CHAPITRE XXX
LE YÉMEN
Après avoir été conquis par les Musulmans, le Yémen resta province de l’immense empire et reçut des gouverneurs envoyés par l’autorité centrale; il prit parti pour Mo'âwiya eontre 'Ali, resta fidèle aux Oméyyades, et passa comme tout le reste des Etats orientaux au pouvoir des 'Abbassides. La domination des Qarmates n’y fut point longue ; ces hérétiques s’en emparèrent en 293 (905) sousMançoûr et 'Ali ben Fadl. Ce dernier, après quinze ans de règne, fut assassiné en 303 (915) par le moyen d’une lancette empoisonnée quand on lui tira du sang; Mançoûr mourut l’année suivante laissant à 'Obéïd-allah El-Mahdî, fondateur de la dynastie Fâtimite, le soin de choisir son successeur entre deux compétiteurs, El-Hasan, un des fils de Mançoûr, ou 'Abdallah Châwiri, un de ses courtisans ; celui-ci fut préféré par le Fâtimite, mais El-Hasan, tout en reconnaissant le choix du Khalife, ne se tint pas pour battu et saisit l’occasion de se débarrasser de son adversaire en le faisant mettre à mort; puis il se déclara sunnite ; ses sujets le suivirent dans cette voie et massacrèrent les Qarmates; ceux qui échappèrent durent fuir ou se cacher. Cela n’empêcha pas El-Hasan et toute sa famille de périr assassinés par les montagnards de Chibûm et du Haçlour à l’ouest de Çan'â. Quoique sunnites, les Yéménites restèrent soumis aux Khalifes fâtimites jusqu’au règne d’El- Mostancir (427-1035). En 439 (1047), la famille indigène de Çolaïhî s’empara du pouvoir.
Pendant ce temps, la région de Çan'â et de Djanad était touillée an pouvoir d’As'ad ben Ya'four el-Hiwâlî, qui fut remplacé en 310 (922) par son frère Ahmed Nâçir, lequel s’empara d’Aden et mourut en 322(933). Ça'da était gouvernée par l’imam Mortada ben Hâdi. A Zébid régnait la famille de Ziyâd qui dura jusqu’en 377 (987), où le gouverneur Hiwâli de Çan'â s’empara de cette ville et la saccagea ; en même temps, il reconnut comme suzerain le Khalife fâtimite, qui était el-'Azîz ben Mo'izz ; il mourut en 387 (997).
Deux ans plus tard, l’imam Mançoûr Qâsim, chérif descendant de Hoséïn, qui jusqu’alors résidait à Khath'am dans les monts Serât, vint à Ça'da se faire reconnaître comme souverain par les habitants de cette ville ; il envoya à Çan'â un gouverneur qui prit possession en son nom de divers cantons, mais ne tarda pas à se brouiller avec son maître et voulut faire reconnaître un autre imam à Çan'â : ce qui plongea la contréedans des troubles incessants.
L’imam Iloséïn, fils de l'imam Mançoûr, déclara être le Mahdî de la fin des jours, en 401 (1010), à Qâ'a, dans la région de Baun, et fut reconnu en cette qualité par la plupart des tribus ; il défit et tua le gouverneur institué par son père ; mais le fils de ce gouverneur, aidé par les tribus de 'Ans et de Hemdân, demanda secours à Zébid. En fin de compte, l’imam Iloséïn fut défait et tué en 404(1013).
Le frère de Hoséïn, Dja'far, se proclama imam de Çan'â en 413 (1022); en 422 (1031) ce fut le tour d’un autre imam, Hasan ben 'Abd-er-Rahman, accompagné de son fils Hamza, qui donna son nom aux chérifs Hamzites du Yémen. Au milieu des discussions qui s’ensuivirent, un autre imam, d’une famille originaire du Déïlem en Perse, se proclama à Baun et s’empara de Ça'da et de Çan'â, où il commença à lever la dîme et différents impôts; les exactions qui accompagnèrent ces mesures amenèrent un soulèvement, suivi de son expulsion et de celle de tous les Clii'ïtes (439-1047).
