CHAPITRE XYI
LES FATIMITES
Nous venons de voir que 'Obéïdallah le Mahdî s’était débarrassé de ses deux principaux collaborateurs : c’est que le premier, Abou 'Abdallah le Chi ïte, général heureux qui venait de réduire les Kétâma et les Zénâta, s’était acquis la faveur des premiers en les disciplinant, ce qui lui donnait une grande force qui prêtait à de nombreuses réflexions. Se sentant atteint par la défaveur de son maître, il quitta la cour pour se livrer entièrement à la pacification du Zâb. Mais l’appui des Kétâma ne pouvait servir de rien contre l’autorité religieuse d’un Imam réputé impeccable et infaillible; le Chi 'ïte fut assassiné près de Raqqâda par deux affiliés appartenant justement à la même tribu des Kétâma (16 djoumâda II 298 =19 février 911). Le second, Abou’l-'Abbâs, son frère, eut le même sort.
Après d’infructueux essais de conquête en Sicile, 'Obéïdallah envoya son fils Abou’l-Qâsim, à peine âgé de vingtdeux ans, avec une armée appuyée par une flotte, dans la direction de l’Orient ; car il entrait dans sa politique de combattre le Khalifat de Bagdad, représentant du sunnisme, c’està-dire le principal obstacle qui allait se dresser devant lui. Tripoli de Barbarie et Barqa furent enlevées sans peine, puis Alexandrie (302-91 h), ce qui lui donnait pied en Égypte. Depuis la chute des Toulounides,ce pays était gouverné, au nom du Khalife Moqtadir, par le Turc Tékin ; mais au sortir de troubles qui l’avaient ruiné, il était trop faible pour ré**
sister à une entreprise sérieuse. Déjà l’armée d’Abou’l-Qâsim couvrait les environs de Postât, lorsque ce jeune chef jugea à propos de rappeler Habâsa, qui commandait l’avantgarde, et de donner sa place à un autre; Habâsa s’échappa du camp et regagna Tâhert, où il avait un frère, mais, sur l’ordre <lu Fâtimite, ils furent tous les deux promptement exécutés. En même temps l’émir el-omarâ Mou’nis envoyait à Tékin des renforts qui lui permirent de battre les Berbères ; il fallut retourner dans l’Afrique du Nord.
Ibn-Qorhob, qui s’était révolté en Sicile et s’était reconnu vassal du khalife de Bagdad, avait envoyé sur les côtes de la Tunisie une flotte qui avait pris et pillé Sfax ; l’impératrice de Byzance, Zoé, qui avait besoin de toutes ses forces contre les Bulgares, s’était engagée à lui payer tribut ; mais ces commencements heureux furent entravés par l’impossibilité où il se trouva de réduire les chrétiens de l’Etna, réfu¬
giés sur les flancs de la haute montagne, et par les révoltes de ses soldats berbères contre leur chef, qui était de race arabe. Fait prisonnier au cours d’une sédition, il fut envoyé au Mahdi, et exécuté. 'Obéïdallah, devenu ainsi maître de la Sicile, s’en servit comme de base d’opérations, non de guerre mais de piraterie sur les côtes de l’Italie et de la mer Adriatique, c’est-à-dire que ses troupes pillèrent et dévastèrent Gênes (323-935) ; au retour, la Corse et la Sardaigne éprouvèrent de sérieux dommages du passage de ces flottes de corsaires.
'Obéïdallah ne se laissait d’ailleurs pas détourner de son objectif principal, qui était la conquête de l’Egypte. En 30â (916-17) , il reprend Barqa et envoie deux ans plus tard une nouvelle armée, commandée par le même Abou’l-Qâsim, son fils, réoccuper Alexandrie et piller le pays jusqu’à Ochmounéïn, sur le Nil; mais le général turc Tékin arrêtait bientôt ses progrès à Fostât tandis qu’à Rosette la flotte d’Afrique était détruite par des brûlots envoyés de Tarsoûs (chawwâl 307 = févriers-mars 920) ; l’année suivante ce fut l’émir-el- Omarâ Mou’nis qui vint en personne diriger les opérations ; en moins d’un an les troupes d’Abou’l-Qâsim durent, après une multitude de petits combats malheureux, regagner leur point de départ, en évacuant encore une fois Barqa.
