‹ Histoire des Arabes (volume 3)Chapitre 23 sur 53 · KHALIFA1 I) ABOU-BEKR · texte numérisé non relu

KHALIFA1 I) ABOU-BEKR

de ses partisans, celui-ci réussit à s'enfuir avec sa famille en Syrie.

Dans L'Arabie centrale, el-Fodjâl [yâs ben 'Abdallah, de la tribu de Soléïm, a|)r(''s s'être fait donner des armes par Abou-Bekr sous l<' prétexte de réduire les rebelles, se mil à rançonner Musulmans et païens; le khalife envoya contre lui Toraïfa ben Hàdjiz qui le lit prisonnier à La suite d'un combat ; le brigand fut amené à Médine et brûlé vif dans le cimetière de Baqî' el-Gharqad.

Chez les Témîm, c'est une prophétesse, Sadjâh, qui souleva les campements en même temps qu'une partie des Taghlibites, auxquels elle se rattachait par sa mère, lu jour, pendant qu'elle parlait, à la façon des sibylles, en prose ri niée, elle annonça que le Maître des nuages rabb es-sahâb ordonnait à ses partisans d'attaquer les Banou'r-Ribât, qui étaient une branche des Témimites. Ses sectateurs s'empressèrent d'obéir à cet ordre, mais ils fuient battus, et Le crédit de la prophétesse s'évanouit. Klle se rendit alors dans le Yémâma, auprès <lu faux prophète Moséïlima, avec lequel elle contracta mariage. A la mort de Moséïlima. Sadjâh retourna chez ses frères et mourut chez eux.

Lu FAUX PROPHÈTE MOSEÏLIMA. — Moséïlima s'appelait en

réalité Maslama; ce sont les Musulmans qui plus tard, par dérision, lui donnèrent ce nom au diminutif, comme nous venons de le voir pour Talha devenu Tolaïha, en même temps qu'ils lui appliquaient L'épithète de Kadhdhâb « celui qui fait profession de mentir ». Il appartenait à la tribu des Banou-1 lanîfa, branche des Bekr ben YVâ'ïl, qui étail en grande partie chrétienne el habitait le Yémama, à l'orient

de Médine el i Loin des côtes du golfe Persique. < étaient

des agriculteurs, gens de mœurs douces et pacifiques : un vers de Djarîr a chanté les « gens des palmiers, des jardins

clos de ps et des champs ensemencés Les quelques

expressions que Tabari nous :i conservées nous représentent les sectateurs de Moséïlima comme une congrégation de gens pieux machar abrâr qui observenl les prières, sab-

Btiennent de la violence et du péché. Le jugement der r

yaum dînihî), Le royaui les cieux mulk es-samâ . rappel

lent les expressions familières aux chrétiens. Il semble que Moséïlima, s'érigeant en prophète en face du maître de Médine, ait puisé ses inspirations dans le milieu chrétien dans lequel il vivait, tout en cherchant à créer, semble-t-il, une religion nouvelle, les anciennes ne paraissant plus avoir de force suffisante pour résister à l'impulsion partie de la Mecque. Au rapport de Séïf ben 'Omar, il établit dans son pays un territoire sacré haram) destiné à servir de lieu d'asile. Il appelait Dieu « er-Rahmàn » (le miséricordieux , expression d'origine chrétienne, qui ligure déjà dans les inscriptions sabéennes du quatrième siècle de notre ère, et que Mahomet lui-même avait adoptée pendant quelque temps, à la Mecque. Il fut le prophète national des Banou- Hanifa, en qui s'incarnait l'âme de la patrie, et pour qui ils luttèrent jusqu'à la mort.

Le Yémâma était couvert de forteresses en ruines et de murs de grosses pierres, débris d'une antique civilisation antérieure à rétablissement des Banou-Hanifa sur ce territoire, peut-être le siège primitif des Chaldéens qui envahirent la Babylonir au sixième siècle avant 1ère chrétienne et yfondèrentla dynastie de Nabuchodonosor. C'est dans une de ces forteresses, Hadjr, considérée comme la capitale, que s'établit Moséïlima. Abou-Bekr avait donné à Khâlid ben el-Wélîd l'ordre de combattre et de réduire les troupes de Tolaïha; le général voulut poursuivre ses avantages et étendre ses conquêtes; les Ançârs, commandés par Thâbit ben Qaïs, refusèrent de le suivre, en alléguant que le khalife n'avait point ordonné de continuer la campagne. « Je n'oblige personne, répondit Khâlid ; si vous voulez, marchez en avant, sinon, restez ici. » Ils réfléchirent que les désastres qui pouvaient survenir à Khâlid seraient imputés à leur défection, et que ses succès les empêcheraient d'avoir part au butin ; ils se résolurent à le rejoindre et à le suivre dans sa route vers le territoire des Témîmites et le Yémâma. Khâlid s'avança jusqu'à el-Botàh, en plein cœur du pays témîmite ; de là il lança des colonnes volantes contre les Témîmites dispersés : ceux qui professaient la formule de foi musulmane et acquittaient les taxes étaient laissés

