CHAPITRE XXVIII
LA DYNASTIE SADIENNE AU MAROC
Les Idrisites. — Le Maroc doit sa fondation, comme État séparé, à un 'Alide. L’imâm Mohammed ben 'Abdallah, surnommé l’Ame pure (en-nafs ez-zakiyija) à cause de sa piété, était l’arrière-petit-fils d’El-Hasan, fils du Khalife 'Ali ben Abi-Talib. Il se révolta contre le Khalife 'abbaside El-Mançour, à Médine, en 145 (762) ; il ne put résister aux troupes envoyées pour réduire ses partisans, et périt. L’un de ses six frères, Idris, sortit déguisé de laMecque, après la défaite de son neveu el-Hoséïn ben' Ali, petit-fils d’el-Hasan II, à la bataille de Fekhkh, à 6 milles de la ville sainte (samedi 8 dhou’lhidjdja 169 = 10 juin 786), se cacha quelquetemps à Fostât, puis se rendit au Maghreb par la voie de Barqa. A partir de Kairouan, Idris revêtit une robe grossière et un turban de qualité ordinaire, de manière à passer pour le domestique de son serviteur Ràchid, déguisé en marchand. Après être resté quelque temps dans la ville de Tanger, Idris partit pour Walili (Volubilis), chef-lieu des montagnes de Zerhoim, où il fut reçu avec les plus grands honneurs par le chef de cette localité, Abou-Léïla Ishaq (172-788), qui le fit proclamer souverain par la tribu des Aouréba à laquelle s’agrégèrent bientôt les Zénûta, les Louâta, les Ghomâra et d’autres tribus berbères.
Walili fut le centre d’oii partirent de nombreuses expéditions qui soumirent le Maroc ; Idris entra à Tlemcen, qui se soumit volontairement (174-790), et y éleva une mosquée.
lin émissaire de Hâroûn er-Rachid, Soléïman ben Horéïz ech-Chemmàkh, appartenant à la secte chi ite des Zéïdites, lui offrit un jour un flacon d’essence odoriférante qui était empoisonné ; Idris, tout étourdi par les vapeurs de cette essence, mourut le soir même (rébl I 177 = juin 793). Il ne laissait pas de fils, mais sa femme Kenza, Berbère de naissance, était enceinte ; quand son fils vint au monde, on l’appela Idrîs, comme son père, et le vieux domestique Râchid fut le régent du nouvel Etat jusqu’à ce que le jeune garçon, à l’âge de dix ans, fut proclamé dans la mosquée de Walili. Râchid ayant été assassiné par des gens de sa suite en 188 (803), à l’instigation du gouverneur de la province d’Afrique Ibrahim ben el-Aghlab, fut remplacé dans ses fonctions de ministre par Abou-Khâlid Yézicl el-Hamoùdi. Voyant ses possessions s’accroitre, Idris II décida de transférer sa capitale ailleurs; deux tentatives qu’il fit ayant été brusquement arrêtées par des inondations subites, il chargeason ministre Oméïr ben Moç'ab el-Azcli de trouver un emplacement favorable et celui-ci lui désigna un terrain appartenant à des tribus Zénata et où fut édifiée la ville de Fez (aujourd’hui Fâs el-Bâli, le Vieux-Fez). La capitale du Maroc était fondée (192 = 808). Outre les tribus berbères qui s’y fixèrent, la population comprit huit mille familles expulsées d’Espagne par El-Hakam ben Hichâm, qui donnèrent au quartier qu’elles fondèrent le nom de 'Achvat-el-Andalos, et trois mille familles de Kairouan installées dansle quartier appelé depuis Adwat-el-Qaïrawiyyîn. Idris II mourut subitement à trentetrois ans (213-828) et fut enterré dans la mosquée qu’il avait fondée. On dit qu’il s’était étouffe en avalant un grain de raisin.
Son fils aîné Mohammed divisa le Maroc en gouvernements, qu’il confia à sept de ses onze frères, et il se produisit immédiatement le résultat fatal qu’il eût été aisé de prévoir: l’un d’eux, 'Isa, se révolta à Azemmour, etunautre, El-Qâsim, refusa d’aller le combattre. Il fallut lutter, et c’est un autre frère, 'Omar, qui réussit à les châtier tous les deux. Isa quitta le pays et El-Qâsim embrassa la vie religieuse. Au bout de huit ans, Mohammed mourut et fut
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remplacé par son fils 'Ali (.221-837), âgé de neuf ans, puis par le frère de celui-ci, Yahya (234-848), sous le règne duquel fut élevée, à Fez, la mosquée El-Qaïrawiyyin, par une pieuse femme, nommée Fâtima, fille d’un émigré de Kairouan, qui employa à cet usage sacré la fortune amassée dans le négoce par son père.
Yahya eut pour successeur son fils Yahya 11 ; de mœurs déréglées, il vit se former près de lui un complot qui n’eut pas le temps d’aboutir, car il mourut subitement. Sa femme 'Âtika, qui était enmème temps sa cousine, étant fille d 'Ali ben 'Omar, alors gouverneur du pays des Çanhâdja, avisa son père des projets formés par 'Abd-er-Rahman ben Abi- Sahl el-Djodhami, qui avait pris le gouvernement de la ville ; celui-ci accourut à la tête de ses troupes et s’empara de Fez.
Le pouvoir passa ainsi à cette ligne collatérale. 'Ali ben 'Omar ne fut pas tranquille pendant son règne, car il Ait arriver d’Espagne 'Abd-er-Razzâq el-Fihri qui remporta une victoire non loin de Fez et prit la capitale ; 'Ali s'enfuit, mais les habitants d’une moitié de la ville, ayant refusé de reconnaître l’usurpateur, firent appel à un fils d’El-Qâsim, Yahya el-Moqaddem: celui-ci défit l’étranger et fut proclamé souverain. Ayant été assassiné en 292 (905), c’est un petit fils d’'Omar, Yahya ben Idris, qui fut proclamé émir. C’est lui qui fut assiégé dans Fez par le général fâtimite Messala ben Habboùs el-Miknâsi, obligé de capituler, de verser une forte contribution de guerre et de se reconnaître vassal d’'Obéïd-Allah. L’année suivante (309-921), sur une dénonciation venue d’un rival, Yahya fut arreté, jeté dans les fers, maltraité jusqu’à ce qu’il eût livré tous ses trésors, et exilé misérablement à Asila (Arzille) où il vécut d’aumônes, 11 essaya de se rendre en Afriqîya, mais il fut arrêté en route par le gouverneur fâtimite du Maghreb, Mousà ben AbiTAfiya et enfermé dans les prisons de Méquinez pendant près de vingt ans. Il n’en sortit que pour aller mourir de faim à Mehdia du Maroc assiégée par les Zénàta en 332 (943).
Un petit-fils d’el-Qâsim, el-llasan ben Mohammed, surnommé El-IIâdjim parce qu’il frappait l’ennemi à la partie du cou où s’appliquent les ventouses, s’introduisit subreptice-
menl dans Fez et, favorisé par la population, en chassa le gouverneur (310-922). Reconnu parla plus grande partie du Maroc, il se trouva l’année suivante en présence du gouverneur fûtimite, auquel il livra bataille sur les bords de l’Oued el-Matàhin, sur la route de Taza; il fut vainqueur, ce qui amena soussonobéissance tout le Maghreb central. Une sédition qui éclata dans sa capitale même fut cause de sa perte ; le commandant de la ville le fit arrêter, mais hésita néanmoins à le livrer au vainqueur; il le fit échapper au milieu de la nuit. Comme El-Hasan n’avait pas de corde pour franchir les remparts, il sauta et se cassa la jambe ; recueilli chez des habitants de F'Adxvat-el-Andalos, il mourut au bout de trois jours.