LL S FATIMITES
'Obéïdallah venait d’inaugurer sa nouvelle capitale Mehdia, bâtie par lui non loin de l’ancienne Thapsus, sur le bord de la mer. Il semble qu’à partir de ce moment 'Obéïdallah ait renonce, au moins provisoirement, à ses visées sur l’Egypte. Son attention était plutôt appelée vers Pouest de l’Afrique.
La forteresse de Mohammediyya, correspondant à la Msîla actuelle (département de Constantine), venait d’être bâtie pour servir de résidence au gouverneur du Maghrebpour les Fâtimites, poste auquel Ibn Abî’l-'Afiya venait d’être nommé. Une révolte d’un Idrisite à Fez fut promptement réprimée (313-925). Sauf Ceuta, restée aux mains des Idrissites bientôt remplacés par une garnison espagnole envoyée par 'Abd-er-Rahman III, le Maghreb tout entier obéissait à Ibn Abî’l-'Afiya. L’occupation de Ceuta par les troupes du Khalife de Cordoue lui inspira le plus grand respect,, et il ne tarda pas à se déclarer vassal des Oméyyades. Bien que défait par le gouverneur de Tâhert et forcé d’abandonner Fez, il ne tarda pas à y rentrer dès l’évacuation du pays par l’armée victorieuse. En 323 (935), Ibn Abî’l 'Afiya est incontestablement le maître du Maghreb.
'Obéïdallah, cet homme extraordinaire qui, de chef d’une religion secrète s’était élevé au rang de fondateur d’empire, mourut dans la nuit qui précéda le 14 rébî' Ier 322 (4 mars 934). Son fils Abou’l-Qâsim lui succéda avec le titre d’el- Qâïm biamrillah « le remplaçant par l’ordre de Dieu ». Son règne ne fut pas plus heureux que ses deux campagnes infructueuses en Egypte. Une troisième tentative, dirigée par l’affranchi Zéïdân, se termina aussi malencontreusement. Le fils de Toghdj, Mohammed l’Ikhchîd, repoussa vigoureusement le corps expéditionnaire qui venait de prendre encore une fois Alexandrie. El-Qâïm allait envoyer contre l’Egypte des forces considérables lorsqu’il en fut empêché par les bouleversements qui agitèrent l’Afrique. Un Berbère de la tribu des Zénâta, Abou-Yézid Makhlad, qui était Khâridjite, souleva les montagnards de l’Aurès (332-943). C’était un vieillard d’une soixantaine d’années qui chevauchait ordinairement un âne, présent d’un Tunisien, ce qui lui valut le sobriquet de Hammâr « l’ânier ». Il s’empara de presque
toutes les villes tle la Tunisie et vint assiéger El-Qâïm dans sa capitale même, Mehdia. L’investissement de la ville, défendue par les Kétâma, dura presque un an, pendant que des négociations actives tâchaient d’obtenir du secours des Kétâma et des Çanhâdja. Bien que les premiers fussent défaits près de Constantine, un chef Çanhâdja, Zîri, put jeter dans Mehdia une caravane de provisions, ce qui sauva la ville. Les Berbères se détachèrent petit à petit du fanatique Aboû-Yézîd. Cependant celui-ci, ayant changé d’allure, se procura de nouveaux adhérents avec lesquels il alla essayer de reprendre Sousse, défendue par le Khalife en personne. C’est pendant le siège qu’El-Qâïm mourut (13 chawwâl 334- 18 mai 946) et fut remplacé par son fils Abou-Tâhir Isma'îl qui eut dès le début la chance de battre Aboû-Yézîd, dont le rôle fut dès lors fini malgré les tentatives impuissantes auxquelles il se livra dans le Maghreb. Blessé à mort dans un combat, sa disparition mit fin à cette longue guerre qui avait duré quatre ans. Au Maroc, les Idrisites continuaient de se rattacher tantôt aux Fâtimites et tantôt aux Oméyyades d’Espagne. La Sicile devenait indépendante de fait sous la domination de Hasan ben 'Alî, un Arabe de la tribu de Kelb. Aboû- Tâhir Isma'îl, qui avait pris en montant sur le trône le titre d’el-Mançoûr « le victorieux », ne jouit pas longtemps de la tranquillité qui commençait à régner en Afrique ; il mourut d’un refroidissement le 28 chawwâl 341 (18 mars 953) et fut remplacé par son fils Aboû-Témîm Ma'add, plus connu sous son titre d’el-Mo'izz.
