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CHAPITRE XXXI

L’ OMAN

Établissement des Khâridjites. — La province d’ Oman, séparée du reste de l’Arabie par le grand désert, n’est accessible, par terre, que le long de la côte, soit au nord-ouest, soit au sud ; et cette côte est si escarpée que la défense en est aisée. La voie de la mer est la route d’accès la plus commôde ; mais pour s’en servir, il faut être le maître du golfe Persique par l’entretien d’une Hotte de guerre. Dans ces conditions, il a été facile à l’ Oman de se maintenir indépendant du pouvoir central. En l’an 15 (036), le khalife 'Omar nomme 'Othmân ben Abi’l-'Aç gouverneur du Bahréïn et de l’ Oman et celui-ci envoie de là une expédition contre le Sind, évidemment par mer. Le farouche el-Hadjdjâdj voulut ramener la province à l’obéissance due au Khalife oméyyade 'Abd-el-Mélik ben Merwân; mais les troupes qu’il envoya furent battues par les habitants de L'Oman sous la conduite des deux frères Soléïmân et Sa'îd, descendants de ce Djoulandà dont les fds régnaient sur le pays au temps du Prophète. Cependant un peu plus tard, un des meilleurs généraux d’el-Hadjdjàdj, Modjdjâ'à, s’empara de L'Oman par une rapide incursion ; les deux frères, anciens chefs dépossédés, émigrèrent dans la terre des Zendjs, marquant ainsi le chemin que les 'Omanites devaient suivre fréquemment dans la suite.

Les événements qui marquèrent, au milieu du huitième siècle, le changement d’orientation de l’Empire musulman

firent négliger les possessions lointaines. Sentant se relâcher le lien qui les rattachait au khalifat, les 'Omanites se choisirent un souverain dans la personne de Djoulandà ben Mas'oûd, qui paraît avoir pris le premier le titre d’imam de P'Oman, ce qui le constituait chef civil et militaire de la communauté musulmane. Celle-ci s’était déjà séparée, au point de vue religieux, du reste de la nation, car elle avait adopté le parti et les doctrines des Khâridjites et plus spécialement encore les dogmes formulés par 'Abdallah ben Ibâd (Abâd d’après les livres de la secte) et-Témîmi, d’où ses adeptes furent nommés Ibâdites (ou Abâçlites). Djoulandà périt au cours d’une attaque dirigée contre lui par un corps expéditionnaire envoyé par Abou’l-'Abbâs es-Safïâh; malgré le succès du Khalife, il ne réussit pas à établir sa domination dans L'Oman, qui devint la proie de l’anarchie, étant déchiré au milieu des compétitions des chefs locaux. Les anciens du peuple convinrent de se réunir en assemblée générale à Nezwa, qui paraît avoir été la capitale ou tout au moins la ville la plus considérable de la contrée à cette époque ; et conformément aux principes khâridjites, on nomma à l’élection, en qualité d’imam, un certain Mohammed ben 'Allan, dont la conduite inconsidérée et l’obstination ne permirent pas de supporter la domination au delà de deux ans et un mois. Un autre individu, nommé el-Wârith ben Ka'b, élu à sa place, vit L'Oman attaqué sans succès par le Khalife Hâroûn er-Rachid. Il périt, chose curieuser au cours d’une inondation, en voulant délivrer des prisonniers menacés d’être entraînés par le courant; son corps fut trouvé, après que les eaux se furent retirées, dans les branches d’un arbre, Ghassan ben 'Abdallah, choisi ensuite, délivra le pays des attaques des pirates qui venaient le dévaster en suivant la côte sud du continent asiatique depuis les embouchures de l’Indus. Il régna jusqu’en 207 (822), où il fut enlevé par une maladie.

Le choix du peuple tomba ensuite sur 'Abd-el-Mâlek ben Hamîd. Quand il fut vieux et paralysé, il ne put plus maintenir l’ordre parmi ses troupes; on lui enleva toute autorité sans toutefois le déposer et l’on nomma

l’cûman

un régent dans la personne du savant chéïkti Mousa. A sa mort, on prit pour souverain El-Mohennâ ben Djaïfar (226-840), sous le règne duquel le Mahra, qui était tributaire de L'Oman, fut rattaché plus étroitement au pays suzerain ; un pilier fut élevé à Nezwa et les Mahrites durent venir chaque année faire tourner autour de ce monument tous les chameaux qu’ils possédaient sans en garder un seul par devers eux, de manière à permettre d’asseoir de visa le montant du tribut qu’ils s’étaient engagés à acquitter. Son successeur, eç-Çalt ben Mâlik (237-851) et Râchid ben en- Nadr (273-886) ne purent pas maintenir l’ordre avec la même autorité que leurs prédécesseurs. Le pays fut profondément troublé, et les mécontents firent appel au Khalife 'abbaside, qui était alors el-Mo'tadid. 'Azzân ben Témim el-Kharoûsî avait essayé de se maintenir par la terreur; mais l’anarchie était au comble, et personne n’obéissait plus.

Deux individus allèrent dans le Bahréïn trouver le gouverneur de cette province pour le Khalife, Mohammed ben Noiir, pour lui proposer la conquête de L'Oman, puis, encouragé par lui, l’un d’eux se rendit auprès du Khalife luimême. Avec le concours des tribus nomades de Nizâr et de Tayy, Mohammed ben Noûr envahit L'Oman à la tête de forces considérables ; atteint au delà de Nezwa qu’il venait d’évacuer, 'Azzân fut tué dans la bataille qu’il perdit et le gouverneur 'abbasside s’établit dans l’ancienne capitale des imams ; la consternation fut générale et nombre de familles allèrent s’établir à Baçra, à Chiraz et dans l’île d’Hormuz.

Surpris par une soudaine attaque de la tribu des Hinâï, Mohammed ben Noûr fut un instant obligé de quitter sa nouvelle résidence de Nezwa et d’atteindre la côte ; mais il y fut rejoint par d’importants renforts de Modar montés à chameau, deux hommes sur chaque bête, et défit complètement les gens de L'Oman. Pour asseoir son autorité, il se montra cruel; il fit couper des mains et des oreilles, détruire les conduites d’eau, brûler les livres. Ces mesures sévères ne servirent de rien, car à peine était-il retourné dans le Bahréïn en laissant El-Bodjéïra comme lieutenant,

que celui-ci fut assailli et tué dans une sédition ; sa mort ne fut point vengée et l 'Oman reprit son ancienne coutume de choisir lui-même ses maîtres. Les difficultés que les Qarmates commençaient à causer à l’empire 'abbasside n’étaient probablement pas étrangères à l’impunité dont jouirent les fauteurs de troubles.

Dans une période d’une trentaine d’années, non moins de sept imams furent élus, puis déposés: le chéïkh Mohammed ben el-Hasan el-Kharoùsî, 'Azzân ben el-Hizr, 'Abdallah ben Mohammed el-Haddâni, eç-Çalt ben el-Qâsim, Hasan ben Sa'îd, el-Hawâri ben Matraf, son neveu 'Omar ben Mohammed ben Matraf : ces deux derniers, au lieu de combattre ouvertement l’agent du Khalife envoyé pour percevoir les impôts, se cachaient à ce moment-là, quitte à reprendre le pouvoir quand il avait terminé sa tournée. Sous 'Omar, les Qarmates se répandirent dans L'Oman et paraissent avoir diminué, sinon totalement supprimé le pouvoir de l’imam, malgré une défaite subie par un de leurs détachements partis du Bahréin. Plus tard, Mohammed ben Yézîd el-Kindî fut choisi comme imam, après un interrègne assez long, mais il dut fuir devant l’occupation du pays par les troupes de Bagdad.

