‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 12 sur 36 · HISTOIRE DES APOTHICAIRES. III · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES APOTHICAIRES. III

|è ne sais pu combien de plantes galéniquet^ Drogues tant sèches qu'infusées^ Qui font faire maintes fusées Tant par en haut que par en bas, Et TaToient mis près du trépas ^ Et y sans chercher du mal la source, ITavoient rien purgé que la bourse ^

Quelques-uns de ces adolescents étaient renommés pour leur dextérité, et on se les disputait comme aujourd'hui on s'arrache un chanteur des Italiens , quand on ▼eut donner un concert.

Lors de la conspiration de Cellamare, plusieurs personnes furent mises à la Bastille ; le comte de Laval fut de ce nombre : il prenait trois lavements par jour pour avoir plus souvent son apothicaire qui lui servait de confident. Le cardinal Dubois, fils d'un apothicaire de Brive-la-Gaillarde, et qui était également renfermé, voulut se priver de cette douce consolation ; le Régent s*y opposa en disant : Puisqu'il ne lui reste que ce plaisir, i^eA bien le moins de le lui laisser.

Les dames du faubourg Saint-Germain, cette terre clasrique du clystère, ne laissaient franchir par personne le seuil de leur austère gynécée : elles préparaient ellesmêmes tous les éléments nécessaires à la discrète opération à laquelle elles voulaient se Uvrer, et n'abandonnaient jamais à une camériste ou à un valet-de-chambre le soin de ces préliminaires qui exigent de la patience et une sollicitude dont ils sont incapables, et dont le secret ne peut être révélé à qui que ce soit. Elles faisaient chauffer le liquide, Tintroduisaient dans le canon de la seringue, et ne confiaient qu'à leurs doigts aristocratiques l'ultime et suprême manœuvre. Aussi à cette époque le clystère, cette nouvelle fontaine de Jouvence, rendait

* La Stimmimachie , poème histori-comique ^ par Comeau, célestin.

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frais et luisant le visage plus que demi-séculaire de la douairière, triomphait des ravages du temps et réparait des ans l'irréparable outrage. Si Ton interrogeait une de ces nobles dames, elle vous répondait qu'elle devait la conservation de ses charmes au remède de Ninon de Lenclos. En vain lui répliquait-on que cette fraîcheur de Ninon, après trois quarts de siècle, était une merveilleuse et exceptionnelle immunité; elle admirait votre surprise, se penchait dignement vers vous, et vous demandait à demi-voix si vous n'aviez jamais pris de clystères.

Quant aux clystères à double personnage, le cérémonial de leur administration a été raconté par feu Dardanus, homme versé dans la matière, et à qui je cède volontiers la parole.

« Au moment de l'opération, dit ce vétéran de l'apo- « thicairerie, le malade doit quitter tout voile importun : « il s'inclinera sur le côté droit, fléchira la jambe en « avant, et présentera tout ce qu'on lui demandera» sans a honte ni fausse pudeur. De son côté l'opérateur, habile « tacticien, n'attaquera pas la place comme s'il voulait la <( prendre d'assaut, mais comme un tirailleur adroit qui « s'avance sans bruit, écarte ou abaisse des broussailles « ou des herbes importunes, s'arrête, cherche des yeux, « et qui, lorsqu'il a aperçu Tennemi, ajuste et tire: a ainsi l'opérateur usera d'adresse , de circonspection , « et n'exécutera aucun mouvement avant d'avoir trouvé « le point de mire. C'est alors que, posant révérencieu- « sèment un genou en terre, il amènera l'instrument de a la main gauche, sans précipitation ni brusquerie, et que, « de la main droite, il abaissera amoroso la pompe foute lante, et poussera avec discrétion et sans saccades, « pianissimo. »

Ce qui précède prouve qu'il n'est pas aussi facile qu'il paraît d'administrer un clystère comme on le faisait

