ARTS
Par horreur de l'idolâtrie, la loi de Mahomet proscrivit les images, et les Arabes furent toujours iconoclaste» zélés. Cette prohibition religieuse eut le tort irréparable de leur interdire absolument la peinture et la sculpture qui ne se bornaient pas à la simple ornementation des
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édifices ('). Ainsi, des trois arts, plus iûtelleotuels que méeaniques, auxquels- on a donné dans toutes les langues le nom de Beaux-ÀrUf un seul, rarohitecture, put être cultivé par eux. C'est, k la yérité, celui des trois qui a précédé les deux autres, et dont ils furent, à l'origine, de simples parties, de simples ornements ; c'est le plus durable, enfin, et le plus fait pour conserver au loin dans les âges le souvenir d'un peuple qui n'est plus* Un monument, comme l'a dit M. Victor Hugo, est une chronique de pierre, et si les ruines n'étaient un livre où peu d'hommes savent lire, les Àrahes se feraient
(1) « 0 croyants, le vin, les jeaz de hasard, les stataes... sont une abomination inventée par Satan... » {Koran, sourate v. v. 9S.)
A la longue, et après la destruction des Arabes, les autres peuples musulmans se sont un peu relâchés sur cette absolue défense de toute représentation d'êtres vivants. Abennil-Hamar, ou l'un de ses successeurs, fit construire dans rAlhamrâ de Grenade la fontaine de la Cour-des-Lions, Les khalyfes de Gordoue n'auraient pu donner à leur palais un pareil ornement. Cardonne [Histoire de V Afrique et de V Espagne sous la domination des Arabes] fait, il est vrai , mention d'une statue de Zohrah élevée sur la porte principale du palais qu'Abdérame III bâtit sous son nom. Je ne sais à quelle source il a puisé ce fait ; mais, s'il est eiact (et J'en doute) , il prouverait seulement qu'Abdérame avait violé la loi pour complaire à sa maîtresse. En tout cas, cette statue ne pouvait être que l'ouvrage d'un sculpteur mozarabe ou juif; ou plutôt même c'était quelque statue antique de Flore, à laquelle fut donné le nom de Zohrah. — Aujourd'hui, les musulmans se permettent des figures, même sur leurs cachets, et les sultans osmanlis font peindre leurs portraits dans une galerie, du sérail.
Quant aux peintures de l'AIhamrâ, encore subsistantes, il est évident qu'elles n'ont été faites qu'après la prise de Grenade par les rois catholiques, et qu'elles sont l'ouvrage d'un artiste chrétien. (Voyeî à ce sujet le chapitre Alhamrà dans le second volume de mes Musées d'Europe.)
A défaut de peinture proprement dite , les Arabes ont montré du moins une merveilleuse entente de l'emploi et du mélange des couleurs dans l'ornementation architecturale.
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mieax coniialtre pat les restes de leurs éditées que par les fragments de leurs historiens.
Arehiteclure. — c Ce n'est pas la plume, ai-je dit ailleurs & propos de TAlhamrâ, c'est le crayon qui peut seul donner une connaissance claire , exacte « précise d'un monument.... Une simple image, pour peu qu'elle soit fidèle, vaut mieux que cent pages de texte explicatif. » Il fiiut donc, à propos de l'architecture des Arabes, renvoyer d'abord le lecteur aux œuvres spéciales sur la matière (^). J'ajouterai quelques mots en historien.
Ce ne fut pas sous leurs tentes nomades que les Arabes de r Yémen et du Qedjaz purent avoir même une simple conception de l'architecture. Le temple de la Kaaba, aussi grossier, aussi informe que célèbre et vénéré » fait foi de leur ignorance. L'histoire rapporte k vingt reprises l'étonnement qui saisissait les Arabes à la vue des ponts, des aqueducs, des remparts des villes, de tous les grands monuments romainset grecs qu'ils rencontrèrent en Syrie, en Egypte, en Mauritanie, en Espagne. Ces monuments leur parurent d'abord l'œuvre des génies. Hais, instruits bientôt dans cet art surnaturel, comme dans toutes les sciences , ils se mirent promptement en état d'imiter les invisibles serviteurs d'Allah, de construire eux-mêmes des temples et des palais, et d'élever leur architecture à la hauteur de leur empire. Dès l'année 637, une mosquée était bâtie à Jérusalem par le kha-
(1) On peut consulter le grand ouvrage de l'institat d'Egypte, —Alex. Delaborde, Voyage pittoresque en Espagne, — Coste, Monuments arabes du Caire.^ Enfin, et surtout, M. Girault de Prangey, Essai sur Varchitecture des Arabes et des Mores, Monuments arabes et moresques, ouvrages où^ sous le rapport historique et graphique, rien n'est laissé à dire, ni rien à désirer.
