‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 4 sur 36 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

les empereurs ; divisée en plusieurs catégories, affichant le charlatanisme le plus effronté; pratiquée sous les Césars y au milieu de la liberté expirante, par des hommes tombés dans Tabjection , ou par des femmes perdues qui spéculaient sur la débauche d'une ville corrompue, dont elles entretenaient les lubriques ardeurs par des compositions monstrueuses et incendiaires.

La pharmaceutique , en se purifiant de ces obscénités dans les siècles qui suivirent, ne grandit pas pour cela en considération ; car elle reste entre les inains d'aventuriers et d'escrocs, que l'empereur Théodose, à cause de leurs turpitudes, repousse opiniâtrement des fonctions civiles.

Au milieu de la barbarie du moyen âge, on la voit soudain percer l'épaisse nuit qui couvrait le monde, laisser échapper les timides rayons d'une aurore annonçant une ère nouvelle, et jeter dans le ciel d'Orient un éclat qui ne tarde pas à se réfléchir en Europe. Fécondée par les institutions politiques, appuyée sur le patronage puissant des princes arabes , elle recueille les nombreuses dépouilles de l'antiquité , ouvre des académies , fonde des écoles à Bagdad , à Salerne , à Naples , à Tolède , à Cordoue , et verse ses richesses sur tous les points du vieux continent qu'elle peuple d'hommes qui propagent avec ardeur son culte naissant.

De ce foyer s'échappe , au treizième siècle , une étincelle qui vient tomber sur la France. D'abord

INTRODUCTION. v

confondue avec les corporations des plus obscurs métiers, la pharmaceutique ne donne, pendant quelque temps, aucun signe de son existence. Sortie des cloîtres, où elle avait été recueillie par des hôtes savants et généreux , elle se cache et se travestit honteusement afin d'échapper à l'œil du pouvoir ; mais bientôt les monarques la surprennent , et lui imposent un joug nécessaire , sous lequel elle vit depuis six cents ans.

Je parcours le dédale de cette inextricable législation , et je n'omets rien de ce qui peut intéresser le lecteur, à partir de Philippe-le-6el jusqu'à nos jours. Les nombreuses ordonnances , les lois sans fin , les lettres patentes multipliées , les arrêts souvent contradictoires des parlements, les instructions, les circulaires; en un mot, tout ce que les archives nationales renferment d'important est fidèlement reproduit.

En suivant cette longue odyssée , on se convaincra de la vigilance incessante que les souverains ont exercée sur l'enseignement et la pratique de cet art, et de l'énergique impulsion qu'ils lui ont imprimée pour le faire cheminer vers le terme glorieux de perfection qu'il doit très*incessamment atteindre.

J'ai adouci la sévérité de cette exposition par quelques épisodes, et par des tableaux propres à reposer le lecteur de la fatigue contractée dans une route aride et encombrée de faits et de dates.

Après avoir raconté tout ce qui est relatif aux

VI INTRODUCnON:

peuple» anciens et à la France, j'ai pensé qu'en fermant là mon livre, je laisserais une regrettable lacune.

. Pour la combler, j'ai continué mon pèlerinage chez les nations modernes.

Aidé de renseignements authentiques qui m'ont été obligeamment transmis tant par les légations françaises et étrangères, que par plusieurs membres illustres du dernier congrès international réuni à Paris; muni, d'autre part, de documents recueillis avec un soin religieux dans les archives de la science, j'ai pu présenter un tableau aussi exact que possible de l'état actuel de la pharmacie en Chine, en Perse , en Egypte, en Turquie, en Grèce, en Russie, en Suède, en Norwége , en Angleterre, en Belgique, en Italie , dans les Deux-Siciles et aux États-Unis.

J'ai présenté, avec une exactitude scrupuleuse, dans cette dernière partie de mon œuvre, les diverses physionomies pharmaceutiques de chacune de :ces contrées.

Un aussi rude travail ne pouvait être entrepris qu'à l'aide de matériaux rassemblés avec patience -et discernement. J'en ai recueilli plusieurs ; mais , éloigné des sources fécondes et placé dans la sphère -stérile de la province, je ne pouvais, par moi-même, réunir tous les documents qui m'étaient nécessaires. 'Ils ne m'ont cependant pas fait défaut. Un bibliophile , aussi érudit cpie modeste , M. Ix>uis Dejsp&ez, 4e Reims, secrétaire de la mairie de Montrotige^ a.

INTRODUCTION. vii

pendant trois années, fouillé sans relâche les bibliothèques publiques et particulières de Paris , et en a patiemment exhumé de nombreux et intéressants matériaux qu'il m'a transmis avec la plus exquise obligeance. C'est bien faiblement m'acquitter d'une dette sacrée du cœur que de lui offrir, dans ces lignes , l'hommage public de ma profonde et sincère reconnaissance.

Qu'il me soit permis, en terminant, de témoigner ma gratitude à M. Guibourt, qui a bien voulu me communiquer les riches archives de l'École de pharmacie , dont il est l'un des plus savants professeurs , et de remercier M. Michel , qui a fait revivre , sous son habile et obligeant crayon , le blason oublié des apothicaires et le sceau de l'École de pharmacie de Paris.

Reims, décembre 1852.

DES

Page 1