LÉGENDE DE LA PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS DE NEDJRAN
Dhou-Nowâs appartenait, comme nous venons de le dire, à la religion juive; peut-être portait-il les cheveux des tempes bouclés, à la façon des Juifs de Pologne, ce qui expliquerait le sens donné à son surnom par les Arabes. Il voulut convertir les habitants de Nedjrân, <|ni étaient chrétiens; comme ils refusèrenl d'apostasier, Dhou-Nowâs lit creuser des fosses profondes okhdoûd dans lesquelles on alluma de grands feux, et vingt mille personnes y furent jetées. Toul cela découle d'un passage du Qorân ch. LXXXV, v. 'i amplifié par !«■> commentateurs et interprété par le vague souvenir d'un fait qui semble historique : la prise de Nedjrân par Dhou-Nowâs en 523 de noire ère, à laquell allusion la lettre de Siméon, évêque de Beth-Archâm 1 . Le chel sabéen y était entré sur la foi d'un traité: à peine maître de la ville, il la li\ ra .ni pillage et lit brûler l'église .i\ ec les prêtres et le peuple qui s'\ étail réfugié; les ossements de l'évéque Paul, morl en odeur de sainteté, furent dél et jetésdans un bûcher. Revenons à la légende. L'un de qui échappèrent au supplice alla se réfugier ;i la cour de l'empereur de Constantinople : celui-ci, saisissant cette occasion il entrer en rapports avec le pays inconnu d'nu provenaient les aromates, el que l'expédition manquée d'Aelius Gallus avait rendu encore plus mystérieux, entra en correspondance avec l<" roi d'Abyssinie, qui était chrétien. Une expédition fut résolue : il esl clair que les Romains mirent une flotte à la disposition des Éthiopiens, qui sans cela auraient été fort embarrassés de traverser la mer !!■ Sous les ordres d'Aryât, le corps expéditionnaire mil en fuite les Sabéens pris à ('improviste. Dhou-Nowâs, ne voyant aucun moyen d'échapper, poussa son cheval dans la mer et s'\ noya. Ce fut la lin du royaume sabéen; le V< n
1 1 A--i mwi. Bibl, or.. I, :;.;i
devint une province dépendant de l'Abyssinie. Procope [De bello persico, 1. I, ch. xx nomme Esimiphaios Somaïfa', nom attesté par des inscriptions), le lieutenant du Négus chargé de gouverner le Yémen.
Légende d'Abraha. — Arvàt vit se soulever contre lui un de ses officiers, nommé Abraha, autrefois esclave d'un marchand romain à Adulis, et qui lui proposa un combat singulier en présence des deux armées rangées en bataille tactique familière à l'épopée iranienne, qu'on est bien étonné de rencontrer en pareils lieu et temps .Arvàt consentit, mais il fut poignardé par un esclave au moment où il venait de couper avec son sabre la figure de son adversaire, depuis lors surnommé el-Achram au nez fendu . Abraha, devenu maître du Yémen, fit élever à Çan'à une église si belle qu'elle est restée connue sous le nom par excellence d'el-Qalîs [ecclesia . Deux Arabes païens de la tribu des Qoréïchites souillèrent le sanctuaire, une veille de fête, en y déposant des excréments. Abraha, ayant su quels étaient les auteurs du sacrilège, jura d'aller démolir le temple de la Ka'ba pour mettre fin aux réunions annuelles qui s'y faisaient. Il rassembla une armée considérable dont il prit le commandement, monté sur un éléphant que la légende appelle Mahmoud (d'où mammouth et qui est resté célèbre dans les souvenirs de l'Arabie antéislamique: un chapitre du Qoràn s'appelle soùrat-el-Fil, du mot pîl « éléphant » emprunté au persan.
Arrivé à Tàïf, Abraha razzia tous les troupeaux des gens de la Mecque, parmi lesquels se trouvaient deux cents chameaux appartenant à 'Abd-el-Mottalib, le grand-père de Mahomet. Celui-ci alla les réclamer au général abyssin, qui crut que le suppliant venait lui demander d'épargner le temple, source de la richesse du pays. « Les chameaux sont à moi, répondit le Mecquois, et la Ka'ba appartient à Dieu qui saura bien la défendre ; on a déjà essayé de la détruire, mais sans succès. » Abd el-Mottalib, ayant obtenu la restitution de ses chameaux, se retira dans les montagnes ainsi que les autres habitants de la ville. Abraha voulut entrer à la Mecque, mais l'éléphant sur lequel il était monté s'y
refusa absolument. Si on le tournait du côté de la Syrie ou du Yémen, il se mettait en marche d'un |>;is allègre; dès qu'on le ramenait vers la Ka'ba, il s'agenouillait comme pour en adorer le véritable maître. L'armée abyssine battit en retraite, et fut décimée parles oiseaux abâbîl \ Qor., C\ dont chacun portait dans le bec une petite pierre de la grosseur d'une lentille qu'il laissa tomber sur les soldats; ceux-ci lurent transpercés par ces frondes d'un nouveau genre. Tous ceux qui échappèrent périrent dans le désert; Abraha, rentré à Çan'â, ne tarda pas a y périr d'une douloureuse maladie. Ses deux fils, Yaksoûm et Masroûq, lui succèdent l'un après l'autre : débauchés, tyrans, ils mécontentèrenl leurs sujets arabes, qui complotèrent une révolte et chargèrent Séïf, fils de Dhou-Yazan, d'aller négocier leur déln ranceavec les Romains et les Perses. Auprès des premiers, nue ambassade de ce genre n'avait aucune chance de réussir : les Abyssins étaient leurs alliés naturels. Séïf se tourna vers la l'erse, où régnait Chosroès II (Khosrau Parwiz . Reçu dans la grande salle d'audience de Ctésiphon qui, maigre les teniblements de terre, est encore en partie debout aujourd'hui (Tâq-Kisra au sud de Bagdad), Séïf eut a vaincre les répugnances du monarque, qui craignait d'aventurer ses troupes dans un pays aride ; mais en distribuant immédiatement au peuple les présents que lui offrait le souverain, le chef arabe lui lit croire que l'or et l'argent étaient dans son p;i\ s ;ni-s[ abondants que les pierres des montagnes. Wahriz fut mis à la tète des troupes perses qui débarquèrent au Yémen, et dans une bataille qui eut lien. Masroûq fut percé d'uni' flèche lancée par le général perse. Depuis lors le YémeD fut gouverné par les l'erse-- après l'avoir été par les Abyssins; cet état dura jusqu'à la conquête musulmane.
Rois de Ma in.