‹ Histoire des Arabes (volume 3)Chapitre 30 sur 53 · KHALIFAT DES ABBASSIDES · texte numérisé non relu

KHALIFAT DES ABBASSIDES

six jours après avoir abdiqué, et mirent sur le trône Mohammed, surnommé Mohtadî, fils de Wâthiq et d'une esclave grecque.

Celui-ci essaya de restreindre le pouvoir des Turcs. C'était un homme pieux et juste; il ne manquait pas de présider à la prière du vendredi : il était même rigoriste et interdit l'emploi du vin et delà musique. II avait fait construire une salle spéciale où il rendait la justice. Mais la turbulence de ses troupes l'empêcha de régner plus de onze mois. Moùsa, fiis de Boghà l'aîné, était occupé à combattre les 'Alides appuyés sur les naturels du Tabaristan, qui venaient de s'emparer de Qazwîn ; néanmoins, en apprenant l'assassinat de Mo'tazz, il revint à Sàmarrà malgré la défense formelle du souverain ; ses troupes envahirent le palais. Moùsa était maître de la situation, mais la mésintelligence éclata bientôt entre lui et le Khalife, qui essaya de le combattre et fut vaincu ; il ne tarda pas à être assassiné par des Turcs ivres (48 redjeb 256-21 juin 870).

C'est pendant ce court règne qu'éclata à. Baçra la révolte du chef des Zendjes, un Persan d'origine qui se faisait passer pour Wlide, mais qui était en réalité un Khâridjite, et qui souleva les nègres originaires du Zanguebar établi^ en grandes masses sur les alluvions du bas Euphrate. Deux ans après, il s'emparait de la ville elle-même : il ne fut vaincu et tué qu'au bout de treize ans.

Moùsa, le chef turc, alla choisir un Khalife dans la famille d'El-Motawakkil et proclama Ahmed, son fils, né d'une esclave arabe de Koùfa, sous le nom d'El-Mo'tamid; il avait vingt-cinq ans. L'une de ses premier» >s décisions fut <le transférer de nouveau à Bagdad la résidence du souverain : on ne pouvait plus vivre à Sâmarra. Sou règne fut relativement long (vingt-trois ans) ; il en dut la continuité à l'énergie de son frère Tallia, nommé Mowaffaq. Le Khalifal était menacé, non seulement par les luttes intestines et par la révolte des Zendjes, mais encore par le- entreprises des Persans redevenus indépendants. Les batailles E»e livrent tout près de la capitale; voila l'état où. en peu d'années, était tombé le khalifal d'Orient! Ya'qoûb, lils de Léïth,

surnommé Çafïâr (le chaudronnier) parce qu'il avait exercé ce métier dans sa jeunesse, et qui venait de fonder en Perse la dynastie des Çaffàrides, vint camper à Déïr el-'âqoùl, sur le Tigre, entre Wàsit et Bagdad. C'est là qu'il fut défait par le Khalife en personne (9 redjeb 262-8 avril 876), aidé parle débordement d'une rivière et par un incendie allumé au milieu des bêtes de somme, qui prirent peur et jetèrent le désordre dans le camp. Malgré sa bravoure, Ya'qoùb dut s'enfuir en laissant son camp aux mains des croupes du Khalife; mais il ne fut pas poursuivi, et quand il mourut, trois ans plus tard, c'était à Djondéï-Sàpour, en pleine Susiane. Ce véritable homme de guerre, s'il fut vaincu dans son entreprise contre Bagdad, le dut certainement aux éléments conjurés contre lui.

Mowaffaq réussit a vaincre le chef des Zendjes, qui pendant quatorze ans avait couvert de ruines les régions du bas Euphrate. Le règne de ces nègres avait rempli le pays de désolation (270). Dix mois après mourait en Egypte Ahmed ben Touloùn qui s'était, lui aussi, rendu indépendant dans cette province ; il laissa le pouvoir à son fils Aboù'l-Djéïch Khomârawéïh. L'année suivante, Mowaffaq envoya contre lui son fils Aboû'l-Abbàs qui, d'abord vainqueur à Tawâhin, en Palestine, fut surpris par un écuyer du prince égyptien qui s'empara de son camp : de sorte que le fils de Mowaflaq fut contraint de retourner en toute hâte en Trâq.