Cette même année, un autre Chî'ïte, 'Ali ben Mohammed eç-Çolaïhî, leva l’étendard de la révolte à Mésâr, au nordouest de Çan'â; il se reconnut vassal du Khalife fâtimite, qui était alors el-Mostançir, fils d’ezh-Zhâhir ; la prise de
LE YÉMEN
Zébîd lui permit d’étendre son pouvoir depuis la Mecque jusqu’au Hadramaut ; mais la mise à mort du prince qui gouvernait cette ville allait causer sa propre perte. Quatre ans ne s’étaient pas écoulés qu’il fut tué par les deux fils de sa victime, à Mehdjem,sur la route delà Mecque (459-1066). L’un de ces deux fils, Sa'îd le Louche, se saisit des trésors d’eç-ÇoIaïhi, ainsi que de sa femme Asmâ, qui était la sœur du gouverneur de Zébîd dont Sa'îd le Louche s’empara ; celleci, de la prison où elle était, trouva moyen d’écrire à son fils Mokram que son père eç-Golaïhî avait laissé comme régent à Çan'â; Mokram, rassemblant ses forces, reprit Zébîd, mit sa mère en liberté, tandis que Sa'îd le Louche devait s’enfuir à Dahlak, île sur la côte d’Afrique ; ayant repris Zébîd, quelques années plus tard, il fut attiré dans l’intérieur et tué dans un combat (481-1088),
Une femme joua alors le premier rôle dans le Yémen, Séyyida Horra, qui était la cousine et la femme de Mokram. Déjà son mari, désireux de se débarrasser du souci des affaires et de se livrer au plaisir, la laissait maîtresse de diriger l’État. A la mort de Mokram (484-1091), elle choisit pour ministre Mofaddal ben Abi’l-Barakât el-Himyarî qui laissa prendre la ville de Ta'kar,dont son père et lui-même avaient été crouverneurs, et où se trouvaient les trésors de la famille d’eç-Çolaïhi, par un des Ulémas sunnites qu’il avait pour ennemis; il l’assiégea et mourut, pendant le siège, pour avoir absorbé le poison contenu dans le chaton cl’une bague, ou de honte, pour avoir vu les femmes de sa famille obligées d’aller jouer du tambourin sur le toit de son palais. Une fois lui disparu, Ta'kar fut rendu à Séyyida Ilorra.
En 510 (1116), on vit arriver un missionnaire fâtimite chargé de proclamer la véritable doctrine ; il se nommait 'Ali ben Nédjîb-ed-daula. Au moyen d’un corps de cavalerie qui lui fut envoyé d’Égypte, il débarrassa Séyyida Horra de sa garde indigène, sous la dépendance de laquelle elle était tombée; la souveraine lui donna la ville de Djanad pour résidence; s’étant montré insolent, ily futassiégé et fitses excuses à la Séyyida quand il apprit que, par ruse, elle avaitrépandu le bruit que les sommes dont elle avait gratifié les troupes
HISTOIRE DES ARAIJES
étaient dues a la générosité de l’assiégé. Gomme il avait dit qu’elle était incapable de nouer une intrigue, il dut s’avouer vaincu.
Ce missionnaire fut arrêté et envoyé en Egypte sur l’ordre du Khalife el-Amir bi-Àhkâmillah et sur la dénonciation d’un autre missionnaire qui était venu le remplacer et qui voulait faire croire que son prédécesseur soutenait la cause de Nizâr.
Séyyida Horra mourut en 532 (1137) à l’âge de quatrevingt-huit ans et fut enterrée dans la mosquée qu’elle avait fait construire à Djobla, sa résidence habituelle. Ses palais et ses trésors tombèrent entre les mains du fils de son ancien ministre Mofacldal, Mançoûr el-Himyari, qui, vieux et désireux de se reposer, vendit vingt-huit de ses châteaux au missionnaire Mohammed ben Saba ; à sa mort (542-1147), il fut remplacé par son fils Ahmed, qui fut le dernier prince de la dynastie Çolaïhî ; il mourut en 563 (1167).
La ville de Çan'â avait été prise en 485 (1092) par le sultan Hâlim ben Ghochéïm, de la tribu de Ilemdân ; son second fils 'Abdallah, puis son troisième fils Ma'n lui succédèrent (502-1108). La tribu de Ilemdân, par ses séditions , plongea la contrée dans l’anarchie, situation qui ne prit fin qu’en 533 (1138), lorsqu’elle mit à sa tête le sultan Hamid-ed-daula Hâtim ben Ahmed de la tribu de Yâm.