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tranquilles; les autres étaient traites comme des ennemis. Une de ces expéditions ramena .Màlik ben Nowaïra, chef des Témîmites, comme prisonnier; la nuil suivante ayant été très froide Khâlid lit donner l'ordre de distribuer «les couvertures aux prisonniers ; seulement le terme dont il se servit signifiant « tuer » dans le dialecte des Kinâna, les gardiens comprirent que le chef donnait Tordre de mettre à mort les captifs, ce qui fut fait immédiatement. Khâlid, au tumulte qui s'ensuivit, ayant compris l'erreur commise, se contenta de dire : « Quand Dieu veut quelque chose, il l'obtient. » Les Musulmans se soulevèrent contre cette barbarie'; leurs plaintes arrivèrent aux oreilles d'Abou-Bekr qui ae voulut pas sévir, mais, sur les protestations d"Omar, il lit venir Khâlid. Celui-ci se disculpa si victorieusement que non seulement le commandement lui fut conservé, mais qu il ue lui fut rien objecté à sou mariage avec la veuve d'une de victimes. De gra^ es motifs politiques peuvent seuls avoir porté Abou-Bekr, l'homme équitable par excellence, à admettre la justification de Khâlid ; le l'ail est que la morl de Màlik ben Nowaïra enleva aux Témîmites toute velléité de se soulever, qu'ils devinrent dès lors bons Musulmans et n'hésitèrent pas, un peu plus tard, à se joindre aux bandes qui envahissaient la Mésopotamie. Il n'est pas sur non plus que d'autres que Màlik aient été mis à mort en même temps que lui ; il peut avoir été la seule victime; seulement il est alors assez, difficile de se rendre compte de la réprobation de l'opinion publique, qui n'en était pas à s'émouvoir d'un assassinat, même politique.

Un autre faux prophète souleva le Yémen. G'étail el-Asw ad ben Ka'l) el-'Ansi ; on prétend que son vrai nom étail 'Aïhala, cl que le surnom d'el-Aswad le noir lui fui donné a cause de la couleur de sa peau. ( '.'était un faiseur de tours de passepasse, qui, se disant prophète, se mit a la tête de sa Iribu.

les Ans, et de quelques autres confédérés, <'t marcha sur Çan'â, la capitale, où le parti dominant était celui des Ahuà les l ils . c'est-à-dire les descendants de conquérants perses cl de femmes indigènes, les métis qui formaient alors l'aristocratie locale. Il s'en empara, mais il ne jouit

pas longtemps de sa conquête, car la veuve du gouverneur perse Chahr, fils de Bâdhân, qui s'appelait Azàd et à laquelle certains auteurs donnent le titre d'el-Marzobâna (« la femme du satrape »), introduite par le faux prophète dans son gynécée, complota sa perte avec les Abnâ : profitant de ce qu'il était ivre-mort, Fîroùz le Déïlémite s'introduisit dans le palais, lui appuya le genou sur la poitrine et lui tordit le cou ; on lui cou pa ensuite la tête. Il semble bien qu'il y ait eu encore là un mouvement politique encore plus que religieux ; el-Aswad se trouva le protagoniste des Arabes contre les Perses; mais ceux-ci étaient fortement ancrés dans le pays, et l'éphémère conquête de Çan'à n'assura pas une victoire définitive à l'élément arabe; les Perses furent en fin de compte les maîtres de la situation, éclaircie par l'assassinat du faux prophète. Mais il ne se passa pas un an que les Arabes reprirent l'avantage par l'assassinat de Dàdhoùvè, chef des Abnâ; il est vrai qu'un troisième élément était entré en scène, l'élément musulman, représenté par Oaïs ben Hobaïra, qui se défendit toujours d'avoir trempé dans le meurtre du chef de la colonie perse.

