‹ Histoire des Arabes (volume 3)Chapitre 12 sur 53 · LES ROIS DE GHASSAN ET DE IIIKA · texte numérisé non relu

LES ROIS DE GHASSAN ET DE IIIKA

dhir II lui-même, et non de sa mère; il lui aurail élé donné à raison de sa générosité dans les années de sécheresse et de famine. C'est par erreur qu'on aurait attribué ensuite ce sobriquet à sa mère.

La paix conclue entre les Perses et les Romains 506 laissait les frontières tranquilles ; mais en 518, l'empereur Justin refuse de payer le tribut convenu; Qobàdh fait ravager le territoire syrien par ses Bédouins. Deux généraux romains, au cours des expéditions qui suivirent, avaient faits prisonniers; pour traiter de leur rachal h de leur liberté, Abraham, père de l'historien Xonnosus, fui envoyé en qualité d'ambassadeur; parmi les membres de la mission se trouvait Siméon de Bêth-Archâm, qui rencontra, au camp de Moundhir à Ramla, dans le désert, une autre ambassade envoyée par le roi du Yémen, Dhou-Xou râs. Chaque année les Bédouins allaient piller le territoire ennemi : ils brûlèrent même les faubourgs de Chalcédoine. C'est el-Moundhir qui. d'après les auteurs syriaques publiés par Land, sacrifia a la dresse El-'Ozzà quatre cents religieuses prisonnières. Ces événements suggérèrent à Justinien, comme nous l'avons vu, l'idée de créer, en opposition aux I î.;< 1( >u ins auxiliaires des Perses, un phylarque groupant sous son autorité les Arabes de la frontière de Syrie, et il choisit pour cela El-Hârith, de la famille de Djafna, dont non- avons parlé à propos des Ghassanides. Bélisaire, poursuivant ses succès contre les Perses, repousse de la Commagène les Arabes qui étaienl venus y pi lier, mais il perd la bataille de Callinicus (Raqqa' sur l'Euphrate (53 1 . où péril en-No m. m. Gis d'el-Moundhir. Sans tenir compte de la paix conclue en 532 qui ne les concernait pas. les Ghassanides el les Lakhmides continuent à se disputer la prédominance du désert, le long de la strata route de Palmyre. Le roi de Perse n'était peut-être pas fâché d'avoir un prétexte pour rompre la paix dite perpétuelle qu'il avait conclue avec Justinien. < î'esl au cours de ces luttes qu' el-Moundhir fit prisonnier, au pâturage, un lils d'el-Hârith et le sacrifia à la dces><- el- < >zzà.

A celte époque doil sans doute se placer une ambassade envoyée par el-Moundhir au roi du Yémen, <•! dont on ;i

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trouvé l'indication dans une inscription himyarite publiée par Glaser.

Au cours des luttes avec ses redoutables adversaires, el- Moundhir périt à el-Hiyâr, dans la région de Qinnasrîn (554), sur la route d'Alep à Raqqa ; il tomba sous les coups de Chamir ben 'Amr es-Sohéïmî, de la tribu des Banou- Hanîfa.

Les sources arabes nous parlent d'une interruption du règne d'el-Moundhir, sur laquelle les textes byzantins sont presque silencieux. Il s'agit de l'invasion subite de la race de Kinda, sous la direction de la famille d'Âkil-el-Morâr, venant du sud s'implanter entre Ghassan et Hîra; il y eut un interrègne rempli par le nom d'el-Hàrith ben 'Amr ben Hodjr, qui était le grand-père du poète-roi Imrououl-Qaïs et le propre beau-père d'el-Moundhir. Les fils d'el-Hârith, Hodjr et Ma'dikarib, combattent les Romains en Syrie (498 et 503j.au rapport de Théophane. Ces Kindites s'établirent en 'Iraq; el-Anbàr paraît avoir été leur séjour préféré. En 529, el-Hàrith est obligé de se retirer dans l'intérieur du désert, poursuivi par le duc romain de Palestine ; saisi par el- Moundhir, il périt. Le roi de Perse Qobâdh avait été effrayé de l'importance prise par l'Etat de Hîra; il peut avoir déposé el-Moundhir et l'avoir remplacé par el-Hàrith le Kindite ; Chosroès Ier, arrivant au trône, rétablit l'ancien ordre de choses avec d'autant plus de facilité qu'el-Moundhir semble avoir pris parti pour lui contre la secte des Mazdékites, soutenue par Qobâdh. L'absence d'El-Moundhir, guerroyant au loin, peut aussi avoir été mise à profit par les nouveaux venus. A la suite de leur défaite, les Kindites retournèrent dans le Sud, d'où ils étaient venus.