Ses débuts furent difficiles. Le Khalife de Cordoue/Abd-er- Rahman, pour venger le pillage des environs d’Alméria, envoya une flotte débarquer à Sousse et prépara une expédition par terre. El-Mo'izz eut cette chance que son adversaire dut faire face au même moment à toutes les forces des chrétiens. En 347, l’affranchi Djauhar, ancien esclave grec, se mit en campagne avec les troupes Kétâma et Çanhâdja, et occupa tout le Maroc jusqu’à l’Océan, à l’exception de Tanger et de Ceuta. Ainsi rassuré du côté de l’ouest, el-Mo'izz put reprendre tout à son aise le projet qui était le cheval de bataille de la dynastie tout entière, la conquête de l’Egypte.
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Les choses y étaient bien changées. Après la mort de l’Ikhchîd, son affranchi Kâfour avait maintenu, à titre de régent, la dynastie fondée par lui ; mais quand ce ministre énergique eut disparu à son tour, ce fut l’anarchie et le désordre. Un juif converti à l’islamisme, Ya'qoub Ibn-Kiliis, qui occupait un haut emploi dans l’administration égyptienne, maltraité par le ministre Ibn-Forât, se rendit auprès
d’El-Mo' izz et l’informa de la situation du pays. La quatrième et dernière expédition, commandée par Djauhar, quitta Mehdia le i/f rébf Ier 358 (5 février 969), occupa en passant Barqa où Djauhar trouva des émissaires secrets de personnages influents qui l’assurèrent de la soumission de l’Égypte, et battit aisément les troupes des Ikhchidites à Gizèh, au pied des Pyramides (Il cha'bân = 30 juin) ; six jours après Djauhar entrait à Postât et établissait son camp à l’endroit meme où est aujourd’hui le Caire, el-Qâhira « la victorieuse », qui allait devenir la capitale des Fâtimites et rester, jusqu’aujourd’hui, celle de l’Égypte entière, au nord de Fostât, qui est maintenant le Vieux-Caire.
La Syrie restait à conquérir ; elle était aux mains d’un neveu de l’Ikhchîd, Hasan ben Übéïdallah, qui fut battu près de Ratnla en Palestine; Damas tomba l’année suivante (359-970). Le commandant des troupes fâtimites, Dja'far ben Fellâh, ne remonta pas plus haut : [;Ioms était aux mains de Séïf ed-daula le Hamdanide, aux prises avec les Byzantins établis à Antioche. Le nord de la Syrie parut trop troublé pour que le chef fâtimite fût désireux de s’y immiscer. En outre, les Qarmates, qui avaient senti se relâcher les liens d’allégeance qui les rattachaient aux Fâtimites, avaient fait un traité avec l’Ildichidite Hasan ben 'Obéidallah, qui leur payait tribut ; naturellement la conquête de la Syrie par les Fâtimites les privait de ce revenu : alors le conseil de régence qui les gouvernait se détacha formellement des Fâtimites, lit rétablir à la Mecque la prière au nom du Khalife de
Bagdad et envoya une ambassade au sultan bouïde Bakhtyâr pour lui proposer une alliance contre le pouvoir menaçant qui s’élevait à l’Occident. Celui-ci munit les Qarmates d’armes et d’argent ; une armée considérable de Bédouins, coin-
SU
mandée par Hasan eLA'çam, entra à Damas et y rétablit l’autorité religieuse du Khalife abbasside Moutîh Les troupes envoyées par Djauhar durent se jeter dans Jaffa, el-A'çam entra en Egypte (361-971) ; Djauhar temporisa, négocia avec les Ismaéliens qui se trouvaient au milieu des Bédouins, et avec ceux-ci, accessibles au pouvoir de l’or, et finalement les Qarmates durent évacuer l’Égypte.