Pendant ce temps l’imam Ahmed ben Soléïman, qui avait pris le titre d’el-Motawakkil 'ala’llâh, proclamait son indépendance à Nedjrân et dans les contrées avoisinantes, rassemblant autour de lui un certain nombre de tribus, les Banou-Ghihâb, Medhhidj, Khaulân, les habitants du Hadour; il attaqua le sultan Hâtim à Séréra et le battit (545-1150). Hâtim tenta de se réfugier à Çan'â, mais les habitants prirent parti pour l’imam, et Hâtim se vit obligé d’aller le recevoir solennellement en dehors de la ville et d’obtenir son pardon ; il fut d’ailleurs traité honorablement par l’imam vainqueur. Hâtim attendit que les troupes de l’imam rentrassent dans leurs cantonnements; il souleva de nouveau la tribu de Hemdân, surprit le camp de l’imam à Birâch et s’empara de Çan'â .“"g î- f
LE YÉMEN
L’imam el-Motawakkil essaya en vain de remonter le courant qui emportait les Yéménites vers Hâtim, et de raccommoder les tribus séparées par des querelles de clans. Hâtim mit fin à cette manœuvre en payant lui-même les sommes nécessaires à la composition pour meurtre ( diya ) ; alors les partisans de l’imam se dispersèrent. A sa mort (556-1161), Hâtim eut pour successeur son fils 'Ali, qui agrandit ses possessions, et lutta heureusement, en 561 (1165), contre un rebelle nommé Hâtim ben Ibrahim el-Hamîdi, qui avait soulevé les Hemdanites ; 'Ali dévasta Chibàm, et assiégea Kaukébân qu’il prit au bout de trois ans. 11 eut la gloire de voir son ancien adversaire, l’imam el-Motawakkil, fait prisonnier par les chérifs de la famille de Qâsim, lui envoyer ses fils pour lui demander aide et protection; une simple lettre de sa part fit mettre en liberté l’imam qui retourna à Chibâm avec l’appui de son protecteur, et y mourut en 566 (1170).
Le sultan Alî était à peine maître du Yémen tout entier qu’un nouvel et menaçant danger se présenta par le moyen des Turcs Ghouzz dont une colonie était établie à Dhamâr : s’appuyant sur eux, un frère de Saladin, Tourân-châh, qui portait les titres honorifiques de Sultan el-Mo'azhzham et de Chems-ed-daula, mit le pied sur le sol de l’Arabie méridionale et la conquit en 569 (1173).
Bientôt le pays fut assez pacifié pour que l’Eyyoubite quittât la province nouvellement conquise ; il alla occuper la principauté de Damas que lui conférait son frère, en laissant des gouverneurs pour diriger les affaires en son absence et lui faire parvenir le montant des impôts; mais il ne revit jamais sa nouvelle conquête, car il mourut à Alexandrie en 574 (1178). Sa disparition plongea de nouveau le Yémen dans l’anarchie la plus complète ; chacun des gouverneurs qu’il avait nommés se déclara indépendant et chercha à s'agrandir aux dépens du voisin. Saladin, voyant l’impossibilité où se trouvait son esclave Khatalbâ de maim tenir l’ordre entre toutes ces convoitises, choisit comme viceroi un autre de ses frères, Tough-Tékin (el-Mélik el-'Aziz Séïf el-Islâm) qui partit pour Zébid à la tête d’un millier de
cavaliers égyptiens (577-1181). La reprise du Yémen eut lieu sans difficultés.
C’est à ce moment que le sultan 'Ali, fils de Hâtim, qui, ainsique nous l’avons vu, s’était retiré à Birâch, fit démolir les fortifications de Çan'â, les murs de la ville et l’antique tour de Ghoumdân qui remontait à l’époque des rois de Saba, brûla les approvisionnements de blé et ordonna aux habitants de se retirer dans les montagnes de Djemb (583-1187). Dhimâr se rendit; reprise par les chefs des montagnards de Djemb, elle fut de nouveau occupée, et cette fois pillée, par Tough-Tékin. Les autres châteaux et places tombèrent les uns après les autres. Le siège de Dhemermer dura quatre ans, étant défendu par le sultan 'Alî en personne. Finalement ce dernier résigna ce qui lui restait de ses Etats moyennant une pension annuelle.
Tough-Tékin favorisa la culture du blé et se montra dur pour les possesseurs de palmiers, dont la culture exige peu de travail. On dit qu’il visait à devenir l’unique propriétaire du sol, comme c’est le cas en Egypte, mais la vigoureuse opposition des habitants l’obligea à renoncer à cette idée. Après quatorze ans de règne, il fut, dit-on, empoisonné en 593(1196), laissant le pouvoir à son fils aîné Ismâ'îl (el-Mélikel-Mo'azz) qu’il avait chassé pour des motifs de croyances religieuses, et qui était en route pour Bagdad lorsqu’il apprit la mort de son père.