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lyfe Omar ; en 642, par Aiuroû» aa Yieux-Caire ; en 705, à Damas, par Walyd; enfin, vers 780, à Gordoue, par Âbdérame V. L'architecture arabe était dès lors un art national. Il eut son origine, ses progrès, sa transition, son couronnement : byzantin d'abord, puis byzantin-arabe jusqu'à la mezquita de Gordoue , il s'émancipe encore davantage à Séville, dans l' Alcazar et la tour de la Giralda, et devient pleinement arabe-moresque dans l'Alhamrâ de Grenade. — Il eut ses œuvres diverses, utiles ou fiistueuses, profanes ou sacrées; il fit des routes, des ponts, des fontaines, des aqueducs, des forteresses, et non moins de palais que de temples, car, dans la seule enceinte de Gordoue, on comptait les palais Mérouân, Rousafah, Moguéyt, Al-Zahira, Dimisch (ou Damas), outre Medynat-al-Zohrah , la Ville de palais. — Il eut ses écrivains, ses régulateurs : D'Herbelot et Gasiri mentionnent un grand nombre 'd'ouvrages arabes sur l'architecture.— Il eut enfin ses représentants illustres : c'étaient, en Espagne, sous Âbdérame II, Djafar-ben- Mouhazyn, appelé chef des architectes; sous Abdérame III, Sayd-ben-Ayoub, Nasser- Abou-Othman et Abd- Allah-ben-Younas; sous Al-Mansoùr, Fatho-ben-Ibrahym-al-Oméyah, qui, d'après ce surnom, devait appartenir à la famille impériale.
Après ce bref historique, je ne puis faire mieux, à défaut de plans et d'images, que de transcrire la description qu ont laissée les historiens arabes des deux principaux monuments élevés par les khalyfes de Gordoue, leur aljarna ou mosquée principale , et leur palais de plaisance d'Al-Zohrah.
I^a mosquée fut bâlie, vers la fin du viii' ^siècle,
par Abdérame P% qui passe pour en avoir été lui-même rarchitecte.n voulut, dit-on, la faire semblable, sur une plus vaste échelle, à la mosquée de Damas, et rappelant par la profusion de ses richesses les merveilles si vantées du temple de Salomon à Jérusalem, détruit par les Ro* mains. Cette aljama [al-djami, métropole) surpassait en grandeur et en magnificence tous les temples de l'Orient. Son minaret s'élevait à quarante brasses du sol ; sa coupole élégante, portée sur des lambris de bois ciselé, était soutenue par mille quatre-vingt-treize colonnes de différents marbres, disposées en quinconce, et formant dix-neuf larges nefs en longueur, coupées en largeur par trente-huit nefs plus étroites (^). La façade principale, tournée au midi, en face du Grand-Fleuve (le Guadalquivir), s'ouvrait par dix-neuf portes revêtues de lames en bronze de merveilleux travail, excepté celle du centre que recouvraient des lames d'or. Chaque face latérale, à l'orient et à Toccident, était percée de neuf portes semblables. A la suite d'un vaste polio (cour intérieure), entouré de galeries, orné de fontaines, planté d'orangers, de myrtes et de palmiers, l'édifice portait, dans œuvre, après les additions faites jusqu'au temps d'Al-Mansoûr, trois cent trente coudées de long sur cent quatre-vingt* cinq de large. Il était éclairé, pendant les prières de nuit, par quatre mille sept cents lampes, où l'on brûlait, dans l'année, vingt-quatre mille livres d'huile et cent vingt livres d'aloés et d'ambre. (Jos. Conde, parte II, cap. 24 y 28.)
(<) Ces colonnes provenaient presque toutes des monuments de l'antiquité romaine, qu'on dépouilla pour l'ornement du nouveau temple.
