CHAPITRE XVII
LES KHALIFES DE BAGDAD DEPUIS MOSTAKFI
Dans la capitale des Abbassides, les Khalifes, réduits à l’état de fantômes impuissants, se succédaient sans que leur histoire offre le moindre intérêt. Leurs noms sont des intitulés de fastes et sont utiles, étant frappés sur les monnaies, pour rétablissement de synchronismes certains. Après Mostakfî, on voit régner MoutU de 33A à 363 (9A6-97A) , Tâï' jusqu’en 381 (992) et Qâdir jusqu’en 422 (1031). Sous les émirs elomarâ, Bouïdes et chi ites, leur rôle ne pouvait être que fort effacé. Les Chi'ïtes, grâce à la protection de la dynastie effectivement régnante, s’étaient fort multipliés à Bagdad et, pour échapper à la juridiction du grand- cadi sunnite, avaient obtenu la nomination d'un naqîb « inspecteur » qui dirigeait leur communauté. Mais le sunnisme allait de nouveau triompher à la suite de la conquête de la Perse par les Seldjouqides, Turcs venus de l’Asie Centrale, sous le Khalifat de Qâïm. Le 25 ramadan 447 (18 décembre 1055) le Seldjouqide Toghrul-beg faisait son entrée à Bagdad. Leurs succès ne s’arrêtèrent pas là : en 463 (1071), les troupes de Malak- Châh, commandées par Atsiz, s’emparaient de Jérusalem et en 468 (1076) de Damas. Une autre branche des Seldjouqides s’infiltrait un peu plus tard en Asie Mineure et enlevait ces contrées aux Grecs Byzantins, à titre définitif, pour la première fois depuis si longtemps que les troupes de Constantinople en défendaient l’accès aux Arabes; elle y fondait la dynastie des Seldjouqides de Roûm avec Qonya et Siwâs pour capitales.
Bien que sunnite, Toghrul-beg négligea pendant un peu plus d’un an de rendre visite au pontife relégué dans ses appartements particuliers ; mais il finit par admettre qu’il ne lui était pas permis d’ignorer la présence à Bagdad d’un pouvoir spirituel reconnu par nombre de populations sunnites. Il lui fit donc une visite cérémonielle ; le Khalife le fit asseoir à côté de lui, pour lui faire honneur. Par contrecoup, cela releva Pinfiuence du Khalifat. Cependant la conspiration du Turc Arslan el-Basâsirî, ancien commandant des troupes bouïdes, qui entretenait une correspondance avec les Ismaéliens depuis les progrès des Seljouqides, mit Bagdad pour un temps entre ses mains : el-Qâïm dut s’enfuir, et la prière publique, dans les mosquées de la capitale, fut faite au nom du Khalife fâtimide el-Mostançir (13 dhou'lqa'da 450 = 1er janvier 1059).