Ismâ'îl, avec son cortège de poètes et de bouffons, était un mauvais souverain : plein d’orgueil, il prétendait descendre des Oméyyades. Il se faisait appeler Khalife, et à la mode des Khalifes portait des vêtements avec de longues manches pendantes. Une conspiration de sa garde turque mit lin à ses jours après cinq ans de règne. Un jour, monté sur une mule, il sortait de Zébîd : les conspirateurs l’attaquèrent brusquement; il se défendit vaillamment avec sa masse d’armes, mais ses longues manches l’empêchèrent de jouer du sabre, et il périt sur la route (598-1201).
Il restait un tout jeune frère d’el-Mo'azz, el-Mélik en-Nâçir. L’émir Sonqor, qui avait dû fuir devant el-Mo'azz, prit l’enfant sous sa protection et se chargea de son éducation, ce qui
LE YÉMEN
lui fit donner le titre d'atcibek (précepteur, régent). Il maintint la paix et construisit des mosquées et des collèges à Ta'izz et à Zébid ; dans cette dernière ville, la mesure de blé appelée sonqorî a perpétué le souvenir de son nom et de ses règlements. Mais lorsqu’il mourut (608-1211), el-Mélik en- Nâçir, embarrassé de trouver un successeur à son ministre, eut la main malheureuse quand son choix se porta sur un certain Bedr-eddîn ben Djabrîl, qui n’eut rien de plus pressé, au cours d’une expédition contre l’imam 'Abdallah ben Hamza, que de le faire disparaître par le poison dès son arrivée à Çan'â; il voulait lui succéder et s’emparer du pouvoir, mais il avait compté sans la mère de sa victime qui arma ses esclaves contre lui : il fut tué dans une surprise (611-1214). L’imam 'Abdallah ben llamza entra dans Çan'â tandis que d’autres chefs arabes se partageaient la plupart des châteaux du Yémen.
La mère de l’infortuné el-Mélik en-Nâçir,qui venait de venger si énergiquement son fils, profita de ce qu’un Eyyoubite, Soléïman ben Taqî-eddîn, qui descendait d’Eyyoùb par Châhinchâh et qu’on surnommait le çoûfi , accomplissait le pèlerinage de la Mecque pour l’inviter à venir au Yémen la protéger; c’était le prier de prendre la succession de ses cousins, ce qu’il fit incontinent. Mais cela ne faisait pas l’affaire du sultan d’Egypte, el-Mélik el-'Adil Abou-Bekr, autre frère de Saladin, qui envoya son propre petit-fils, el-Mélik el-Mas'oûd Çalâh-eddin ben Kâmil à la tête d’une nombreuse armée et la caisse bien remplie, pour gouverner le pays, quoiqu’il fût encore très jeune; il atteignit Zébîd en 612 (1215).
Les Rasoûlides. — Dans la suite qui accompagnait Tourân-châh se trouvaient un fils et les petits-fils de Mohammed ben llâroûn, surnommé Rasoûl à cause de nombreuses missions en Syrie et en Egypte dont il avait été chargé par les Khalifes abbassides; ce Rasoûl qui donna son nom à la dynastie des Rasoûlides prétendait descendre de Djabala ben el-Aïham et par lui des rois de Saba, mais il était probablement d’origine iranienne, comme le montre le nom de son ancêtre Rustem. C’était Chems-eddin 'Alî et ses quatre
fils, tous distingués par leurs qualités supérieures : le père était un homme pieux, d’un jugement sûr; les fils brillaient par leur bravoure, ou leur intelligence, ou leur générosité.
Chems-eddin faisait de Djoubla sa résidence, de préférence. Quand il mourut en 614 (1217), ses lils, dont la renommée s’était répandue, étaient prêts à prendre sa place. Jouissant de la confiance d’el-Mélik el-Mas'oûd, ils furent chargés de gouverner différentes places ; quand celuici partit pour l’Égypte (630-1223) il laissa comme régent Noûr-eddin 'Omar, troisième fils d’'Ali ben Rasoûl, Bedreddin Fasan, l’aîné, restant chargé spécialement de la garde de la ville de Çan'â. C’est en cette qualité qu’ils eurent à défendre leurs possessions contre une attaque du chérif Izz-ed-dîn Mohammed, fils de l’imam Mançoûr ben Hamza, qui fut défait.