En l'année 12, Abou-Bekr tenta la conquête du Yémâma. La première expédition, commandée par 'Ikrima ben Abi- Djehl, fut marquée par un insuccès complet; il fallut envoyer Khâlid ben el-Wélid. Moséïlima disposait de forces considérables, les Banou-Hanîfa étant fort nombreux. Khâlid commença par détacher de sa cause les Banou-Témîm, puis il attaqua, au mois de rébi' Ier, l'ennemi qui était campé à Aqrabâ. La bataille fut la plus sanglante qui ait jamais eu lieu en Arabie ; les Musulmans y rencontrèrent une résistance acharnée. Au premier choc, les Banou-Hanîfa traversèrent les rangs de leurs adversaires et pénétrèrent dans leur camp où ils abattirent la tente du général, en délivrant les prisonniers qui s'y trouvaient. Khàlid, entraîné par sa bravoure personnelle, se jeta dans la mêlée et, aidé des principaux chefs, réussit à ramener les Musulmans au combat. Quand les Hanîfa commencèrent à faiblir, un des leurs, el- Mohakkam ben Tofaïl, cria : « Entrez dans le clos ! » Il y avait là un jardin clos de murs, où les Ilanifa pouvaient compter

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faire une longue résistance : mais el-Barâ ben Mâlik se lit porter sur les épaules de ses compagnons, franchit le mur et, se faisant jour à coups de sabre, alla ouvrir la porte du jardin, dont les défenseurs furenl tous massacrés. Le nom de Hadîqat < ■1-nuiuL clos de la mort », en resta à cet endroit. Vers la lin de la bataille. Moséïlima fut tué d'un coup de javelot : ce fui la lin de la résistance.

Néanmoins celle-ci avait été telle qu'elle lii réfléchir les assaillants, et Khâlid, par l'entremise de son prisonnier Modjdjâ'a, conclut avec les défenseurs des forteresses un traité de paix moyennant la remise de l'or, de l'argent et des cottes de mailles possédés par les Banou-Hanîfa, plus le quart de leurs esclaves pris à la guerre, sans exiger leur conversion formelle à l'islamisme. Pour expliquer la prudence de Khâlid, qui se montra aussi habile négociateur que général audacieux, on inventa plus tard que, tous les Ilanifa étant tombés sur le champ de bataille, leurs femmes s'étaient revêtues des armes que renfermaient les forteresses et en avaient ainsi imposé aux .Musulmans. Il esl plus probable que ce qui lil réfléchir ceux-ci, c'est la pensée d'avoir à faire de nombreux sièges après une bataille en rase campagne où la victoire avait été chèrement achetée.

La conquête <lu Yémâma ouvrai! le chemin à celle du Bahréïn, pays considéré par les auteurs musulmans comme avant participée la ridda ou apostasie générale. Il fallut quelque temps, peut-être deux ou trois ans. pour soumettre entièrement un pays alors place sous la suzeraineté «le la Perse sassanide, qui j occupait quelques places et pouvait soutenir ses vassaux dans leur lutte contre les attaques venues de l'intérieur. Les troupes musulmanes d'occupation étaient commandées par el-'Alâ el-Hadrami : elles durent se réfugier dans un château forl nom me Djowâthâ où elles furent assiégées : mais une sortie lieiuvuse. qui leur permit de saccager le camp ennemi, les tira de cette situation difficile.

Les Azd de F 'Oman ayant relu se de payer les taxes, 'Ikrima ben Abi-Djehl reçut l'ordre d'aller les attaquer; dans une grande bataille, le chef des rebelles, Laqîl ben Mâlik, fut défait et se retira à Dabâ, place qui se rendit au bout d un

mois de siège. Puis 'Ikrima conquit le Mahra, alors entièrement païen ; les luttes entre deux partis qui se partageaient la contrée facilitèrent singulièrement l'occupation musulmane; le parti le plus faible saisit l'occasion qui lui était ofïerle de remporter sur ses adversaires, en se convertissant à l'Islam et en s'attirant par là le concours du corps expéditionnaire. Au Véinen, Qaïs ben 'Abd-Yaghoûth ben Makchoûh avait ourdi un plan pour expulser les Abnâ, descendants des conquérants perses, en s'entôurant des Dhoù ou chefs himyarites; toutefois, ceux-ci refusèrent de participer au complot et Qaïs rassembla les anciens partisans du faux prophète el- Aswad el-'Ansi, qui continuaient à tenir la campagne comme voleurs de grand chemin. Dàdhoùvé, l'un des chefs perses, avait été assassiné traîtreusement; les deux autres, Firoùz et Guchnasp (écrit Djochaïch dans les textes arabes), s'enfuirent dans les montagnes. Qaïs s'empara de Çan'â ; mais, bientôt, battu par Firoùz, qui avait intéressé à sa cause la tribu des \Akk, il dut s'échapper dans l'intérieur du pays, versNedjràn. El Mohâdjir ben Abi-Oméyya fut envoyé parle khalife pour rétablir l'ordre. Qaïs tomba aisément entre ses mains et fut envoyé enchaîné à Médine, où Abou-Bekr le fit remettre en liberté, parce qu'on ne put pas prouver qu'il était l'assassin de Dàdhoùvé, ou plutôt parce que, celui-ci n'étant pas musulman, sa mort était considérée comme un incident de nulle importance. Le Hadramaut, qui s'était tenu tranquille,se révolta lors des exactions commises par Ziyâd ben Labid dans la perception de la taxe çadaqa ; un coup de main dirigé par le gouverneur contre les jardins murés où les naturels s'étaient fortifiés, abattit une première fois l'insurrection, qui fut complètement domptée par l'arrivée d"Ikrima. Celui-ci, se joignant à Ziyâd, remporta sur les K i lui ites la bataille de Mihdjar ez-Zorqân; leurs débris se réfugièrent dans la forteresse d'en-!\odjaïr qui, malgré une sortie furibonde, fut prise par les assiégeants grâce à la trahison d'el-Achath ben Qaïs : celui-ci leur en ouvrit les portes pour se ménager, à lui et à ses gens, la vie sauve.

