‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 2)Chapitre 14 sur 38 · HISTOIRE DES ARABES ET DIS MORES D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES ARABES ET DIS MORES D'ESPAGNE

elle n'y a jamais pl^a^oMit nkté» Cest hors de leur pays natal, c'est dans les eontrées étrangles oh ils s'établissaient en conquérants, que les arabes furent civilisés et cilivisateurs.

Nous avons exposé, dans rintroduction de ce livre, que ces anciens pasteurs nomades appelés Seémt^ par les Grecs, après être longtemps restés isolés du monde, après avoir mené, pendant des siècles, la vie d' igno^ ranee et de liberté, la vie à demi-sauvage qu'on nomme patriarcale, commençaient enfin, peu avant la venue du Prophète, à subir leur métamorphose, devenue bientôt si complète et si éclatante. Déjà, lorsqu'au temps de r aïeul de Ihhomet, et en souvenir de m vietoire sur le roi des Ethiopiens, l'ère de l'Ëléphant succédait à celle de l'érection de la Kaaba par Abraham, les arabes, devenus agriculteurs, avaient des établissements fixes dans l'Yémen, l'Oman et le Hedjaz, des villes, comme la Hekke et Yathreb (devenue Médine), au centre des terres cultivées, des comptoirs sur la mer Rouge et le golfe Persique, trafiquant entre l'Egypte et les Indes ; déjà ils avaient reçu des Syriens leurs voisins, avec l'alphabet et les chiffres, l'art d'écrire et l'art de calculer ; déjà, enfin, ils appendaient autour du sanctuaire leis œuvres de leurs poètes couronnées dans des luttes d'esprit par le suffrage public.

Mais c'était seulement l'aurore de la civilisation des Arabes qui commençait à poindre en Arabie. Le grand jour ne se leva pour eux que loin de leur patrie, qu'il n'éclaira jamais. Mahomet vient, Mahomet parle, et cette contrée, si longtemps immobile, se lève à sa parole pour la répandre sur toute la terre. Prédicateurs ot soldats,

ses disciples se précipitent dans tontes les directions, entraînant des hordes d'enthousiastes, et conquièrent une moitié du monde è la course de leurs chevaux. En quelques instants, ils ont parcouru l'Asie, de la pointe d'Ormuz aux sommets de l'Himalaya ; l'Afrique, des bords de la mer Rouge aux extrémités de l'Atlas; l'Europe, des colonnes d'Hercule aux rives de la Loire. Mais à peine commencent-ils à s'affermir dans leurs immenses possessions, que, parmi cette émigration victorieuse, s'opère une révolution soudaine. Les esprits, fortement agités par un si prodigieux mouvement, cherchent k leur tour des conquêtes. Le goût de l'étude saisit ces guerriers haletants, les arrête, les transforme; la passion de savoir remplace celle d'acquérir, et les conquérants du Midi s'apprêtent à réparer le plus grand des maux qu'aient faits les conquérants du Nord, en rallumant aux cendres de la civilisation antique le flambeau de notre moderne civilisation. Ce fut, non pas à la Mekke, mais à Damas, sous le règne d'Aly, quatrième khalyfe après Mahomet, que commencèrent à se manifester ces tendances et ces idées nouvelles, qui se fortifièrent avec la courte domination des Omméyades en Syrie, et prirent enfin tout leur essor sous les Abbassydes. On vit alors ces mêmes honunes, accusés naguères, et dans la première ardeur du fanatisme, d'avoir brûlé la bibliothèque d'Alexandrie, rechercher avec avidité tous les monuments de la sagesse des anciens, et les faire passer dans leur langage par une foule de traductions, oc Ils remuèrent ies cendres qu'ils avaient amoncelées, dit Bailly, et ils recueillirent les restes échappés au feu et à leur barbarie. x> Le khalyfe Haroûn-al-Ras-

cbyd (Aaron le Jtute), resté si célèbre dans les contes de rOrient» attirait à Bagdad, par ses lai^esses et par son exemple, des savants de tous les pays. Son fils Al*Mamoun (de 813 à 833), dont le nom» à jamais illastre, à jamais béni dans l'histoire des lettres, doit désigner un grand siècle entre ceux d'Auguste et de Léon X , consacra toute sa vie, toute sa puissance, toutes ses richesses au culte de la science, fit de sa cour une académie, éleva des écoles dans tout l'empire, et, forçant l'empereur Michel III, qu'il avait vaincu, à lui payer la paix par un tribut de livres grecs, ouvrit d'un seul coup à sa nation tous les trésors de l'antiquité.

Transplantée, en même temps que le khalyfat, de Syrie en Espagne, la civilisation arabe y fleurit avec non moins d'éclat. Cordoue égala pour le moins Bagdad, et le règne d'Al-Hakem U (de 961 à 976) forme le brillant midi d'un second siècle d'Al-Mamoun. Mais en Syrie et en Espagne, cette civilisation exotique s'abîma dans la raine des deux khalyfats; elle y périt avec la race arabe, sans que l'Arabie ait pu la recueillir ; car, après Mahomet, l'Arabie était redevenue ce qu'elle avait été jusqu'à lui ; elle était retombée aussitôt dans l'état stationnaire, immobile, où nous la voyons encore à présent.

Page 1