TRAHISON D^HENGIST
nobles Aretons farent massacrés ; Yortigern fut (ait prisonnier^ et les Jutes, après s*étre emparés do Kent, étendirent leur domination sur une grande partie des pays adjaeens.
Ces détails ont été si souvent répétés qu'ils ont acquis, en quelque sorte par prescription , <fes droits à la confiance. Mais je crois qu'ils n^onC pas un rapport plus intime arec l'histoii^é réelle de l'Angleterre anglo-saxonne , que n'en présente l'histoire d'Enée, telle qu'elle est racontée par Virgile , avec Thistoire réelle de la fondation de Rome. Il est tout-à-fait invraisemblable que Vortigern ail appelé vers lui ces implacables ennemis de la Bretagne , « dragons de la Germanie y> , comme les nomment les Bardes , et cela , dans le but de faire la guerre aux Scots et aux Pietés , qui avaient été si récemment leurs alKés , ou ceux de leurs compatriotes. On peut trouver le fondement de cette narration dans les ballades historiques par lesquelles leurs premières entreprises ont été cét^ées Les noms même de ïfengisi et de tiarsa ' ne semblent être que des épithètes
^ HengMt oa hengist signifie un étalon ; horsa ou hross sig^fie un cKevaL Q est cependant nëcessaire de remarquer qu*en danois hors ne veut pas dire précisëment un cheval , mais bien nne jument.
dëiiyées de leur étendard, où l*on voyait un coursier blanc, figure qui paraît encore dans les armoiries du Kent en Angleterre, comme elle existait anciennement sur les boucliers àes vieux Saxons en Germanie '.
En rapprochant rhistoife des Jutes des événemens antérieurs, il paraît beaucoup plus probable que leur arrivée fut le résultat d'une de ces expéditions de pirates qui tourmentèrent si souvent la Bretagne du tems des Romains. On peut croire qu'ils ont en effet reçu du roi 'breton la possession de l'île de Thanet. J*ai déjà fait observer que ce don était de la nature de ceux' que les Romains faisaient aux Iduii, moins comme le prix des services qu'ils comptaient obtenir d'une colonie menaçante ^ que dans l'espoir d'éviter ses hostilités.
Thanet est maintenant séparée des autres parties du Kent par un petit ruisseau, que Ton traverse sur une arche extrêmement étroite. Ce ruisseau était alors un canal de près d'un mille de largeur, et, dans leur île , les Jutes en possession de la mer pouvaient facilement se main-
*0n trouve ici I*origine du cheval blanc des armes de Hanovre- Bnmswick.
tenir contre leurs ennemis, parmi les<{aeb il j avait d'ailleurs de la désunion. Cependant, plusieuAnmées de guerre continuelle sVcoulèrent &57. araâYjijue Canhvara^and, ou le Kent, fut soumis m. à leur pouvoir ; et il paraît qu'Eric, fils d'Hengist, i^88. fut en rëalitë le premier roi de cette contrée , car ce fut lui, et non son père, que Ton honoi*a du titre de fondateur de la dynastie. U fut surnommé j^sc (le Frêne), à cause de la lance dont il s'armait, ou du vaisseau qui l'avait porté sur les flots , et les rois du Kent, ses descendans, s'appelèrent JEscingcis^ c'est-à-dire y!/f du Frêne ^ pendant tout le tems que dura leur dynastie. Lorsque AËsc se fut bien établi dans son riche et fertile royaume , il déposa le glaive : et son fils, ainsi que les fils de celui-ci, vécurent dans une paisible obscurité. Le Kent devint floris- ses. sant sous Etbelbert, quatrième descendant de 616. iEsc ' ; mais , bientôt après , les entreprises de rixaux et de yoisins puissans firent tomber ce ropiume dans la condition d'une principauté dépendante. Aucune partie de notre île n'a été plus long- tems vraiment anglo-saxonne que
■Voye2pa^es76et99.
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5a ÉTABLISSEMENT DES SAXONS.
les Saxons, quoique avec lenteur, gagnèrent constamment du terrain. Les limites de leurs possessions vers le nord ne peuvent être fixées avec certitude ; mais ils avaient conquis la ville de Bedford , et ce fut probablement en conséquence delAr position géographique, par rap- LU. port aux Saxons de Vesi et aux Saxons mi^ toytns, quils reçurent le nom de Saxons de l'ouest. Ils perdirent bientôt le pays.au nord de la Tamise, mais au sud de ce fleuve et delà Seveme, les successeurs de Cerdic , rois du yVessex , continuèrent d'étendre leurs domaines. h^Açon, qui coule dans le Hampshire , et porte encore son ancien nom celtique, qui signifie l'eau, semble d'abord avoir été leur ligne de séparation. Audelà de cette rivière , les princes bretons de Damnonie conservèrent leur pouvoir ; et ce ne fut que loug-tems après, que le pays qui s'étend jusqu'à r£xe devint une frontière saxonne '.