El-Mélik el-Mas'oûd revint d’Égypte en 624 (1227) et son premier soin fut de faire arrêter Bedr-ed-din et deux de ses frères et de les jeter en prison, en attendant de les faire embarquer pour l’Égypte par la voie d’'Aden. Il fit cependant exception pour Noûr-ed-din; la confiance qu’il avait en lui ne fut pas ébranlée; il continua de l’avoir pour premier ministre, et il le choisit de nouveau comme régent quand il partit d’'Aden pour la Mecque, où il devait d’ailleurs terminer ses jours (626-1228), encore jeune ; il avait vingtsept ans.
Noûr-ed-dîn continua d’agir comme si son maître vivait encore, sans rien changer à la frappe de la monnaie ou à la prière- publique du vendredi, et continuant d’augmenter ses possessions en réduisant les forteresses qui résistaient. Mais) au bout de quatre ans (630-1232), sentant sa situation encore mieux assise, il se déclara indépendant. La dynastie des Rasoulides était fondée.
Le sultan Noûr-ed-din occupa la Mecque en 635(1258) et y laissa une garnison qui y séjourna deux ans, en l’évacuant devant la marche de l’émir Sindja, gouverneur de Médine. Mais le sultan ne se laissa pas abattre par la défaite de ses troupes; il en équipa de nouvelles et ne tarda pas à rentrer en possession de la ville sainte, pour bien peu de temps, il
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est vrai, car les Égyptiens reprirent la Mecque en 038 (1240). 11 lui fallut prendre en personne le commandement de l’armée pour pouvoir occuper cette ville, de nouveau, en 639 (1242). Nour-ed-dîn fut assassiné dans le château de Djanad le 9 dhou’l-qa'da 647 (15 février 1250) par des conjurés faisant partie des esclaves de sa garde, de ses mamlotik.s, dont il avait fort augmenté le nombre.
Les conjurés proclamèrent sultan le neveu de leur victime, l’émir Fakhr-ed-dîn Abou-Bekr ben Ilasan, sous le titre d’el-Mélik el-Mo'azhzham, et ils allèrent assiéger la ville de Zébîd, dont la princesse Dâr-ech-Chemsî lui refusait l’entrée. Le sultan Mozhatîar, qui se sentait appuyé par le désir de la population, leva des troupes et partit de Mehdjem, qui était son bien, pour délivrer Zébîd; l’émir Fakhr-ed-dîn, tout agité à la nouvelle de ce mouvement, décida de partir pour Çan’â, tandis que la majorité de son armée, qui n’avait pas pris part à l’assassinat de Nour-ed-dîn, demandait et obtenait une amnistie, à condition de livrer Fakhr-ed-dîn et les principaux fauteurs du meurtre, qui furent incontinent arrêtés.
Le sultan Mozhaflar, qui avait adopté Zébîd pour capitale, soumit successivement la plus grande partie des contrées du Yémen. Ce ne fut pourtant qu’en 672 (1273-74) qu’il put entrer à Çari'â. En 674 (1275-6), la garnison qu’il y avait laissée se révolta sous le prétexte de l’assassinat de l’un des siens, se saisit de la ville et se choisit pour maître l’imam Ibrâhîm; mais l’annonce de la marche du sultan suffit à faire fuir tout le monde; l’imam, fait prisonnier, fut bien traité par le vainqueur.
Une caravane, envoyée par mer pour accompagner un ambassadeur chargé de porter des présents aux princes persans, ayant été jetée par le vent sur la côte de Zhafâr, Salem ben Idrîs, qui commandait le pays, s’en empara et refusa de la restituer ; le sultan Mozhatîar se résolut à l’attaquer pour lui faire rendre gorge. Le corps expéditionnaire rencontra l’armée du Hadramaut devant Zhafâr*. une seule charge suffît à mettre celle-ci en déroute (27 rédjeb 677 = 21 déc. 1278); la cité ouvrit ses portes; le chef
ennemi, Salem, avait été tué dans la mêlée. La reddition de Chibâm suivit bientôt.