Sa'îd ben 'Abdallah était plus savant qu’aucun de ses prédécesseurs ; il périt, dit-on, en 328 (939), dans une échauffourée causée par une dispute entre deux femmes. On élit alors Râchid ben el- Wélîd, désigné par l’accord de quatre principaux chefs, qui lui posèrent des conditions qui furent acceptées; alors le nouvel imam futproclamé solennellement en présence du peuple assemblé. Ce fut un bon prince, reconnu sans difficulté par toutes les villes de la contrée. Mais ensuite il arriva que des turbulents, n’étant satisfaits de rien, invoquèrent l’appui du Khalife; Nezwa fut réoccupée; l’imam, obligé de s’enfuir dans les montagnes et abandonné de ses partisans, fit sa soumission et rentra dans la vie privée.

L’'Oman indépendant du khalifat. — L’indépendance de L'Oman venait encore une fois d’être anéantie; mais la décadence continue et irrémédiable du Khalifat 'abbasside lui rendit bientôt sa liberté ; à partir de Lan 400 (1009), il n’est

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plus question d’intervention de l’autorité centrale de Bagdad d ans les affaires de F 'Oman. Les chefs locaux mirent successivement à leur tête El-Klialii ben Châdhân, Râchid ben Sa'îd qui mourut en 445 (1053), son fils Hafç, Râchid ben 'Ali, puis après un très long intervalle, Abou-Djâbir Moûsa, mort en 549 (1154). Ensuite il y eut un long espace de deux cent soixante ans pendant lequel la contrée fut dominée par la tribu des Banou-Nebhân et gouvernée par leurs rois (. méhk ). Cet espace de temps a été marqué par deux tentatives de la part des populations iraniennes, de prendre pied sur le sol de l’Arabie. En 664 (1265). le peuple de Chiraz dans le Fârsistan, sous le commandement de Fakhr-ed-dîn Ahmed ben ed-Dâyaet de Chihâb-ed-dîn, forma une expédition qui vint ravager F'Oman, assiégeant les villes et amenant une grande famine dans le pays.

De même, peu d’années après, le chef de la petite principauté d’Hormuz, qui était d’origine arabe, l’émir Mahmoud ben Ahmed el-Koûsî, qui avait reconnu la suzeraineté de l’Empire mongol, vint ravager F'Oman, fut repoussé, mais n’en continua pas moins à se considérer comme le maître de la côte nord-est de l’Arabie. Débarqué à Kalhât, il attira dans son parti les chefs bédouins des environs, s’empara de Zhafâr qu’il pilla et faillit voir périr son armée égarée dans les sables. Les restes de l’expédition furent massacrés par les Arabes, et les tombes des soldats, près de Kalhât, se voyaient encore au milieu du dix-neuvième siècle : on les appelait les tombeaux des Turcs, ce qui montre que le prince d’Hormuz avait à sa solde des mercenaires turcs venus de l’Asie centrale avec les armées mongoles.

Le seul fait digne de remarque qui puisse être relevé du temps de la domination des Banou-Nebhân, c’est l’introduction du manguier, qui depuis est resté acclimaté dans la région; elle est attribuée à El-Fellâh ben el-Mohsin, dont la capitale était Makniyât, petite ville ruinée décrite par Wellsted et détruite par les Wahhâbites en 1800 ; ce roi doit peutêtre son nom, ou plutôt surnom, d’el-Fellâh (le cultivateur) à ses préoccupations d’ordre agricole; il protégeait aussi les poètes, ce qui a toujours été fort bien vu en Arabie.

Les troubles qui marquèrent la fin de la domination des Banou-Nebhân et la tyrannie qu’ils exerçaient sur la population amenèrent celle-ci à rétablir les fonctions d’imam dans la tribu d’Azd (vers 839-1435). Sous le règne d’'Omar ben el- Khattâb, descendant de Châdhân ben Çalt, les propriétés des Banou-Nebhân, provenant de pillages et d’exactions et qui ne pouvaient être rendues à leurs propriétaires légitimes, décédés, disparus, ou sans héritiers, furent toutes confisquées au profit du béït-el-mâl , trésor commun des pauvres, dont l’administration est laissée à la discrétion de l’imam (887-1482).

Un gouvernement stable ne s’installa que par l’accession au trône de Nâçir ben Mourchid ben Soltân (1034-1624), de vieille souche arabe primitive et qui était de secte ibâçlite. Quand il fut élu, certaines villes fortifiées de l’intérieur étaient entre les mains de chefs indépendants qui portaient le titre de mélik, « rois »; d’autres se gouvernaient ellesmêmes; sur la côte, le port de Lâwa était le seul resté libre, tous les autres ayant été conquis sur le prince de Hormuz par les Portugais, commandés par Albuquerque, en 1508. La plupart des villes de l’intérieur, dont la population était lasse de la longue anarchie qui l’avait ruinée, reconnurent immédiatement le pouvoir du nouveau chef ; les autres furent réduites par la force. Ses succès le mirent en contact avec les possessions portugaises. De fortes garnisons défendaient les principaux ports, Masqat, el-Matrah, Çohâr, Qaryât ; les stations de moindre importance étaient laissées au pouvoir des indigènes qui s’organisaient comme ils l’entendaient, moyennant le payement d’un tribut annuel.

Malgré les secours fournis, en armes et en munitions, aux habitants de Lâwa, à quinze milles au nord de Çohâr, ceux ci furent contraints de se rendre à l’imam Nâçir, qui, enhardi par le succès, envoya une armée considérable attaquer les garnisons portugaises de Masqat et d’el-Matrah. Finalement, il ne resta aux dominateurs étrangers que les châteaux forts qui commandaient ces villes, ainsi que celle de Çohâr; et il fallut payer tribut pour continuer à occuper Masqat.

La politique de l’imam Nâçir était surtout dirigée contre

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l’occupation de la côte par les étrangers: il s’empara de Djoulfâr, aujourd’hui Ras el-Khéïma, défendue par une garnison mixte de Persans d’Hormuz et de Portugais; il fit construire un fort sur la côte près de Çohâr et tenta en vain de prendre la citadelle de cette ville ; il profita de ce que les Portugais de Masqat avaient refusé de payer le tribut pour envoyer une expédition contre eux; cette attaque, il est vrai, n’alla pas plus loin qu’el-Matrah, mais elle contraignit la garnison chrétienne à admettre certaines conditions désagréables, telles que la reddition de certains postes militaires à el-Matrah, la remise des fortifications extérieures de Masqat, la liberté du commerce sur la côte et le payement régulier du tribut. Enfin, Çour et Qaryât tombèrent entre ses mains. Certains troubles marquèrent la fin de son règne, mais il vainquit les rebelles, et à sa mort (1059-1649), il était le maître entier de la région, à la seule exception des dernières possessions portugaises, Masqat, el-Matrah et la citadelle de Çohâr. 11 avait régné vingt-six ans; sa popularité était due à sa piété plus qu’à sa frugalité qui frisait la parcimonie.