Les Fâtimites étaient maîtres du Maghreb et poursuivirent partout les Idrisites, qui se réfugièrent dans la forteresse de Hadjar-en-Nasr (Alhucema), où ils se trouvèrent bloqués. Moûsà ben Abî’l-'Afiya se considéra dès lors comme absolument indépendant des Fâtimites, étendit ses conquêtes jusqu’à Tlemcen et au Soudan où il occupa le pays de Tekroùr (Toucouleur), et reconnut la suzeraineté du Khalife oméyyade d’Espagne, 'Abd-er-Rahman Nâçir-lidinillah ; mal lui en prit, car Homéïd ben Isliten, envoyé par 'Obéid-allah pour le combattre, surprit son camp pendant la nuit et occupa Fez. Les efforts des derniers Idrisites n’avaient pas peu contribué à amener ce résultat; aussi viton bientôt Lun d’eux, Kennoun, fils de Mohammed ben el- Qâsim, régner sur tout le Maroc à l’exception de la ville de Fez sans sortir de la forteresse de Hadjar en-Nasr. Quand il mourut en 337 (949) il laissalepouvoir à sonfils Abou’l-'Aïch Ahmed, surnommé el-Fâdil (F excellent) à raison de sa profonde érudition en histoire et en législation canonique. Lui aussi reconnut l’autorité de Nàçir-lidin-illah, mais comme celui-ci exigeait la livraison de Tanger et deCeuta, il se laissa attaquer et se fit battre. A la suite de cette aventure, la presque totalité du Maroc passa aux mains du Khalife de Cordoue. Abou’l-'Aïch mourut en Espagne au milieu des luttes contre les chrétiens (343-954) ; il avait laissé comme lieutenantson frère el-Hasan ben Kennoûn, qui fut le dernier des Idrisites.
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Le général fàtimite Djauhar, parti de Kairouan en 347 (958), battit les Zénâta aux environs de Tâhert et conquit Sidjilmàssa sur son prince, que l'on appelait Khalife et Émir des croyants, Mohammed ben Waçoûl, également connu sous le titre de Chûkir-billah. Il l’emmena prisonnier (349- 960), enleva Fez d’assaut et parcourut sans difficulté le reste du Maroc, traînant à sa suite les émirs captifs, emprisonnés dans des cages de bois, hissés sur le dos des chameaux, et coiffés de calottes de vieille bure surmontées de cornes.
Quand Djauhar fut rentré à Mehdia de Tunisie, le Maroc rentra sous l’obédience du Khalife de Cordoue, et El-Hasan ben Kennoùn reconnut également son autorité, mais par crainte. Lorsque Bologgin ben Ziri se mit en campagne pour faire reconnaître dans le Maghreb l’autorité des Fatimites rejetée depuis le départ de Djauhar, El-Hasan en profita pour se révolter; c’était beaucoup trop tôt. Le Khalife expédia en Afrique un de ses généraux, Mohammed ben el-Qûsim, qui débarqua à Ceuta à la tête d’un corps d’armée considérable (362-972); un combat dans les plaines de Tanger coûta la vie à ce général, et les troupes en déroute se réfugièrent à Ceuta. Le Khalife el-Mostançir leur dépêcha alors le meilleur de ses lieutenants, Ghâlib, qui détacha cà prix d’argent les chefs berbères du parti d’El-Hasan et bloqua étroitement celui-ci dans son château de Hadjar en-Nasr. El-Hasan se rendit et fut emmené à Cordoue, où le Khalife le traita généreusement, ainsi que les sept cents Alides qui avaient suivi sa fortune. Ils demeurèrent dans la capitale des Khalifes oméyyades jusqu’en 365 (976, où el-Mostançir les exila àTunis et en Egypte. Nizàr, filsd’el-Mo'izz, régnait alors dans ce dernier pays. Pour faire pièce aux Oméyyades, il chargea Bologgin de fournir des troupes à El-Hasan qui recouvra le Maroc. Harcelé sans succès par les troupes des Oméyyades, El-TIasan vit la fortune changer quand Abou’lllakam, surnommé Azkeîadja, fut envoyé d’Espagne avec une forte armée ; il se rendit de nouveau à l’ennemi, comme Ja première fois, mais sur la route de Cordoue il fut décapité par l’ordre du ministre el-Mançoûr ben Abi'Amir (1er djou-
mil ci a 1375 = 19 septembre 985). D’une nature cruelle et -sans pitié, le dernier des Idrisites faisait précipiter les voleurs, les bandits ou même ses ennemis, du haut des remparts de fladjar en-Nasr, dans des abîmes, où les corps n’arrivaient qu’en morceaux.
Le Maroc passa ensuite sous la domination des Zénàta (de 381-990 à 462-1069), sous celle des Almoravides (de 430-1038 à 540-1145) et sous celle des Almohades (de 524-1130 à 668- 1269) ; il ne retrouva de situation indépendante qu’avec les Mé rin ides (Banou-Mérîn).
Les Mérinides. — La famille des Banou-Mérîn était la principale de la tribu des Zénâta; elle étaitnomade et s’occupait de chasse et de razzias. Les désastres qui signalèrent la fin des Almohades les décidèrent à s’établir définitivement sur un sol privé de ses habitants (610-1213) ; inquiet de leurs déprédations, l’émir Yoûsouf el-Mostançir envoya contre eux une armée, qui fut défaite sur l’Oued-Nokour, dans le pays de Bâdis (région du Rif). L’émir Abou-Mohammed 'Abel el-Haqq était considéré comme un saint; en 613 (1216), il alla camper à Rabàt-Taza, au milieu des oliviers, défit les soldats du gouverneur et s’empara d’un riche butin dont il ne garda rien pour lui, ni pour ses enfants; il fut tué dans un combat, l’année suivante, sur les bords de l’Oued-Sebou, mais son armée resta victorieuse et mit à sa tête son fils Abou Sa'id 'Othman, grand guerrier, plein d’arcleur et de courage. Ce fils continua la lutte contre les Almohades et fut assassiné en 638(1240) par un renégat, qu’il avait élevé tout jeune, et qui le frappa, à la gorge, d’un coup de poignard dont il mourut instantanément, après vingt-trois ans de règne.
Son frère Abou-Ma'roùf Mohammed fut élu à sa place; il continua la politique d’'Othmân et se livra à sa plus chère occupation, qui était de faire la guerre; il fut d’ailleurs tué sur le champ de bataille, le soir même d’une grande lutte contre les Almohades aux environs de Fez ; son cheval s’étant abattu sous lui, un chef chrétien lui porta un coup mortel \ jeudi 9 djoumâda II 642 = 10 novembre 1244).
Un autre filsd’Abd-el-Haqq, Abou-Bekr Yahyà, lui succéda ; c’était un cavalier accompli ; il se servait indistinctement des
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deux mains et frappait deux coups de lance en même temps. Il fut le premier de sa dynastie à organiser une armée en constituant une féodalité militaire : il distribua des: fiefs aux chefs des Banou-Mérîn, à charge pour eux de munir leurs hommes de chevaux et de les instruire dans l’art de la guerre. Il harcela Ja ville de Méquinez, qui finit par se rendre (643- 1245) ; ce fut l’occasion que saisit l’émir almohade Sa'id pour entrer en campagne à la tête d’une armée considérable en présence de laquelle Yahya jugea prudent de se retirer dans le Rif, abandonnant ses conquêtes et finissant même par accepter la suzeraineté des Almohades. Dès qu’il apprit la mort de l’émir Sa'id devant la forteresse de Temzezdekt aux environs de Tlemcen, où il assiégeait Yaghmorasen ben Ziyân, Yahya se porta en hâte sur Méquinez ; il y rentra sans coup férir, ainsi qu’à Fez (646-1248).
Cette dernière ville profita d’une de ses absences, l’année suivante, pour se révolter ; Yaliya l’assiégea en vain pendant sept mois; la marche de Yaghmorasen l’ayant appelé sur l’Oued-Isly, aux environs cl’Oudjda, il l’y rejoignit et l’y vainquit. Alors il se retourna contre Fez, qu’il contraignit à capituler et à lui restituer tout l’argent qui avait été pillé dans le trésor ; les six principaux meneurs furent exécutés (648-1250). Salé, Sidjilmâssa, le Drâ' furent successivement joints à ses États ; la tranquillité se rétablit. Yahya mourut à Fez après dix ans de règne (656-1258).