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La cathédrale actuelle, faite de F ancien ne aijama d'Abdérame, et cpi'on nomme encore Mezquita (de me»chyd, mosquée), est assez bien conservée dans sa partie principale, qui porte aujourd'hui environ 130 mètres sur 120, sans compter lepatto. Ces colonnes rangées en allées symétriques, offrant une incroyable variété de matières, de proportions , de formes, de styles, de couleurs, sortant du sol sans base, comme des troncs d'arbre, et supportant les arceaux découpés qui s entrelacent comme des branches au-dessous des lambris du toit, produisent l'effet d'une promenade, d'une forêt f^u<lière. Malheureusement, par des ouvrages intérieurs, tels que le chœur et les chapelles des saints , les chrétiens ont mutilé et défiguré le monument arabe, qui n'a plus ni sa religieuse simplicité^ ni son majestueux ensemble (*). Et cependant il faut leur savoir gré d'avoir Idissé subsister, à côté des autels, des rétables et des bénitiers de l'église, quelques vestiges du culte de la mosquée. On y trouve encore, —[dans le patio, les fontaines d'ablution, — dans l'intérieur, hmirhab^ cette petite niche ou retraite obscure qui marque, en indiquant la direction de la Mekke, de quel côté les fidèles doivent se tourner en priant, ce sanctuaire de méditation et d'extase dont les dalles de marbre furent creusées jadis par les genoux des croyants ascétiques, — enfin, àl'entour des murailles, les seuls ornements permis dans un temple
(*) Ce fut Charles-Quint le despote qui, sur la demande insensée de l'é-^ vèque et des chanoines, ordonna l'érection du chœur au centre de la mosquée de Gordoue, en même temps qu'il renversait une aile de FAlhamrâ pour se bâtir h Grenade un lourd palais florentin. (Voir le chapitre déj& cité de TAlhamra au deuiûème volume des Musées d'Europe,)
ET m» MOUS D18PAGNE. 75
d'Allah. Ce sont des versets du Konn ou du Hadyz, gravés en lettres d'or sur le marbre Uane» disposés, comme tontes les aralmqiêês, en dessins capricieux, fan*tastiques, réguliers néanmoins , et revêtus d'une fine mosaïque de cristal qui fait étinceler de lumière les pa^ rôles du Très-Haut (^).
Le troisième Abdérame, celui que les chrétiens ont surnommé le Magnanime) éleva un monument plus somptueux enoore que la mosquée de Cordoue ; ce fut un palais, ou plutôt une ville du palais, qu'il appela, du nom de sa favorite, Médynat^UZohrah^ ville de Zohrah ou de la Fleur. Il dépensait trois cent mille dinars d'or par an i cette immense construction qui dura vingt-cinq années. Mais laissons parler les Arabes eux-mêmes :
« Le khalyfe Âbd-al-Rhaman-al*Nasser avait coutume de passer les saisons de printemps et d'automne dans un site agréable, à cinq milles de Cordoue, en descendant le Guadalquivir ; et, séduit par la fraîcheur et l'aménité du lieu, par ses promenades et ses bois épais, il y fit élever un alcazar avec beaucoup de magnifiques édifices et de beaux jardins contigus, de sorte que ce qui avait été auparavant une maison de campagne se transforma en une yiHsi Au milieu de cette ville était le royal alcazar, œuvre grande et d'élégante fabrique. Il y fit placer quatre mille trois cents colonnes de marbres précieux, toutes
(*) Les inscriptions de la mosquée de Cordoue sont en caractères koufi^ ques, dont les lignes droites et lés liaisons carrées ont la sévérité convenable à un temple. Au contraire, les inscriptions de TAlcazar de Séville et de rAlhamrâ .de Grenade sont en caractères neskys, ou écriture cursive, plus déliés, plus arrondis, et mieux en harmonie avec la magnificence mondaine d'un palais.