Son cousin, Soltân ben Séïf, qui lui succéda, continua la politique de son prédécesseur et s’occupa de pourchasser les derniers Portugais ; il réussit à prendre d’assaut Masqat, un dimanche, alors que la garnison se reposait et s’amusait; il avait été prévenu par un Banian, nommé Naroùtem, qui semble avoir été l’agent général de la garnison chrétienne; les deux forts extérieurs furent pris de la même façon; un Portugais, nommé Cabreta, à la tète d’un petit groupe de défenseurs, essaya de reprendre la ville, mais il succomba sous le nombre. Deux navires portugais qui croisaient dans les environs furent pris à l’abordage au moyen de canols, et l’équipage massacré. Mis en goût par ces succès extraordinaires, Soltân ben Séïf ne craignit pas d’envoyer des navires attaquer les possessions portugaises de l’Inde, sur la côte de Gudjerate, Diu et Daman, et en rapporter un butin considérable où l’on remarquait les vases d’or et d’argent enlevés aux églises. Ensuite il s’occupa de développer le commerce et d’envoyer des agents en divers pays pour s’y pro-

curer les armes et les chevaux dont il avait un pressant besoin, n’hésitant pas à dépenser pour cet objet des sommes considérables, ainsi que pour élever la citadelle construite dans la ville de Nezvva. Il mourut en 1079 (1668), date probable ; on le surnommait Çâhib el-kctf, « le maître de la lettre hâf », soit parce qu’on lui attribuait des connaissances en alchimie (dont la lettre initiale est en arabe un kâf, kîmiyâ), soit parce que les étrivières de la selle de son cheval étaient marquées de cette même lettre. Il se promenait volontiers seul, sans escorte, au milieu du peuple et conversait avec les gens du commun.

Son fils Bel'arab voulut encourager et développer l’instruction et il fonda dans cette intention un collège à Yabrîn, où il avait établi sa résidence. Son règne fut troublé par les compétitions que lui suscita son frère Séïf, soutenu par les gens de loi, faqîhs et chéïkhs. Il s’ensuivit une guerre civile; la population se trouva partagée en deux factions d’abord sensiblement égales; mais le parti de Séïf grossit rapidement et la plupart des forteresses tombèrent en son pouvoir, à l’exception de Yabrîn. On avait surnommé Bel'arab (ce qui signifie proprement « le fils des Arabes ») d’abord Abou’l-'Arab (le père des Arabes) à cause de sa générosité, puis au milieu des troubles, ce sobriquet devint Béla’l-'Arab (le malheur des Arabes): on l’appela le boucher, tandis que son adversaire méritait le surnom de « fouet ».

Quoi qu’il en soit, Séïf tenait son frère bloqué dans la citadelle de Yabrîn, lorsque celui-ci mourut subitement. Resté seul maître, Séïf expulsa les Portugais de Mombâsa, de l’ile de Pemba, de Kilwa et des autres établissements que l’ Oman avait jadis fondés sur la côte orientale de l’Afrique (1698) et qui étaient aux mains des chrétiens depuis 1503. Quatre ans auparavant (1694), une expédition partie de P'Oman était venue ravager Pile de Salsette, près de Bombay; un an après, le radjah du Carnatic avait vu, sans pouvoir se défendre, prendre et brûler les deux villes de Barsalore et de Mangalore. Séïf était, en même temps qu’un guerrier entreprenant, un habile administrateur; il rendit

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à la vie et à la prospérité une grande partie du pays, en y faisant creuser des canaux souterrains d’irrigation ( faldj ) et planter des dattiers et des cocotiers ; il était devenu très riche et possédait le tiers de tous les dattiers de F 'Oman. 11 avait adopté Rastâq pour sa résidence, et c’est là qu’il mourut le 3 ramadan 1123 (4 oct. 1711), laissant le pouvoir à son fils Soltân II ben Séïf.

Celui-ci transporta sa résidence à El-Hazm et enleva l’île de Bahréïn aux Persans, qui l’occupaient depuis que Cliàh- 'Abbâs Iur, en 1G22, en avait chassé, avec l’aide de navires appartenant à la Compagnie des Indes, la garnison mixte de Portugais et de soldats d’Hormuz. A sa mort, on fut embarrassé pour lui trouver un successeur; le parti populaire préférait son fils Séïf, qui n’était qu’un enfant; les gens instruits faisaient remarquer qu’un enfant ne pouvait exercer les fonctions d’imam, présider à la prière, et proposaient le choix de son frère aîné Mohennâ. Craignant un soulèvement, le chéïkli 'Adî-ben-Soléïmân, qui paraît avoir été le personnage le plus influent à cette époque, s’avisa d’une ruse : il commença par proclamer Séïf, non en qualité d’imâm, mais en lui donnant la qualification d’amâm (ce qui signifie « devant »), puis, peu de temps après, Mohennâ fut introduit subrepticement dans la citadelle et déclaré imam par les chefs (1131-1718).

Mohennâ était un véritable administrateur; il commença par constituer Masqat en port franc par le moyen de l’abolition des douanes et autres taxes auxquelles le commerce était soumis, ce qui améliora immédiatement les conditions économiques du pays. Mais son règne, malgré cela, fut fort court; sa propre tribu, les Ya'roûba, et les habitants de Rastâq voulaient pour chef Ya'rob, fils de Rel arab, et ils conspirèrent pour l’élever sur le trône; ils s’emparèrent de Masqat, et Mohennâ, aux appels de qui la population restait indifférente, sinon hostile, s’enferma dans la citadelle de Rastâq; ensuite, se fiant à une promesse de pardon, il rendit la place, mais il fut bientôt arrêté et assassiné dans sa prison (1133-1720). Ya'rob se déclara d’abord régent pour le compte de son cousin, le jeune Séïf, puis il se fit proclamer

imam l’année suivante, sur un jugement du qâçli, qui l’absolvait du crime de rébellion et le dispensait de restituer les biens qu’il avait acquis, sous le prétexte que le repentir absout le pénitent.

Dans ces déplorables conditions, Ya'rob ne pouvait pas espérer voir son pouvoir s’établir sans conteste. Les partisans du jeune Séïf n’avaient pas perdu tout espoir. Celui-ci était à Nezwa, sous la tutelle de son oncle Bel'arab ben Nâçir, qui, sur les sollicitations des mécontents, réussit à se mettre d’accord avec la tribu des Hinâï et avec leur aide chassa de Rastâq le gouverneur de l’imam. D’autres villes ayant pris son parti, Ya'rob dut se réfugier dans la forteresse de Nezwa ; le qâdi 'Adi-ben-Soléïmân fut assassiné à Rastâq et son cadavre traîné à travers les rues; Ya'rob, sur l’intervention de plusieurs chefs, évacua Nezwa et se retira dans le fort de Yabrîn, où on le laissa tranquille.

