par le tyran Posthume, qui avait refusé obéissance à Galien , empereur de Rome. Posthume avait été appelé au gouvernement par la voix et Taffection du peuple, et les légions l'avaient accepté. Le sénat impuissant qui s'assemblait aucapitole,

TTRAN8 PHO VINCI AUX. 2^

fulmina contre ce changement cle gouyernement dans lequel il voyait une rebelHon , mais la cour de Trêves aurait pu avec raison contester à Ga- Hen ses droit3 , lui , qui n'avait joui de sa dignité qu^en faisant languir Yalërien son père dans une dure captivité de neuf atmëes; ou bien, remontant à Valérien lui-même , elle aurait pu, cette cour , méconnaître ses titres, et s'informer par quels moyens les légions de Rhéti% avaient eu assez d'autorité pour Timposer aux diocèses de Test ou aux préfectures de l'occident.

L'histoire d' Avitus , qui , après avoir été salué comme empereur par les légions à Toulouse , fut investi de la pourpre impériale par les hono^ raii d'Arles , nous met à même d'évaluer la part que prenaient les législatures provinciales dans la nomination des tyrans de provinces. Les soldats élisaient l'empereur, et le conseil ratifiait l'élection. Il semble qu'aux yeux de la raison, les souverains stigmatisés comme usurpateurs, avaient de meilleurs titres que ceux dont la légitimité consistait uniquement dans Tacceptation de Rome. Qu'était-ce que le sénat romain? Il portait à la vérité un nom vénérable; mais, dans les patriciens qui tremblaient sur les chaises de Caton et de Cicéron , nous ne trouvons plus que

3o TYRANS PROVINCIAUX.

les nominataires de l'empereur et ses créatures ; tandis que les membres des assemblées provinciales participaient à tous les sentimens, à toutes les opinions de leurs compatriotes , et représentaient virtuellement la richesse et la notabilité du pays. Les empereurs des provinces ne comprirent pas la mission qu'ils avaient à remplir , et nous poi^vons les considérer comme les précurseurs desidynasties baii>ares. Les révolutions que les provinces éprouvèrent sous leur gouverne* ment, donnèrent une impulsion qui fit ensuite surgir de la quatrième grande monarchie des Gentils les royaumes de la chrétienté moderne. D faut en conséquence chercher l'extraction politique des anciens monarques de la Bretagne anglo-saxonne, parmi les souverains qui sont exclus de la série régulière des Césars , et placés à la fin de la page par les chronologistes de Tempire. La Bretagne fut, dit-on, singulièrement fertile en tyrans ; cela signifie que cette riche province fit de violens efforts pour se détacher de Rome et recouvrer son indépendance. Au surphis , rhistoire de ces tems est très-imparfaite. Nos principaux matériaux ne sont puisés que chez h;s faibles et arides écrivains de F histoire d*Auguste , et tout en sachant

CARAUSIUfl. 3l

qoe le premier de ces tyrans bretons fat tuë par son compétiteur Probos , nous ne pouvons pas ^q^ même dire son nom.

Carausius obtint un pouvoir plus durable. Il était d^ origine menapienne. La nation dont il 237. descendait s'était divisée en plusieurs colonies 29^. par ses émigrations. Il s'en forma une dans VStbemie ; on en trouva une autre dans les îles du Rhin ; et la Menapie ou Ménévie de la Bretagne , maintenant Saint-David y semble aussi avoir appartenu à ces tribus. Carausius était né dans la Bretagne , si Ton s'en rapporte à une autorité que nous sommes forcés de A'adopter qu'avec hésitation , attendu que tes écrivains romains IT appellent Venfcmi de la Balavie. Cependant , il est bon de remarquer en faveur de Richard de Cirencester , autorité dont je viens de parler , que la même incertitude règne à Végard d^un grand nombre d'empereurs et de la plupart des tyrans. Les assertions contradictoires des écrivains contemporains sont évidemment moins l'effet de renscignemens erronés que de la difficulté qu'ils ont eue à trouver d^ expressions exactes. Le même individu est peut^ être présenté dans un récit, selon sa rioêion; dans un autre , selon le lieu de sa naissance ; et

ai

'3a CARAUSIUS.

dans un troisième , selon son domicile poliiUfue; prédsémenlde même qu^on peut voir altemadvement clans la personne deNapolëon,un/to/im,un Corse ou un Français. Carausius avait été de trèsbonne heure accoutumé à la mer; peut-être (ut-il d'abord un pirate , et il s^ éleva par sa valeur et ses talens au commandement de la flotte destinée à réprimer les incursions des Francs , des Saxons et d'autres barbares qui désolaient les rivages de la Bretagne et de la Gaule. Dans ce haut emploi, il fut soupçonné de connivence avec l'ennemi ; et comme on présuma quMl allait se soustraire à T autorité de Dioclétien et de Maximien , empereurs qui régnaient en ce tems-là , des ordres furent expédiés de Rome , pour qu'il fût mis à mort Mais il évita le fatal messager ; et les richesses que &^s exploits lui avaient procurées , la réputation qu'il s'était acquise par ses victoires , engagèrent les légions bretonnes, ainsi que leurs auxiliaires , à le proclamer césar et à ceindre sa tête du diadème impérial.

Maximien fit quelques tentatives pour se débarrasser de ce rival; mais elles furent vaines et il n'en recueillit que de la honte. L'empereur de la Bretagne , dont les domaines comprenaient Boulogne et les côtes 'gauloises du

Toisinage , mit en œuvie toos ses moyens pour maintenir sa souYoraineté. 0 construisit des Taisseaux de ^erre , et mit sur pied des forces paissantes , invitant ji le servir les barbares qu'il avait combattus , et qui joignaient alors à leur courage naturel et à leur habileté maritime , la discipline régulière des soldats romains. Lés nombreuses médailles frappées par Carausius sont des témoignages de Téclat de son règne , et les inscriptions qu'elles portent montrent quelle splendeur il ût prendre à son empire insalaire. Maître de la Bretagne , Marcus-Aurélius- VaLérius^Carausius , car il avait emprunté ces grands noms , fut mis au rang de frère de Diodétien et de Maximien. Les flottes de Carausius voguèrent triomphantes , et des colonnes d'Hercule aux bouches du Rhin , son pavillon domina sur les mers. Lorsque Constance fut associé à la pourpre , il résolut de déposséder Carausius de ^es domaines , et , par une entreprise aussi téméraire qu'heureuse , il força de se rendr^ la. flotte britannique en station à Boulogne. Constance fit alors des préparatifs pour envahir la Bretagne; mais, en même tems, des conspira- 9Q&. tions intérieures se formèrent contre Carausius , 5!97. et il fut tué à York par le poignard d'Âlectus,

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