Des luttes avec les Chérifs et avec des lieutenants révoltés remplirent le reste du règne d’el-Mélik el-Mozhaffar, jusqu’à sa mort, survenue le 10 ramadan 694 (20 juillet 1295), après quarante-six ans de règne. Il avait employé une partie de sa fortune à multiplier les fondations pieuses. Il était fier de ses connaissances en médecine, et patronnait l’étude des sciences. Son fils, qui le remplaça, 'Omar, qui prit les titres d’el-Mélik el-Achraf et de Moméyyid-eddin, n’était pas moins bien doué : ami de la science, il avait écrit divers ouvrages ; il était aimé du peuple par sa sagesse et son caractère tranquille. Mais dès le début de son règne, il eut à lutter contre son frère el-Mélik el-Mo’ayyad, qui, encouragé par certains personnages, se rendit maître du château de Semdân, puis aussitôt après d’'Aden qu’il occupa par surprise, grâce à un chemin détourné indiqué par un chasseur. Le sultan équipa des troupes et défit l’armée de son frère (695 = 1295-96), qui, fait prisonnier, fut interné dans la citadelle de Ta'izz; mais il ne profita guère de ce succès, ayant été surpris par la mort le 23 moharrem 696 (21 novembre
1296) . La famille royale et la coterie des esclaves décidèrent de le remplacer par son frère, le prisonnier de Ta'izz, qu’on alla chercher en pompe.
Un de ses frères, el-Mélik el-Mas'oûd, eut des velléités de révolte qui tombèrent en présence des troupes envoyées pour le réduire; il fit immédiatement sa soumission (697-
1297) . La paix régna ensuite et le sultan put se livrer à son goût pour les constructions ; il se fit élever un palais nommé Ma'qilî, terminé en 708 (1308-9). El-Mélik el-Mo’ayyad mourut le 1er dhoud-hidjdja721 (22 déc. 1321). Le collège Mo’ayyadiyya de Ta'izz a été fondé par lui.
Ce fut son fils, el-Mélik el-Modjâhid, qui lui succéda. A peine installé, il fut déposé à la suite d’un complot ourdi par les soldats de son armée, qui voulaient pour chef el- Mélik el-Mançoûr Éyyoùb, fils d’el-Mélik el-Mozhaffar. Celui-ci, une fois intronisé, le relégua dans une partie du palais, mais sans rien lui refuser de ce qu’il pouvait désirer.
LE YÉMEN
Cela dura soixante-dix ou quatre-vingts jours, au bout desquels un esclave de Modjâhid, à la tête d’un parti d’Arabes, réussit à s’introduire la nuit dans le château au moyen de cordes que l’on fit descendre de l’intérieur ; tout le inonde dormait; au matin, la ville fut réveillée par la proclamation du nom de Modjâhid. Celui-ci mettait en même temps des bornes au pillage commencé, et régna pour la seconde fois ; mais il conservait dans le cœur le souvenir des trahisons successives de la garde du corps, composée d’esclaves, et il les fit massacrer, lorsqu’il eut trouvé une occasion favorable, le 4 djoumâda II 723 (8 juin 1323). Il y en eut dix-sept d’arrêtés et mis à mort; les autres s’échappèrent, s’emparèrent de Zébîd par la connivence de l’un de ses habitants et s’y maintinrent au nom d’el-Mélik ezh-Zhâhir, battant les troupes envoyées pour assiéger la place; toutefois ils furent un peu plus tard défaits en rase campagne dans la vallée de Djâhif (dliou’lhidjdja 724= décembre 1324), et rejetés dans les murs de Zébîd.
L’année suivante, une députation des habitants de cette ville vint supplier le sultan d’y séjourner et d’en faire sa résidence. Le premier de sa dynastie, il posa des règles pour la perception des impôts agricoles; s’étant enquis du motif qui avait obligé les paysans à quitter leurs demeures et à s’enfuir, et ayant appris que leur exode était du à ce que les taxes réclamées reposaient sur l’estimation du prix dai blé dans les années de famine, il mit ordre à cette exaction. En 740 (1339) il fit élever à la Mecque un collège appelé, de son nom, Modjâhidiyya et alla le visiter, deux ans plus tard, au cours d’un pèlerinage. Des luttes avec les Bédouins pillards et avec deux de ses fils qui se révoltèrent sans succès, remplirent son règne, qui se termina le 25 djoumâda I 764 (12 mars 1363), pendant un séjour que le sultan faisait à Aden.