Dans le tems environ que les Saxons, commandés par Cerdic et Cynric , obtenaient des succès contre les Bretons , on vit une autre colonie s'établir sur ce, territoire que sa position géographique avait fait nommer Saxe de l'est ,
* Voye* page 63.
LES ANGUiS. 53
mais .dans lequel était alors comprise une portion du pays des Saxons miioyens, appelé maintenant Middlesex. Londres, comme on le sait, est enclavé dans la Saxe mitoyenne , et les rois d'Essex, ainsi que les autres souverains auxquels le pays fut soumis, eurent indubitablement des droits très-étendus sur cette ville. Cependant, je doute beaucoup que Londres ait jamais été incorporé dans aucun royaume anglo-saxon , et je crois que nous deirons plutôt le considérer comme un petit état faible et tributaire, qui ne pouvait résister aux empiétemens des. seigneurs, suzerains. AEscwin , ou £rcenwine, fut le premier roi des Saxons de l'est. Sleda, son (ils, épousa. 527. Ricola , fille dXthelbert de Kent , lequel devint par la suite prince supérieur ou souverain de tout le pays; car, bien que Sleda fût roi, Ethelbert intervenait dans tous, les actes importans du gouvernement. Tel fut le sort de TEssex ; on l'appelait un royaume, mais le fait est qu'il n'a jamais joui d'aucune indépendance politique, et qu'il fut toujours, au contraire, dans le vasselage des rois qui l'entouraient.
C'est ^nsi que les Jutés et les Saxons s'introduisireiit^dans la Bretagne; vinrent ensuite les Angles , et en si grand nombre , que la^ vieille
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Angleêèrrê se rif preftqu'entièrenient privëe de ses hakitans , et que les parties de pays qa ils envi^irent condnuèrentd'ètre peu peuplées, même jusqu^au tems du rînërable Bede. Les tribus df^à établies dans les contrées voisines n'entrèrent point dans celles-ci, quoiqu'elles continuass^t de fonder des colonies dans beaucoup d'autres parties du monde : et le pays ne fut pas non plus repeuplé par les familles des Angles, que ceux-ci avaient laissées derrière eux. Cette circonstance est digne deremarquè, en ce qu'elle démontre combien peu les mouvemens et la multiplication de l'espèce humaine sont exactement indiqués par ces théories uniformes de population qui , sur le papier , ont un air si ingénieux et si Vrai.
Plusieurs troupes de ces Angles, conduites par des chefe inconnus, et divisées apparemment en deux grandes tribus , celle de North-folk, c'est^ à-dire des hommes du nord, et celle de South^ folk ou des hommes du sud , s'emparèrent de la partie orientale de Tile , nommée ensuite Esianglie, et dont les comtés modemeyleNorthfofk et de SuflPolk forment la plus grande partie. Là , ils étaient presque séparés du reste de la firetagne , car de vastes marais bornaient leur
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territoire yers Touest , et ces déserts inondés-, liés ensemble par de nombreox filets d'eau courante qui , en beaucoup d'endroits , s'étendaient en mares et en lacs j donnaient au pays Tapparence d'une péninsule. A l'isthme , où se terminaient ces défenses naturelles , les Estangles bâtirenl une fortification formidable, consistant en un fossé profond, surmonté d'un rempart très-élevé. Dans le moyens-âge , on ap* pelait souvent cette construction Rech dyke ' , c'est-à-dire la digue du géant , et le peuple l'attribuait au démon. Les landes, au travers des«quelles s^étend le rampart,.^ n'ayant point été
' NoQ , comme le suppose Camdén , à caose du village de Retch, dans le Cambridgesbire , mais bien par étymologie de recke ou rîe^, 4)ai ea allemand et en islandais signifient un géant, un béros, un élre doue d\ine puissance surnaturelle. On trouve ce mot dans tous les dialectes gotbiques. De même que h%% coTrélatifs rex et rajah ^ il dérive primitivement de n'ch ou reich, domination, puissance. Une grande fortune est aussi une puissance ; de là rice où ricbe a pru le sens secondaire qui lui est maintenant donné. Cependant ce mot, dans Tanglo-saxon , conserve le plus ordinairement sa signification oxigineUe : « He awearp the riean of setle. — « Déposait potentes de sede. — Il a déposé les pttissans de leurs sièges. V ( Saint-Lnc , cbap. 1 , v. 52. ) Dans le mot composé ricos— bombres *, les Espagnols ont. conservé le terme gotbique dont se servaient leurs ancêtres. Kmgrick pour kingdom ( royaume ) , était encore en usage il j a peu de tems en Ecosse.
ik Rieohombre signifie, en espagnol, vn noble, on grand sâgnenr. Mait, en déeoayoMBt ce mot , on j tronve hombre , homme , et ne» , riche ; on toU iet Tanalogi^- ^lemût* astre les idées de forlnne et de pniManee. {If. du T.)