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CHAPITRE III

Aussi loin qu'on peut remonter le cours des âges, guidé par les monuments historiques, on trouve les Arabes vivant dans le désert et le parcourant au moyen de chameaux, dont ils ont de nombreux troupeaux qu'ils utilisent pour les caravanes de commerce, et qu'ils louent aux rois d'Assyrie lorsque leurs troupes ont à franchir quelque portion des terres inhabitées. Vers le troisième millénaire avant notre ère, on croit saisir la trace de migrations de peuplades sémitiques; les Chananéens apparaissent en Syrie et en Palestine, où les Phéniciens, venus des côtes du golfe Persique, vont fonder de célèbres cités commerciales, développer la navigation, supplanter la civilisation égéenne et frayer la route maritime de l'Occident; les Ilycsos pénètrent en Egypte, en conquièrent une partie et fournissent des rois au pays. Les Arabes du désert, les Bédouins, n'ont pas encore d'histoire. Cependant ils vont fonder des villes, s'y établir et constituer des Etats dont le commerce sera la principale richesse.

Ce n'est, au plus tôt, qu'au huitième siècle que l'on constate l'existence, dans le sud de la péninsule, d'un puissant royaume, celui des Minéens ou peuple de Main, dont on a, depuis l'exploration de cette contrée par M. J. Halévy, des inscriptions.

On n'est pas encore arrivé à fixer l'âge de ces monuments, et partant il n'y a qu'incertitude autour de l'époque où ont pu régner les vingt-cinq rois dont on a déchiffré les

111^ I OIKK l'KIMI'l l\ l. DE I. M; VBIE

noms ; l'école allemande de MM. Winckler, Hommel et Otto Weber a supposé que ce royaume a duré du quatorzième au septième siècle avanl notre ère; mais il convienl défaire les plus expresses péservesà L'endroit de cette chronologie, à cause de la tendance bien connue de L'esprit humain à attribuer la plus haute antiquité p< issible aux documents livrés par les découvertes, quand ils ne sont pas datés. La date de 1 500 adoptée par cette école est certainement trop haute: l'alphabet n'était pas encore inventé el Les Minéens, par conséquent, ne pouvaient s'en servir. La mention de l'Assyrie dans ces textes épigraphiques ne permet pas non plus de les faire descendre trop bas. Somme toute, suivant l'heureuse expression de M. liené Dussaud. <.n restera dans la vraisemblance historique en classanl provisoirement les plus anciens textes minéens au huitième siècle

avant notre ère », ce qui est précisément L'époqu i les

Assyriens entrent en contact avec les Arabes.

A ce moment, dans le sud de la péninsule, la situation est la suivante. Dans le Djauf du sud fleurit le royaume dont Les chefs s'intitulent « rois de .Ma in »>; leur capitale est K.unâwou la Karna d'Eratosthène ; d'autres villes, Yathil, Nachk, Nechan, Harim, Kamna, jouent un rôle important. Au sud de cet État se trouve celui des Qatabanites; à l'est, celui des Hadramautites ; ils ont aussi des mi^. et sont en paix avec Main. Dans le nord-ouest, sur le territoire du Madian biblique et sur la route du commerce d<- La Méditerranée, nous constatons l'existence d'une colonie de Ma Inites, que nous appelons Minéens pour plus de commodité : cette dernière expression est tirée de la traduction de la Bible en

grec parles Septante. C'est dans l<'^ inscriptions mil ânes

du .\<u-d que l'on a trouve, pour désigner le prêtre de la divinité, l'expression Iciri quia l'ail pi -user aux Lévites des Hébreux. On a fait remarquer, en effet, l'influence de Yé thro, prêtre madianite «'t beau-père de Moïse, sur le prophète hébreu; celui-ci va le retrouver au Sinal, et sur conseils une organisation s'établit : on institue des jug< Il se peut «pie la tribu de Lévi tire de la l'origine de Bon nom.