En fondant le Caire, les Fâtimites déplaçaient l’axe de leur politicfue ; le Maghreb, séparé de l’Égypte par le Sahara, la seule route accessible aux armées étant celle qui contourne la Grande Syrte et qui n’est qu’un désert ponctué de quelques oasis, devait forcément, tôt ou tard, leur échapper; cela ne se fît pas tout d’un coup, mais en moins de dix ans l’Occident des terres musulmanes était redevenu indépendant sous une dynastie nationale, celle des Zirides. Ziri, chef des Çanhâdja, avait été un fidèle soldat d’el-Mo'izz ; son fils Bolouggin rétablit la paix en Barbarie et repoussa la confédération des Zénâta jusque vers Sidjilmâssa, dans le Maroc ; aussi le Khalife fâtimite lui conféra-t-il la dignité de gouverneur de tout le Maghreb, auquel vint s’adjoindre bientôt Tripoli : la dynastie berbère des Zirides était fondée. Une fois Bolouggin installé dans son gouvernement, le Khalife el- Mo'izz partit pour sa nouvelle capitale où il fit son entrée au début de ramadan 362 (juin 973).
El-Mo izz ne survécut que peu de temps à son triomphe ; il avait à peine quarante-six ans quand il mourut au Caire (365-975). Intelligent, instruit, quelque peu poète, il poussait la tolérance jusqu’à permettre à Sévère, évêque d’Oclimounéïn, de disputer avec lés cadis et autres dignitaires musulmans sur des questions religieuses ; il autorisa la reconstruction des églises coptes et assista même à la pose de la première pierre de la Mo'allaqa du Vieux-Caire. Son fils, qui lui succéda, Nizâr el-'Azîz, continua la politique de son père. Les choses allaient fort mal en Syrie ; un ancien officier du Bouïde Bakhtyâr, Aftékin, qui cherchait à se créer une principauté indépendante, avait réussi à enlever Damas aux Bédouins de la tribu de Tayy, et à leur chef El- A çam. Allié des Byzantins, Aftékin s’était emparé de tout le
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sud de la Syrie ; pour le combattre, ou fit appel au glorieux général Djauhar, un peu délaissé dans les dernières années de Mo'izz. Aftékin appela les Qarmates à son secours; Djauhar fut assiégé dans Ascalon. El-'Azîz se rendit en personne en Syrie (367-977) ; les alliés furent complètement défaits près de Ramla ; Aftékin fut pris par trahison et les Qarmates se reconnurent tributaires. Ce fut bientôt la fin de leur puissance ; la Mecque eut pour maître des 'Alides qui prirent le titre de chéri f, qui se donne aux descendants du Prophète ; les Bédouins cessèrent de leur obéir, leur infligèrent en 378 (988) une défaite considérable ; réduits à la région de Lahsâ, on les voit disparaître peu après la date de 429 (1037-8), date qui marqua un progrès en avant des Fàtimitesen Syrie; le Turc Anouchtékin Dizbiri s’empara d’Alep et mit fin à la dynastie des Mirdâsides qui s’y était implantée.
El-'Azîz laissait à son ministre Ibn-Killis le soin de diriger les affaires. Gela dura jusqu’à la mort de ce personnage (380-990). Le Khalife lui survécut six ans. Il mourut en prenant un bain alors qu’il était malade, à Bilbéïs (386-996). Il eut malheureusement pour successeur un fou, Abou-'Alî el-Mancour, qui prit pour titre El-Hâkim biamrillâh « celui qui commande par l’ordre de Dieu », et que les Druses considèrent encore aujourd’hui comme une incarnation de la Divinité. Onze ans s’étaient à peine écoulés depuis son intronisation qu’il édicta tout à coup une foule de mesures plus insensées les unes que les autres. Des ordonnances prescrivirent de ne plus ouvrir les marchés que la nuit, et de les tenir fermés pendant le jour ; bientôt après ce fut le contraire : interdiction de sortir de sa maison une fois le soleil couché. Il fut défendu aux femmes de quitter leurs demeures, et pour qu’on fût plus sûr delà mise à exécution de cette mesure, les cordonniers durent s’abstenir de leur fabriquer des bottines.