DES APOtHIGAmES. liS

dansll TÎeille école, alors que la seringue était sans ri* vales. 11 faut avoir fait un long noviciat avant de gagner ses chevrons , et avant d'arriver à la perfection dans ce difficile ministère. Tantôt la main peu exercée trem» ble, cherche sans pouvoir trouver, hésite et se fatigue inutilement; tantôt elle dévie, s'égare et fait fausse route; quelquefois elle est trop vive, trop impétueuse, et ne connaît ni tempérament ni obstacles; dans d'autres cas elle est trop timide, trop lente, et tourne autour de la place sans oser l'attaquer ; tantôt l'instrument dont elle est armée incline d'un côté ou d'un autre , se fourvoie et va frapper qui ne l'appelle pas ; ou bien la charge hydraulique s'échappe par des fissures inaperçues, et va inonder en fusées humides tout le mobilier de la chambre.

D'autres fois la température du liquide est trop élevée et les parois du tube presque brûlantes, en sorte qu*ar«. rivé au port, l'opérateur est forcé de battre en retraite. C'est donc une stratégie qui demande de longues et patientes études* L'arme dont on se sert doit présenter aussi des conditions sans lesquelles l'opération peut échouer : et^ 4'abord , la forme doit en être commode , les parois lisses et polies ; le siphon doit avoir une amplitude raisonnable, et le piston , des mouvements doux et faciles , afin que leliquide se répande comme une légère et bienfaisante rosée, et non comme une pluie battante dans l'intestin ; il faut que le piston opère son mouvement d'ascension sous la; main qui le presse et le sollicite, sans eflbrt, sans peine et presque sans travail ; que la canule n'ait aucune aspérité, afin de ne pas offenser les feuillets dont la prévoyante nature a tapissé le seuil d'une délicate entrée.

Ainsi disposée , la seringue est un meuble de famille qui ne doit pas sortir de la maison, et qui doit passer intact aux descendants comme un précieux héritage.

■ 4 msTornB

En 1840 on souleva , dmit le monde garant , la subtik

, K'ilioii ia tavoir li les cl;tf(in's romp.iit'nt le ieiiae : an

y^ttrium franijal jrjiiuium ? CclU- c)ueftlion, propO!(«

H \s un iiimkvin , lit rclorc une Toute dv Ihitcs j-lui ê-

, irliHUiilcH li:» unes i]iie les uu(rcs.

Moiilanii) louliiU qu'on pouvait, sans enfroiodre Ih A U du riilglnu. prendre auliint de clyslèrei qu'on Tta*

«il. Viiki qiiellu était sdu nrgumentulion :

tl ' ^"\a roini»l seul 1" ioA'io qui o«l nutrilif ; or le (Iji-

\ n'i'il ])nti nul ic lu clyslèrc ou rompt pntlt

Ji-Unn. Oil 'Bl itif qui n« pL-ut s'itppeltrali-

Ll ini'tit) 1)118 un oliitient : donc... Cdi

uVït I I ee prend put par In Ijouche;

Gurâ et aiOrrincnt que parla |;| Dou ire n'rst pas niitiilif; donc on ne

^ iwut iipputur 1(1 clyt>ii;ri] un nliment; donc il ne rompt pas

Oulii'il, njotitnit-il, eiisi'ignn duns le chnpitre vi de son

vu' livre que ee qui uauriil est viicidum, ientutn el cm-

lum F or il n'est pas bennin de prouver que lu liquide du

,,. I ,' ■', olyilJH'u n'est ni vinùJw», !enitim,neinio trassum : donc...

Mffm Le *iu lui-ni()ma n'est pas un nliment. Mercuriaiis,

I |ll']i cJR'brti mc'decln du XVI' siècle, soulieul dans son Traité

j vt|.| dt Vino et Aqua que le vin n'est pus un nliment, led

alinitniivekicuhm ; d'où, liinihlum tiou frangil jejunitim.

Gidicn, dans son chupitrc des choses nulrilires, n'a pal

I !ji h;,! plus pnilé du vin que du clyslèro : «rga

; i ïoiitea lt!S diWolcB prirent Tuit el cuuse pour le doc*

I M t«ur : plusieurs d'enlre elles imaginèrent des laremenll

de bouillon et de contioniino qui, pris le matin en co"

râmc , pcrmultuicnt d'attendre ptiliemmcnt l'heure du

<Uner.