C'est à cette époque que les Assyriens, dans leurs luttes contre l'Egypte, font mention des Arabes, appelés Aribi dans les inscriptions cunéiformes. Ces monuments nous parlent encore de deux États situés dans l'Arabie du Nord et appelés l'un Mousri et l'autre Melouhha. Nous ne savons pas ce qu'est le second ; quant au premier, il est aisé à rapprocher de Moasran, nom que porte la colonie des Minéens du Nord dans les inscriptions. Or ce nom est bien voisin du nom sémitique de l'Egypte, hébreu Miçrâïm, arabe Miçr. On en a conclu hâtivement que dans un grand nombre de passages de la Bible, là où il est question de l'Egypte, il faut plutôt entendre l'État arabe de Mousri ; cette hypothèse, qui jouit actuellement d'une grande faveur en Allemagne, conduit à des absurdités qui ont été relevées par M. .1. Halévv (L). Quoi qu'il en soit, il est certain que le pays appelé Mousri dans les textes assyriens correspond au Mousran des inscriptions minéennes et désigne le territoire des Madianites.

Le roi d'Assyrie Tiglat-Pileser III 745-7"27) établit un chéï'kh arabe, nommé Idibi'il, comme vice-roi de Mousran ; si l'on prend ce dernier nom comme synonyme, géographiquement, de territoire des Madianites, il faut en conclure que le roi d'Assyrie avait mené campagne contre les Arabes du désert et soumis une partie de leur territoire. Ce chéïkh arabe, très indépendant, se révolte constamment.

Sous Sargon (721-705) on trouve cité Pir'ou, roi de Mousri; il se révolte et il est châtié. Le rapprochement de Mousrî avec le nom sémitique de l'Egypte, d'une part, et de Pir'ou avec l'appellation également sémitique des rois d'Egypte, Pharaon, est bien singulier. Cependant, au rapport des auteurs musulmans eux-mêmes, il y eut des rois arabes qui portèrent le nom de Far' (Fir', Fari'), qui est la même chose. Ces mêmes textes (la grande inscription de Khorsabad) nomment une reine des Arabes, Chamsi, et Itamara le Sabéen, qui n'a pas le titre de roi. Il semblerait, pour ce dernier, qu'il n'y aurait pas de rois sabéens à cette époque ;

(1) Revue sémitique, t. XI, 1903. p. 301 et suiv.

mais cola no prouve rien, c;u\ ainsi que 1 ';■ fait remarquer M. Dussaud, dans les textes de Tiglat-Pileser III 738 et 7-i'i . Panammou est appelé « le Samaléen », bien que les textes de Zindjirli, gravés sous son règne, lui donnent la qualification de roi ; la seule conclusion à en tirer, < < si que ce dernier titre n'était pas reconnu à ces primes par la chancellerie de leur suzerain.

L'inscription d'Asar-IIaddon, où l'on a voulu voir le récit d'une campagne en Arabie, présente des indications intéressantes.Le roi d'Assyrie raconte que, dans sa dixième exp< dition, il s'est tourné vers un peuple dont le nom assyrien manque, à raison d'une lacune, mais qu'on nomme Kusi et Musur dans une autre langue dont le nom esl également absent. Les Kouchites sont bien l'Ethiopie, non encore colonisée par des Sémites, bien entendu Cela n'a eu lieu que beaucoup plus tard), et ses colonies sur les deux rives de la mer Rouge; il faut bien admettre ce dernier point, sinon on ne pourrait comprendre comment Ba'al, roi de Tyr,se serait fié à Tarkoû, roi de Kusi, son ami, c'est-à-dire son allié. Asar-Haddon fait le siège de Tyr ; puis il expédie son camp de Musnr vers Meluhha ; ce passage est difficile à comprendre, car on ne sait point ce qu'est Meluhha. Ensuite vientle récit de la traversée du désert ; le roi se rend jusqu'à la ville de Rapihi Rafâh) à côté du ruisseau de Musur le ruisseau d'Egypte, Wâdi'l-'Arich, appellation traditionnelle de la limite entre Chanaan et l'Egypte . lieu où il n \ a pas de fleuve ». Les soufi'rances et les privations de l'armée obligent les troupes à boire l'eau des puits. Ensuite il est question des « chameaux des rois d'Aribi » fournis évidemment par leurs propriétaires pour la traversée du désert où l'armée rencontra des serpents à deux têtes qui causaient une blessure mortelle I .