Domination des Banou-Ghafir. — Séïf II ben Soltân était redevenu, pour bien peu de temps, imam sous la régence de son oncle Bel'arab. Quand les chefs des tribus vinrent apporter leurs félicitations et leurs hommages, le régent Bel'arab reçut froidement le chef des Banou-Ghâfir, Mohammed ben Nâçir, et lui fit même des menaces. Effrayé par cette réception, ce chef entra en correspondance avec l’imam déposé Ya'rob et incita les habitants de Behlâ à se révolter. Après diverses vicissitudes, Mohammed ben Nâçir s’empara de Rastâq ainsi que de la personne du jeune Séïf, qu’il détint en qualité d’otage et obligea à le suivre dans ses déplacements. Mohammed ben Nâçir devint ainsi le maître de tout L'Oman, à l’exception de Masqatet du fort de Barqa ; Ya'rob, pour lequel il combattait , venait de mourir à Nezwa, et Mohammed restait seul en face de Khalaf ben Moubârek, surnommé Qoçayyir, « le courtaud », qui avait groupé, pour résister, toutes les forces des Hinâï; il se jeta dans Barqa, où il fut assiégé par Mohammed ben Nâçir; mais, malgré la présence de quelques pièces de canon que, faute d’alîûts, l’on faisait glisser sur le sol, les assiégeants durent se retirer par manque de provisions et s’en retourner â Rastâq, au bout de quatre mois.

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Mohammed ben Nâçir, guéri de la variole qui l’avait atteint à la suite de ces événements, fut élu imam à Nezwa six jours avant la fin de moharrem 1137 (2 oct. 1724); mais loin de lui valoir des auxiliaires, cette élévation au rang suprême ne fit que lui susciter de nouveaux ennemis. Son adversaire, Khalaf ben Moubârek, n’était nullement découragé; déjà, profitant d’une absence de Mohammed ben Nâçir, il s’était emparé de Rastâq, de Naklil et de Çohâr; mais après six mois consacrés à recruter de nouvelles forces, Mohammed reprit l’avantage, et ses succès contribuèrent à lui faire accorder le rang d’imam. 11 essaya de s’emparer de Çohâr; Khalaf, ne pouvant arriver à le combattre en rase campagne, s’avisa d’un stratagème. Il inventa un agriculteur persan qui accusa deux hommes de chacune des trois principales tribus du nord d’être entrés sans droit sur ses champs ; le litige porté devant l'imam, celui-ci ordonna de soumettre les soi-disant coupables à la bastonnade; leurs tribus ayant pris parti pour les condamnés quittèrent, la même nuit, le camp de Mohammed. Néanmoins celui-ci fit face à l’attaque de Khalaf avec les troupes qui lui restaient, et mit cellesci en déroute; Khalaf fut tué dans la lutte; puis Mohammed ben Nâçir, poursuivant son avantage, pensa enlever la forteresse d’assaut, mais une balle partie des remparts mit fin a son existence mouvementée.

On réussit â cacher pendant trois jours le trépas des deux chefs; mais enfin tout se découvrit, les troupes que Mohammed ben Nâçir avait levées dans F 'Oman rentrèrent dans leurs foyers, et la ville de Çohâr ouvrit ses portes à Séïf ben Soltân que Mohammed emmenait toujours avec lui; de là il se rendit à Rastâq et à Nezwa, où le qâdi le reconnut cette fois comme imam, parce qu’il avait enfin atteint l’âge légal (1er ramadan 1140 = 2 avril 1728).

A peine rétabli dans sa dignité jusque-là contestée, Séïfben Soltan apprit que son cousin Bel'arab ben Himyar venait d’être élu imam par les habitants de la contrée de Zhâhira. Sentant, après deux ou trois essais infructueux, qu’il ne pouvait venir à bout de son dangereux rival, il se résolut à engager des mercenaires Béloutchis, armés de

mousquets, qui lurent néanmoins taillés en pièces. Il eut alors recours à Nadir-chah, qui venait de prendre en mains le gouvernement de la Perse sous le titre de Tahmasp-qoulikhan.

Séïf ben Soltan se trouvant sans conseillers, on lui recommanda un négociant nommé Ahmed ben Sa'îd, de la famille des Âl-Bou-Sa'îd, qui était un honnête homme : chargé d’administrer la ville de Çohâr, il s’attira l’estime et l’admiration des habitants. Séïf le soupçonna d’une ambition démesurée et voulut s’assurer de sa personne ; Ahmed ben Sa'îd, prévenu du destin qui l’attendait, retourna immédiatement à Çohâr, où il se sentait en sécurité. Séïf équipa quatre navires de guerre qu’il envoya en observation devant le port, sans succès. Enfin une réconciliation intervint, à la demande des chefs. 11 était temps : les Persans venaient de débarquer à Bender-Fakkân (1149-1737). Aidé de ses nouveaux auxiliaires, Séïf alla attaquer l’imam rival, Bel'arab ben Himyar, dans sa province de Zhàhira et le défit; mais les excès auxquels les Persans se livrèrent décidèrent Séïf à se séparer de ces dangereux auxiliaires et à retourner à Masqat; les Persans, de leur côté, ayant reçu des renforts de Chiraz, continuèrent leurs succès et s’avancèrent dans l’intérieur, en s’emparant des principales villes, dontNezwa, l’ancienne capitale ; ils s’en retournèrent par Masqat, qu’ils occupèrent, sauf les deux principaux forts. A la suite de cette expédition, les Banou-Ghâfir décidèrent Bel'arab ben Himyar à résigner son pouvoir entre les mains de Séïf, de manière à lutter efficacement contre les Persans devenus l’ennemi commun de tous les 'Omanites.

Divers insuccès induisirent les Persans à quitter P'Oman, à l’exception des forces qui assiégeaient Çohâr. Tout changea brusquement par la proclamation d’un nouvel imam à Naklil (1150-1738) : c’était Soltân ben Mourchid, de la famille des Ya'rouba, qui chassa Séïf de place en place et s’empara même de Masqat. Séïf s’adressa de nouveau aux Persans, leur promettant la possession de Çohâr dont ils poursuivaient le siège ; ceux-ci détachèrent un corps expéditionnaire sur Masqat, prirent la ville et les forts avoisinants, mais ne

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les remirent pas à l’imam, qui, se voyant ainsi traité, les quitta brusquement pour se retirer à El-Hazm, où il devait bientôt mourir. Son compétiteur, Soltàn ben Mourchid, fut mortellement blessé en essayant de faire lever le siège de Çohàr par les Persans. La belle défense de cette ville était due à Ahmed ben Sa d'd; les Persans, découragés par la longueur du siège, conclurent une convention pour permettre à leurs troupes de regagner sans dommage la côte du Fârs.

Ahmed ben Sa 'kl ne se contenta pas de ce succès. Il se présenta devant Barqa, où il vit les portes s’ouvrir devant lui; il trouva le moyen de bloquer les Persans dans Masqat en y rétablissant les douanes ; ceux-ci ayant envoyé Médjid ben Soltàn, proche parent de Séïf ben Soltàn, demander au Chah de Perse l’autorisation de lui remettre Masqat, la réponse du Châh tomba au retour entre les mains d’Ahmed ben Sa'îd, qui s’en servit pour se faire remettre les forts de Masqat par la garnison; celle-ci crut qu’il agissait au nom de Médjid. Enfin il offrit aux Persans, avant leur départ, une grande fête à Barqa, à la fin de laquelle la population soulevée procéda à un massacre général; les Iraniens qui échappèrent furent embarqués dans des navires, auxquels l’équipage mit le feu en pleine mer, en se sauvant à la nage. Ahmed mit le comble à son indigne trahison en faisant mettre à mort les cinquante officiers qu’il avait eu le soin de tenir à l’écart de leurs troupes, le jour du grand massacre de Barqa.