C’estencoreun fils d’'Abd-el-IIaqq, Abou-T oûsouf \ a'qoûb, qui succéda à son frère avec le titre d’el-Mançoûr-billah ; très pieux, il fréquentait volontiers les zâwiyas des mystiques; il fit construire des hôpitaux pour les malades, les aliénés, les lépreux, les aveugles et les indigents, au moyen de fonds provenant du béït-el-mâl et du produit de la capitation des Juifs. On remarque qu’il fut toujours victorieux. Proclamé Khalife à l’âge de quarante-six ans, huit jours après la mort de son frère (27 rédjeb 656 — 30 juillet 1258), il réunit le Maroc tout entier sous son pouvoir et mit fin à la dynastie des Almohades; son empire s’étendait depuis le Soiis-el- Aqçà jusqu’à Oudjda, et comprenait également Sidjilmâssa, le Drâ' et Tanger; Ce ut a lui paya un tribut annuel; il alla en
Espagne faire la guerre aux princes chrétiens (674-1278) et posséda Malaga, Ronda, Almunecaret Ossuna. Les chrétiens avaient enlevé par surprise Salé (2 chawwâl 658 = 10 septembre 1260) pendant qu’il était à Rabât-Tâza : il fit en vingtquatre heures le trajet entre ces deux villes, à la tête de cinquante cavaliers, tomba sur les isolés qui rôdaient aux alentours, bloqua la ville et la reprit au bout de quatorze jours. Pour éviter le renouvellement d’un événement aussi désagréable, il fit élever des murailles qui couvraient Salé du côté de la rivière et la dota d’un arsenal maritime. En 659 (1260), il battit complètement, sur les bords de l’Ommer-Rébi', les Almohades de l’émir el-Mortadà ; l’année suivante, il essaya en vain de prendre Merrâkech et perdit même son fils 'Abdallah, tué dans la mêlée.
Un appoint considérable lui fut apporté par la défection de l’émir almohade Abou-Dabboûs Idris, accusé par el- Mortadà d’entretenir une correspondance avec les Mérinides, peut-être non sans de bonnes raisons ; craignant pour sa vie, Idrîs se rendit auprès d’Abou-'Yoùsouf, qui le mita la tête d’un corps de cinq mille Zénâta. C’est lui qui bientôt entra par surprise dans Merrâkech (mo bar rem 665 = octobre 1266); el-Mortaclà prit la fuite et fut tué au sortir de la ville.
Abou-Dabboûs voulut garder pour lui-même sa conquête; pressé dans Merrâkech étroitement bloqué, il n’hésita pas à réclamer le secours de Yaghmorasen, qui saisit l’occasion d’attaquer un ennemi dont il craignait le pouvoir grandissant ; mais il fut complètement défait sur les bords de l’Oued-Télagh (lundi 10 djoumâda II 666 =27 février 1268). Le châtiment du traître Abou-Dabboûs ne se fit pas attendre : attiré hors de Merrâkech par une retraite feinte, il fut subitement entouré par l’armée d’Abou-Yoûsouf et périt d’un coup de lance en se défendant.
Yaghmorasen, défait de nouveau à l’Oued-Isly et voyant Oudjda détruite (670-1272), se renferma dans Tlemcen, sa capitale, et résista aux entreprises d’Abou-Yoùsouf, qui finit par battre en retraite après avoir saccagé et ruiné les environs de la ville. Après la prise de Tanger (672-1273)
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et celle de Sidjilmâssa (673-1274), l’émir mérinide songea aux appels que lui avaient faits les Musulmans d’Espagne ; il forma un corps expéditionnaire placé sous les ordres de son fils Aboù-Zi yân, qui s’empara bientôt de Xérès. Il passa luimême le détroit l’année suivante, réconcilia l’émir de Grenade et celui de Malaga, défit en bataille rangée Don Nuno de Lara, général d’Alphonse, qui périt dans la lutte (15 rébi'l 674 — - 8 septembre 1275), et dévasta les environs de Séville et de Xérès. Les Juifs allaient être massacrés à Fez lorsqu’ Abou-Yousouf, montant à cheval, arrêta la tuerie commençante; le lendemain, il jetait les fondements de la ville nouv elle (Fâs el-djedid) et ordonnait bientôt de bâtir la citadelle et la mosquée de Méquinez.
Une bataille perdue par Alphonse sous les murs de Séville, la dévastation portée dans la région de Xérès, l’attaque de Cordoue, amenèrent la paix avec les chrétiens (676-1278), bientôt rompue par le siège d’AIgésiras ; cette ville fut débloquée, après une bataille navale, par Abou-Ya'qoûb, fils de l’émir mérinide (12 rébi' I 678 = 23 juillet 1279). Deux autres expéditions amenèrent Don Sanche à reconnaître, par traité, la suprématie des Mérinides.
Abou-Yoùsouf mourut à Algésiras, dans le palais neuf qu’il venait de s’y faire construire, le mardi 22 moharrem 685 (19 mars 1286) ; son corps fut enterré à Rabat (Ribàt el- Falh . Son fils Abou-Ya'qoûb 'Abdallah, dont la mère était une Alide, lui succéda avec le titre de Nâçir-li-din-illah ; il avait quarante-cinq ans. Son règne fut marqué par certaines réformes, telles que la suppression de l’aumône fitra , distribuée aux pauvres le jour de la fête de la rupture du jeûne, mais qui, étant versée au Trésor, était devenue un véritable impôt; on laissa dorénavant à chacun la liberté de faire cette aumône commeil l’entendrait; d’autres exactions furent également abolies. Il renonça à poursuivre une guerre de conquêtes en Espagne et ne garda pour lui que quelques places en Andalousie. De nombreuses révoltes marquèrent son règne, mais il les vainquit. Il rebâtit Oudjda pour lui servir de base en vue d’opérations projetées contre Tlemcen, que ni son père ni lui n’avaient jamais réussi à
prendre; il vint mettre le siège devant cette dernière ville; commencé le mardi 2 cha'bân698(5 mai 1299), le blocus dura si longtemps que les assaillants construisirent un nouveau Tlemcen, à côté de l’ancienne ville, qui fut appelé El-Maneoura et fut entouré d’une enceinte fortifiée; c’est dans le palais qu’il s’y était fait bâtir qu’il fut assassiné par un de ses esclaves eunuques (mercredi 7 dhou’l-qa'da 706 = 10 mai 1307).
L’assemblée des chefs élut à sa place son petit-fils, Abou- Thâbit 'Omar ben 'Abdallah et décida d’abandonner le siège de Tlemcen. ’Omar rétablit l’ordre au Maroc où l’anarchie régnait partout. 1! commença les fondements de la ville de Tétouan, destinée à servir de base au blocus de Ceuta, où s étaient réfugiés les rebelles du Rif ; mais il ne put continuer ses campagnes, étant mort le 23 juillet 1308, après une courte indisposition. Son frère, Abou-Rebi' Soléïman, eut la vigueur suffisante pour écarter ses compétiteurs, et conclut avec Jayme, roi d’Aragon, un traité d’alliance qui lui fournit les movens de se rendre maître de Ceuta. Une conjuration, appuyée par Gonzalve, chef de la milice chrétienne, tenta de porter au trône 'Abd-el-Haqq ben Othman, petit-fils de Mohammed ben 'Abd-el-Haqq, mais le rassemblement formé à Taza fut dispersé en un tour de main. Toutefois le sultan ne jouit pas longtemps de son triomphe, car il mourut subitement en 1310. Un de ses parents, Abou-Sa'id 'Othman, se fit, au moyen de largesses, acclamer par l’armée et entra bientôt à Fez. Une campagne qu’il entreprit contre Tlemcen, où régnait Abou-Hammou, aboutit à ravager inutilement les campagnes qui avoisinent la ville; une lettre supposée, 'qui annonçait des projets de révolte, mise adroitement en circulation parle sultan Ziyanide, décida Abou-Sa'id à rentrer en hâte au Maroc. Il envoya à Fez son fils Abou-'Ali, hérilier présomptif, qui, une fois parvenu à destination, se révolta contre son père et vint l’assiéger dans Taza. L’intervention de certains chéïkhs amena une transaction qui avait pour base l’abdication d’Abou-Sa'id en faveur de son fils; mais celui-ci, étant tombé malade, se vit abandonné de ses partisans, qui amenèrent son père devant Fez; Aboù-'Ali
LA DYNASTIE Sa'dIENNE AU M A HOC
capitula à condition d’avoir en toute souveraineté la province de Sidjilmâssa,
Il ne s’y tint pas tranquille. Après avoir étendu sa domination sur le Drâ', le Sous et une partie du Sahara, confiant dans la force de l’armée qu’il avait organisée, il fondit à l’improviste sur Merrâkech (1322) ; mais, ayant rencontré son père sur les bords de l’Omm-er-Rébi', il y fut complètement battu et rentra à pied à Sidjilmâssa, presque seul. Assiégé dans le chef-lieu de sa province, il obtint encore une fois le pardon de son père.