Les chrétiens et les juifs furent 'contrainls de porter des marques distinctives, visibles de loin : mesure déjà prescrite par 'Omar, mais aggravée par El-Hâkim. C’était d’ailleurs un homme imposant, dont les yeux brillaient comme ceux
du lion et dont on ne pouvait guère soutenir l’éclat. On prétend qu’il avait une vénération particulière pour la planète Saturne et croyait être en rapports avec Satan. Après avoir suivi le rite chi'ïte, il passa au rite sunnite, et plus tard il se prétendit le septième et dernier nâliq des Ismaéliens. Dans la première période, il poursuivit énergiquement les juifs et les chrétiens et fit démolir les églises et les synagogues dans tout son empire; dans la seconde, il reconnut à ses sujets le droit d’adopter la religion qu’ils voudraient, et même il permit aux renégats devenus musulmans de retourner à leur ancienne confession, apostasie qui, de par la loi musulmane, est punie de mort.
Son règne, dans ces conditions, ne fut guère tranquille. Abou-Rakwa, prince oméyyade d’Espagne, chassé de la cour du Khalife de Cordoue Hichâtn par l’influence du majordome el-Mançour, réunit autour de son nom les Arabes et les Berbères de Barqa et s’en vint tout tranquillement envahir l’Egypte et camper aux portes du Caire : les renforts arrivés en hâte de Syrie sauvèrent la capitale, et une ruse de guerre permit de dompter l’envahisseur. La garde nègre dont el-Hâkim s’entourait excitait la jalousie des Turcs et des Berbères, qui se livraient à des tumultes et à des séditions. La tentative, poursuivie par le Khalife, de faire des doctrines ismaéliennes la religion d’État de l’Égypte, se heurta au mauvais vouloir du peuple. En 395 (1004) on avait fondé, sous le titre de Dâr el-dlm « maison de la science », une université destinée à répandre les dogmes ismaéliens. Un ismaélien de race turque nommé Darazî, venu de l’Orient et comptant parmi les courtisans intimes du souverain, s’imagina de publier dans la grande mosquée un écrit où il était montré que l’âme d’Adam était passée à 'Ali, gendre du Prophète, et de lui aux Fâtimites en général et à el-Hâkim en particulier. Les auditeurs se soulevèrent et tombèrent à bras raccourcis sur l’imprudent, qui s’échappa à grand’peine; ses partisans furent tués et leurs maisons pillées. El-Hâkim facilita sa fuite en Syrie, où il trouva des adeptes dans le mont Liban. De son nom de Darazî est venue l’expression durzi , d’où Druse : les Druses sont les descendants de ses
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partisans. Deux autres entreprises d’el-Hâkim pour faire admettre sa divinité n’eurent pas plus de succès. Le Persan Hamza, qui avait formulé cette doctrine la dernière fois (411-1020), dut prendre la fuite à la suite d’une sédition; il alla rejoindre Darazî et devint auprès de lui la grande autorité théologique des Druses : son catéchisme est encore enseigné aujourd’hui.
El-Hâkim disparut soudainement de la scène dans la nuit du 27 chawwâl411 (13 février 1021), d’une façon mystérieuse et qui n’a jamais été expliquée clairement. Il a été probablement assassiné sur le mont Moqattam, mais il semble que ce ne soit pas à l’instigation de sa sœur, comme on l’a prétendu. Son fils Abou'l-Hasan 'Ali ezh-Zhâhir n’avait que seize ans; ce fut sa tante Sitt-el-Molk qui devint la régente du royaume. C’était une femme énergique ; elle rétablit l’ordre par l’exécution d’un certain nombre d’officiers, fauteurs de troubles.
