LETTRE D’ALPHONSE VI
« Le souverain seigneur des deux nations et des deux lois, l’excellent et puissant roi Alphonse, fils de Ferdinand, au roi Aben-Abëd
(que Dieu éclaire son entendement pour le déterminer à suivre le
vrai chemin), salut et bienveillance de la part d’un roi agrandisseur des royaumes et défenseur des peuples , dont les cheveux ont blanchi dans la connaissance des affaires, l'exercice des armes et la suite des triomphes, dont les drapeaux sont le siége de la victoire, qui fait brandir les lances de ses chevaliers et revêtir de deuil les femmes des musulmans... Vous savez ce qui s’est passé dans la ville de Tolède, capitale de toute l'Espagne, et ce qui est arrivé à ses habitants lorsque je l’ai prise. Si vous et les vôtres avez échappé jusqu’à présent, voici votre temps qui est venu. Il n’a été retardé que par ma volonté et mon bon plaisir; et si vous êtes encore en repos, rappelez-vous que la prudence de l’homme est de se méfier de lui-même et de bien considérer ce qu’il convient de faire avant de tomber dans un malheur
qui n’ait plus de remède. En vérité, si je ne faisais attention aux traités qui existent entre nous et aux paroles que nous nous sommes données (car je n’ai rien deæplus présent que de garder la foi promise), j'aurais déjà envahi votre pays à feu et à sang, et je vous aurais chassé de l'Espagne, sans attendre des demandes et des réponses, et sans qu'il y eût entre nous d’auire ambassadeur que le choc des armes, le hennissement des chevaux, le bruit des tambours et des trompettes. Je veux vous donner cet avis par avance, pour vous ôter toute excuse... et, selon que vous ferez, vous verrez mes œuvres. Salut. »