L’avis unanime de son entourage fit monter sur le trône son fils el-Mélikel-Afdal 'Abbâs, jugé le plus digne du trône. La ville de Zébîd, qui, occupée par les 'Awârin, avait échappé à une surprise des Chérifs du Yémen, fut réoccupée par son lieutenant le 3 rédjeb 771 (30 janvier 1370). D’un caractère
énergique et même cruel, le sultan tint la main à ce que l’ordre régnât dans ses Etats; il faisait payer leurs dettes aux simples particuliers, en mobilisant au besoin contre eux, en faveur de leurs créanciers, des forces militaires; il fit exécuter les chefs du village de Qoréïchiyya, en dispersa les habitants et y logea d’autres indigènes. Son autorité était reconnue au-delà de la mer Rouge, jusqu’à Zéïla'. Les luttes contre les Ghérifs, toujours prêts à lui ravir ses possessions, remplirent son règne jusqu’au 21 cha'bâri 778 (2 janvier 1377), où il mourut, laissant le souvenir non seulement d’un prince valeureux et strict observateur des préceptes de la loi musulmane, mais aussi d’un fin lettré et d’un historien du Yémen.
Les principaux chefs mirent à sa place son fils el-Mélik el-Achraf Ismâ'il, qui vit l’imam de Çan'â entreprendre de lui enlever Zébîd : mais grâce au courage des habitants et d’une partie des troupes soldées, l’assaut échoua (13 djournâda II 791 =9 juin 1389). Tombé malade à Zébid le 28 çafar 803 (18 octobre 1400), le sultan jugea bon de changer d’air et de se rendre à Ta'izz, mais la douleur s’aggrava et il mourut dans cette ville, le 18 rébi' I de la môme année (6 novembre), laissant comme souvenir un collège et le transept oriental qu’il fit ajouter à la mosquée d’'Odéïna.
Son fils el-Mélik en-Nâçir défendit contre l’imam de Çan'â son protégé Tâhir ben Mo'awvvada, dont les descendants devaient régner plus tard sur le pays, et eut raison des attaques que dirigea contre lui son frère révolté, Hasan ben Isma'iT; il régna jusqu’en 827 (1424) et eut pour successeur son fils el-Mélik el-Mançoùr, 'Abdallah ben Ahmed. Celui-ci ne régna que trois ans; son frère, el-Mélik el- Achraf III, dont le règne fut troublé par les querelles des chefs, ne resta sur le trône qu’un peu moins d’un an; puis son oncle, el-Mélik ezh-Zhâhir, neuf ans, et enfin le dernier roi de la dynastie des Rasoùlides, Mélik Isma'îl, mort en 845 (1441), qui eut nominalement pour successeur El-Mélik el- Mozhafïar Yoûnous ben Mançoùr; les mamloûks révoltés mirent différents princes à leur tête, pendant que les Banou- Tàhir, descendants de Thâir ben Mo'awwada, dont nous
I E YÉMEN
venons de parler, et qui faisaient remonter leur origine aux Qoréïchites et à la famille d’Oméyya, s’emparaient, après differentes villes, d’'Aden; el-Mélik-el-Mas'oûd, appelé à régner à l’âge de treize ans et qui en avait à peine vingtquatre, se retira à la Mecque, ce qui mit fin au séjour des Rasoûlides dans le Yémen; 'Ali, des Banou-Tâhir, prit le pouvoir et le titre d’el-Mélik el-Modjâhid Chems-ed-dîn (858- 1453), tandis que son frère 'Amir adoptait la qualification d el-Mélik ezh-Zliâfir Çalâh-ed-dîn.
Ce dernier périt dans une bataille contre l’imam de Çan'â en 870 (1464); il lui avait enlevé sa capitale, mais pour peu de temps. Son frère 'Ali abdiqua en faveur de son neveu el-Mélik el-Mançoûr Tâdj-ed-dîn 'Abd-el-Wahhâb (877-1472); le premier mourut en 883 (1478) et le second en 894 (1488), à Djouben, leur ville natale.
En 910 (1504), à la suite de la découverte du cap de Bonne-Espérance, les Portugais entrent en scène; Albuquerque s’empare de Mascate, des îles lvhurian-Murian et d’autres places ; mais il échoue devant 'Aden (919-1513). Son successeur, Lope Soarez, rencontre dans la mer Rouge une flotte égyptienne équipée par le sultan d’Egypte Qansoù el-Ghoûrî et placée sous les ordres d’un Turc de Mételin, Selmân-Réïs, qui s’empare de la plupart des ports du Yémen, sauf 'Aden. L’Egypte, néanmoins, tombe bientôt définitivement sous le pouvoir des Ottomans (923-1517).