Comme l'a fait à juste titre remarquer M. J. Halévy, il

semble bien que ce texte relate m xpédition à travers le

désert qui sépare l'Egypte de la Palestine el dont la tra-

(1 Comparer re que dit Hérodote II. 7:, h 111,107, 109 lea serpenta ailée <lr l'Arabie.

versée a toujours offert de grandes difficultés aux armées qui s'v engageaient : c'est ainsi qu'Hérodote (III, 7), en parlant de l'armée de Cambyse, qui avait à traverser le même désert pour entrer en Egypte, nous apprend que le roi des Perses s'entendit avec celui des Arabes pour pouvoir le franchir.

C'est en effet le seul endroit, comme le fait remarquer le père de l'histoire, « par où il soit possible de pénétrer en Egypte », par terre, en venant de la Syrie ; « c'est un vaste désert d'environ trois jours de marche, d'une très grande sécheresse et aridité ». Gambyse, suivant les conseils de Phanès d'Halicarnasse, ce chef des troupes auxiliaires grecques d'Amasis qui, mécontent du Pharaon, s'était enfui chez les Perses, « fit prier par ses ambassadeurs le roi des Arabes de lui procurer un passage sur, et il l'obtint après qu'on se fut juré une foi réciproque. Lorsque le roi d'Arabie eut conclu le traité avec les ambassadeurs de Cambyse, il fit remplir d'eau des peaux de chameaux et en fît charger tous les chameaux qu'il y avait dans ses Etats. Cela fait, on les mena dans les lieux arides, où il alla attendre l'armée de Cambyse ». Le parallélisme absolu du récit d'Hérodote et de l'inscription d'Asar-Haddon montre qu'il s'agit, dans les deux cas, de la traversée du désert d'el-'Arich entre l'Egypte et la Palestine.

Piois de Qatabân. — Les inscriptions de Qatabân connues proviennent de la région située entre Ma'reb et Chabwat. Avant les rois, il y eut des moukarrabs, tels que Yada'ab Dhabyàn et Chahîr Yagoùl ; puis les rois Yada'ab Dhabyàn, probablement le moukarrab devenu roi ; Chahîr Yagoùl Youhargib qui n'est pas le même que le précédent, car le nom du père est différent, Warawil Ghaîlàn Yuhan'im, contemporain de Karibaïl AYâtir, moukarrab de Saba, Chahîr Ghaîlàn.

Vers 30 après J.-C, il y a un royaume de Qatabân indépendant ; il n'est plus nommé postérieurement à cette date.

Rois du Hadramaut. — Le Hadramaut, avec son principal port de Kané, entrepôt du transit de l'Inde, et sa capitale

Ill-l OIRE PRIMITIVE DE I. \l: M. IL

Ghabwat, l'ancienne Sabota, était une dépendance «lu royaume de Ma'în ; une des branches de la dynastie royale v régnait <'t c'est à elle que l'on doit rattacher les nom-, de Çadouq-îl et de son petit-fils Ma'dî-Karib, contemporain de sou cousîe Abîyadi Yâthi', roi de Ma'în, qui vivail au moment de l'invasion des Perses en Egypte (525 av. J.-G. . Puis un long silence, et enfin on retrouve le nom du Hadramaut dans la titulature des rois de Saba.

D'autres places encore ont eu des rois locaux, plus ou moins vassaux d'États plus considérables ; ainsi Kaminahoû, visitée par J. EJalévy, entre Yrthil et Ma'în, Haram, à l'est, sur le Khârid, la tribu de Sam'â, Maryab, Arbâ', Ausân, les tribus <!<• Mawân, Noûchân, Ila'nàn (ou er-Ra'u

L'histoire légendaire du Yémen a pour point de départ les allusions qui y sont faites dans le Qorân, savoir : ■• le peuple de Tobba' 1 ». Bilqîs 2), la destruction de Ma'reb par la chute de la digue 3).

Deux groupes sont à déterminer dans la légende musulmane : les histoires relatives à la dynastie de Zhafâr celles des Tohba' et l'histoire légendaire des temps préhistoriques.