(1) Caetani, Annali dell'Islam, t. II. 2. p. 78!».

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Commencement dks luttes avec f.a Perse. — Les conquête de Khâlid le mirenl en contact avec la grande tribu dis Bekr ben Wâ'il, qui habitait le long de l'Euphrate, depuis la région de Hîra jusqu'à celle où s'éleva bientôt Baçra, et qui se livrait à des incursions fréquentes dans la région du Chatt-el- 'Arab. Ce furent eux cjui proposèrent aux Musulmans d'attaquer les populations sédentaires protégées par les garnisons perses; l'appui des troupes victorieuses du général musulman leur semblait une occasion excellente de continuer, dans de meilleures conditions, les déprédations qui étaienl leur genre de vie habituel. Les premiers coups furent portés à la ville de Hîra : en un mois, toute cette région fut envahie et conquise. C'était la première barrière <|iii tombait : l'établissement d'un camp permanent sur le sol de l'ancien royaume de Hîra, feudataire de l'empire sassanide, mettait les Arabes de Médine en contact avec l'Euphrate et allait leur inspirer l'idée, une fois le fleuve traversé, de pousser plus avant leurs avantages.

Toutefois la première campagne se termina d'une façon désastreuse, car les troupes de Médine, envoyées par le khalife sur les confins de la Syrie, quittèrent le pays conquis, laissanl à elles-mêmes des bandes de pillards bédouins auxquelles les troupes réglées de Yezdgird III n'eurent pas de peine à infliger un sanglant échec.

Campagne de Syrie. — La conquête de la péninsule arabique, motivée d'abord par la nécessité de réduire à l'obéissance les tribus qui refusaient l'impôt, puis de proche en proche par des interventions dans les luttes intestines qui déchiraient les contrées de l'est et du sud. n'empêcha pas le khalife de pensera diriger des expéditions vers la Frontière de la Syrie. Tout le monde d'ailleurs, le peuple de Médine et les nomades du nord réclamaient àgrands cris des razzias sur ce pays riche et peuple. Des volontaires vinrenl U'^i seule menl du Hedjâz et du Nedjd, mais même du nord du Yémen, se joindre à un rassemblement qui fui placé sous les ordres de Yézid heu Abi-Sofyân, frère «lu fameux Mo'àwiya et nouvellement converti. Le choix dece commandant, appartenant non pas à l'entourage du prophète, mais

à l'aristocratie qoréïchite de la Mecque, indique que celle-ci était déjà en mesure de dicter des choix au khalife, qui aurait préféré d'abord choisir Khàlid ben Sa'îd, un des compagnons de Mohammed ; celui-ci avait été son adversaire lors de son élection, et s'il le choisit, c'est à cause de sa qualité de compagnon; s'il dut renoncer à cette nomination, c'est que le parti qui l'avait porté au commandement suprême était déjà assez fort pour faire prévaloir ses volontés. D'autres expéditions commandées, l'une par Chorahbil et l'autre par Ainr ben el-Aç, se jetèrent sur la Palestine.