de merveilleux travail. Chaque jour entraient dans la construction six mille pierres taillées, sans compter les pierres brutes qui étaient innombrables. Toutes les salles et chambres étaient pavées de dalles de marbre, ingénieusement coupées par des dessins de faïence peinte. Les murailles aussi étaient revêtues de marbre , et traversées par des bandes ou rubans de merveilleuses couleurs. Les plafonds étaient peints en or et bleu, relevés par d'élégantes damasquinures et des ornements enlacés. Leurs poutres, leurs lambris, leurs corniches étaient en bois de mélèze, délicatement ciselé. Dans quelques-unes des grandes pièces, *il y avait de belles fontaines d'eau douce et limpide, en forme de bassins , de coquillages et de vasques de marbre. Au milieu de la salle qu'on appelait du khalyfe, était une fontaine de jaspe où se trouvait un cygne d'or, de merveilleux travail, qui avait été fabriqué i Gonstantinople, et sur cette fontaine du cygne pendait du plafond l'insigne perle qu'Abdérame reçut en présent de l'empereur grec. Contigus à l'Alcazar étaient les grands jardins, avee une infinie variété d'arbres à fruits et de petits bosquets mélangés de lauriers et de myrtes, dont quelques-uns étaient entourés de tortueuses et claires pièces d'eau, qui réfléchissaient et peignaient à la vue les arbres, et le ciel, et ses nuages &rdés par le soleil couchant. Au milieu des jardins, sur une hauteur qui ]es dominait et les découvrait tous, était le pavillon du khalyfe, où il se reposait en venant de la chasse. Ce pavillon était soutenu par des colonnes de marbre blanc ornées de chapiteaux dorés. On raconte qu'il y avait au milieu une vaste coquille de porphyre, pleine de vif-ar-
gent, qui s élançait et retombait artificiellement comme un jet d'eau, et jetait aux rayons du soleil on de la lune un éclat qui éblouissait les yeux. Ces jardins renfermaient une foule de bains en bassins de marbre, trèsbeaux et très-commodes, dont les tapis, les rideaux et les voiles, tissus en or et soie, représentaient des fleurs, des forêts, des animaux, si merveilleusement retracés qu'ils semblaient vivants et naturels. En *somme, au dedans et au debors de TAlcazar, étaient réunies en abrégé toutes les richesses et les délices du monde dont peut jouir un puissant monarque. Cette ville se nomma Médynat'aUZohrah, du nom d'une belle esclave que lé khalyfe aimait et distinguait parmi toutes celles de son harem. Il bâtit à Médynat-al-Zohrah une mosquée qui, pour la richesse et l'élégance, surpassait même la grande Aljama de Gordoue ; il y construisit aussi la Zeea^ ou hôtel des monnaies, et d'autres grands édifices pour loger ses gardes et sa cavalerie. L'œuvre principale fut terminée dans l'année de l'hégire 325 (936 de J.-€. ), et Al- Rakiky ajoute qu'elle coûta des sommes immenses. La garde du khalyfe Abdérame était très-nombreuse ; elle se composait de douze mille hommes, à savoir : quatre mille esclaves, (Esclavons) qui faisaient la garde intérieure et à pied ; quatre mille Africains zénètes et quatre mille Andalous, h cheval, répartis en compagnies ou taïfas, et qui avaient pour capitaines des membres de la famille impériale, ou les chefs des plus nobles familles... Outre la partie de sa garde qui suivait le khalyfe dans ses deux séjours à la campagne, Abdérame choisissait les serviteurs et les femmes esclaves qui devaient raccompagner, les wazirs, les khatyh (prédicateurs), les
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savMits rt Im poètes qu il voulftil emmeMr a?e€ lai, enfin ses ehA8seiurs et fencoAiiiers, car, «insi que ses «métrés, il se divertissait fréquwiment à la chasse au ?el . . . » (Jos.Cionde, parte Ih cap. 79.)
