LES CHER IFS HASANIENS DE SIDJILMASSA
A la fin de son règne, il ramena à l'obéissance les marabouts qui s’étaient constitué à Tamegrout, dans l’Atlas, une principauté indépendante, et réprima trois insurrections dans le Rif. Il fut remplacé, le 13 rébU I 1238(28 novembre 1822), par son neveu 'Abd-er-Rabman ben Hichâm, qu’il avait désigné depuis longtemps pour lui succéder; le début de son règne fut marqué par une lutte heureuse contre les Chérârda qui furent vaincus (1244-1828). A la nouvelle de la prise d’Alger parles Français (moharrem 1246 — juilletl830),les habitants de Tlemcen rendirent leur ville aux Marocains; mais la mauvaise volonté des populations environnantes ne donna à cette occupation qu’un caractère tout passager. Une révolte des Oudaya à Fez contraignit 'Abd-er-Rahman à assiéger sa propre capitale (1247-1831) ; victorieux, il dispersa ce corps de troupes indiscipliné. Il voulut aider l’émir 'Abd-el- Qàdir (Abdel-Kader) contre les Français, déjà maîtres de la plus grande partie de l’Algérie, et perdit contre eux la bataille d’Isly (1260-14 août 1844), suivie du bombardement de Tanger et de Mogador (1845).
En 1268 (1851), la ville de Salé fut bombardée par les Français. Deux navires de leur nationalité, chargés de blé, s’étaient échoués sur le rivage, et la populace s’était hâtée de les piller; elle enleva môme les planches et les agrès de ces vaisseaux. La France porta plainte auprès du Sultan, mais le gouverneur de la ville, Mohammed Zeniber, nia purement et simplement les faits. N’obtenant pas satisfaction, le Gouvernement français envoya une division navale s’embosser devant la ville et la châtier en la bombardant. Une fois l’opération achevée, la flotte leva l’ancre. Les Marocains s’imaginèrent qu’elle avait épuisé ses provisions, et Zeniber fit croire à son maître que les Français étaient partis « déçus et humiliés, et que Dieu les avait repoussés avec toute leur colère, sans qu’ils aient obtenu un résultat utile ». On voit que cette démonstration ne servit pas à grand’chose.
La révolte dans le Sahara d’ibrahim Isemmoûr El-Izdégi (1271-1855), qui avait groupé autour de lui un fort parti berbère et que le Sultan avait revêtu de la dignité de chef de
cette contrée, se termina par un combat où l’un des parents du rebelle, pour se faire bien venir des Marocains, le tua par surprise et lui coupa la tête, qui fut apportée à Merrâkech.
Mouley 1 A bd-er-Rahm an avait établit sa résidence à Merrâkech, d’où il se rendait parfois à Méquinez; c’est dans cette dernière ville qu’il mourut de maladie le lundi 29 moharrem 1276 (29 août 1859). On lui attribue l’honneur d’avoir rétabli les affaires de la dynastie à un moment où elle était sur son déclin. Il avait reconnu l’insuffisance des Marocains dans la manœuvre des pièces d’artillerie, et il avait désigné vingt jeunes gens pour être formés dans la pratique de cet art. Il restauia le sanctuaire de Mouley Idris à Fez; il augmenta, après le bombardement de 1851, les fortifications de Salé, ainsi que celles de Rabat (Ribût el-Fath) ; il réédifia, à Merrâkech, la mosquée d’El-Mançoûr.
Son fils Mohammed lui succéda. Depuis quelque temps il avait entre les mains la conduite des affaires; il s’occupait surtout de l’organisation de troupes régulières, dont l’absence était la principale cause de l’anarchie qui ruinait le Maroc. La rupture de la paix avec les Espagnols provint d’une dispute des habitants de l’Andjéra avec la garnison de Ceuta; les indigènes prétendaient que les Espagnols avaient contrevenu à l’usage en établissant, pour la garde de la frontière, une maison en pierre, au lieu des cabanes employées jusqu’alors; ils s’emparèrent de cette maison et insultèrent le pavillon qui y flottait. Les Espagnols exigèrent la livraison de douze coupables; Mouley Mohammed refusa. Un corps de débarquement, commandé par O'Donnel et où Prim se distingua, occupa Tétouan le lundi 13 rédjeb 1276 (6 février 1860). Depuis deux jours, la ville était pillée par la populace. Un peu plus tard, les Espagnols se laissèrent surprendre par leurs adversaires et éprouvèrent quelques pertes. Mouley 'Abbâs, frère du Sultan, qui commandait en chef, se décida à conclure la paix; les Espagnols évacuaient Tétouan et le Sultan versait une indemnité de guerre de vingt millions de douros, à percevoir sur les revenus des douanes.