D'un nln cilé lèt apothicBires, qui bb trouV^Dl im

, . 1 léressés 4$i» !• (JMiUsn, Hulcttolent que d«puk AriiMM

DES APOTHICAIHES. t^

on n^avait pas mieux raisonné que le docteur MontanuSf on ]ui vota des remerciments, et la reconnaissance fut portée â loin, qu'on agita sérieusement la question de sa*voir si on ne lui proposerait pas un abonnement gratuit^ pour toute sa i^ie, à la meilleure officine de Paris.

Cependant quelques-uns de ces hommes austères « sombres casuisles qui ne jouent jamais avec les principes, attaquèrent la morale de Montanus comme tendant au relâchement; à les entendre « Montanus était aussi mauvais médecin que mauvais logicien , et ils essayaient d'étayer cette double assertion sur Fargumentation sui^» vante :

La bouche est la voie commune des aliments, mais elle n*cst pas la seule : Galien déclare positivement que les subsLmces injectées par les clystères peuvent arrîvff jusqu'à resiomac : donc le clystère est nutritif.

11 est faux que le vin ne soit pas un aliment ; le père de la médecine dit catégoriquement : O^ibiisdam vinum alimenlum^ quibusdam non est alimentum.

Celse enseigne, lib. ii, cap. xvui, que le vin doux est fortifiant : valentissimi generis est.

Averrhoës^ liv. vu, chap. xvi, rapporte que le vin était défendu chez les Sarrazins par une loi expressif excepté pour ceux qui étaient en syncope et dont cetlt liqueur pouvait ranimer les forces} et cela est si Vi*ai, ajoutait- on, qu'on cite plusieurs malades qui ne se sOtt» tenaient que par des lavements, car ils disaient le mot, et qu'un homme sain, vigoureux, pourrait vivre par d*aUtl!% "nourrilure que celle qui est prise par la voie commuiiè, viacommunis. C'était là que ks attendaient les défenseurs du clystère. Çuod est probandum « il faut le prouver^ s'écrièrent-ils à la fois.

On a vu des médecins s'inoculer la peste pour prouver que ce fléau n'est pas contagieux; croiroit^oa qui p«r-

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sonne n'a voulu et ne veut encore consentir à vivre pen*dant quelques jours de clystères pour défendre cette thèse !

Dès ce moment, la joie fut dans le camp' des clysmatiques : le clystèrè pénétra jusque sons les voûtes silencieuses du cloître , et les nonnes elles-mêmes , bien rassurées, lui donnèrent accès dans leurs cellules.

Quand la seringue naquit, les médecins s'empressèrent d'aller saluer son berceau et se l'approprièrent; mais bientôt, croyant leur dignité compromise, ils ne voulurent plus en souiller leurs mains , et alors elle passa dans le domaine de Tapothicaire, pour qui elle fut longtemps une source féconde de revenus. fortunaios minium , sua si bona norint I

Qu'il me soit permis de faire figurer ici une variante du Malade imaginaire de Molière.

M. FLEURANT, une seriDg^e à la main; AR6AN, BÉRALDE.

Argàn. — Ail, mon frère ! avec votre permission.

BÉRALDB. — Comment? que voulez- vous faire?

Argan. — Prendre ce petit lavement-là : ce sera bientôt fiiît*

BÉRALDB. — Vous VOUS moquoz. Est-ce que vous ne sauriet être un moment sans lavement et sans médecine? Remettes iBèla à une autre fois, et demeurez un peu en repos.

Argan. — Monsieur Fleurant, à ce soir, ou à demain au matin.

M. Flburart, à Béralde. — De quoi vous mélez-vous, de vous opposer aux ordonnances de la médecine, et d'empêcher monsieur de prendre mon clystèrè? Vous êtes bien plaisant d'avoir cette hardiesse-là.

BÉRALDB. — Allez, monsieur, on voit bien que vous n'avez pas accoutumé de parler à des visages.