Dynastie des Imams Sa'îdites. — Ahmed fut acclamé partout comme le sauveur de la patrie et élu imam par un conseil de chefs tenu à Rastàq (1154-1741). Le premier soin d’un homme rompu à la pratique des affaires par l’exercice de sa première profession, celle de négociant, fut de chercher à organiser le pays qui l’appelait à sa tête et d’édicter des règles financières et judiciaires. Il conserva la direction des affaires militaires et confia à un délégué le soin de s’occuper de la marine. Il constitua une armée permanente, destinée à former la garnison de Rastàq, et composée de 1.100 nègres et de 1.000 soldats engagés volontairement; chaque soldat avait, comme monture, un chameau ou un

cheval. Quand il sortait en pompe, il était précédé de quatre drapeaux.

Les mécontents suscitèrent contre lui Bel arab ben Himyar, que nous avons vu plus haut abdiquer en faveur de son cousin Séïf ben Soltân. Pour éprouver la fidélité des chefs, Ahmed s’avisa d’un stratagème ; il disparut de la scène et alla se cacher quelque temps dans la hutte d’une vieille femme. Lé bruit de sa mort suffit pour que Bel'arab allât assiéger Nezwa à la tête de vingt mille hommes. Sachant cà quoi s’en tenir, Ahmed réapparut brusquement, gagna Çohàr de nuit, leva toutes les tribus fidèles et livra à son adversaire un combat où celui-ci trouva la mort.

Une autre entreprise montra que le nouvel imam ne reculait devant aucune difficulté et était capable d’entreprendre de vastes desseins. La ville de Baçra, sur le Chattel-\Arab, venait d’être prise par les Persans (1170-1756); à la sollicitation de ses habitants, il partit à la tête d’une flotte de dix navires convoyée par une flotille de boutres sur lesquels il avait chargé dix mille hommes, brisa la chaîne de fer tendue en travers du fleuve et défit complètement les adversaires de l’Empire ottoman. Aussi le Sultan, en récompense, lui affecta une pension, qui était encore régulièrement servie par le gouverneur de Baçra à la fin du dixneuvième siècle. Les sources turques ne font pas allusion à ce concours prêté par les 'Omanites à la reprise de Baçra par les Ottomans.

Le navire qui avait brisé la chaîne du Chattse nommait er- Rakmânî. Il ne tarda pas à être envoyé à Mangalore pour demander la raison qui avait empêché les provisions de riz d’atteindre L'Oman cette année-là; l’envoyé fut reçu avec honneur par Tipou-Çâhib, qui remplaçait son père Haïder- Alî, lieutenant du Grand-Mogol Châh-'Àlam dans le Garnatic, et lui apprit que les pirates établis sur la côte du Malabar avaient coupé la route au convoi ; le navire 'omanite, muni d’un pilote par les autorités locales, alla attaquer les pirates dans leur repaire et tua leur chef.

La province d’ezh-Zhâhira, située dans l’intérieur, ne reconnaissait que nominalement le pouvoir de l’imam. La

L’ 'OMAN

tribu des G hâ fi ris y jouissait d’une influence considérable, et l’un de ses membres, Nâçir ben Mohammed, dont le père avait été gouverneur de la contrée de Bahréïn du temps de Soltân ben Séïf et en avait été chassé par les Persans, se révolta ; l’imam lui opposa les levées 'omanites, auxquelles il adjoignit des Béloutches et des sectaires Zidgâls, qu’il avait été enrôler sur la côte du Mekràn; malgré cet appoint, il fut battu; sa défaite fut suivie d’une réconciliation qui laissait le chef Ghâfiri à la tête de la province, moyennant la reconnaissance platonique de la suzeraineté tle l’imam.

Deux des principales forteresses étaient au pouvoir de la tribu de Ya'roûba, Naklil et el-Hazm; deux tentatives pour les réduire se terminèrent par des désastres. Ces insuccès furent suivis à bref délai par la révolte de deux de ses fils, Séïf et Soltân, qui s’étaient déjà emparés par surprise du fort de Barqa, et s’étaient vu pardonner; mais cette fois ils s’introduisirent dans les forts situés à l’est et à l’ouest de Masqat, et qui dominent la ville. Les cadis étant intervenus, le père et les fils se réconcilièrent, ces derniers étant laissés en possession de leurs châteaux. Un an plus tard, ces deux fils se saisirent de leur frère aîné Sa'id et résistèrent à leur père qui vint les assiéger. Sa'id fut délivré par un serviteur qui réussit à s’échapper du fort de l’est; mais quand les deux fils rebelles apprirent que les Arabes du Nord avaient investi Bastâq, pris de peur que cette intervention ne fut fatale à leur propre prétention, ils firent la paix avec leur père; ce qui suffit pour que les Arabes du Nord s’en retournassent chez eux.

Ahmed mourut après un règne de trente-quatre ans (dhou’l-qa'da 1188 = janvier 1775). S’il avait été heureux au début de sa carrière en parvenant à délivrer L'Oman des envahisseurs étrangers, ce qui du reste lui valut son élévation à la dignité d’imam, il n’en fut pas de même avec ses compétiteurs, soit qu’ils appartinssent à la famille de Ya'roûba qui avait si longtemps régné, soit à celle de Ghâfir, qui tenait une partie importante du haut pays. En réalité il ne put les soumettre et dut se contenter de conclure avec eux des paix hâtives, ce qui était gros de menaces pour

l’avenir du pays. Il y eut également à ce moment un changement dans l’ordre de dévolution des pouvoirs de l’imamat. Ces fonctions, qui étaient électives à l’origine, en vertu des principes mêmes de la secte khâridjite, avaient conservé ce caractère même du temps des Ya'rouba; car, s’il est vrai que le successeur du souverain était pris parmi ses fils, sa nomination n’en était pas moins due à l’élection. A partir d’Ahmed ben Sa'îd, la succession s'opère en ligne directe ; mais comme ce principe est loin d’être généralement admis, c’est encore une nouvelle cause de discorde qui vient s’ajouter aux autres motifs de troubles, déjà fort nombreux.

Les chefs et le peuple auraient voulu voir monter sur le trône Hilâl, l’aîné et le plus intelligent des fils d’Ahmed : malheureusement il était aveugle, à raison d’une cataracte ; pour la guérir, il se rendit dans le Gudjerate où il mourut. Cette incapacité fit choisir à sa place son frère cadet, Sa'îd, qui fut reconnu par tout le pays, sauf quelques villes, et continua d’avoir sa résidence à Rastâq, bien que Masqat commençât dès lors à devenir une grande et importante cité. La population se fatigua vite d’un souverain ami des innovations et des monopoles; pan deux fois on essaya de le déposer, mais sans succès, pour le remplacer par son frère Qaïs, qu’il avait chargé de gouverner Çohâr; son fils Hâmid, au contraire, réussit à obtenir la possession de Masqat et réduisit son père à n’être plus qu’un imam de rang, non de fait; il fut, d’ailleurs, le dernier à porter ce titre : depuis lors, les souverains de L'Oman sont désignés simplement sous l’appellation de sèyyicl « seigneur ». C’est Hâmid qui transporta à Masqat la capitale de L'Oman. Son règne de dix ans fut tranquille et ne fut guère marqué que par un dissentiment qui le sépara de son oncle Séïf, qui partit pour la côte orientale d’Afrique, dans l’idée probable d’en déposséder son neveu; Hâmid le suivit jusqu’à Lâmo, mais là il apprit la mort de Séïf. A son retour il eut maille à partir avec son autre oncle Soltân, mais la dispute se termina par une réconciliation. Hâmid fut enlevé par la variole à Masqat (18 redjeb 1206 = 13 mars 1792).