Pendant les fêtes données à l’occasion du mariage de son autre fils Abou’l-Hasan avec une princesse hafçide, Abou- Sa'id avait passé de vie à trépas (1331) ; il fut remplacé immédiatement par ce fils, qui dut aller réduire dans Sidjilmâssa son frère, l’incorrigible révolté; la ville fut prise et Abou-'Ali ne tarda pas à être étranglé sur l’ordre de son frère le sultan.
Ap rès un siège de plus de deux ans, Tlemcen fut prise (1er mai 1337). Abou-Tachefin Ier, fait prisonnier après une vigoureuse défense, eut la tête tranchée sur l’ordre du vainqueur. Cette catastrophe mit fin pour le moment à la domination de la dynastie Ziyânide, rétablie en 1348 par Abou Sa'id 'Othmân. Abou’l-Hasan, débarrassé de ses dangereux voisins, songea à reprendre la guerre sainte contre les ehréliens d’Espagne ; son frère Abou-Mâlek étant tombé dans une embuscade et ayant péri avec toute sa troupe (1340), Abou’l-Hasan débarqua à Algésiras et vint mettre le siège devant Tarifa, bien inutilement, car il dut se retirer devant l’arrivée du roi de Castille, Alphonse, aidé du roi de Portugal, et fut défait complètement sur le plateau de la montagne du Cerf, non loin de Tarifa. Il fut forcé de s’enfuir, presque seul, abandonnant ses femmes, qui furent massacrées. Sa (lotte, qui jusque-là avait eu l’avantage sur ses adversaires, fut détruite par les escadres chrétiennes combinées (1342). La prise d’AIgésiras (26 mars 1344) fut suivie de la conclusion d’une trêve de quinze ans.
Rentré à Fez, Abou’l-IIasan avait renoncé à poursuivre une entreprise qui avait si mal tourné; il profita des troubles
qui s’étaient produits à Tunis pour recommencer une campagne dans l’est. Il s’empara de Bougie et de Constantine, fit son entrée à Tunis (1347) et l’annexa à ses Etats.
Cette prospérité eut vite un terme à la bataille de Kairouan, perdue contre les Arabes soulevés et aidés par la trahison d’auxiliaires peu dévoués (10 avril 1348). Abou’l- Ilasan. assiégé dans Kairouan, put en sortir et rentrer dans Tunis investie par l’ennemi ; mais un coup fatal avait été porté à son prestige ; Tlemcen se révolta et le sultan Abou- Tnân fut reconnu par le Maroc. Il fallut quitter Tunis dans des navires qui, pendant une tempête, allèrent faire naufrage sur un ilôt du rivage des Zouawa ; le sultan, après avoir passé toute une nuit sur unr ocher, fut recueilli par un vaisseau qui le transporta à Alger.
Bien accueilli par la population fidèle, il arma de nouvelles troupes, s’empara de Miliana et de Médéa, mais il fut défait sur les bords du Chélif par son adversaire, Abou-Thâbit l’Abdelwâdite. Échappé à grand’peine, il gagna, parles montagnes, Sidjilmàssa, puis Merrâkech, mais il fut encore une fois défait par Abou-Tnûn ; il se disposait à abdiquer lorsqu’il fut enlevé par une phlébite, consécutive d’une saignée (21 juin 1351).
Abou-'Inân voulut rétablir l’empire mérinidesi compromis; l’armée qu’il forma fut surprise dans la plaine d’Angad, près d’Oudjda, et allait être dispersée lorsque le sultan ramena vivement ses troupes au combat et resta vainqueur. Il lui était facile d’entrer à Tlemcen, abandonnée par les 'Abdelwàdites ; Abou-Thâbit fut arrêté dans sa fuite ; la dynastie ziyanite était renversée pour la deuxième fois. Médéa, Alger, Bougie tombèrent entre ses mains ; Constantine, Bône et Tunis se rendirent ; il allait poursuivre ses conquêtes lorsqu’il fut tout à coup abandonné par son armée, fatiguée de ses marches incessantes (1357). Cette désertion subite lui fit perdre tous les fruits de sa politique. Rentré à Fez, il tomba malade et fut étranglé dans son lit (3 décembre 1358) par son ministre El-Hasan ben 'Omar, qui venait de placer sur le trône Sa'id. Assiégé dans Fez par le prétendant Mançoùr, le ministre, devenu régent, allait succomber lorsqu’il
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reconnut l’autorité d’Abou-Sâlem, frère d’Abou-'Inân, déjà intronisé à Tanger avec l’aide de Pierre Pr, roi de Castille ; ee dernier gagna Fez (1359) et y fut reconnu unanimement comme sultan ; il eut pour secrétaire particulier Ibn-Khaldoùn. Il entra à Tlemcen sans pouvoir s’y maintenir. Il fit venir auprès de lui un marabout, Abou-'Abdallah Ibn-Merzoùq, qu’il avait connu exilé en Espagne, et qui devint son conseiller, pour son malheur, car la puissance du derviche lui suscita de nombreux ennemis. Le ministre 'Omar ben "Abdallah, d’accord avec Garcia, chef de la milice chrétienne, proclama sultan un de ses frères, Abou 'Omar Tachfin; abandonné de tout le monde, Abou-Sàlem alla se cacher dans la cabane d’un berger, où il fut découvert et massacré (1361).
L’anarchie la plus complète s’établit au Maroc. Pour remplacer Tachfin, qui était simple d’esprit, on fit venir d’Espagne Abou-Ziyân Mohammed, qui céda Sidjilmàssa au prétendant 'Abd-el-Ilalim, et ne tarda pas à rentrer en possession de cette province ; il fut étranglé par l’ordre du xvézir "Omar, devenu tout-puissant, et remplacé par ' Abd-el-'Aziz, fils d’Abou’l-Hasan (1366). Celui-ci réussit un coup d’audace, tenté en vain par son prédécesseur : ayant appelé "Omar auprès de lui, il !e fit massacrer à coups de sabre par ses affidés (1307).
'Abd-el-'Aziz réussit à pacifier le Maroc, en allant occuper méthodiquement chaque montagne, centre de révoltes perpétuelles, et il rétablit l’autorité des Mérinides sur le Magfireb central en conquérant Tlemcen (1370) ; son général, Ibn-Ghâzi, en combattant victorieusement les révoltés de la région d’Alger, ramena la tranquillité dans ce pays. "Abd-el-'Aziz fut enlevé par une maladie chronique dont il souffrait (23 octobre 1372) ; Ibn-Ghàzi proclama son fils Sa'id II, en bas âge, et fut régent du royaume. La mort d 'Abd-el-'Aziz permit à ses adversaires de relever la tète et de secouer la domination mérinide, d’autant plus que le sultan de Grenade, Mohammed V, venait de susciter deux prétendants à la fois. L’un était Abou’l-'Abbàs Ahmed, fils d’Abou-Sàlem, prisonnier à Tanger ; avec l’aide d’archers
grenadins, il déposa Sa'kl II et régna à Fez ; l’aulre était 'Abd-er- Raliman, pe l i t-f ils du sultan Abou-'Ali; pour prix de sa coopération, il exigea Merrâkech et son territoire. La guerre ne tarda pas à éclater entre les deux chefs qui s’étaient partagé l’empire, et finalement Abou’l-'Abbâs s’empara de Merrâkech; son dangereux rival périt en combattant bravement (11 septembre 1382).
Mohammed V ne pouvait supporter l’affront qui avait été fait à son allié Abou-Hammou, à qui Abou’l-'Abbâs venait d’enlever Tlemcen. Profitant de l’éloignement de ce dernier, il fit passer subrepticement à Ceuta le prétendant Moùsa, fils d’Abou-'Inân; celui-ci apparut subitement devant Fez et y entra sans coup férir (14 mai 1384). Abou’l-'Abbâs, abandonné par ses troupes, et s’étant fié â la générosité de son compétiteur, fut par lui chargé de chaînes et envoyé à Grenade, où Mohammed V lui rendit la liberté. A peine intronisé, Moùsa mourut inopinément de maladie; son ministre Mas'oùd ben Masâï se fit envoyer de Grenade, pour le remplacer, El-Wâthiq, petit-fils d’Abou’l-Ilasan.