Ce merveilleux Yersailks des khalyfes de Cerdooe , que ne protégeait point un caractère sacré, a disparu, sans laisser de vestiges , seus les pillages de la guerre ci* vile et les dévastations de la conquête étrangère. On se* rait tenté de croire, tant ces descriptions ressemblent k celles des àHUe et une NuitSi qu'elles appartiennent plutât i r invention des poètes qu'à la véracité des historiens. Mais on est bien forcé d'y ajouter foi, dès qu <m a reconnu, dans les monuments qui subsistent encore, l'excessive et minutieuse fidélité des écrivains qui les ont décrite. Abd-al-HaUm de Grenade, dans son HisUnre de Fez, rapporte, d'après Goade, jusqu'au nombre de taïUes (377,900) qui couvraient la mosquée ^vée dans cette ville par les Almoravides. Après cela, comment ne pas être surpris et affligé de lire ce qui suit dam un écrivain de réeole néo-catbolique : « Tous les poètes, tous les 4i annalkles de la cour de Cordoue ont célébré la gran- « deur, la somptuo^té , l'élégance d'une ville matière ce fondée à deux myrîamètres de Gordoue , par le calife « Abdérame, en Thonneur d'un de ses courtisans, Zéha; « le nombre des cours, des colonnes, des jardins, des <( fontaines, etc., rien ne manque à la description de a cette ville fantiu^que. Et depuis quatre cents ans on a «( cherché partout cette merveille, et non-seulement on a n'a pas trouvé une maison debout, mais pas une co- « lonne, pas une pierre l Qu'en conclure, donc? Que « c'était quelque jolie maison de campagne décrite à la
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^ &^n orientale, et qu'il en est de même de tous les « récits qui émanent des Arabes. »
Cette fiiçon leste et cavalière de démentir tous les historiens d' une grande nation pourrait être permise» si jamais un grand monument élevé par la main des hommes n eût di^ru de la face de la terre» ou si tous les monun^nts de la grandeur arabe eussent disparu comme Médynat-al-Zohrah. Mais il reste encore, Dieu merci, pour preuves vivantes et palpables de cette grandeur éteinte, les mosquées de Damas, de Bagdad et du Caire; les palais de la Ziza et de la Cuba en Sû^e ; enfin, dans l'Espagne même, oii l'on cherche vainement la ville de Zohrah, la Mezqmta de Cordoue, les bains de Giironne, l'Alcazar de SéviUe, T Alhamrà de Grenade.
Lee catholiques ont dit : Hors TEglise, point de salut* Les néo-catholiques disent, à ce qu'il swible : Sors YEr {^ise, point d'art ni de poésie. Us nient l'architecture des Âiebes; ils affirment que, simple imitation de l'architecture byzantine, elle fut complétem^it dénuée d'invention et d'originalité ; de plus, qu'elle n'eut point (k base rationnelle, point de sentiment mwal, enfin point dBi^mboUque. Je n'ai pas à défendre l'architecture arabe du reproche d'imitation; tous les styles d'architecture l'ont encouru et l'ont mérité. Les Byzantins avaient imité les Romains, les Romains les Grecs, et la Grèce elle-même, plus originale en tout que nul autre peuple, avait pris pourtant à l'Egypte et à l'Inde les rudiments de tous ses arts. U suffit de l'œil et du bon sens, il suffît de comparer la Sainte-Sophie de Gonstantinople avec la Mezquita de Cordoue , pour reconnaître que , dès le vm"" siècle , les Arabes avaient une ar-
chitecture propre et nationale, qui s est éloignée de plus en plus, jusqu'à rAlfaamrft, de toute imitation étrangère, qui ne tenait pas plus dès lors à celle de Byzance, que Byzanoe ne tint à Rome et Rome à Athènes, et qui mérite son nom propre aussi bien que l'architecture sui« vante, non moins imitatrice, qui fut plus tard appelée gothique. N'a-t-elle pas eu aussi ses caractères particuliers? n'offre-t-elle pas, par exemple, entre le pleincintre romain et Togive gothique, le fer-à-cheval ou Tare à plein-cintre outrepassé?
Quant au second reproche, il faut le repousser en deux mots : sans doute les cathédrales chrétiennes, s éloignant du style plus simple des vieilles basiliques, c'est-à-dire des salles de justice converties en temples, ont offert dans leur plan, par la disposition du chœur et de la grande nef, que coupent transversalement les bras du transsept, l'image de la croix latine. Est-ce dans cette disposition qu'on reconnaît une base rationnelle? Alors les Arabes pourraient répondre qu'ils ont donné à leurs temples la forme carrée parce que cette forme (pour eux du moins) est celle de la terre, base de l'univers, celle de la maiion de Dteu, que couvre la voûte du firmament. Cette forme de la mosquée , reproduisant le monde , le cosmos, vaut bien rationnellement celle de l'Eglise, reproduisant le gibet du Sauveur. Sans doute aussi, et je ne fais nulle difficulté de le reconnaître, les hautes nefs en arceaux aigus et l'ogive élancée concordent symboliquement avec les aspirations de l'âme vers le ciel, avec les élans de la prière. Mais les Arabes diront, et non moins justement, que leur temple, dans la simplicité de sa disposition générale, qui résume celle du monde, qui
