LE KHAL1FAT DE BAGDAD SOUS LA DOMINATION DES ÉMIRS EL-OMARA
EI-Qâhir ae régna qu'un an et demi : il avait un caractère duret d'une rigueur extrême contre ses ennemis; par-dessus le marché il était mobile et changeant. « Toujours armé d'une longue pique, dit Mas'oûdi, qu'il tenait à la main quand il circulait dans son palais et qu'il plantait devant In! quand il s'asseyait, il frappait Lui-même avec cette arme ceux dont il voulait se défaire; il sut ainsi tenir «mi respect ceux qui avaient manifesté tanl d'insubordination et d'insolence à L'égard de ses prédécesseurs (1). » Sa violence fut la cause de sa perte: à La suite d'un complot qui se forma dans Le palais. il eut les deux veux arrachés ; son successeur Râdi Le tinl au secret, enchaîné au fond d'un appartemenl relire, puis Mottaqi Le fil transférer dans l'hôtel d'Ibn-Tâhir, sans changer autremenl Les dispositions prises .1 sou égard. Mou ms avait ete Tune de ses victimes.
Mohammed Râdi-billah, proclamé le 6 djoumàda I 24 avril 934), était lettré el poète élégant; il avait une connaissance approfondie des discussions religieuses et philosophiques. Son règne fut marqué par des désordres auxquels le manque d'argent n'était peut-être pas étranger.Lea provinces ne rendaient plus rien, ne payaient plus d impôts ; elles étaienl toutes indépendantes du pouvoir cen-
! 1 Prairies d'or, VIII, p S
tral. Ibn-Moqla, qui est resté célèbre comme un des inventeurs de la calligraphie, et qui fut son ministre, ne put faire mieux que les autres. Réduit aux abois, Râdi se jeta dans les bras de Mohammed ben Râïq, gouverneur de AYâsit, qu'il nomma Emîr-el-Omarâ : la première mesure que prit celui-ci fut, à son arrivée à Bagdad, de supprimer lacharge de vvazir et de s'en attribuer les fonctions ; un de ses secrétaires fut chargé de l'administration des finances, de sorte que le maire du palais centralisait tout entre ses mains: le Khalife n'était plus qu'une ombre.
L'histoire du khalifat n'est plus maintenant que le récit de révolutions de palais et le contre-coup des événements qui se passaient à l'intérieur ; elle n'appartient plus, pour ainsi dire, à l'histoire des Arabes, surtout à partir du moment où une dynastie d'origine iranienne et de religion chiite s'empara de la capitale, seul domaine des souverains déchus. Abou-Chodjâ' Boùyè, dont les Arabes ont fait Bowéïh par suite des règles de leur grammaire, était un condottiere originaire du Déïlem, partie montagneuse du Tabaristan, au sud de la mer Caspienne. Le Tabaristan ou Mazandéran avait toujours échappé aux entreprises des Arabes ; pendant longtemps il était resté indépendant sous la conduite de ses ispahbads ; puis les 'Alides y avaient trouvé un appui certain et y avaient fondé des dynasties. Ses trois fils WIî, Hasan et Ahmed fondèrent, eux aussi, la dynastie dite des Bouïdes. Au moment où Râdi montait sur le trône, non seulement la Perse occidentale, mais même la Susiane ou Khouzistan, dans les plaines du bassin du Tigre et de l'Euphrate, leur appartenaient. Ils venaient de l'enlever aux fils d'El-Barîdi, les descendants d'un maître de poste de Baçra qui s'étaient créé un domaine dans cette dernière ville. Le Turc Bodjkem, lieutenant de l'émir-el-Omarâ Ibn-Râïq, avait su battre ces derniers; il ne put rien faire contre l'ascendant des Bouïdes. Il réussit tout de même à supplanter son ancien chef en 326 (938). C'est lui qui choisit, après la mort de Râdi, le frère de celui-ci, el-Mottaqi,pour khalife (329-9/i0). Kourtékin,qui malgré son nom turc était un Déïlémite, était devenu émir-el-omarâ ; les désordres conti-