A la mort de son fils, Sa'îd reprit les fonctions d’imam

dont il n’avait plus que le titre, mais ce ne fut que pour peu de temps; car son indolence, qui le maintenait dans sa résidence de Rastâq, permit à son frère Soltàn, à son fils Ahmed, à son neveu 'Ali ben Hilàl de lutter les uns contre les autres pour le pouvoir effectif. Soltàn enleva d’abord Barqa à 'Ali, puis marcha sur Masqat où la population était •en majorité de son parti; il n’eut pas de peine à s’emparer des forts et obtint même que Sa 'kl ne bougerait pas, ayant fait croire à son frère aîné Qaïs, gouverneur de Matrah, qu’il avait pris Masqat pour le compte de celui-ci, et l’ayant poussé à menacer Sa'îd d’une intervention. Une réconcilia- „ tion intervint; mais Soltàn n’en discontinua pas ses sourdes manœuvres, et il parvint à s’emparer de nouveau des forts de Masqat qu’il avait dû rendre, et même de la citadelle de Matrah, apanage de son frère Qaïs.

C’était un peu fort; Qaïs s’allia avec Mohammed ben Khalfia, le gouverneur de Masqat, victime des ruses de Soltàn ; celui-ci fit allumer des feux sur les montagnes pour faire croire à la présence de forces considérables, et détacha, par de fallacieuses promesses, les alliés l’un de l’autre, de sorte qu’en peu de temps il resta seul maître de la situation.

Vers ce temps la Compagnie des Indes commença à entrer en relations avec les autorités de l’ Oman. Le premier traité fut conclu avec Soltàn le 12 août 1798 ; il prévoyait rétablissement d’une factorerie anglaise et d’une garnison à Gomroûn (Bender-'Abbâs). Un second acte, en date du 18 janvier 1800, porte la signature de John Malcolm et prévoit l’établissement à Masqat d’un résident anglais.

Soltàn, continuant ses entreprises, enleva les ports de Sowaïq et de Maçna'a à son frère Sa'îd et conquit les îles de Kichni, Hormouz et Bahréïn ; cette dernière complète ne fut pas de longue durée, car la tribu d’el-'Ottoûb, qu’il avait chassée, revint et chassa à son tour son fils aîné Sâlim qu’il avait installé comme gouverneur: ce fut le signal d’un grand massacre des habitants, qui étaient Chi'ïtes.

C’est à ce moment que les Wahhâbites envahirent L'Oman. Sa'oûd avait été remplacé en 1765 par son fils 'Abd-el-'Azîz,

bouillant et entreprenant, qui voulut compléter les conquêtes de son père en attaquant les frontières que celui-ci avait respectées, celles du Bahréïn et de l 'Oman. Une sommation fut bientôt accompagnée de l’envoi d’une expédition de cavalerie commandée par rfn esclave nubien nommé El- Ilarîk, qui réduisit les tribus du Nord et la province d’ezh- Zhâliira en y levant le zakât et en menaçant de là les villes de la côte.

Ces menaces n’empêchèrent pas Soltân d’accomplir le pèlerinage de la Mecque, mais à son retour il apprit les entreprises des Wahhâbites sur le port de Sowaïq. Un conseil tenu à Barqa ordonna une levée en masse des tribus devant laquelle El-Harîk n’eut rien de plus pressé que de regagner le Nedjd. Soltân était ainsi maître de la situation, lorsqu’il périt de la façon la plus inattendue, au retour d’une visite qu’il avait été faire à Baçra. Il quitta son navire au large de Lindja en Perse et descendit dans un pefit côlre, probablement pour se rendre à Bender-'Abbâs ; au milieu de la nuit il fut rencontré par trois barques montées par des Cliowéïhis, tribu du cap Mosandim, qui le défièrent; on remit le combat à la pointe du jour, et Soltân, par ses prodiges de valeur, était sur le point de l’emporter sur ses adversaires quand l’un de ceux-ci l’abattit d’un coup de fusil (13 cha'bân 1219 = 20 nov. 1804).

Sa'îd était toujours imam en titre à Rastâq, mais le pays était divisé en principautés innombrables, sans compter que les Wahhâbites tenaient garnison à El-Béréïmî, d’où ils se répandaient sur tout le pays. Les deux fils de Soltân, Sâlim et Sa'îd, régirent conjointement L'Oman en qualité de séyyids. Oes conspirations, des luttes entre cousins, des assassinats troublèrent leur gouvernement. Ils songèrent à solliciter l’appui de la Perse, et Sâlim, envoyé par son frère Sa'îd qui assumait plus particulièrement le pouvoir, alla trouver Feth-'Ali-Ghâh à Cliirâz. Celui-ci accorda les trois mi lie cavaliers qu’on lui demandait ; la dépense en était entièrement à la charge de P'Oman ; ces troupes furent embarquées à Bender-'Abbâs et allèrent camper près du fort de Barqa. Là, elles virent passer devant elles une expédition

l’ 'OMAN

des W ahhâbites venus du Bahréïn et luttèrent trois jours sans avantage marqué; le flot des envahisseurs passa outre et alla piller la région de Masqat.

A cette époque se place la première intervention anglaise. Déterminée à restreindre la piraterie des Qawâsim, que leur chef Ilasan ben Rahma menait jusque sur les côtes de l’Inde, la Compagnie des Indes fit bombarder Râs el-Khéïma, l’ancienne Djoulfâr (12 nov. 1809) ; la citadelle fut prise le lendemain et le chef des pirates emmené en captivité.

Le séyyid Sa'id n’hésita pas à réclamer la coopération des Anglais; avec leur aide, il s’empara du fort de Chinâs d’où partaient les razzias qui ruinaient le territoire de Çohâr (1er janvier 1811). Après la remise du fort à Sa'id, les Anglais se rembarquèrent et conseillèrent à leurs alliés d’en faire de même; ceux-ci, n’ayant pas suivi cet avis, furent surpris par Motlaq el-Motaïri, commandant les Wahhâbites, et mis en déroute. Les Wahhâbites étaient en passe de conquérir L'Oman tout entier; les Anglais ne voulaient pas intervenir, pour ne pas soulever un conflit avec les puissants dominateurs de l’Arabie centrale. Il fallut se soumettre et Sa'id paya aux envahisseurs une zakât (dîme aumônière) de 40.000 talaris, dont le versement devait se renouveler chaque année.

Le succès de l’expédition des troupes égyptiennes contre les Wahhâbites, la mort de Sa'oùd en 1814 et la destruction de Der'iyyé en 1818 sauvèrent L'Oman de ses persécuteurs. Le Séyyid Sa'id se sentit bientôt suffisamment fort pour entreprendre, en 1816, une expédition contre l’île de Bahréïn ([ue L'Oman avait jadis possédée, mais il fut repoussé par les Banou-'Ottoiib ; il y perdit son jeune frère Hâmid et plusieurs de ses principaux lieutenants. Une nouvelle expédition anglaise, commandée par le général Keir, partit de Bombay pour détruire les pirates de Râs-el-Khéïma et y réussit avec le concours de Séyyid Sa'id; ce succès décida les chefs des Arabes de la côte à conclure un traité de paix (8 janv. 1820). Les alliés furent moins heureux dans leur entreprise contre les Arabes de Dja'lân, qui avaient renoncé aux croyances ibâdites pour adopter celles des Wahhâbites ; les cipayes,

avec huit canons, appuyés par deux mille Bédouins commandés par Séyyid Sa'îd, furent battus à l’attaque des positions ennemies, malgré la valeur déployée par le chef 'omanite qui fut blessé à la main d’un coup de feu (9 nov. 1820). Cette défaite fut vengée l’année suivante par Sir Lionel Smith.