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retrace aux yeux de l'esprit rimmensité de la natare, — dans le choix de ses ornements, des cours, des fontaines» des forêts de colonnes, des branchages de lambris, qui rappellent les cnltes primitifs , — enfin dans Tabsence de toute représentation d'êtres vivants, et dans la vue continuelle des paroles sacrées, — que leur temple, dis-je, res« pire l'unité de Dieu, l'horreur de l'idolâtrie, le recueil* lement et la contemplation • Est-ce que les premiers chré« tiens ont attendu, pour être fervents, les cathédrales du moyen âge? Est-ce qu'ils ne priaient pas avec dévotion dans les basiliques parce qu elles avaient été prétoires, et même dans les souterrains des catacombes? Est-ce que les temples bâtis par Brunelleschi, Palladio, Bramante, est-ce que Santa-Maria deUFiore de Florence, la Sainte de Venise, SainUPierre de Rome, quoique nullement gothiques, ne sont pas dignes du culte chrétien ? Est-ce que saint Ferdinand, ses guerriers et ses moines ne trouvèrent pas la mosquée de Cordoue bonne à faire une église ? Ceux qui dénient tout sentiment moral à l'architecture des Arabes n'ont sans doute jamais pénétré dans ce temple admirable; ils eussent été frappés de stupeur, de respect, de piété même, devant tant de grandeur et tant de majesté. Qu'ils interrogent les croyants ascétiques, ceux qui font la retraite appelée Itikiaf, c'està-dire qui passent dix jours entiers dans la mosquée, où ils mangent et dorment, toujours en prière et en contemplation; et qu'ils leur demandent si les temples musulmans n'ont point de symbolique!
Musique. — L'anathème lancé par Mahomet sur la musique n'est pas moins formel que la proscription de la peinture et de la statuaire, ce Entendre la musique,
8S HISimiB nS ARABES
dit-il, 0 ert pécher contre la loi ; faire de la mudique, c'est pécher contre la religion ; y prendre plaisir, c'est se rendre coupable du crime d'infidélité. )» Toute musique était donc défendue aux Arabes, Tocale ou instrumentale, profane ou sacrée. On ne tolérait légalement que deux espèces de psalmodies, celle de Vezxann, ou appel du muezzin, aux cinq prières du jour, et le cantique telbiyé, que chantent les pèlerins de la Mekke pendant leurs processions autour de la Kaaba, au puits Zemzem, et entre les collines SafaetMerva ('). Cependant, soit parce que la défense de Mahomet n'est pas dans le Roran, mais seulement dans le Hadyz ( recueil des paroles du Prophète), soit parce qu'une loi contre nature ne peut jamais faire loi, et qu'on ne saurait retrancher par ordre, même par ordre du ciel, aucun instinct, aucune faculté de l'organisme humain, U est certain que les Arabes aimaient passionnément la musique, qu'ils l'écoutaient aussi fréquemment qu'avec plaisir, et qu'ils la cultivèrent eux-mêmes comme un art favori, comme un art national.
Leur histoire nous en offre mille preuves, sans sortir de l'Espagne. Al-Hakem T" (vers 816) étant tombé, comme un autre Saûl, dans une sombre démence mêlée d'intervalles lucides, demandait aussi & la musique l'adoucissement de ses maux, a Dans sa mélancolie, il composa quelques chansons, pleines d'expression et de vives images, qui se conservent encore, et Abès-ben-Nassyh, qui fui préfet des mu$ieiens au temps d'Abdérameson fils,
(1) On permettait aussi, et Ton permet encore dans tons les pays musulmans, certains cantiques que chante le mueziiin pendant les nuits du Rhamazann.
diantait à ce prince plusieurs belles poésies de son père... » (J. Coude, perte II, cap* 37.) Cet Abdérame II (de 830 à 850), qui avait an préfet des musicieiiB, attirail de loin les artistes c^èbres. « Le savant Yayah-al- Laïty rendit compte au khalyfe Abdérame du*mérite et de la célébrité qu'avait en Orient Âly-ben-Zériab, insigne musicien de l'Irak. Le khalyfe l'envoya chercher avec de grandes promesses et libéralités, et obtint qu'il vint en Espagne, où il le^ logea dans son Alcazar ; et ce savant instruisit à Cordoue plusieurs disciples, qui égalé* rent ensuite les plus fameux de l'Orient (J. Gonde, parte //, eap. 40) ('). » L'on a vu, dans le récit des événements, que, vers 950, Abdérame III soutint victorieusement une guerre navale contre le Soudan d'Egypte, pour punir celui-ci d'avoir fait capturer un navire an* dalous qui amenait au khalyfe des chanteuses d'Orient. Et voici, un peu plus tard (vers 1080), le portrait que tracent les historiens d'un fils de l'émyr Aben-Abéd II : « Il donna le gouvernement de Séville à son fils Obéïd- Allah-al-Raschyd , appelé le Rady, parce qu'il eut la charge de Kadhy-al-Eodhah dans le mesehouar de cette ville. Il était très4rudit, grand poète et grand musicien. Il jouait à merveille du luth [laud] et du mihazoTj et il chantait avec une voix charmante ses propres clftnsoos (J. Conde, parte 111, eap. 8). d
La preuve que les Arabes cultivaient la musique avec passion, et comme un art important , ne se trouve pas seulement dans les annales de leur histoire; elle est
(') Cet Aiy-èent-Zériab avait été l'élève d'Ishak^Moassoli, qui passe pour le pins grand musicien de la Syrie, et qui fit les délices de la cour de Bagdad sous Haroun-al-Rasehyd et son fils Al-Mamoun.
