LES ROIS DE GHASSAN ET DE H1RA
Rois de Ghassan. — La famille de Ghassan, que nous voyons dominer sur les limites de la Syrie au sixième siècle, était originaire <lu sud de l'Arabie. Elle tirait son origine d'Ami- ben 'Amir, surnommé Mozaïqiyâ, que les habitants de Yathrib reconnaissaient aussi comme un de leurs aïeux. < .'< si Djafna, fils d'\Amr, qui est l'ancêtre éponyme de la famille, d'où l'appellation de Filsde Djafna familièreaux poètes antéislnmi [u ;s. Le premier d \ cette famille qui porta le titre de roi fui Abou-Chamir el-Hàrith ben 'Amr, qui portait le surnom de Moharriq connu également par la dynastie <\<^ Lakhmides de Hira. lue bataille gagnée sur les Dadjâ'ima pi. de Dodj'om, descendants du Zôxo|ioç de Sozomène , chrétiens et phylarques de Syrie, donna à la famille de Ghassan une prépondérance qui fut reconnue par l'empereur Anastase V-'l- 518 . Djabala est c i t ■ par Théophane comme ayant fait des incursions en Palestine vers l'an 500; c'esl lui qui esl probablement le père d'el-Hârith ben Djabala.
El-Hârith esl le premier prince de la dynastie dont l'existence soit historiquement sûre. En avril 528, au rapport de Jean Malala, il défait le roi de Hira, el-Moundhir. Comme phylarque de Palestine, il prend part à la lutte «outre les Samaritains r< voltés 529 . Pour enrayer les entreprises d el- Moundhir, chef des Arabes inf lés à l'empire sassanide,
Justinien lui donne le titre de roi et le met à I i tête d'un groupe ni de Bédouins. Il combattit les Perses sous Béli-
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saire, qui perdit la bataille, le 19 avril 531. Dix ans plus tard, il accompagnait encore le grand général byzantin; il passa le Tigre avec lui et s'en retourna après avoir ravagé le pays. Entre temps il luttait contre Hira; il défendit contre el- Moundhir les tribus arabes du désert de Palmyre que celuici voulait contraindre cà lui payer tribut, et lui livra bataille sur la slrata ou route militaire de Damas cà Palmyre ; dans une autre lutte (vers 54 V un de ses fils tomba aux mains d'el- Moundhir et fut sacrifié à la déesse el-'Ozzà, au dire de Procope ; une grande victoire juin 554) à El-IIiyàr près de Qinnasriu le débarrassa de son ennemi, qui resta sur le champ de bataille. En novembre 563, el-Hàrith se rendit à Gonstantinople pour y régler, d'accord avec l'administration impériale, l'ordre de succession de ses fils; l'apparence imposante du phylarque bédouin produisit sur le peuple et jusque dans l'entourage de l'empereur la plus profonde et la plus durable impression. Il y obtint la nomination de Jacques Baradée et de Théodore en qualité d'évèques pour les territoires syro-arabes, où les monophysites étaient en majorité, assurant ainsi un point d'appui à cette hérésie, menacée de disparaître devant l'hostilité des orthodoxes. Si l'histoire de Samau'al ben Wdiyà, seigneur deTéïmà, auquel Imrou'oul-Qaïs avait confié ses cuirasses et qui refusa de trahir ce dépôt, a quelque fondement historique, c'est au même el-Hârith qu'elle se rapporte.
El-Hàrith ben Djabala mourut, probablement en 569 ou tout au plus au commencement de 570, après quarante ans de règne; il fut remplacé par son fils el-Moundhir (Alamoundaros des historiens byzantins) qui eut affaire, dès le début, avec les entreprises des Arabes de Hira ; il vainquit leur roi Qâboûs le 20 mai 570, probablement à 'Aïn Obâgh, lieu et combat célébrés par les poètes ; mais il ne fut pas soutenu par l'empereur Justin II qui, non content de lui supprimer les subsides qu'il recevait, voulut encore le faire périr par ruse. Aussi el-Moundhir se révolta-t-il et resta-t-il trois ans sans obéir aux ordres de Constantinople. Les Arabes inféodés aux Perses ayant rej ris l'avantage et pillant les territoires romains, il fallut bon gré mal gré se rac-
LES ROIS 1)1". GHASSAN Kl DE llll<\ CI
commoder avec le phylarque ; la réconciliation eut lieu au tombeau vénéré de Saint-Serge à Ftoçâfa Sergiopolis), où le patrice Justinien avait été spécialement envoyé. La morl de Justin (6oct. 578) facilita le rapprochement, el quand, deux ans plus lard, le n>i bédouin se rendit dans la capitale avec deux de ses fils, il fut reçu avec de grands honneurs par l'empereur Tibère 11 qui remplaça le diadème iklîl que portait jusque-là le chef arabe par une tiare tâdj). Un coup heureux le mit en possession de Hîra, qu'il brûla en emp< rtai;t un riche butin ; le souvenir de cetévénemenl a été conservé dans les vers d'un poète <|ni appartenait au parti vaincu, le chrétien 'Adi ben Zéïd : celui-ci ne manque pas de rappeler (pic si el-Moundhir a réussi dans son entreprise, c'est que le roi de Hîra était absent.