C’est à ce moment que se place la mort de l’imam Sa'îd, oncle du Séyyid Sa'îd et qui fut le dernier chef de L'Oman qui porta ce titre ; son neveu, qui était en réalité le chef de l’Etat depuis la mort de son père Soltân, son frère Sâlim n’ayant joué qu’un rôle secondaire, se fit appeler uniquement séyyid.

Consolider les établissements de L'Oman sur la côte orientale d’Afrique fut, de 1829 à 1844, le principal objet des préoccupations de Séyyid Sa'îd. Il visita Zanzibar et mena de là trois attaques contre Mombâsa, dont il finit par s’emparer; il fut moins heureux avec Siwî, près de Brâwa, place devant laquelle ses troupes éprouvèrent de grandes pertes à deux reprises, de sorte qu’il fallut renoncer à la réduire. Les fréquentes absences de Séyyid Sa'îd affaiblirent son autorité dans L'Oman et amenèrent des désordres. Les Qawâsim relevèrent la tête et s’emparèrent de plusieurs ports; Hamoud ben 'Azzân prit Çohâr et Hilâl ben Mohammed Sowaïq; l’apparition d’une escadre anglaise vint à propos apporter aux autorités de L'Oman le prestige qui commençait à les abandonner. Mais il fallut compter encore une fois avec les Wahhâbites, qui sous l’impulsion de Turkî ben Sa'oud, s’étaient ressaisis et tendaient à dominer la côte nord-est de l’Arabie; Sa'îd se vit contraint de conclure avec eux un traité moyennant le payement d’un tribut.

Le Séyyid Hamoud ben 'Azzân, qui tenait la ville de Çohâr, profitant de ce que le gouverneur de Rastâq, en l’absence de Sa'îd, avait été assassiné pendant qu’il donnai l dans une mosquée, tenta de s’emparer de l’ancienne capitale de L'Oman et y réussit par un coup de main. Il ne fut pas facile de le réduire. Sa'îd, ne pouvant pas compter sur ses troupes, eut recours à de dangereux auxiliaires, les Bédouins du nord ; mais quand il les vit arriver à son appel

L’ 'OMAN

en masses énormes, il prit peur et préféra s'arranger avec Hamoûd et renvoyer les Bédouins dans leur pays, même au prix d’un grand sacrifice pécuniaire (1834). Deux ans plus tard, il essaya de nouveau de s’en prendre à Hamoûd et fit appel, pour cela, au concours des Wahhâbites. Çohâr fut assiégée par terre et par mer, mais le siège ne dura pas longtemps, car les habitants firent comprendre à Séyyid Sa 'kl que le commandant du contingent wahhâbite entendait garder la ville, une fois prise, pour le compte de son maître, Faïcal ben Turkî. Toutefois Sa'îd arriva à ses fins par le concours d’un navire de guerre anglais qui amena Hamoûd à Masqat, où il s’engagea par écrit à ne plus attaquer le Séyyid Sa'îd. Il tint quelque temps sa promesse; puis il voulut profiter de la mort du principal soutien de l’imam, Mohammed ben Nâçir, pour développer son influence ; mais il crut prudent, avant de rien entreprendre, de consulter les autorités anglaises; il se rendit à Bombay où on lui fit comprendre que son écrit était toujours valable et qu’il devait renoncer à ses visées ambitieuses.

Hamoûd se retira quelque temps de la vie mondaine et vécut comme un ascète, après avoir remis la place de Çohâr entre les mains de son fils Séïf ; mais comme celui-ci refusa bientôt de lui payer même une part des revenus de la ville, Hamoûd, pour reprendre son pouvoir, n’hésita pas à faire assassiner son fils par quelques-uns de ses officiers (1849). Il ne jouit pas longtemps du fruit de son atroce forfait ; le Séyyid Sa'îd, avec l’autorisation de l’Angleterre, le fit arrêter traîtreusement par son fils Thowéïni, gouverneur de Masqat, et enfermer dans le fort de l’est où il ne tarda pas à succomber. Son frère Qaïs ben 'Azzân le remplaça à Çohâr, mais il fut contraint peu après, devant le déploiement de forces considérables venues de l’intérieur, de céder la ville au Séyyid Sa'îd, moyennant le gouvernement de Rastâq et l’engagement de se conduire loyalement à l’avenir (1852). Les Wahhâbites, qui continuaient d’être suzerains de L'Oman et d’y percevoir le tribut stipulé, auraient voulu profiter de ces dissensions intestines pour se livrer à leurs exactions habituelles ; le protectorat moral que l’Angleterre

avait dès lors réussi à établir dans le golfe Persique les empêcha de pousser à fond leurs entreprises.

Vers la fin de 1854, les Persans occupèrent Bender-'Abbâs et d’autres postes fortifiés sur la côte du Kirmân, en chassant les autorités de P'Oman qui avaient affermé ces localités depuis près de cent ans et les occupaient effectivement soi-disant pour le comp te du chah de Perse. Le Séyyid Sa 'kl considéra cette reprise violente comme une agression et réussit, au moyen de troupes commandées par son fils Thowéïni, à reprendre Bender-'Abbâs et d’autres places; mais devant les forces amenées de l’intérieur sur l’ordre de Nâçir-ed-dîn Chah et dans l’impossibilité de faire venir des renforts de la côte d’Arabie, l’Angleterre ayant interdit aux petits chefs riverains de se livrer à des mouvements en armes, il conclut avec la Perse un traité désavantageux (cha'bân 1272 = avril 1856) par lequel l’affermage était considérablement élevé, sa durée réduite à vingt ans, les îles d’Hormuz et de Kichm rendues définitivement à la Perse.

Séyyid Sa 'kl ne survécut pas à cette humiliation ; il mourut au large des Seychelles, à bord du navire qui le conduisait à Zanzibar (19 octobre 1856). Il laissait quinze fils; Mâdjid, le quatrième, se proclama son successeur, mais Thowéïni, l’aîné, était du vivant de son père gouverneur de l 'Oman ; il se refusa à reconnaître son frère en qualité de souverain. Toutefois l’on s’arrangea; Mâdjid, resté en possession de Zanzibar, admit de payer à son frère Thowéïni un subside annuel. Au bout de quelque temps, ce subside ayant cessé d’être versé, Thowéïni équipa une flotte considérable pour la côte d’Afrique ; le Gouvernement britannique s’interposa et fit admettre le vice-roi des Indes, Lord Canning, comme arbitre. L’élection ayant, après examen, été jugée la base de l’état politique dans les États de Mascate, le Séyyid Mâdjid fut reconnu comme souverain de Zanzibar et tenu de payer à son frère le subside admis à titre de compensation pour la cession des droits de Masqat sur ses possessions de l’Afrique orientale (1862). Séyyid Turkî, gouverneur de Çohâr et troisième fils de Séyyid Sa'îd, avait été laissé en dehors de ces arrangements; il se

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révolta, et pour comprimer les tribus rebelles, Thowéïni fit encore appel aux Wahhâbites, qui prirent dans le pays une influence plus considérable encore. En 1864, 'Azzân ben Qaïs, gouverneur de Rastâq, se révolta contre son souverain et reconnut la domination des Wahhâbites; après le pillage de la ville de Soùr, pendant lequel un sujet britannique de l’Inde fut tué, le Gouvernement anglais, pour entraver le développement du pouvoir des Wahhâbites, fournit à Thowéïni des canons et des munitions et autorisa les chefs de la côte à répondre aux appels du Séyyid, à la condition de ne pas emprunter la voie de la mer. Un navire anglais parut devant el-Qatif et y détruisit quelques bateaux et un petit fort qui commandait l’entrée du port.