L'apparition de Yézîd au sud de la mer Morte obligea le patrice de Césarée, Sergius, à marcher contre lui avec des forces peu considérables, qui furent surprises et défaites à el-'Araba, puis mises en déroute complète à Dàthina, le 29 dhoùl-qa'dé 12 (/i février 634 . La Palestine fut dévastée, à l'exception des villes murées. L'empereur Héraclius réunit en hâte toutes les forces disponibles. Khàlid reçut l'ordre de se rendre en Syrie, remonta le cours de l'Euphrate en razziant jusqu'au delà de Qarqisiyyà, puis de ce point piquant droit à travers le désert de Palmyre du nord au sud, se dirigea rapidement vers Damas. Le jour de Pâques, il razzia un village chrétien des environs, puis alla rejoindre, devant Boslra, les contingents arabes qui opéraient dans le sud de la Palestine. Les habitants de Bostra achetèrent leur tranquillité par le payement d'une forte indemnité, et les troupes musulmanes réunies se lancèrent à la recherche des troupes romaines rassemblées par l'empereur.

Conquête de la Perse. — La bataille de Dhou-Qàr en (110 avait montré que les armées perses n'étaient pas invincibles; et il est à noter que ce furent les Bekr ben Wâ il, vainqueurs dans ce combat, qui induisirent les Musulmans à la conquête de la Perse.

L'occupation du grand empire sassanide ne fut pas l'objet d'un plan prémédité, longuement conçu et étudié à l'avance ; elle commença par de simples razzias, et ce fut le succès de celles-ci qui encouragea les chefs à tenter de plus vastes entreprises et à mettre en ligne des troupes plus considérables; en un mot, ce fut encore cette fois l'occasion

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qui fit le larron. L'armée qui s'avança contre Hîra, composée en grande partie d'Arabes païens, ne comprenait que quelques milliers d'hommes (2.500 environ, dont le cinquième seulement était venu de Médine et peut par suite être considéré comme vraiment converti à la nouvelle religion). El-Mothannà heu Hàrilha ech-Chéïbâni, dune des branches des Bekr ben Wâ'ïl, s'était rendu célèbre par ses attaques continuelles sur le territoire perse; il demanda à Abou-Bekr d'être reconnu comme chef des tribus qu'il avait réunies pour ses déprédations, et en accédant a ce désir, ie khalife lui dépêcha Khàlid ben el-Wélîd pour représenter l'autorité supérieure de Médine et diriger les opérations. II commença par occuper les villages voisins, Bânîqiyâ, Bâroûsmâ (Bêth-Archam) et Ollaïs < Yologesias , en concluant un traité de capitulation avec leur chef, Ibn-Çaloûbâ, moyennant le payement d'un tribut. Les nobles de Mua, sous la direction de Qabîça heu [yâs le Tayyite, qui était le lieutenant sassanide, conclurent également un traité qui leur permettait de garder leur religion chrétienne moyennant h' payement d'une capitation. Le montant de ces deux tributs fut le premier versé par l'Iraq a la caisse de Médine.

De Hîra, Khàlid aurait poussé une pointe sur el-Anbâr, ville qui avait porté le nom de Fîroûz-Çâboûr sous les Sassanides et avait retenu le nom populaire d'el-Anbâr (magasin) à cause des greniers et des approvisionnements militaires qui y étaient conservés, en vue d'une campagne toujours possible contre les Romains. La cité aurait capitule : puis il aurait passé L'Euphrate et poussé jusque auprès du Tigre, à Soûq-Baghdâd, la même ou s'éleva plus tard la célèbre ville de Bagdad qui devait ('-ire la capitale des khalife-, abbassides; enfin, il se sérail emparé de 'Aïn-et-Tamr, aurait massacre les défenseurs et réduil en esclavage les femmes et les enfants. Les prisonniers de 'Aïn-et-Tamr auraient ainsi été les premiers qui arrivèrent de l'Iraq .1 Médine, car la ville était la première prise d'assaut, les mtres ayant capitulé. De là enfin Khàlid aurait entrepris une expédition vers Doûmat el-Djandal ou il aurait mis a mort Okaïdir et serait rentré a Dira, d'où il ne serait plus reparti que pour

conquérir la Syrie. La première campagne des Musulmans sur les confins perses ayant eu le caractère d'une simple razzia, il est invraisemblable que Khâlid se soit aventuré à attaquer une place telle que el-Anbàr; Mohammed ben Ishàq, Abou-Yoùsouf et el-Wâqidî ignorent ces événements, qui ont eu lieu seulement plus tard, au début du khalifat d"( )niar.

Les traditions de l'Iraq, dont Séïf ben 'Omar s'est fait l'écho et qui nous ont été transmises, comme tout le reste, par Tabarî, sont un tissu de légendes populaires sans fondement historique, et les grandes batailles dont elles sont pleines ne sont que la projection dans le passé des luttes qui précédèrent et suivirent la bataille de Qâdisiyya.

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