Les vagues souvenirs que les indigènes onl pu conserver de ces anciens temps se trouvent complétés par les listes de rois retrouvées sur les inscriptions, depuis que les rois de Saba et de Dhou-Raïdân ont pris le titre plus complet de rois de Saba, Dhou-Raïdân, Hadramaut el Yéménât, c'est-àdire depuis le règne de Chamir Youhar'ich, commençant entre 27i et 281 de l'ère chrétienne, rladhâd, roi de Ma'reb, institue sa fille Bilqîs en qualité d'héritière de son trône, mais il désigne comme le plus capable de succéder à celle-ci Yâsir ben Ami', le Yâsir Yuhan'im des inscriptions, d'une autre origine que la lignée royale, et qui peut-être gouvernait déjà du vivant de Bilqîs.

Yâsir Yuhan'im envoie dans le Maghreb une armée qui est engloutie dans le sable; il fait dresser une statue d'airain

1 Qor., ch. XI. I\ . v. 36, el L, v. L3. (2 Qor., ch. XXVII, v. 22-46.

B Qor., ch. XXXIV, v. 14-18.

avec l'inscription en caractères rnosnad (sabéens) : « Il n'y a pas de chemin au delà. » Chamir détruit la capitale de la Sogdiane, nommée depuis Samarcande. El-Aqran, son fils, mène des expéditions dans le territoire des Romains et y est enterré. Son (ils est Tobba', le premier de cette série; il guerroie contre les Turcs, se met en route en passant entre les deux montagnes de Tayy Adjà et Selmà), arrive en Chine par Anbar et laisse dans le Tibet des troupes dont les descendants vivent encore là-bas.

Melikî-Karib, faible et peu guerrier, eut pour fils As'ad Abou-Karib, grand astrologue et guerrier, tué par despeuples révoltés. Après lui viennent ses deux fils Hassan et 'Amr, dont le second porte le surnom de Maulhabân « perclus, sédentaire ». Puis un interrègne : Abd-Kulàl ben Mathwab était chrétien, mais secrètement, sinon il aurait changé son nom théophore contre un autre mieux approprié ; il régna soixante-quatorze ans. On trouve bien une inscription clans laquelle un Abd-Kulàl invoque Dieu sous l'appellation d'er-Rahmân qui paraît spéciale aux chrétiens d'avant l'Islam, mais il n'est pas sur que ce soit le même.

Un fils de Hassan, nommé Tobba', aurait régné après lui, selon Ibn-Qotéïba, mais la légende ne le nomme pas comme roi ; ensuite vient le fils d' 'Abd-Kulàl, nommé Marthad ; après lui le Yémen échappe aux Himyarites.

On trouve dans Tabari un récit qui pourrait bien être l'origine de la légende qui fait du roi Chamir un conquérant de l'Asie centrale. Tobba', fils de Hassan, envoie le fils de sa sœur, el-Hârith ben Amr ben Hodjr el-Kindî, dans le territoire de Ma'add et du côté de Hîra; puis lui-même se rend dans cette dernière ville pour défendre le Kindite,son neveu, contre le Sassanide Qobâd; sans trop s'avancer, il reste dans le voisinage de la ville et envoie contre le roi de Perse le fils de son frère, Chamir Dhou'l-Djanàh, et Qobâd périt; puis le roi arabe expédie Chamir vers le Khorasan, en même temps qu'il dirige son propre fils Hassan vers la Sogdiane ; un autre neveu à lui, Ya'four, prend la direction du territoire romain, et fait campagne contre Rome et Constantinople. L'expédition de Chine, menée par Hassan, rapporte de riches.

trésors; Tobba' rentre dans son pays el y meurt apn embrassé l'islamisme 1 .

Ce roman est peut-être un écho populaire des récits rapportés en Arabie par des mercenaires arabes el yéménitcs au service de rois de Perse, que le besoin de défendre la frontière du nord-est toujours menacée par les nomades turcs avait obligé les Perses à cantonner sur les bords l'< >xus et du Yaxartes.