Le refus de Mohammed Y de rendre Ceuta le brouilla avec le ministre Mas'oùd, qui s’empara de la ville. Pour s’en venger, le sultan de Grenade expédia au Maroc Abou’l- 'Abbâs ; celui-ci, profitant des révoltes qui troublaient le pays, entra à Méquinez et à Fez (1387). El-Wâthiq et son ministre furent mis à mort. Le Maroc resta quelque temps tranquille.
Cet état de choses prit fin avec la mort d’Abou’l-'Abbâs à Taza (1393), pendant que son fils Abou-Fàris conquérait Tlemcen, Alger, Miliana et Dellys. Abou-Fàris succéda à son père.
Les Européens commençaient à intervenir dans les affaires d’Afrique, pour mettre un terme à la piraterie qui dévastait les côtes. En 1399, une flotte organisée par Enrique III, roi de Castille, s’empara de Tétouan et en transporta les habitants en Espagne ; la ville ne fut repeuplée, au bout d’un siècle, que par les Grenadins expulsés. En 1415, le roi Jean Ier de Portugal envoie une flotte s’emparer de Ceuta. Le Maroc avait alors pour sultan Abou-Sa'ïd, dont on ignore s’il était
LA. DYNASTIE Sa'dIENNE AU MAROC
le fils d’Abou-Fàris ; le peuple de Fez se souleva contre lui et le mit à mort. Ce fut un de ses fils, 'Abdallah, qui, triomphant de ses deux oncles, prétendants au trône, fut proclamé sultan en 1432. Tlemcen échappa totalement aux Mérinides, et Abou-Mâlik 'Abd-el-Wâhid,fils d’Abou-Hammou, envahit le Maroc ; il lui imposa comme sultan Mohammed, petit-fils d’Abou-'Inân. Une expédition des Portugais contre ranger se termina par un désastre (1437) ; aussi, désireux de le venger, détournèrent-ils vers le Maroc la croisade préparée contre les Turcs ottomans (1458). Ils s’emparèrent d’El- Qçar eç-Çaghîr (Qçar-Maçmoûda), tentèrent sans succès d’enlever Tanger et ruinèrent le repaire de pirates d’Anfa, ville maritime plus connue sous le nom de Dâr-el-Béïdâ (Casablanca).
Le sultan 'Abdallah ayant été assassiné en 1471, Mouley Sa'kl , membre de la famille royale, tenta le siège de Fez. Les Portugais en profitèrent pour s’installer à Asila (Arzille); Mouley Sa'ïd leur reconnut la suzeraineté de Ceula et de Tanger, et conclut une trêve de vingt années. Aussi Alphonse V reçut-il les titres d’Africain et de Rédempteur des captifs. Melila fut occupée par les Espagnols en 1496. Malgré les ennuis incessants que leur causa le général marocain commandant à Tétouan, malgré l’attaque infructueuse de Tanger, les Espagnols et les Portugais conservèrent leurs possessions ; les premiers s’emparèrent même de Mers-el- Kébir, d’Oran, de Bougie et d’autres petites villes de la côte barbaresque ; les seconds fondèrent Mazaghan en 1506, occupèrent Safi, Santa- Cru z du cap d’Aguer ; il est vrai qu’Azemmour résista et qu’Asila fut prise parMouley-Mohammed, qui avait remplacé en 1508 son père Mouley-Sa'ïd; mais comme la garnison de cette ville se maintint dans la citadelle et que des renforts furent amenés par une flotte espagnole, l’occupation des Mérinides ne fut que temporaire. En 1513, les Portugais prennent Azemmour.
Ce fut l’apogée de leur triomphe. Une nouvelle dynastie allait redonner au Maroc la force qui lui faisait défaut. Les Mérinides ne font que décliner : leurs luttes contre le pouvoir naissant sont malheureuses ; le sultan Mohammed est
remplacé par son fils Ahmed qui, en 1536, est défait par les Chérifs ; le Maroc est partagé entre les deux pouvoirs. La prise de Fez par Abou-Hassoun marqua la fin du pouvoir des Mérinides ; le sultan fut bien rétabli sur son trône et dans sa capitale par le corsaire turc Çalih-Réïs à la tête des Algériens, mais, dès la retraite de ces derniers, sa situation devint mauvaise ; au milieu d’une bataille qu’il allait peut-être gagner, un partisan des Chérifs le tua d’un coup de lance dans le dos. Les fils d’Abou-Hassoùn s'embarquèrent pour l’Espagne et périrent à bord du vaisseau qui les emportait, en se défendant contre un navire chrétien qui les avait attaqués. Le nom des Banou-Mérin, qui régnèrent au Maroc pendant près de deux siècles, a été popularisé en Europe par la race des moutons à laine fine, les mérinos.
La dynastie Sa'dienne. — Les Almoravides et les Almoliades avaient donné l’exemple d’un pouvoir temporel appuyé sur le pouvoir spirituel d’un parti religieux puissant, formé par les ascètes fondateurs de zâwiga et leurs descendants et successeurs. Ce fut en se servant des mômes procédés politiques que la dynastie sa'dienne fonda, on peut le dire, Je Maroc tel qu’il existe encore de nos jours. Ce ressort était utile pour groupér en un faisceau les innombrables tribus berbères, chez qui l’esprit d’indépendance et le morcellement en fractions infimes, hostiles les unes aux autres, sont poussés jusqu’au dernier degré : mais le pouvoir spirituel, ainsi séparé du pouvoir temporel, essaya de le dominer : l’histoire des révoltes incessantes que cette lutte produisit est l’histoire même du Maroc sous la dynastie sa'dienne.
Mohammed el-Mahdî affirmait descendre d e 1-H asan, fils aîné d’Adî et de Fàtima, par Mohammed surnommé en-Nafs ez-Zakiyya. Sa famille était donc chérifienne, et son trisaïeul Zéïdân, fils d’Ahmed, avait été appelé de Yambo' en-Nakhl (à une journée de marche du port de Médine, Yambo' en Arabie) par les habitants de la province du Drâ'a, au sud duMaroc, qui comptaient sur sa bénédiction pour hâter la maturité de leurs dattes. Quant à l’expression de Sa'diens sous laquelle ces princes sont connus, elle a été adoptée par ceux qui prétendaient que leurs titres à la descendance d’'Alî étaient
LA DYNASTIE Sa'dIENNE AU MAROC
faux et que leur lignée provenait des Banou-Sa'd à laquelle avait appartenu Halîma, la nourrice du Prophète : El-Maqqari s est fait l’écho de cette opinion de leurs adversaires. Bien que leur chancellerie n’ait jamais employé ce titre, qu’ils rejetaient absolument, l’histoire leur a conservé ce nom, probablement à bon droit, mettant ainsi à néant des prétentions injustifiées au titre de chérif, malgré les tableaux dressés par les généalogistes officiels.