Trois de ses fils succédèrent à el-Moundhir : 'Amr, Qâboùs (Cambvse) eten-No'màn III. 'Amr avait pour mère une princesse de Kinda, Hind, d'où son surnom d"Amr-ben Hind; il fut appelé modarrit el-hidjâra « qui fait rendre des vents aux pierres » à cause de son caractère rude et énergique. Qâboîîs lui succéda vers 569 et continua la lutte avec les Ghassânides; il fut défait en 570 par el-Moundhir ben el- Hàrith; il n'échappa au désastre qu'avec un petit nombre de

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compagnons. lTne seconde camj)agne ne fut pas plus heureuse; mais les trois ans pendant lesquels le roi de Ghassan, el-Moundhir, resta brouillé avec les lîomains, servirent utilement Qâboûs, qui poussa ses incursions jusqu'à Anlioche. Après sa réconciliation à Roçâfa, el-Moundhir reprit la campagne, marcha sur Ilîra et la brûla, en emmenant prisonniers les habitants (vers 578). Qâboûs n'était plus roi : il avait été remplacé par son frère el-Moundhir IV, à sa mort (vers573 . mais non immédiatement, car un gouverneur perse avait dirigé l'Etat pendant un an. Si le frère de Qâboûs n'avait pas été créé roi tout de suite, c'est que les habitants de Ilira le détestaient, surtout les chrétiens. Il disparait vers 580, peutêtre dans une guerre, laissant le trône à son fils en- No'mân III, tant célébré par les poètes.

En-No 'màn, surnommé Abou-Qâboûs, était d'une laideur remarquable; il était roux et avait le visage tacheté; mais on lui reprochait surtout d'être le fils de Salmà, fille d'un simple orfèvre de P'adak près de Médine, probablement un juif, Wâïl l^en 'Atîyya, de laquelle on disait qu'elle aurai' pu tout au plus espérer devenir la femme d'un tisserand oi* d'un orfèvre au lieu de trôner dans le palais de Khawarnaq. Il avait des compétiteurs dans la personne de ses nombreux frères, surtout el-Aswad; aussi le trône resta-t-il quelques mois vacant; en-No'màn dut son succès final à la protection du poète chrétien Adi ben Zéïd el Ibàdi, qui était secrétaireinterprète du roi de Perse pour la langue arabe.

Il régna vingt-deux ans. llam/.a [çfahâni rapporte qu'il prit Circésium dans quelque campagne contre les Romains. Mas'oûdi le montre aux côtés de Chosroès II a la bataille de Nahréwân perdue contre Behrâm-TchoûbiD (590 el refusant de lui prêter son cheval. Il fui malheureux dans la lutte contre les Yarboû', branche des Témîm : dans une rencontre a Tikhfa, sur la route de Baçra à la Mecque, son lils Qâboûs et son frère Hassan lurent faits prisonniers : il fallut livrer mille chameaux digai el-moloûk « rançon des rois pour les (I. -livrer. (Vêlait un tyran, qui avait un faible pour les

femmes et les poètes.

Le mécontentement du roi de Perse ae tarda p tter;

il ne pouvait pas lui pardonner de l'avoir abandonné sur le champ de bataille de Nahrévvân; il résolut de se venger, non seulement en le détrônant, mais même en détruisant la la dynastie des Lakhmides, qu'il accusait de vouloir se rendre indépendante. En-Xo'màn ne se rendit pas tout d'abord à la convocation de son suzerain ; il commença par mettre en sûreté ses deux femmes Far'a et Zéïneb, toutes deux de la race de Tayy, ainsi que ses armes, chez les Tayy, mais ceux-ci reconduisirent et c'est dans une fraction des 'Abs, puis chez les Banou-Chaïbân qu'il déposa ce qu'il avait de plus précieux; ensuite il se rendit auprès du roi, non pas de bonne grâce, mais parce qu'on l'y obligeait. Il fut jeté en prison, soit à Khâniqîn, soit à Sàbât près de Ctésiphon; cette prison était la ménagerie des éléphants, et le souvenir de ce détail a été conservé par un vers célèbre du poète Sélàma ben Djandal. C'est là qu'il mourut, soit qu'il ait été foulé aux pieds par les éléphants, soit qu'il soit mort de la peste, ou même, comme le dit la chronique syrienne anonyme, qu'il y ait été empoisonné (vers 602). Son corps fut transporté à Hîra et enterré dans le couvent de Ilind.

La chute d'en-No'mân entraînait celle de la dynastie. Il fut remplacé par un autre Arabe, il est vrai, mais de la race de Tayy, Iyâs ben Kabîsa, qui était chrétien, et à côté de lui on établit un fonctionnaire perse en qualité de résident. Il gouverna neuf ans; c'est pendant cette période qu'eut lieu la bataille de Dhou-Qâr.

Bataille de Dhou-Qar. — Chosroès II exigea du chef des Banou-Chaïbàn, Hàni", la remise des armes déposées par en-No 'mân; celui-ci refusa, etle roi de Perse lança une expédition contre lui. La cause de cette campagne peut être aussi bien les incursions des Bekrites sur le sol de l'empire perse après la mort d'en-No'mân. Quoi qu'il en soit, la rencontre eut lieu à Dhou-Qâr, dans la région de Koûfa. Du côté des Perses combattaient les Bédouins vassaux de l'empire, les Taghlibites et les Iyâdites, sous le commandement d'Iyâs ben Kabîsa; les troupes perses étaient dirigées par leurs chefs, Hâmarz et Djalàbzîn; en tout trois mille Arabes et deux mille Perses. En face d'eux l'ensemble de la tribu

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