LES CHÉRIFS IIASAATIENS DE S1DJILMASSA
Après en avoir fini avec les étrangers, Mouley Mohammed dut se préoccuper de la révolte du Roguî, El-Djilâni, homme obscur et de basse condition, qui avait été berger chez les Arabes Sefîân. A la tête de quelques mauvais sujets armés de bâtons et de frondes, il souleva la région de Koùrt, assiégea et mit à mort le caïd des Sefîân; en promettant à ses adeptes le partage des richesses dont il s’emparerait, il multiplia le nombre de ses partisans. Très préoccupé par cette grave sédition, le Sultan chargea un de ses frères, Mouley er-Rachid, de le réduire; le rebelle n’était pas en état de se défendre; il se réfugia dans le mausolée de Mouley Idrîs au mont Zerhoûn et y fut tué par un chérif (1278-1862).
Le sultan Mohammed mourut à Merrâkech le 18 rédjeb 1290 (11 septembre 1873). On rapporte de lui ce fait remarquable que quand il fit élever son palais de Rabat, appelé Agdâl, ses agents s’étaient emparés sans droit de jardins appartenant à des particuliers; ceux-ci réclamèrent, et le Sultan décida que la justice du cadi les départagerait. Les deux parties nommèrent des fondés de pouvoirs, et le cadi de Salé termina l’affaire par un compromis aux termes duquel le Sultan paya la valeur des propriétés occupées indûment. C’est lui qui fit élever la grande mosquée du marché de Casablanca, sur remplacement de l’ancienne mosquée, dont les upaqfs payèrent les frais de la reconstruction. La raffinerie qu’il fit élever à grands frais à Merrâkech est actuellement abandonnée.
Mouley El-Hasan, proclamé à Merrâkech à la mort de son père, eut toutes les peines du monde à obtenir sa reconnaissance à Fez révoltée contre ses agents; il dut faire des promesses, qu’il ne put pas tenir. Il se préoccupa tout d’abord de donner un semblant d’organisation à l’empire; le sultan Mohammed avait cherché à détruire l’omnipotence des Bokhâris et des Oudaya, et s’était appuyé, à cet effet, sur les tribus qu’il avait su grouper autour de son nom ; mais il n’avait pas tardé à s’apercevoir qu’il se privait ainsi de tout pouvoir effectif, les tribus étant maîtresses de payer l’impôt quand bon leur semblerait. Mouley El-Hasan adopta
an plan qui est resté le type de l’organisation du Maroc jusqu’à aujourd’hui, celui de la constitution de tribus mcikhzen , c’est-à-dire de tribus au service du gouvernement, jouissant de grands privilèges, tels par exemple que l’exemption d’impôts, mais tenues, en revanche, au service militaire permanent. Il établissait ainsi un noyau fixe d’une armée, auquel venaient s’ajouter les contingents volontaires attirés par l’appât du butin. Les tribus mcikhzen furent au nombre de quatre : les Bokhâris, nègres installés aux environs de Fez sur des terres du domaine impérial, les Oudaya, d’origine arabe, ainsi que les Chérâga (les « orientaux ») venus d’Algérie lors de la conquête turque, et les Chérûrda, que le sultan Soléïman, dont ils avaient été les plus chauds partisans, avait installés dans une nouvelle résidence, entre la montagne de Zerhoûn et la rivière de Sébou.
Mouley El-Hasan confia aux tribus ma khz en la garde des villes, et. il engagea des officiers européens pour instruire les levées qu’il faisait dans les autres tribus. Son règne presque tout entier, d’ailleurs, se passa à des expéditions militaires destinées à contraindre au payement de l’impôt les tribus rebelles. Merrâkech, où pourtant il avait été acclamé, se souleva pendant qu’il était occupé dans le Rif ; à peine la sédition fut-elle domptée, que Bou 'Azza el-Habrî, sorcier et géomancien, se révolta à Oudjda, et pendant qu’il marchait vers cette ville, la tribu des Iliata, dont il avait à traverser le territoire, lui enleva son harem; il lui fallut revenir à Fez et de là se diriger sur Oudjda par un autre chemin. Quand il eut fait prisonnier le rebelle, il négocia la soumission nominale des Riata. De continuelles expéditions dans l’Atlas occupèrent ainsi ses forces jusqu’en 1882, oii il réalisa le rêve longtemps caressé par ses prédécesseurs: il put parcourir la région du Soùs, restée à peu près indépendante sous la domination d’un marabout qui descendait des sultans sa'diens.
La tribu des Zayàn, dans le district de Tadela, avait été domptée en 1883. L’année suivante, profitant de ce que le parti des descendants d’Idrîs commençait à s’agiter, le Sultan enleva au chérîf d’Ouezzan, protégé de la France, le