aussi dans les nombreux ouvrages qu ils ont écrits sur ce sujet, et dont quelques-uns sont arrivés jusqu'à nous. Lorsque le khalyfe Al-Hakem II reçut de Bagdad la collection des œuvres du célèbre Aboulfarage (Âly-ben-al- Hassan - ben- Mouhamad - Abou'l-Faradj - al - Isfahany) « il trouva, parmi plusieurs livres d'histoire et de littérature, le livre âe$ Cantique$^ ou anciennes chansons (Kitab-al' Aghâny) i « ouvrage de cinquante apnées , dit Gonde, qui renfermait une foule de chants divers, avec la musique et la manière de les chanter, i» Michel Casiri (^) a retrouvé, dans les manuscrits de la bibliothèque de l'Escorial, le premier volume du livre d' Aboulfarage. Ce volume, dont il traduit le titre par Grand remml de tom (Magna tonorum colketio), contient cent cinquante airs, ainsi que la biographie de quatorze musiciens célèbres, et de quatre chanteuses favorites des khalyfes. Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul traité sur la matière qui nous soit parvenu. Casiri cite encore, parmi les nombreux ouvrages du philosophe Al-Kendi (Abou-Youzef-ben-Ishak, de Kendah, qui vivait sous le khalyfe Al-Mamoun, dans le IX* siècle], jusqu'à six livres sur l'art de la musique. De muikeê componttone. De UmiSt De musicœ hiitoriâ e^us' ^ue êcriptoribuSf etc. Enfin la bibliothèque de l'Ëscorial possède un ouvrage encore plus important, le livre d'Al-Faraby (Abou-Nasser-ben-Mouhamad) , qui a pour titre Eléments de musique (Muskes elementa), et qui traite
(^] Syrien da Liban, moine maronite, né en 1710, mort en 1791, Miche! Casiri a passé sa vie dans le couvent de TEscorial pour mettre en ordre, déchiffrer et traduire les manuscrits arabes qui s'y trouvaient entassés pêlemêle depuis Philippe II. Ses précieui travaux sont recueillis, en deux volumes in-folio, sous le titre de BibUolheea aràlncihhispana'escwriaknm.
de la composition» du chant, des instruments» des accompagnements. On y trouve récriture musicale des Arabes, et les figures d'au moins trente instruments divers. Les extraits de ce livre donnés par Casiri prouvent d'une manière incontestable que les Arabes em« ployaient les mathématiques dans la composition musicale, et qu'ils connaissaient la science des accords. On y mentionne spécialement ceux de quarte, de quinte et d'octave. Mais il n'est point parlé de l'accord de septième, ni même, ce qui est étrange, de l' accord de tierce ; et Ton ne trouve, non plus, aucune trace de dièzes ou de bémols (^).
En France, Laborde et Villoteau, l'un dans son Essai sur la musique andenrw et moderne, l'autre dans la grande Description de r Egypte, ont donné quelques aperçus de la musique orientale. Hais en Allemagne, récemment, Kiesewetter a publié un ouvrage ex professo sur cette matière [die Musik der Araber, Leipzig^ 1842 ), et il m'était d'autant plus intéressant de le consulter que M. de Hammer y a mis une préface, doublant ainsi l'autorité du livre. Dans cette préface, le savant orientaliste établit que la musique était cultivée, comme science, en Arabie, avant la venue de Mahomet, et que, pour la mettre en rapport avec les quatre éléments, les quatre &ges, les quatre saisons, les quatre tempéraments, etc., les Arabes l'avaient établie sur la base du nombre quatre, de façon que la quarte, et non la quinte comme dans la musique moderne ( ce qui revient d'ailleurs au même ) , était la note et l' accord dominants.