La tranquillité ainsi ramenée par des mesures violentes qui n’atteignaient que les meneurs dura jusqu’à la mort de Sitt-el- Molk et même jusqu’à l’épidémie de peste qui enleva le Khalife ezh-Zhâhir le 15 cha'ban 427 (13 juin 1036), laissantle pouvoir à son fils âgé seulement de sept ans, Aboû-Témim Ma'add el-Mostançir, qui régna soixante années lunaires, exemple de durée bien rare dans les annales musulmanes. C’était un mulâtre, fils d’une esclave nègre, qui n’eut qu’une pensée, après celle de s’amuser le plus possible, ce fut d’augmenter le nombre de ses gardes du corps, tous nègres de sorte que cette troupe s’éleva bientôt à cinquante mille, hommes. Cela ne pouvait donner rien de bon. Les intrigues de cour eurent vite fait de déplacer Dizbirî, le seul général qui pût maintenir dans le devoir les chefs militaires de Syrie; une révolte de la population de Damas, fomentée par le ministre El-Djardjarâi, et appuyée par des soldats mécontents, l’obligea à fuir du chef-lieu de son gouvernement* un mois plus tard, il mourait à Alep, où il s’était réfugié (433-fin de 1041). En 440 (1048-49) le Zîride Mo'izz ben Bâdis se déclara indépendant : le Maghreb échappait à l’Égypte. Dix ans plus tard, il y eut de telles discordes entre les nègres et les troupes turques que Mostançir dut vider son trésor pour
calmer, à coups de gratifications, cette effervescence. Un descendant du Hamdanide de Mossoul qui, comme le fondateur de la dynastie, s’appelait Nâçir-ed-daula, mais dont le nom propre était Hasan ben Hoséïn, devint ministre en Z|5 4 (106*2) et les Turcs reprirent le dessus, mais pour opprimer le Khalife tout autant que les nègres. Dans leurs pillages, la demeure du Khalife fut incendiée et la riche bibliothèq ue du palais fut dispersée, perte irréparable. Nâçir-ed-daula assassiné par des conspirateurs fut remplacé en 465 (1072-73) par le 1 urc Ildegiz, après avoir poussé l’abus du pouvoir jusqu'à supprimer, dans certaines villes, la Khotba au nom de son maître pour y substituer la prière au nom du Khalife de Baghdad, el-Qâïm.
Pour échapper à la domination des prétoriens turcs, el- Mostançir avait fait venir d’Acre l’Arménien Bedr el-Djémâli, accompagné de mercenaires d’origine arménienne (466-fin de 1073). Bien qu âgé de soixante ans, Bedr prit des mesures vigoureuses, fit mettre à mort par ses officiers les émirs turcs du Caire, et prit le commandement suprême des forces militaires avec le titre de Mîrgoûch (c’est-à-dire Émir elgoyoïich « commandant des troupes »). Il mourut peu de temps avant el-Mostançir (487-1094), en laissant à son second fils Châhinchâh un pouvoir encore plus étendu que le sien ; et le nouveau général installa à la place du Khalife défunt l’un de ses plus jeunes fils, el-Mosta'lî, qui lui confirma le titre d'El-Mélik el-Afdal « le prince le plus excellent ». C’est alors que les Ismaéliens se séparèrent des Fâtimites, dont ils comprenaient la faiblesse, et sous la direction du Persan Hasan ben Sabbâh, fondèrent en Perse et dans les montagnes du nord de la Syrie des États qui ont popularisé dans le monde entier le nom des Assassins ou « fumeurs de hachich » (hachchâchîn). En même temps les Croisés apparaissaient à l'horizon : après avoir, comme un torrent, traversé l’Asie Mineure, ils arrivaient en Syrie. Les pouvoirs musulmans ne se î endirent pas d abord très bien compte du nouveau danger qui les menaçait ; el-Afdal ne pensait qu’à reprendre les provinces perdues par l’extension rapide des Seldjouqides ; il enleva Jérusalem aux Orloqides que ceux-ci y avaient lais-
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sés pour gouverner la province (491 -1098) ; juste un an plus tard, Godefroy de Bouillon montait à l’assaut de la cité sainte (23 cha'bân 492= 15 juillet 1099).