C'était en effet Talha, dit Mowaffaq, qui gouvernait en réalité l'empire, car Mo'tamid ne s'occupait que d'amusements frivoles; son frère finit même par le faire emprisonner à Fem eç-Çilh, tellement il paraissait un rouage inutile. Mowaffaq était revenu de rAdherbaïdjan,le corps tout enflé; on le portait dans une litière de bois; sa maladie empira à Bagdad et il y mourut le 27 cafar 278 (10 juin 891 , après une révolte terrible du peuple où toutes les maisons furent pillées et les prisons ouvertes. Immédiatement, Mo'tadid,son fils, prit la réalité du pouvoir en attendant la mort du khalife son oncle qui ne tarda pas, car l'année suivante il trépassa après un repas glouton, soit d'indigestion, soit par le poison. Mo'tadid fut alors salué du litre de Khalife (redjeb

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279-octobre 892 . Il était le fils de Tailla et d'une esclave grecijue.

L'ordre se rétablit immédiatement, les révoltes cessèrent comme par enchantement ; il faut faire honneur de cet étal de choses à son affranchi Bedr, qui était en réalité Le maître absolu de l'empire. Mo'tadid était très avare; il Laissa à sa mort des sommes considérables. Il était sanguinaire, et prenait plaisir à torturer les victimes qui Lui tombaient sous la main. Il aimait à bâtir, et se fit élever un palais nommé Thorèyyâ (les Pléiades qui coûta des sommes immenses : -<>n avarice cédait à son envie de construire. Il fit campagne en personne contre les Byzantins, et mourut, empoisonne, diton, le 22 rebi' II 28!) 5 avril 902).

Le premier soin de son (ils 'Ali Moktafi-billah, en arrivant de Raqqa, fut de faire mettre en liberté les prisonniers enfermés dans les cachots construits exprès par son père pour satisfaire son goût de la torture. Il esl certain qu'une mesure de ce genre ne pouvait que lui adirer la sympathie et les bénédictions de ses sujets ; mais il se Laissa dominer \ aises ministres, El-Oàeim, El-'Abbâs, et Fâtik, son affranchi. II sacrifia le favori de son père, Bedr, qu'il fit périr par trahison.

Sun règne dura environ six ans: il désirait pour sut sein- son frère Dja'far, qui n'avait que treize ans et qu il n pas le temps, dans sa dernière maladie, de faire reconnaître

en celte qualité : néanmoins ce fut sur Dja'far que se porta Le choix des ministres, et il le remplaça avec Le titre d'El- Moqladir. Mais tout Le monde n'admit pas ce choix. Abdallah, fils du Khalife El-Mo'tazz, réunit un grand nombre de partisans autour de son nom : Les troupes de Bagdad, sous Le commandement de L'Arabe Hoséïn ben Hamdân, se soulevèrent et le saluèrent du titre d'El-Mortadî. Son triomphe fut court: les gardes «lu palais restèrent fidèles à El-Moqtadir; L'eunuque Mou'nis, à leur tête, dispersa l'entourage du Bis

d'El-Mo'tazZ, qui fut l'ait prisonnier. Sou khalifat n'ai

dure qu'un jour 20 rébf I 296-17 décembre 908 . el L'inl luné paya de sa vie son triomphe passager. \ La Buite de cette victoire, Mou'nis recul Le titre d'Emlr-el-Omarô émir

eu chef) et exerça à partir de ce moment le pouvoir absolu •en cette qualité, qui rappelle celle des maires du palais : •c'en était bien fini du pouvoir des khalifes abbassides, devenus de simples marionnettes aux mains de ces puissants personnages ; c'était un lambeau de plus de leur pouvoir temporel qui disparaissait, en attendant son annihilation complète, qui n'allait pas tarder à se produire. Il ne leur restait plus qu'un pouvoir spirituel qui devait, lui, se prolonger jusqu'au treizième siècle.

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