L’origine de leur fortune remonte à l’époque où les Banou- Wattâs. qui régnaient sur une partie du Maroc, se trouvaient dans 1 impuissance de défendre le Soùs contre les entreprises des Clirét iens, quipossédaient Asila (Arzilla), Larache, Tanger et Bâti is; les habitants de cette contrée s’adressèrent à un saint personnage qu’ils considéraient comme leur patron, Mohammed ben Mobàrek, qui leur conseilla de recourir au chérif de Tagmadart, dans le Drâ', Abou 'Abdallah el-Qâïm biamrillah, que son pèlerinage à la Mecque et un songe qui prédisait à sa descendance un brillant avenir avait rendu célèbre dans ces régions. C’est en 916 (1510-11) qu’ils lui prêtèrent le serment d’allégeance; il proclama la guerre sainte et pour ses débuts s’empara de Teftent (Fonti, près de Sanla-Cruz). A sa mort, en 923 (1517-1518), il laissait le pouvoir à son fils aîné Abou’l-'Abbâs Ahmed el-A'radj : c’était l’année même où les Turcs ottomans s’emparaient d’Alger et de Tlemcen. El-A'radj continua la lutte contre les Chrétiens, et soit de vive force, soit par la terreur, obtint la reddition des places d’Azemniour et d’Asila ; son autorité s’affermit, les populations se rallièrent à lui et il entra dans la ville de Meri âkech en 930 (1523-24j, en dépit de son possesseur, le sultan mérinide Ahmed ben Mohammed, qui était alors à Fez ; celui-ci se mit en campagne ; El-A'radj se fortifia dans la ville qui venait de l’appeler et dont le siège fut bientôt abandonné par leMérinide, rappelé à Fez par une révolte. En 935 (1529) et en 943 (1536), les deux adversaires se rencontrèrent en rase campagne : le premier combat, indécis, se termina par la conclusion d’une trêve ; le second fut plus décisif ; mais les populations, fatiguées de la guerre, obligèrent les deux partis à s’entendre pour un partage de territoires : les Mérinides
HISTOIRE DES ARARES
conservèrent la région comprise enlre Tailelaet le Maghreb central : les Chérifs eurent tout le Sous jusqu’à Tadela.
Mohammed ech-Chéïkh, frère cadet d’el-A'radj, avait été le plus utile auxiliaire de son frère et avait manifesté à son endroit les meilleurs sentiments d’obéissance ; puis des intrigues altérèrent leurs rapports ; Mohammed se révolta contre son frère, le déposa et l’enferma dans la ville de Merrâkech (94G — 1539-40). Mohammed, surnommé aussi el- Mahdi, était un lettré et un savant, qui avait composé des gloses marginales sur l’interprétation du Çoran ; il admirait les poésies de Moténebbi, qu’il savait par cœur. Il fut proclamé en 951 (1544-45). Il persécuta les marabouts, dans lesquels il sentait un danger continuel pour le pouvoir centralisateur qu’il rêvait; deux chéïkhs des plus vénérés périrent de mort violente. Sentant grandir en lui le désir des conquêtes, il détruisit ce qui restait du royaume des Mérinides : il prit Méquinez et Fez (955-1548) ; il chassa les Turcs de Tlemcen (lundi 23 djoumâda I 957 = 10 juin 1550) et s’occupa d’organiser le nouvel Fiat ; il régla l’étiquette de son palais, ou plutôt s’en remit à un homme, Qâsein ez-Zerhoûnî, et à une femme de charge, El-'Arifa bent Neddjoû, qui réglèrent tout ce qui concerne le service intérieur du palais.
Cependant un ennemi veillait; Abou-Hassoûn el-Bâdisi, prince mérinide, s’était réfugié à Alger et s’était mis sous la protection de Yodjaq des Janissaires, ne cessant de les exciter à entreprendre des expéditions dans l’intérieur. Cédant à ses instances et à ses promesses, le pacha Çâlih-Réïs s’empara de vive force de Fez et y installa Abou-Hassoûn (4 çafar 961 = 9 janvier 1554), dont le premier soin fut de se débarrasser des Turcs en leur versant les sommes promises. Rentré à Merrâkech, le sultan el-Mahdi rassembla des troupes et marcha sur Fez où il renferma Abou-Hassoûn, qui d’ailleurs ne tarda pas à être tué au combat de Mosellema, de sorte que le sultan Sa'dien rentra dans sa capitale après un court interrègne (samedi 24 chawwâl 961 = 23 septembre 1554).
Une tentative qu’il fit pour chasser les Turcs de la citadelle de Tlemcen où les tenait renfermés la population soulevée, fut infructueuse (967 = 1559 60). Malgré cet insuccès, il
LA DYNASTIE SA-DIENNË AU MA HO G
conservait l’ambitieux dessein, absolument fou, de s’attaquer au sultan ottoman Suléïman le Législateur, et de lui enlever l’Egypte. Les paroles imprudentes qu’il prononça décidèrent les Algériens à lui dépêcher un émissaire, Çâlih el-Kiahya, qui feignit d’être un transfuge et trouva bon accueil auprès d’autres réfugiés que le sultan marocain avait pris à son service et dont il avait formé un corps de Janissaires. Profitant d’un moment d'inattention de la part des gardes, Çâlih et ses acolytes pénétrèrent dans la tente du sultan au cours d’une expédition et l’assassinèrent d’un seul coup, de hache sur la nuque; ils s’enfuirent en emportant la tête du souverain, qui fut expédiée à Constantinople. C’est ainsi que périt, le mercredi 29 dhou 1hidjdja 964 (23 octobre 1557), l’organisateur du Maroc.
« 11 était, dit Ibn el-Qâdi, un homme actif dans ses résolutions, doué d’une énergie indomptable et d’un extérieur imposant. Avec son extrême activité, ses préoccupations élevées etson audace rare, il avait assis sur de larges bases l’édifice de son pouvoir. » 11 s’occupait volontiers de l’administration de l’empire ; il fut le premier qui perçut l’impôt appelé nâïba, « de remplacement », qui est un impôt direct prélevé sur les biens mobiliers et immobiliers, sans compter l’établissement de beaucoup d’autres taxes et redevances, dont personne ne fut exempt. Il ne craignit pas de s’attaquer aux chefs des zâwiyas , centres de réunions des ikhwân , « frères », nom que se donnent les membres des ordres religieux ; c’était à eux qu’il devait d’être arrivé au pouvoir, et parce qu’il les connaissait bien, il sentit le danger qu’offrait pour un souverain le pouvoir spirituel redoutable dont disposaient les cheikhs , chefs de ces zâwiyas. Plusieurs de ces couvents furent évacués et les chefs mandés dans la capitale ; cela prit, aux yeux du peuple, le caractère d’une persécution (958-1551).
Son frère Abou’l-'Abbâs el-A'radj ayant été tué dans sa prison trois jours après, ce fut le fils aîné de Mohammed ech- Chéïkh, Mouley 'Abdallah, qui lui succéda avec le titre d’El- Ghâlib-billah. Il était d’un caractère doux et affable ; atteint d’asthme, il périt suffoqué le 27 ramadan 981 (21 janvier 1574), laissant le pouvoir à son fils Mouley Mohammed, qui
HISTOIRE DES ARARES
prit le surnom d’el-Motawakkil 'ala’llâh ; jurisconsulte éminent et leltré fort ingénieux, il était très orgueilleux et dur envers ses sujets. Son règne fut court. Un de ses oncles, Abou-Mervvân 'Abd-el-Mélik, qui s’était réfugié à Alger après la mort de Mohammed ech-Chéïkh, obtint du sultan Séliin II l’autorisation de lever une armée pour soutenir ses droits; Abd-el-Mélik partit avec l’expédition commandée par Sinanpacha, assista à la reprise de Tunis et s’en alla à Alger recruter quatre mille hommes. Les deux armées se trouvèrent en présence à un endroit appelé Er-Rokn ; la défection des troupes andalouses, formées de contingents fournis par les Maures émigrés d’Espagne, découragea Mouley Mohammed qui s’enfuit sans combattre, laissant le champ libre à son oncle. Arrivé à Merrâkech, Mouley Mohammed essaya cependant de lutter, mais il prit de nouveau la fuite et se retira dans les montagnes; une fois encore il rentra dans Merrâkech et y soutint un siège sans plus de succès, et il dut reprendre la campagne. Ce fut alors que, se trouvant sans secours et sans appui, il alla en demander à Dom Sébastien, roi de Portuo-al.
Il avait été convenu qu’en échange de l’aide effective qu’il allait lui fournir, le roi de Portugal resterait en possession de tout le littoral du Maroc, 1 intérieur du pays devant seul appartenir à Mouley Mohammed. Les Portugais s’avancèrent jusque sur les bords du Wâdi el-Makhâzin, à peu de distance d’Alcazar el-Kébîr. C est là que vint les rejoindre 'Abd-el- Mélik, déjà malade et porté dans une litière ; la maladie 1 emporta au milieu du combat; sa mort resta ignorée de tous, grâce à la présence d’esprit de son chambellan et afiranchi lUdwân le renégat, qui alla de tente en tente porter les ordres censés émanés du sultan défunt. L’armée portugaise fut complètement défaite ; la destruction du pont jeté sur la rivière, et qu’une troupe de cavaliers avait par ruse opérée au début de l’action, les empêcha de la traverser ; Doin Sébastien se noya, ainsi que Mouley Mohammed, dont on retrouva le corps dans le Wâdi-Lokkos ; le cadavre fut écorché, et la peau remplie de paille promenée à travers les Ailles, d où le surnom d’el-Masloûkh (l’écorché) qui lui est
LA DYNASTIE SA'DIENNE AU MAROC
resté depuis lors (lundi 30 djoûmada I 986 = 4 août 1578 .