1 Acte m, scène IV.

DES APOTHICAIRES. lij

Molière avait risqué , a la première représentation , da faire dire à Béralde : « On voit bien que vous n'êtes acr coutume à parler 'qu7i des c.... y> Le soulèvement du garterre , à ce mot , le força de dire la même chose plus ingénieusement par cette heureuse correction : m On voit bien que vous n*avez pas accoutumé de parler à dés visages. » {Note de l'édition de Bret^ tn-8**, Paris^ 1821 .)

L'administration d*un clystère se payait quinze sous au minimum, ce qui valut à un défunt apothicaire l'épitaphe suivante, dont on voudra bien me pardonner la cynique crudité :

« Ci gît qui pour un quart cf écu « S*ageDoui]lait devant un c. »

Et cette réponse à un autre apothicaire qui se vantait d'être assez instruit pour entrer dans une savante compagnie : « Vous y entreriez, oui, mais par la porte de derrière. »

Il ne faut pas oublier enfin cette ordurière apostrophe que j'extrais à regret du Catéchisme poissard : « Ah ! v'ià « le limonadier des postérieurs qui vend la mort dans « ses liqueurs : tu nous fais boire à contre-sens ; dans ce « que tu fais , tu fais tout à r'bours. Empoisonneur du « genre humain, traître qui nous prends par derrière, « quand tu m'présenteras tes mémoires où le diable ne a voit goutte , je te paierai tes bouillons pointus , quand c< ils seront rendus, en t'en barbouillant le bec. » Je ne voulais pas tremper ma plume dans la fange; mais j'y ai été contraint, et l'on sera indulgent envers moi quand on saura que la turpe invective que je viens de rapporter a contribué, pour sa part, à faire renoncer les apothicaires à leur humble fonction.

Pourtant, aussitôt que l'aube blanchissait le ciel, on voyait l'apothicaire sortir sans bruit de sa boutique, portant en sautoir la pompe salutaire pudiquement

?oi1ée soiis une chemfee de serge ou de cuir ; eHe avait pour compagnon ordin«iire de son pèlerinage le poêlon d'argent destiné à la préparation à domicile de la méde* rine noire : puis, sa tournée faite, le bienfaisant et modeste opérateur rentrait dans son officine, rapportant i'opime moisson de sa besogneuse matinée , qui s'élevait parfois jusqu a la somme de six écus. C était le eiècle d'pr de Tapotbicaire. Quantum mutatus ah Ulol

Cet état prospère dura longtemps ; mais enfin • blessé par les railleries de Molière, le per>iflage du public, les outrageantes obscénités de Yadé, et cédant aux mauvais conseils de la vanité, rapothicaire laissa tomber l'instrument de sa fortune dans les mains des gardesmalades, et depuis plus de soixante ans le monopole clysmatique a cessé de faire partie de ses attributions.

La gratuité des services rendus avait eu sans doute aussi sa part dans cette détermination. En effet, p^irmi les nombreuses preuves que je pourrais donner de Tingralitude des hommes, je n*en citerai qu'une seule; elle est extraite d'un Mémoire qui , dans le temps , eut «n graud retentissement, et qui souleva l'indignation de tous les honnêtes gens contre le défendeur, qui ap^ partenait à Tordre ecclésiastique :

Tiennette Boyau, garde-malade, demandait In modique iomme de cent cinquante francs à François Bourgeois, ehanoine de Téglit^e collégiale et papale de Saint-Urbain, à Troyes, pour lui avoir administré, dans l'espace de dciii ans, deux mille cent quatre-vingt-dix clystères. Certes, ce n'était pas dier, et c'était montrer bien du désintéresr sèment. Le ehanoîne résista longtemps; mais enfin, re-p doutant le grand jour de l'audience et le scandale de là publicité , il s adoucit et se soumit ^

Quoi qu'il en soit, les apothicaires préludaient déjà depuis longtemps à leur afirancbissement en se faisant suppléer, dans leur discrète besogne, par leurs élèvesapprentis; c'est même ce qui suscita entre eux et les médecins une vive altercation dont Regnard, dans sa comédie du Légataire universel^ nous a laissé un aperçu.

M. CLTSTOREL, GÉRONTE, USETfE,

CLTSTOKEL.

Wirgo libidinosa senem jugulai.

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