LES CHÉRIFS HASANIENS DE SIDJILMASSA
gouvernement de cette ville, qui fut confié à un agent du pouvoir central, et réussit même à s’emparer, quelques années plus tard, de l’administration des fonds de la Zâwiya de cette famille de chérifs.
Son cousin Saroûr ben Idrîs avait été défait et tué dans une surprise par une tribu de l’Atlas longtemps indépendante, les Banou-Mgild; le sultan El-Hasan le vengea d’une manière sanglante et mit fin à l’indépendance de ces montagnards (1888). Les Gtiourâra se soumirent (1889); le Sultan, en reconnaissance, se rendit en pèlerinage au tombeau d’'Abd-es-Sélâm et ensuite à celui d’'Ali-er-Raïsoùli, à Tétouan. Cependant les Andjérâ, ces éternels révoltés, aveuglèrent avec un fer rouge les yeux du premier délégué qui leur fut envoyé pour les gouverner, et le Sultan ne put se venger, car il avait entrepris au Tafilelt une expédition qui ne fut pas heureuse. C’est au retour de cette dernière entreprise qu’il mourut (mercredi 3 dhoû’l-hid j dja 1311 = 5 j uin 1894), après avoir établi au Maroc un rudiment d’organisation que le pays n’avait pas encore connu. Il avait été aidé dans cette entreprise par des ministres intelligents, Gliarnit, descendant d’un Maure de Grenade, 'Abd-el-Kérim ben Soléïmân, métis d’origine également andalouse, la famille des Tâzi, descendante de Juifs établis à Tâza, celle des 'Abdeç-Çâdiq, descendante du pacha Ahmed le Rifain. Ba- Ahrned ben Moùsa était le grand vizir du sultan El-IIasan et ce fut lui qui facilita au sultan 'Abd-el-Aziz, qui n’avait que treize ans, l’accès du trône, d’accord avec sa mère, la Circassienne Reqiya; aussi le nouveau Sultan fut-il fidèle à la politique de son père jusqu’à la mort de son ministre (1900) ; mais ensuite, préoccupé d’amusements futiles, il délaissa les traditions guerrières qui avaient maintenu dans l’obéissance les tribus, toujours disposées à reprendre leur indépendance et à refuser le payement amiable de l’impôt, et il réorganisa les Bokhâris pour essayer de s’assurer une garde fidèle. Un de ses ministres eut surtout une influence considérable sur lui, El-Monebbehi, enfant trouvé auquel le caïd de la tribu des Monebbehi, dans le Iiauz, en l’adoptant, avait donné le nom de Mahdi, et sa propre appellation eth-
nique; envoyé en ambassade à Londres (1901), il rapporta d’Europe des objets inconnus avant lui à Fez, une table de billard, des bicyclettes, des automobiles, qui furent les jouets du grand enfant qu’était le Sultan. La réorganisation des finances, tentée par Ben Sliman, ministre des Affaires étrangères, souleva la réprobation de populations habituées de longue date à un tout autre régime ; l’impôt du tertîb fut souverainement impopulaire, parce qu’il taxait des revenus et des catégories de personnes que le Qorân avait exemptés ; aussi ne fut-il jamais appliqué. El-Monebbehi, à qui l’on attribua l’établissement de cet impôt, dont l’instigateur était Ben-Sliman, dut s’en aller en un exil déguisé sous le prétexte d’un pèlerinage à la Mecque, et il fut remplacé par Mohammed el-Djebbâç (Guebbas, comme on prononce au Maroc). 'Abd-el-'Azîz ne put pas résister au mouvement qui porta sur le trône son frère Mouley 'Abd-el-Hafizh (5 janvier 1909). Celui-ci, enfermé dans Fez et entouré de toutes parts par les tribus révoltées, ne fut délivré que par un corps expéditionnaire français, parti de Dâr el-Béïdâ (Casablanca) occupée par la France à la suite d’un guet-apens tendu contre ses troupes. Le 30 mars 1912, Mouley 'Abd-el- Hafizh signait avec la France un traité par lequel son empire était placé sous le protectorat de cette puissance, mais il abdiquait bientôt après et était immédiatement remplacé pan son frère Mouley-Yoûsef.