Le succès d’el-Basâsirî à Bagdad ne dura que quelques mois. Vers la fin de l’an 451 (1060), le Khalife Qâïm était rétabli par Toghrul-beg dans sa capitale. D’autres Khalifes lui succédèrent sous la protection des Seldjouqides : Moqtadi en 467 (1075), Mostazhhir en 487 (1094), Mostarchid en 51*2 (1118), qui réussit à reprendre, au milieu des luttes et des guerres qui suivirent la mort de Malak-Ghâh, un peu de son pouvoir temporel et à régner effectivement à Bagdad et dans une grande partie de l’Iraq ; il fut assassiné dans sa tente par des Ismaéliens, peut-être à l’instigation du Sultan Seldjouqide Mas'oûd. Ensuite vinrent Râchid (529-1134), bientôt déposé, Moqtafî, son oncle (530-1136), Mostandjid (555- 1160), étranglé dans son bain par des grands dignitaires de sa cour, Mostadî (566-1170), qui vit disparaître la dynastie Fâtimite, Nâçir (575-1180) qui eut le malheur de régner au moment où les Mongols commençaient à dévaster le monde musulman. Ce dernier était avare, et développa beaucoup l’espionnage auprès des souverains étrangers ; policier dans l’âme, il courait la nuit dans les rues de la capitale, pour entendre ce qu’il s’y disait ; à côté de cela, il était grand constructeur et fit élever de nombreux édifices d’utilité publique. Zhâhir (622-1225) et Mostançir (623-1226), à qui l’on doit la construction de la fameuse université Mostançiriyya, décrite
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par le voyageur Ibn-Batoûta et où est aujourd’hui la douane de Bagdad, se trouvèrent bientôt remplacés par le dernier des Khalifes de Bagdad, Mosta'çim (6/(0-1242) dont le règne do seize ans se termina par la prise de la capitale par Houlagou, petit-fils de T chingiz-Khân (656-1258). Le bruit de l’approche de l’ennemi n’avait pu tirer le Khalife de son engourdissement ; il passait, en effet, la plus grande partie de son temps à entendre de la musique on à regarder des bouffons ; il manquait de caractère et de volonté. Cependant les Mongols avaient passé le Tigre à Tekrît et les bateliers ne suffisaient pas à transporter les populations qui fuyaient, remplies d’épouvante. Un petit corps de troupes envoyé à la rencontre des envahisseurs fut aisément défait; les assaillants entrèrent immédiatement dans les faubourgs et les pillèrent. La ville investie, les murailles battues par les machines de guerre ne résistèrent pas longtemps. Après que Mosta'çim eut montré ses trésors aux avides conquérants, il fut entraîné hors de la ville et mis à mort avec la plus grande partie de la population (14 çafar 656 — 2Q février 1258).
L’histoire de la famille d’cAbbâs ne s’arrête pas là. Un de ses membres échappa au massacre ordonné par Houlagou et se réfugia en Égypte où le sultan mamlouk Béïbars le reconnut comme Khalife sous le titre d’el-Mostançir-bilJah « celui qui demande secours à Dieu », et ses descendants continuèrent de représenter au Caire le pouvoir spirituel sunnite jusqu’au moment de la conquête ottomane (923-1517) où le sultan Sélim Ier se fit transférer à lui-même les pouvoirs de successeur du Prophète ; il emmena Motawakldl III à Constantinople, d’où il lui fut permis de retourner en Égypte où il mourut en 945 (1538).
Khalifes 'Abbassides.
[Suite).
Qâhir-lillah (320-322 = 932-934).
Abou’l-'Abbâs Mohammed Radi-billah (322-329 = 934- 940).
Abou-Ishaq Ibrah'm Mouttaqî-lillah (329-333 = 940-944). Abou’l-Qâsim Mostakfî-billah (333-334 =944-946).
Fadl Mouti'-lillah (334-363 = 946-974).
Abou-Bekr 'Abd-el-Kérîm Tâ’ï'-liamrillah (363-381 = 974- 992).
Qâdir-billah Ahmed Abou’l-'Abbâs (381-422 =992-1031). Qâ’ïm-biamri’llah (422-467 = 1031-1075).
Moqtadi-biamri’llah (467-487 = 1075-1094). Mostazhhir-billah (487-512 = 1094-1118).
Mostarchid-billah (512-529 = 1118-1135).
Râchid-billah (529-530 = 1135-1136).
Mohammed Moqtafi-liamrillah (530-555 = 1136-1160). Yoûsouf Mostandjid-biRah (555-566 = 1160-1170). El-Hasan Mostadî-biamrillah (566-575 = 1170-1180). Nâçir-lidîn-iUah (575-622 = 1180-1225).
Zhâhir-biamrillah (622-623 = 1225-1226).
Mostançir-biRah (623-640 = 1226-1242).
Mosta'çim (640-656 = 1242-1258).
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BIBLIOGRAPHIE
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Ibn-Batoûta, Voyages , texte arabe et traduction par C. Defrémery et le docteur B. R. Sanguinetti; 4 vol. in-8, 1853-1858.
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