livre, entre les Arabes et les Mores, jusques-là toujours
PRÉFACE, vu confondus, bien que, de ces deux races, l’une ait détruit l'autre, est maintenant acquise à l'histoire. Tous les écrivains, depuis lors, l'ont admise ; tous en ont reconnu la justesse, l'importance, la nécessité. Et s'ils ont omis de rappeler"qui l'avait faxe avant eux, je me console de leur oubli en les voyant accepter du moins le service que j'avais pu leur rendre.
Cette distinction était nouvelle : les anciennes chroniques comme les histoires plus récentes, les Espagnols comme les Français, Mariana, Ferreras et Masdeu comme Marca, le P. d'Orléans et Voltaire, tous avaient fait des Arabes et des Mores une seule et même nation. Bien plus ; les traducteurs même de l'arabe, ceux qui avaient pu puiser aux sources originales, n'avaient pas évité cette erreur. Ainsi Cardonne, dans tout le cours de sa très-succincte et très-incomplète histoire, prend indifféremment le mot de More ou d’'Arabe pour désigner les peuples musulmans d'Afrique ou d'Espagne, et J. Conde lui-même commet en mille endroits la même confusion [‘). Cette distinction était importante, car un homme illustre dans la moderne littérature de l'Espagne, en
m'annonçant que javais eu l'honneur d'être appelé,
(t} Il dit, par exemple, dans son prologue : «... De là vient qu’on croit communément que les Mores, lorsqu'ils firent leur entrée en Espagne, étaient innombrables, et moins de vaillants guerriers que des barbares cruels, sans culture ni police. »
we vi PRÉFACE.
per une élection unanime, à faire partie de l'académie espagnole, dont il était secrétaire perpétuel, m écrivait, à propos de mon Essai : « Vous avez trouvé la clé de « notre histoire. »
C'est avec le même sentiment de bienveillance que l'éditeur d’une traduction espagnole (‘) expose les raisons qui lui ont fait préférer ce simple Essar aux autres ouvrages, même de sa nation. « Conde, dit-il, a amassé « des matériaux; Viardot les a mis en œuvre pour éle- « ver son édifice... Viardot doit beaucoup à Conde, « mais les amis de l’histoire doivent plus à Viardot.…., » ajoutant d’autres éloges que je me garderai bien de transcrire, tant ils étaient peu mérités par une œuvre si imparfaite.
Aujourd'hui, après bientôt vingt années occupées de travaux divers, j'ai refait, arrivé à l’âge mür, cet ouvrage de jeunesse. L'édition de 1833 était dès longtemps épuisee, et quelques amateurs de livres sérieux, en France ou à l'étranger, demandaient encore des exemplaires qu'on ne pouvait plus leur fournir. Ce n’est pas, toutefois, une autre édition, c'est un autre livre que je leur présente. En conservant la forme et les divisions du précédent Essai, comme on conserve le plan d’un édi-
fice abattu, Je l'ai,reconstruit de fond en comble, pou-
(1!) Tesoro de autores ilustres — Obras de Viardot — Barcelona, 1844.
PRÉFACE, IX vant, avec de plus amples matériaux, lui donner de plus amples développements. Voilà pourquoi je l'appelle aujourd hui : Histoire des Arabes et des Mores d Espagne ; non que Je le croie beaucoup moins indigne de ce nom plus ambitieux, mais pour montrer, par le changement du titre, que cette nouvelle édition est vraiment un li-
vre nouveau,
Novembre 1850.