Mouley Ahmed el-Mançoûr, fils d’Abd-el-Mélik, fut proclamé sur le champ de bataille ; il avait trente ans. Les troupes réclamèrent le payement de leur solde et le don de joyeux avènement; il leur répliqua en demandant, aux termes de la loi coranique, la remise du cinquième du butin. Un arrangement intervint : le sullan fit l’abandon du butin, et les troupes renoncèrent à leurs réclamations. La révolte de son neveu Daoud ne fut pas de nature à l’inquiéter : aisément défait par un de ses généraux, Daoud se réfugia dans les montagnes sans pouvoir troubler davantage la paisible possession de son oncle. L’attitude de celui-ci à l’égard de 1 ambassadeur de Turquie faillit amener la brouille avec le puissant sullan de Constantinople ; sentant le danger, il prit le sage parti d’offrir des satisfactions à Mourâd III, qui rappela sa Hotte déjà en route.
Délivré de toute inquiétude de ce côté, el-Mançoûr songea à étendre ses conquêtes dans l’intérieur de l’Afrique: il s’empara des oasis du Touât et du Tigourarîn (989-1581), ce qui l’amena à songer au Soudan, le grand réservoir d’où sortaient les esclaves noirs. Il prit pour prétexte une redevance qu’il réclama d’Ishaq Sokya, souverain du Soudan, à proposde la mine de sel de Téghâzza. Le corps expéditionnaire qu’il envoya, commandé par l’affranchi Djoùder, revêtu du titre turc de pacha, quitta Merrâkech le 16 dhou’l-hidjdja 998 (16 octobre 1590) et arriva à Tombouctou où Ishaq avait rassemblé une armée considérable ; mais les nègres ne purent tenir devant les armes à feu dont étaient armés les Marocains (16 djoumâda 1999 = 13 février 1591). Ceux-ci passèrent le fleuve et allèrent mettre le siège devant Kâglio, capitale d’Ishaq ; des propositions de paix furent rejetées avec hauteur par el-Mançoûr; Ishaq dut s’enfuir et, poursuivi de place en place, mourut en laissant le champ libre au vainqueur. La conquête du Soudan amena en abondance de 1 or au Maroc, ce qui fit donner à el-Mançoûr, par le peuple, le surnom d’Edh-Dhahabî (de dhahcib « or »). Mahmoud, qui avait succédé à Djoûder disgracié pour s’être prêté aux ouvertures d’Ishaq Sokya, fit conduire au Maroc le savant
Ahmed-Baba, l’hislorien du Soudan, chargé de chaînes.
Toutefois la dureté d’el-Mançoùr à l’égard de ses sujets n’avait pas été sans lui aliéner l’esprit des principaux personnages de l’État, de sorte que la révolte de son neveu En-Nâçir, avec l’appui des Espagnols de Mélila, était de nature à lui causer de grands ennuis. Les troupes envoyées contre le prétendant furent défaites dans leur marche contre Taza, où il s’était établi ; une seconde armée, dirigée par l’héritier présomptif en personne, fut plus heureuse ; En-Nâçir fut fait prisonnier et eut la tête tranchée (1005= 1596-97).
La tranquillité ainsi rétablie, El-Mançoùr songea à embellir sa résidence par la construction du palais d’El-Bédî', pour laquelle il fit venir des ouvriers de tous les pays, même d’Europe; le marbre d’Italie fut payé poids pour poids en sucre provenant de nombreux pressoirs pour la canne à sucre établis dans diverses provinces. Il ne reste pas la moindre trace de ce palais merveilleux : il fut complètement démoli et rasé en 1119 (1707-1708) par Mouley Isma'il. El- Mançoùr fit élever aussi deux citadelles à Fez, connues sous le nom d ’el-Basâtîn, qui est le pluriel arabe du mot français bastion ; il construisit deux forts à Larache ; il fit installer la grande vasque de marbre à la mosquée El-Qarouïin.
L’attitude de son fils El-Ma’moùn ne fut pas sans lui créer de grandes préoccupations. Choisi comme gouverneur de Fez, il se fit remarquer par l’excès de la débauche : pour le ramener à de meilleurs sentiments, son père dut équiper une armée, mais il n’entra pas en campagne, bien qu’El-Ma’moùn eût fait des préparatifs de résistance, parce qu’il apprit que son fils avait conçu le projet de réclamer la protection des garni saires turcs de Tlemcen. Il lui conféra le gouvernement du Drâ', que le jeune prince n’alla pas occuper, préférant rester à Fez; celui-ci fit même mine de s’amender; mais comme il retomba bientôt dans les mêmes errements, le sultan résolut de le prendre par surprise, et bien que, prévenu par ses espions de l’arrivée de son père, El-Ma’moûn se fût enfui dans une zâwiya, il y fut saisi par deux émissaires du sultan et interné à Méquinez (1011-1602).
El-Mançoùr fut emporté l’année suivante par la peste qui
LA DYNASTIE SA'dIENNE AU MAROC
régnait dans le Maghreb, le mercredi ii rébi' 11012 (20 août 1603). Les notables de Fez prêtèrent serment entre les mains de Zîd an, un autre de ses fils ; mais la ville de Merràkech refusa de reconnaître le nouveau souverain et proclama 'Abdallah Abou-Fâris, qui fit mettre en liberté son frère El-Ma’moun; celui-ci jouissait d’une grande popularité, malgré ses vices. La rencontre entre les deux sultans rivaux eut lieu sur les bords de l’ümm-er-Rébî ' ; abandonné de la majeure partie de ses soldats, Zidân fut vaincu; les habitant de Fez refusèrent de prendre les armes en sa faveur; ii dut continuer sa route et gagner Oudjda.
El-Ma’ moùn, qui s’était tenu à l’écart du combat d’Ommer-Rébî', entra à Fez et s’empara du pouvoir royal. Abou- Fàris, qui perdait ainsi le bénéfice de ses manœuvres, fut défait et réduit à abandonner Merràkech, qui fut odieusement pillée (20 cha'bân 1015 =22 décembre 1606). Les excès des troupes décidèrent les habitants de la ville à faire venir secrètement Zidân et à se soulever en son nom, en massacrant toute la garnison et en obligeant 'Abdallah, fils de Ma’moùn, à s’enfuir honteusement. El-Ma’moûn n’avait plus d’argent : il fallut confisquer les richesses amassées par ses généraux et équiper ainsi de nouvelles troupes auxquelles se joignirent, par pur esprit de vengeance, ceux des habitants de Fez qui avaient perdu quelque parent dans le massacre de Merràkech. Une bataille terrible se livra à Wâdi-Tefelfelt ; le pacha Mouçtafà, qui commandait les troupes de Zidân, fut complètement défait, et El-Ma’moûn, après une vaine tentative de défense des habitants, entra à Merràkech où ses troupes commirent encore plus d’atrocités que la première fois; Zidân s’était enfui dans les montagnes,
Un groupe de réfugiés dans les parties inaccessibles de ces montagnes proclama un nouveau souverain, Mouley Mohammed, qu’ Abdallah, fils d’El-Ma’moùn, essaya de réduire ; mais c’est lui qui fut battu et contraint de lui livrer Merràkech ; toutefois un parti mécontent fit de nouveau appel à Zidân qui défit ce Mouley Mohammed et rentra dans sa capitale. Une nouvelle tentative d’ Abdallah sur Merràkech lut également infructueuse (chawwâl 1017 = jan-
vier 1609). Zidân poursuivit ses adversaires et les aurait réduits à merci s’il n’avait pas été rappelé à Merrâkecli par des troubles, ce qui donna à ses ennemis l’occasion de reprendre l’avantage; Abdallah, fils d’El-Ma’moùn, accompagné de son oncle Abou-Fâris, rentra à Fez après une bataille où fut défait le pacha Mouçtafa (7 rébi' II 1018 = 10 juillet 1609). Le même Abdallah, un mois après, assassinait son oncle sous le prétexte que les caïds des Chérâga complotaient sa propre perte pour le remplacer par Abou- Fâris.
