‹ Histoire des Arabes et des Mores d'EspagneChapitre 22 sur 26 · RÉPONSE D’ABEN-ABED · texte numérisé non relu

RÉPONSE D’ABEN-ABED

« Du roi victorieux et grand, soutenu par la miséricorde de Dieu et confiant en sa divine bonté, Mouhamad Aben-Abëd, au superbe ennemi d'Allah, Alphonse, fils de Ferdinand, qui s'intitule roi des rois et seigneur des deux nations (que Dieu brise ses vains titres). Salut à ceux qui suivent le droit chemin. Quant à te nommer setgneur des deux nations, en vérité, les musulmans ont plus droit de se glorifier de ce titre que toi, par ce qu'ils ont possédé et possèdent encore des terres des chrétiens, par la multitude de leurs vassaux, la. richesse de leurs armes et de leurs tributs. Jamais ta loi et tes partisans ne pourront élever ton pouvoir jusqu’au nôtre... Déjà nous sortons de notre sommeil et nous nous levons de notre mollesse. Jusqu'à présent nous pensions à te payer tribut, et toi, non content de cela, Lu veux occuper nos villes et nos forteresses. Mais comment nas-tu pas honte de faire de telles demandes, et de nous commander, comme si nous étions tes vassaux ? Je m'étonne de la hâte que tu mets à accomplir ta vaine et superbe volonté. Tu l'es enorgueilli de la prise de Tolède, sans considérer que tu ne la dois pas à ta puissance, mais à la destination divine qui l'avait ainsi déterminé dans ses décrets éternels. Tu sais bien que nous avons aussi des armes, des chevaux, et des braves que n’épouvante pas le bruit des batailles et qui regardent sans pälir l’horrible mort... Nos chefs s'entendent à ordonner des lignes, à diriger des escadrons..... Nous savons dormir sur a terre, ou faire des rondes de nuit... et, pour que tu voies que

c’est comme Jjele dis, nous te préparons la réponse de ta demande, en aiguisant nos épées et nos lances... Il est sûr enfin qu’il n’est point de mal qui ne produise quelque bien,‘et que vite on se repent quand vite on se détermine... Je vois que ceux qui te conseillent sont comme des bêtes sans entendement, et, en même temps, des gens de si peu défvaleur, que jamais leurs œuvres n’accréditent leur vaine Jactance. Aïnsi, nous ne les tuons jamais combattant en rase campagne, mais cachés dans leurs tours et derrière leurs murailles. Ces conseillers doivent croire sans doute que nous manquons d’entendement, et qu'il n’y a point de changement dans les hommes et dans les royaumes. 11 est vrai qu'il y a eu des traités entre nous, pour que nous ne tournions pas nos armes l’un contre l’autre, et pour que je n’aide pas ceux de Tolède de mes forces et de mon conseil. J’en demande pardon à Dieu, ainsi que de ne m'être pas plus tôt opposé à tes intentions ambitieuses ; mais, grace à lui, tout le châtiment de notre faute se réduit aux vaines paroles dont tu nous insultes. Comme elles n’6tent pas la vie, je me confie en Dieu dont l’aide me défendra contre toi, et tu me verras bientôt entrer avec mes troupes sur tes domaines, car Dieu favorise la vraie loi, et donne la force à ceux qui connaissent et suivent la vérité. »

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