Thowéïni fut assassiné par son fils Sâlim, pendant son sommeil, avec l’aide de plusieurs complices, dont un Wahhâbite. Le Séyyid Turkî, emprisonné à Çohâr, fut mis en liberté par le résident politique anglais. Sâlim s’installa à Masqat et chercha à rester en bons termes avec les autorités anglaises ; celles-ci le reconnurent, sous le prétexte que le parricide qui lui valait l’empire n’était pas dûment prouvé et que l’accusation ne reposait que sur les dires de son oncle Turkî, et pour la raison qu’étant reconnu par ses propres sujets, les étrangers n’avaient pas à se faire juge d’une cause qui échappait à leur juridiction.

L’appui de l’Angleterre sauva seul Sâlim des entreprises de son oncle Turkî ; après s’être emparé de Çohâr, celui-ci entra dans el-Matrah et allait tenter un coup de main sur Masqat, lorsque l’apparition d’une frégate anglaise le fit renoncer à poursuivre son dessein; il consentit à aller vivre dans l’Inde d’une pension que lui ferait son neveu Sâlim (1867). Une vaine tentative d’un cousin de celui-ci, le Séyyid Hàmid ben Sâlim, se termina par une réconciliation amenée par l’inconstance des tribus arabes de Dja'làn et des chefs Hinâwi, qui hésitaient entre les deux partis. Peu de temps après, 'Azzân ben Qaïs, parti de Rastâq, enlevait Rarqa et s’introduisait dans Masqat, laissant à Sâlim à peine le temps de se réfugier dans une des forteresses du port, en abandonnant son trésor aux envahisseurs. Le résident po-

litiquç anglais dans le golfe Persique, qui était alors le colonel Pelly, sollicité par Sâlim, ne put intervenir, d’après les ordres reçus de son gouvernement, et Sâlim n’eut d’autre ressource que de partir pour Bender- 'Ab bas, d’où il dirigea quelques tentatives de restauration qui avortèrent.

Le Séyyid Turkî, pouvant compter être reconnu par la majorité du peuple, quitta Bombay avec l’autorisation du gouvernement de l’Inde et, avec l’appui des Wahhâbites, réussit à supplanter 'Azzân ben Qaïs ; il régna à partir de 1874. Assiégé dans Masqat, en 1886, il s’y défendit grâce au concours de l’Angleterre. Son fils, le Séyyid Faïçal, lui succéda en 1888 ; un an après, il eut à lutter contre un prétendant, 'Abd-el-'Azîz. L’influence de l’Angleterre s’affermissait de plus en plus. Dès 1873, cette puissance s'était chargée du payement du tribut de Zanzibar ; en 1890, la France, liée par un traité de commerce (1846) et ayant convenu du respect réciproque de l’indépendance des territoires, renonça à défendre l’indépendance de cette dernière île, séparée des possessions continentales de F'Oman en Afrique placées sous la domination de l’Allemagne, mais maintint pour Masqat lestermes de la déclaration de 1862; ayant obtenu la concession d’un dépôt de charbons à Bender- Hiçâr, elle ne put s’y installer, une démonstration navale anglaise devant Ja capitale ayant obligé le Séyyid Faïçal à révoquer la concession accordée, qui fut remplacée par une autre de moindre valeur,, située tout à côté de la ville de Masqat. La question de la nationalité des boutres possédés par des protégés français a été récemment tranchée par une décision du tribunal de la Haye.

L’ 'OMAN

TABLE DES IMAMS ET DES SÉYYIDS DE l’ 'ùMÀN

IMÀMS

1MÀMS

Djoulaadà ben Mas'oûd 135-751 Mohammed ben 'ÀfTân » »

El-Wârith ben Ka'b 185-801 Ghassân ben 'Abdallah 102-807 'Abd-el-Mélikben Hamîd 208-824 Mohennâ ben Djaïfar 226-840 Eç-Çalt ben Mélik 237-851

Râchid ben en-Naclr 273-886 'Azzân ben Témim 277-890

Mohammed ben Hasan 284-897 'Azzân ben el-Hizr 285-898

'Abdallah ben Mohammed 286-899 Eç-Çalt ben Qâsim 287-900 Hasan ben Sa'îd 287-900

El-Hawârî ben Matraf 292-904 'Omar ben Mohammed 300-912 Mohammed ben Yézîd » »

Mollah el-Bahrî » »

Sa'îd ben 'Abdallah j 328-939 Râchid ben el-Wélîd » »

Khalil ben Châdhân 400-1009 Râchid ben Sa 'îd Hafç ben Râchid Râchid ben 'Alî Ibn-Djâbir Moûsa Mâlik ben 'Alî

MÎÎLIKS DES BAN OU-N EBIIÀN

El-Eellâh ben el-Mohsin j de 549 'Arâr ben Fellâh / (1154)

MozhalTar ben Soléïmân ( à 809 Makhzoûm ben el-Fellâh ; (1406)

Abou’l-Hasan 839- 1 435>

'Omar ben el-Khattâb 855-1451 'Omar Chérîf 896-1490-

Ahmed ben Mohammed » »

A-bou’l-IIasan » »

Mohammed benlsma'îl 906-1500 Barakât ben Mohammed 936-1529 'Abdallah ben Mohammed 967-1560 Nâçir ben Mourchid 1034-1624 Soltân Ier ben Séïf 1059-1649 Rel'arab ben Soltân 1079-1688 Séîf Ier ben Soltân f 1123-1711

Soltân II ben Séïf 1123-1711

Séïf II ben Soltân 1131-1718

Mohennâ ben Soltân 1131-1718 Ya'rob ben Bel'arab 1134-1721 Séïf II ben Soltân (restauré) 1135-1722. Mohammed ben Nâçir 1137-1724 Séïf II ben Soltân (restauré) 1140-1728- Soltân ben Mourchid 1151-1738 Ahmed ben Sa'îd 1154-1741

Sa'îd ben Ahmed 1188-1775-

SEYYIDS

Hâmid ben Sa 'îd, régent 1193-1 770

Soltân ben Ahmed 1206-1792

Sàlim ben Soltân 1219-1804

Sa'îd ben Soltân 1219-1804

Thowéïnî ben Sa'îd 1273-l8oR

Sâlim ben Thowéïnî 1283-1866

'Azzân ben Qaïs 1285-1868-

Turkî ben Sa'îd 1291-1874

Faïçal ben Turkî 1305-1888

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