Légende de LA digue de Ma'reb. — Placés en face des ruines de la digue de Ma'reb, donl la destruction est mentionnée dans le Qoràn, les Arabes se demandèrent, sans pouvoir y répondre, quel était l'auteur de ces constructions. I Himyarites racontaient que le mérite en revenait à Bilqîs, reine de Saba, dont il était fort naturel d'admettre qu'elle était la même que la célèbre reine de Saba qui vint rendre visite à Salomon ; les autres habitants du Vémen disaient toutefois que celte reine n'avait fait que réparer la digue, i l que la construction en remontait au fabuleux Loqmân, second fils d'\Ad. Le nom de ce monument, dans le Qoran, est '(irim : c'est le mot himyarite qui signifie ci digue el figure en effet dans les deux inscriptions relevées par < llasi r. Les Arabes en ont fait un nom propre : séïl el-'arim désigne la destruction de la digue de Ma'reb, emportée par les flots (Qorân, ch. XXXIV, v. I 5 .

Il est incontestable que la prospérité de la contrée était intimement liée à l'existence de celle digue; inhabitable avant son installation, elle es1 restée presque inhabitée depuis que Variai n'existe plus. La tradition dit que l'idée du barrage vint de ce que l'eau des pluies formait dans les montagnes des torrents désastreux qui disparaissaient presque aussitôt qu'ils s'étaient montrés. Quand on <-u t capté les eaux qui dévalaient des hauteurs, la situation changea d'aspect. Le pays se couvrit de jardins el de prairies ; on dit même qu'un voyageur pouvait le parcourir en entier à l'ombre, tellement les arbres se pressaient les uns contre les autres; un vrai paradis, tel <[u«- l'imagination

l) Tabari, Annule*. I. 881-892; Hartmann, A rab, Frage, p 193.

H1STOIHE DES VKABES

plaît à en créer dans les pays inondés de soleil. Un personnage mythique, 'Amr ben Amir. surnommé Mozaïqiyâ de la racine mazaq, « déchirer », à cause de son habitude de déchirer ses vêtements chaque soir, ne voulant pas les porter une seconde fois, conte populaire forgé sur la signification du nom , qui appartenait a la tribu d'Azd et gouvernait à Ma'reb, fut avisé miraculeusement de la prochaine rupture du réservoir : il quitta le pays avec la tribu d'Azd et une o-rande partie des tribus yéménites, qui émigrèrent vers le nord où elles entrèrent en contact avec les Arabes descendant de Ma'add. Son frère Wmràn.qui était devin, avait pour femme Zharîfat el-Khéïr, également devineresse, qui eut un sono-e : elle vit un gros nuage d'où sortirent des éclairs nombreux; la nuée creva, des torrents d'eau se répandirent. Zharîfa en conclut la disparition prochaine du réservoir qui abreuvait le pays. Sur ses indications. Amr alla visiter la digue et vit un rat qui détachait avec ses pattes un bloc que cinquante hommes n'auraient pu remuer. Sur alors que la prospérité du pays était terminée, il se décida à partir, et entraîna avec lui les habitants du pays.

Légende de Dhou->i'owas. — En himyarite, Dhou-Xowàs signifie « possesseur d'une localité ou d'un château nommé Nowâs », tandis qu'en arabe classique il est difficile de le prendre pour autre chose que « le possesseur de longues boucles de cheveux pendantes». Il n'en faut pas plus pour que, l'imagination aidant, il se crée toute une légende, en l'absence de souvenirs historiques. Néanmoins il est curieux que ce roi soit désigné sous le nom de son pays ou de son clan, au lieu de son nom propre, qui est inconnu ; cela a pu faire penser que, contrairement à la tradition, qui voit en lui un descendant de la famille légitime, il pouvait être un intrus. Il adopta le judaïsme et persécuta les chrétiens, sans doute pour des motifs politiques. On raconte que, pendant une expédition en Syrie de Hassan, roi de Saba, un individu, nommé Dhou-Chanàtir, s'empara du trône qu'il souilla par des actes honteux; il attirait dans son palais les jeunes gens des pi emières familles du pays et satisfaisait sur eux ses passions ignobles. Un prince de la famille royale, introduit

HISTOIRE PRIM11 IVE DE I \l:\l:ll.

auprès du roi, 1<" frappa d un poignard qu'il avail caché -"lises vêtements, lui coupa la tête el proclama sa vengeance sur la place publique. L'armée et le peuple, délivrés du l\ i;ni. élurent roi son meurtrier.

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