Cependant, comme on lui attribuait, à Constantinople, l'échec de la campagne de 580 dirigée par le comte d'Anatolie, Maurice, qui avait trouve rompu le grand pont sur l'Euphrate et expliquait ce fait par des intelligences entretenues avec l'ennemi du côté du prince de Ghassan, on résolul de s'emparer de lui, et l'on profita de l'inauguration de l'église de Hawârin, dans le désert entre Damas el Palmj re, pour se saisir de sa personne; il fut d'abord interné dans la capitale, puis exilé en Sicile sous le règne de Maurice.
Son arrestation ayant entraîné la suspension des subsides payés a sa famille, ses quatre fils se soulevèrent sous la direction de l'aîné, en-No'mân, ravagèrent le pays <'t effrayèrent tellement la garnison de Bostra qu'elle leur remit les armes de l'arsenal et les biens laissés par leur père. Tibère II, qui vivait encore, organisa une expédition dirig par le syrien Magnus, qui attira en-No'niân dans une entrevue et le garda prisonnier; transport"' a Constantinople, il y fut interné.
Le groupement des Arabes sur les frontières romaines, si péniblement obtenu, se rompit du coup: les tribus fractionnèrent en quinze parties sous des chefs différents, dont la plupart reconnurent la suprématie des Perses. L'anarchie se rétablissait dans le désert, et ceux <|ui étaient p is a l'ennemi offraient encore le plu^ grand danger pour les
frontières. Parmi les chefs de la famille de Djafna qui sont cités par les poètes et en particulier Nâbigha edh-Dhobyàni, il convient d'admettre l'existence d'un el-Hàrith le jeune, dont le fils 'Amr ben el-Hàrith a été également l'objet des louanges des versificateurs ; le frère de celui-ci, en-No mân, est encore cité par Nâbigha. La conquête de la Syrie par Khosrau Parwiz (613-614) mit fin au royaume des Ghassanides.
L'histoire musulmane nous parle encore d'un descendant de la famille de Djafna, Djabala ben el-Aïham, qui régnait à Doùniat el-Djandal et lutta contre le général Khâlid; nous ignorons quelle parenté il y avait entre lui et les anciens phylarques romains.
Les Lakiimides a Hira. — L'État de Ilîra a été fondé, non loin de l'Euphrate et à l'ouest du fleuve, sur l'emplacement près duquel se voient encore les ruines de Koùfa, ville qui ne remonte qu'aux premières années des conquêtes musulmanes, par les Arabes de Tanoûkh. Les habitants de cet le ville, du temps des Perses, se composaient de trois éléments, entrant dans la composition de sa population en parties sensiblement égales, à savoir: les Arabes de Tanoûkh, du moins ceux d'entre eux qui avaient renoncé à la tente pour se loger dans des demeures fixes, les 'Ibâd, qui étaient des Arabes chrétiens entourant leur évêque, et des confédérés qui étaient venus occuper une partie de la ville et n'appartenaient pas aux deux catégories précitées. Hira est un mot emprunté à la langue syriaque, où il signifie « bergerie » et par suite « enclos défendu par des haies », ce qu'on appelle, en Afrique centrale, une zeriba. C'était un lieu de refuge où se retiraient, à l'abri des poursuites, ceux qui pour une raison quelconque ne pouvaient plus rester au sein de leur tribu ou qui cherchaient, en cultivant les champs arrosés par l'Euphrate, des moyens de vivre que le désert leur refusait. Aussi non seulement les confédérés, mais encore les chrétiens relevaient de tribus différentes ; Tanoûkh elle-même était composée d'éléments divers provenant des Bédouins de l'intérieur, Nedjd et Tihâma.
C'est vers le milieu du troisième siècle de notre ère que