L’eunuque Suléïman-pacha, gouverneur turc de l’Egypte, envoya de Suez une flotte qui, après avoir occupé 'Aden, se dirigea vers l’Inde, mais infructueusement, à raison de la résistance des Portugais; revenue au Yémen elle occupa les villes de la côte, ce qui fut le début de la domination ottomane (945-1538).
'Aden, prise par les Portugais en 947 (1540), fut reprise par P amiral turc Pîrî-pacha, et en 1008 (1599) Ilasan-pacha, gouverneur du Yémen, occupa toute la province au nom du sultan de Constantinople, état de choses qui dura jusqu’en 1040' (1630), où l’éloignement de ce pays et les dépenses considérables que nécessitait son occupation décidèrent la Sublime-Porte à l’évacuer. Le pays fut alors gouverné par la
famille d’Abou-Barakât, ancien cliérif de la Mecque, dont les membres, à partir d’Isma'îl, fils de Qâsim, prirent le titre d’imam.
Au moment du grand mouvement wahhâbite et de l’occupation des villes saintes par ces sectaires (1219-1804), un chef des Banou-'Asîr, surnommé Abou-Noqta, se mit de leur parti et occupa les villes de la côte jusqu’à Mokha. Quand le pacha d’Eg ypte, Méhémet-Ali, fut chargé par le sultan de Constantinople de combattre les Wahhâbites, il en profita pour tenter de restaurer l’ancienne domination égyptienne et de s’emparer des villes de la côte (1235-1819), mais il les restitua bientôt, moyennant le payement d’un tribut, à l’imam el-Mahdî 'Abdallah. A la révolte du pacha d’Égypte contre la Sublime-Porte, il envoya Ahmed-pacha occuper la côte et Massaouah sur la rive d’Abyssinie (1248- 1832).
En 1255 (1839) l’Angleterre occupa 'Aden, qui depuis 1141 (1728) était indépendant de l’imam de Çana; elle l’avait acheté du sultan de Lahdj moyennant une redevance annuelle; mais le sultan ayant refusé de ratifier cet arrangement, la ville fut prise d’assaut. Bien qu’un traité formel eût reconnu cet état de choses, les attaques des Arabes furent incessantes et obligèrent les Anglais à s’avancer dans l’intérieur des terres, pour pacifier les alentours de la place.
A la suite de l’évacuation de la côte du Yémen par les Égyptiens, qui rassemblaient toutes leurs forces pour résister à la quadruple alliance, le Chérif Hoséïn d’iVbou- 'Arîch tenta de réclamer pour lui le pays tout entier ; mais n’y pouvant parvenir, il se résigna à reconnaître la suzeraineté ottomane et fut nommé gouverneur du Yémen en 1259 (1843) avec le titre de Huséïn-pacha. Ses possessions ne comprenaient que la côte; l’intérieur reconnaissait le pouvoir des imams de Çana; l’un de ceux-ci, el-Imâm el-Motavvakkil, le battit, le fit prisonnier et s’empara des ports de mer (1265-1848), mais pour bien peu de temps; Huséïn pacha, délivré moyennant rançon, réduisit bientôt l’imam à pa seule ville de Çan'â.
LE YÉMEN
En 1266 (1849) » les Turcs, décidés à rétablir leur pouvoir sur le Yémen, débarquèrent à Hodéïda; l’imam de Çan'â vint y reconnaître la suzeraineté du sultan ottoman ; mais quand les Turcs arrivèrent à Çan'â, la population chî'ïte, de la secte des Zéïdites, se souleva et massacra le corps expéditionnaire; Tevfîq-pacha, commandant en chef, blessé dans la bagarre, se retira à Hodéïda. Dès l’ouverture du canal de Suez (1286-1869), la Porte euvoya des troupes en Arabie sous le commandement de Réouf-pacha; la campagne commença par la réduction de diverses places fortes des montagnes de l’Asîr. Ahmed Moukhtar-pacha, qui succéda à Réouf tombé malade, débarqua à Hodéïda et entra par capitulation dans Çan'â (1288-1872); le reste du pays fut occupé successivement. Depuis lors le Yémen appartient sans conteste à l’Empire ottoman, bien que celui-ci n’y ait qu’une situation précaire, menacée constamment par les révoltes incessantes des Rédouins et leurs coups de main parfois heu¬
reux.
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