El-Ma’moùn s’était enfui en Espagne où il avait sollicité le secours de Philippe III, que celui-ci ne voulut lui accorder que moyennant la remise du port de Larache (4 ramadan 1019 = 20 novembre 1610). Il s’établit dans le Rif, puis dans le Fahç, s’empara de Tétouan, et finit par être assassiné au milieu de son camp (5 rédjeb 1022 21 août 1613), à l’insti¬
gation, dit-on, du rebelle Abou-Mahalli, surnom d’Abou’l- 'Abbâs Ahmed ben Abdallah qui prétendait descendre d’el- 'Abbâs ; en réalité c’était un Berbère, qui, après avoir fait des éludes de droit musulman, s’adonna à la pratique du mysticisme et résolut de réformer les mœurs dissolues de son époque. A la suite de l’évacuation de Larache, il se dirigea vers Sidjilmâssa, à la tète de ses partisans, avec l’intention de s’en emparer; après avoir défait, malgré le petit nombre d’adeptes qui l’entouraient, le gouverneur de la ville, il y entra et y réforma les abus. Une armée organisée par Zidân fut également battue par Aboù-Mahallî, qui s’installa bientôt à Merrâkech dans le palais abandonné par Zidân qui avait fui en hâte. Celui-ci, sans perdre la tête, fit appel au concours d’Abou-Zakariyâ Yahyà Ed-Daoûdî, marabout qui habitait une zâwiya dans les montagnes et souleva ses partisans en faveur du sultan ; il marcha sur la ville de Merrâkech, sous les murs de laquelle Aboù-Mahalli fut atteint d’une balle en pleine poitrine, ce qui mit fin à la guerre (1022-1613).
Dès la mort d’El-Mahnoùn, son fils 'Abdallah se déclara souverain à Fez, où l’autorité était entre les mains d’un chef populaire, Soléïmân, qui , en groupant les habitants delà ville.
LA. DYNASTIE SA'DIENNE AU MAROC
avait débarrassé ceux-ci de la tyrannie et de l’insolence des prétoriens Chéràga; mais la popularité de ce Soléïmân disparut tout à coup lorsqu'il voulut partir en campagne avec le nouveau sultan pour venger le trépas d’El-Ma’moûn : personne ne voulut le suivre.
Abdallah eut à lutter contre son frère Mohammed surnommé Zeghouda, qui le vainquit d’abord (1028-1619) mais ne tarda pas à être défait à son tour à Méquinez, de sorte qu’ Abdallah reprit sa capitale et son trône. Mais les exactions de ses agents, sur lesquelles il fermait volontairement les yeux, car il y avait tout profit, indisposèrent les populations ; Méquinez et Tétouan se révoltèrent; Fez était divisée en factions ennemies qui se battaient entre elles. Les voleurs, appelés sayyâb , furent les véritables maîtres de la ville pendant quarante ans.
'Abdallah mourut d’excès alcooliques en 1033 (1624), laissant à son frère 'Abd-el-Mélik un pouvoir diminuant de jour en jour jusqu’à sa mort (1036-1627). A Merrâkech, à la mort de Zidàn, son fils Abou-Merwân 'Abd-el-Mélik le remplaça; c’était un débauché qui fut assassiné le dimanche 6 cha'ban 1040 (10 mars 1631) ; son frère El-Wélid le fut également au bout de cinq ans (jeudi 14 ramadan 1045 = 21 février 1636) pour avoir refusé de payer aux renégats leur solde et les cadeaux d’usage. On proclama sultan un autre fils de Zidàn, Mohammed ech-Ghéïkh, surnommé el-Açghar (le petit) pour le distinguer d’El-Ma’moùn, qui s’appelait aussi Mohammed ech-Chéïkh ; ce fut un souverain indulgent et bienveillant, mais son autorité n’était guère reconnue en dehors de la ville de Merrâkech et de la contrée (pii l’avoisine. Il fut malheureux dans ses entreprises pour réduire les rebelles qui méconnaissaient son autorité. Il mourut en 1064 (1654) et sou fils Mouley Ahmed el-'Abbâs n’eut pas un pouvoir plus étendu que le sien. Assiégé dans sa capitale par les Chébâna, il alla les trouver dans leur camp, à l’instigation de sa mère, pour gagner leur confiance; mais il fut traîtreusement mis à mort par les assiégeants (1069-1659), et ce fut la fin de la dynastie sa'dienne.
DYNASTIE DES IDRISITES
Idris Ier . 172 (788)
Idris II . 177 (793)
Mohammed . 213 (828)
Ali Ior ben Mohammed . 221 (837)
4 ahya h1' ben Mohammed . 234 (848)
Yahya II ben Yahya . . —
Ali II ben 'Omar . —
Yahya III ben el-Qâsim . —
Yahya I V ben Idris . 292 (905)
El-Hasan el-Hâdjim . 310 (922)
DYNASTIE DES MÉRINIDES
'Othman Ier Adergal, fils d’'Abd-el-Haqq. . 614 (1217)
Mohammed Ier . 637 .(1239)
Abou- Yahya Abou-Bekr . 642 (1244)
‘Omar . 656 (1258)
Abou-Yoûsouf Ya'qoûb . 657 (1259)
Abou-Ya'qoûb Yoûsouf Nàçir-lidin-illah. . 685 (1286)
Abou-Thàbit 'Âmir . 706 (1307)
Abou-Rebi' Soléïman ........ 708 (1308)
Abou-Sa'ïd 'Othman II . 710 (1310)
Abou’l-Hasan 'Ali . 732 (1331).
Abou-'Inân. . 749 (1348)
Es-Sa'id . 759 (1358)
Abou-Sâlim Ibrahim . . 760 1 1359)
Abou-'Omar Tâchfîn . 762 (1361)
'Abd-el-IIalim . . 763 (1361)
Abou-Ziyàn Mohammed II . . 763 (1361)
'Abd-el 'Aziz . 768 (1366)
Es-Sa'id IP . 774 (1372)
LA DYNASTIE SA U1ENNE AU MAROC
Abou’l-'Abbàs Ahmed ........ 776 (1374)
Mo ù. sa . 786 (1384)
El-Montaçir . 786 (1384)
El-Wàtiiiq . 788 (1386)
Abou’l-'Abbâs, pour la deuxième fois . . 789 (1387)
Abou-Fàris . 796 (1393)
Abou-Sa'id . vers 814 (1411)
S'a’id et Ya'qoûb . 824 (1421)
'Abdallah . 826 (1423)
Mohammed, fils d’Abou 'Inàn .
Ahmed . .
Mouley Bou-Hassoùn . vers 862 (1458)
'Abdallah . vers 875 (1470
Mouley Sa' kl . vers 876 (1471)
Mouley Ahmed . . —
Moulev Nâçir Bou-Gantouf . 908 (1502)
Mouley Mohammed . 914 (1508)
Mouley Ahmed . 926 (1520)
Mouley Abou-Hassoûn . 961 (1554)
DYNASTIE SADIENNE
Aboü-'Abdallah el-Qàïm-biamrillah (916-923 = 1511-1517). Abou’l-'Abbàs Ahmed el-A'radj (923-946 = 1517-1539). Mohammed ech-Chéïkh 1er el-Mahdi (951-964 = 1544-1557). Mouley 'Abdallah I « (964-981 = 1557-1574).
Mouley Mohammed (981-986 = 1574-1578).
Abou-Merwân 'Abd-el-Mélik Ier (983-986 = 1575-1578). Mouley Ahmed el-Mançoûrben 'Abd-el-Mélik, edh-Dhahabi (986-1012 = 1578-1602).
Mouley el-Ma’moûn (1012-1022 = 1602-1613).
Mouley 'Abdallah II (1022-1033 - 1613-1624).
Mouley 'Abd-el-Mélik (1033-1036 = 1624-1627).
Mohammed ech-Chéïkh II el-Açghar (1036-1064 = 1627- 1654).
Mouley Ahmed el-'Abbàs (1064-1069 = 1654-1659).
BIBLIOGRAPHIE
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