El-A mir, âgé de cinq ans, succéda à El-Mosta'li en 495 (1101), mais c’était toujours el-Afdal qui dirigeait les affaires de l’Egypte et aurait continué à le faire si le Khalife, envieux de son pouvoir, ne l avait fait assassiner en 515 (1121). Cet événement fut un malheur pour le pays et la dynastie, dont le pouvoir déclinait. La conduite d’Âmir lui aliéna tous les sullrages ; il fut tué à coups de poignards par des fanatiques de la secte des Nizâriyya, mais comme il ne laissait pas d’héritiers mâles, il fallut faire appel à une branche collatérale à laquelle appartenait el-Hâfizh (524-1130) qui régna vingt ans et mourut au milieu des troubles qui ensanglantaient le pays. Son fils de dix-sept ans, Zhâfir (544- 1149), fut dominé par le maire du palais, un Kurde sunnite nommé Ibn-Sallâr ; l’assassinat de celui-ci coïncida presque avec la prise d’Ascalon par les Croisés (548-1153) ; c’était la dernière place musulmane de Palestine. En 539 (1144', était arrivé au Caire l’émir de Chaïzar, Osâma ben Monqidh. Logé dans une des maisons confisquées après l’assassinat d’El-Afdal, il put assister, en spectateur impassible, à la désorganisation qui allait bientôt entraîner à sa perte l’empire fâtimite. Pendant son séjour en Egypte, il prit part à des escarmouches contre les Croisés. C’est à ses instigations que le ministre Ibn-Sallâr fut tué pendant son sommeil. Un mouvement populaire le dépouilla de tout ce qu’il possédait et le contraignit à retourner en Syrie (549-1154). Le fils de Zhâfir, Fâïz, n’avait pas encore cinq ans ; c’est sous son règne qu’arriva en Égypte un poète du Yémen, 'Omâra ; il fut une des victimes de Saladin en 569 (1174) : ses Finesses contemporaines nous font connaître les ministres égyptiens de cette époque tourmentée. Fâïz mourut au bout de six ans, et le chi'ïte Talâï, qui gouvernait effectivement, mit à sa place un autre enfant de neuf ans, 'Adid, sous le règne duquel grandit, au point de pouvoir supplanter la dynastie elle-même, un Kurde sunnite de Tekrit, Çalâh-eddin, plus connu en Europe sous le nom de Saladin (567-1171).
Khalifes fatimites.
Abou-Mohammed 'Obéïd-Allah el-Mahdî 297-322 (909- 934).
Abou’l-Qâsim el-Qâ’ïm biamri’llali 322-334 (934-945). Abou-Tâhir Isma'îl el-Mançodr 334-341 (946-952). Abou-Témîm Ma'dd el-Mo'izz 341-365 (952-975).
El-'Azîz Nizâr Aboû-Mançoûr 365-386 (975-996).
El-Hâkim bi-amri'llah Mançoûr 386-411 (996-1020). Ezh-Zhâhir Abou ’l-Hasan 'Alî 411-427 (1020-1035). El-Mostançir Abou-Témîm Ma'add 427-487 (1036-1094). El-Mosta'lî Abou’l-Qâsim Ahmed 487-495 (1094-1101). El-Amir Aboû-'Alî Mançoûr 495-524 (1101-1130).
El-Hâfîzh AboiVl-Méïmoim 'Abd-el Mediîd 524-544 (1130- 1149).
Ezh-Zhâfir Abou-Mançour Ismâ'îl 544-549 (1149-1154). El-Fâ’ïz Aboû’l-Qâsim 'Isa 549-555 (1154-1*60).
El-'Adid 'Abdallah ben Yoûsouf 555-567 (1160-1171).
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BIBLIOGRAPHIE
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