‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 3 sur 36 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Multa paucis.

Le livre que je publie a été composé dans les rares loisirs que m'ont laissés les exigences de ma profession , et porte , par cela même , un cachet d'imperfection que tous mes efTorts n'ont pu faire disparaître.

Fruit de longues et minutieuses recherches, il est dépouillé des prestiges du langage et de la pompe du style auxquels je suis étranger; mais, en revanche, il a l'incontestable mérite de la bonne foi et de la simplicité qui , j'aime à l'espérer, me concilieront l'indulgence.

Outre son caractère d'originalité qui peut piquer la curiosité, il présente encore une utihté réelle, car il révèle de grands secrets oubliés ou ignorés touchant un art qui se rattache aux intérêts sacrés de l'humanité, et il enlève un voile qui, jusqu'à ce jour, n'a été qu'incomplètement soulevé.

En effet, l'histoire des apothicaires , telle qu'elle existe aujourd'hui, ne se compose que de pages

n LVTRODICTION.

isolées ou de fragments enfouis dans une foule de collections scientifiques ; elle ressemble, en un mot. à un grand corps mutilé dont les tronçons gisent çà et là sur le sol , à d'immenses distances l'un de l'autre.

J'ai réuni ces débris épars , j'en ai fait un faisceau aussi compacte que possible , et j'ai essayé , par une opération qui n'a pas été sans difficultés, de leur rendre et la forme et la vie.

J'ai fait entrer dans le plan de ce livre l'exposition des phases multiples que la pharmaceutique a subies chez les nations aux divers âges du monde, sa lente évolution à travers les siècles, les perfectionnements dont elle s'est successivement enrichie, les noms des hommes qui ont répandu sur elle de l'éclat, l'indication des ouvrages qui l'ont honorée , les avertissements paternels de l'autorité pour l'arrêter au bord de l'abîme, et les sévérités inexorables de la loi contre ses criminels écarts.

iJn programme aussi varié et aussi étendu ne m'a pas découragé , et je me suis efforcé , par un labeur opiniâtre, de satisfaire à toutes ses exigences.

L'itinéraire que j'avais à parcourir était long, plein d'écueils , et je me serais plus d'une fois égaré dans ce labyrinthe , sans les guides sûrs et éclairés qui m'ont dirigé.

Après avoir assisté à la naissance de la pharmaceutique, je la prends à son berceau; je suis ses pas, et je la montre s'acheminant, incertaine et chan-

INTRODUCTION. m

celante, vers les temples d'Isis, à rombre desqueU elle élaborera ses premiers produits.

Je n'ai pu dissiper l'obscurité profonde de cette époque , et j'ai cherché vainement les noms de ceux qui dirigèrent ses primitifs essais.

Après l'avoir accompagnée sur les montagnes de la Judée , et sur les rives désolées du lac de Génézareth , où elle fut exploitée d'abord par les patrîar-^ ches , et , quelques siècles plus tard , par les prophètes , je la suis chez les Assyriens , les Babylo-^ niens , les Perses , les Macédoniens , où elle eut un culte , et chez lesquels elle fut même pratiquée par les rois ; enfin, la retrouvant sous les murs de Troie, dans le camp des Grecs, je reviens avec elle aux plages helléniques , sur lesquelles elle jette une faible lueur empruntée à l'astre d'Hippocrate , et je l'abandonne au moment où , après avoir fait briller quelques éclairs , elle est chassée de Sparte par Lyfcurgue, et d'Athènes par Solon, pour s'être livrée à dés trafics honteux , et s'être prostituée dans les la* borâtoires impurs du Céramique • - De ces climats fortunés, souillés par sa présence^ je me transporte à Rome , aux portes de laquelle la pharmaceutique a frappé pendant cinq cents ans avant d'obtenir le droit de cité ; je Ty rencontre avilie dans les tavernes des barbiers et des tondeurs, proscrite par Sylla pour ses infamies, réintégrée par l'empereur Auguste, qui la décore de l'anneau d'or; e^rcée par les apôtres , les confesseurs de la foi et

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