‹ Histoire des Arabes et des Mores d'EspagneChapitre 2 sur 26 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

loin. Je n'ai qu'un but et qu'une ambition : c'est, en apportant ma pierre à l'édifice des connaissances générales, d'initier les gens du monde à celle d’une histoire ignorée hors d'un petit cercle d’érudits ; c’est de rappeler à notre souvenir, à notre gratitude, le nom et les bienfaits d’un peuple civilisateur ; c'est enfin d'éveiller sur lui la curiosité, l'intérêt, l'étude, et de me faire suivre, ou plutôt dépasser, dans la route où je ne tracerai que les premiers pas.

« Pour donner à ce travail préparatoire autant d'ordre et de clarté que possible, j'ai divisé mon sujet en deux parties principales. La première offrira un précis des événements historiques ; elle sera partagée elle-méme en plusieurs chapitres qui serviront à distinguer les diverses époques. La seconde partie, qui contiendra d'abord une dissertation sur la constitution politique des Arabes, sur leur puissance, leur richesse, leur population, et sur les causes de leur décadence, sera aussi consacrée à rechercher jusqu'où s'étendirent les diverses branches de leur civilisation, et quelle influence ils exercerent sur celle de l'Europe.

« Le récit des faits est principalement emprunté à l'Hhstoire de la domination des Arabes en Espagne, pax Joseph Conde l'}, ouvrage qui n’est, à vrai dire, que la

(1) Historia de la dominacion de los Arabes en España. Trois vol. in-8°. Madrid, 1821.

PRÉFACE. v traduction littérale de plusieurs lambeaux de manuscrits arabes attachés ensemble avec assez peu d'art et de goût, mais qui Jette beaucoup de lumière sur toutes les parties de cette histoire, et fournit les plus précieux matériaux ('). J'ai d'ailleurs eu soin de donner à la compilation de Conde une sorte de contrôle, en comparant son texte avec celui des historiens espagnols, afin de trouver la vérité entre les exagérations de l’orgueil national et les injures de la haine étrangère. Dans ce but, j'ai consulté de préférence, outre le critique Masdeu, l’histoire générale de Ferreras, moins brillante que celle de Mariana, mais plus exacte et plus fidèlement copiée des anciennes chroniques. Pour l’époque des Morisques, j avais à choisir entre une foule d'auteurs contemporains, tels que Hurtado de Mendoza, Marmol, Aznar , Bleda. Quant aux documents relatifs à la civilisation arabe, ils m'ont été principalement fournis ou indiqués par l'abbé Juan Andrès, auteur d’une Histoire générale de la hittérature (?), ouvrage peu connu, écrit en italien et en espagnol, et qui n’est point traduit dans notre langue. Enfin je dois à l’obligeante érudition de M. Davezac les ortho-

graphes et les étymologies arabes.

(1) J. Conde mourut pendant l'impression de son premier volume; les autres furent publiés sur des manuscrits encore incorrects, qu’il n'avait pu revoir, et que personne, après lui, ne put ni compléter, ni collationner sur les originaux.

(2) Dell’Origine, progressi e stato attuale d’ogni letteratura.

vi PRÉFACE.

«Je ne me dissimule pas les inconvénients du plan que je me suis tracé. Suivre une forme didactique ; séparer la partie morale de l'histoire de sa partie matérielle, au lieu de les confondre et de les diversifier l’une par l’autre ; transporter les détails plus intéressants sur la constitution politique et la civilisation générale, après la série ininterrompue des événements, c'était condamner la première partie de cet ouvrage au défaut rarement pardonné d'aridité et de monotonie; d'autant plus sûrement, qu'en se succédant les faits se ressemblent, et qu'ils n'offrent guère d'autre variété que celle des chances et des vicissitudes d’une guerre éternelle entre deux peuples et deux cultes ennemis, d'une guerre où l'on a compté trois mille sept cents combats. Cependant, le besoin de mettre ordre et clarté dans les détails d’une histoire à peu près inconnue et nouvelle m'a semblé la plus puissante des considérations. J'ai donc conservé ma division des matières. Au reste, il faut le redire encore, je n'ai pas la prétention d’avoir fait autre chose qu'un livre élémentaire ; c’est une étude, non une œuvred'art, que je publie, et si je désire appeler l'attention, ce n’est

pas sur l'historien, mais sur l’histoire. »

Ce vœu n'est pas resté tout à fait stérile. Ainsi, la distinction que je faisais, dans le titre même de mon

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