(<) Voir la grande note au chap. XI de Juan Ândres, tom II, page 50 de Véditîon espagnole.
Après une introduction qui contient l*Hi$toin de la musique arabes d'après deux auteurs originaux» Abd-al- Moumyn et Abd*al-Eader, que n'a point cités Casiri, Riesewetter divise son ouvrage en huit chapitres : la gamme, les rapports des tons, les rhythmes, les instruments de musique,' la notation musicale, etc. Il nie absolument que les Arabes, comme on Ta supposé, aient pris aux anciens Grecs Tart de la musique. Les Perses auraient été plutôt leurs premiers maîtres dans la théorie musicale ; mais il est certain que, dès le troisième siècle de l'hégire, les Arabes avaient une théorie propre. Ils plaçaient deux intervalles d'un ton à l'autre, tandis que nous n'en plaçons qu'un; c'est*à-dire qu'Us procédaient par tiers de ton, et non par demi-ton, divisant ainsi la gamme diatonique, d'une octave & l'autre, en dix*sept intervalles, au lieu de douze que nous comptons à présent. Sur ce point curieux ( que de savants théoriciens refusent d'admettre comme impossible et contraire aux lois physiques des sons), et sur les autres que n'embrasse pas mon sujet, je ne puis que renvoyer au livre de Kiesewetter (*).
ArU indmtriels. — Pour démontrer que les Arabes excellèrent dans tous les arts de Tindustrie, il suffira de rappeler quelle renommée ils eurent chez toutes les nation^ du monde pour ces trois principaux produits de leurs fabriques, les tissus, les cuirs et les armes.
Pendant tout le moyen âge, il n'y eut pas d'objet de luxe plus recherché, plus envié que les étoffes de l'O-
it) On peut consulter aussi no article da recueil Ccsc^ia, par M. Dehn, cahier 85, année 1843.
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rient ou de l'Espagne, les tapis de Perse» les lainages de Cachemire « les soieries de Bagdad , de Valence et de Grenade. Il faut que leur célébrité ait été fort ancienne et se soit étendue fort loin , puisque , dans le vieux poôme allemand des Niebelungen^ il est souvent fait mention des riches et précieuses étoffes de 1* Arabie. Ces $châh que la mode a récemment adoptés pour la par are de nos dames, faisaient, de temps immémorial, chez les musulmans, partie du vêtement des hommes. Les plus courts , appelés $chedd , se roulaient autour de la tête, en forme de turbans, et autour du cou, comme des cravates; les plus longs, appelés $chù$eh par les Arabes, et tehâl par les Persaos, se roulaient autour des reins, en forme de ceintures ; et de ces ceintures, facilement détachées. L'on se couvrait la tète, par le mauvais temps, comme d'une tonte mobile, comme d'un parapluie. Les Arabes tissaient la laine, le lin, la soie, le coton, le poil de chèvre et de chameau ; ils tissaient jusqu'aux métaux précieux, l'or et l'aigent, dont ils entremêlaient les fils déliés avec la laine et la soie , pour la fabrication de ces splendides étoffes appelés brocarU^ dont ils eurent longtemps le monopole. On voit, par exemple, qu'à la conclusion d'un traité de paix en 1333 , entre le roi de Castille Alphonse XI, et le roi de Grenade Mouhamad lY, celui-ci fit présent à l'autre « de plusieurs pièces d'étoffes en or et soie, de celles qui se fabriquaient à Grenade (muehos paSo$ de oro y $eda, de los que $elabramn en Gremda. Cron. del rey Al. XI). y> Chez les Arabes, le prince régnant avait le droit particulier de faire, pour ainsi dire, graver son nom en fils de métal dans le tissu de ses vêtements ; et ce droit, appelé tiraz^
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était Tun des trois privilèges de la souveraineté, que le khalyfe ne partageait avec personne » pas pins que le droit de frapper la monnaie» et celui d'être nommé dans la khoUnUi^ ou prière publique du jour saint.
Chez un peuple de nomades, comme les anciens Arabes, qui faisaient une grande partie de leurs meubles, de leurs ustensiles, et jusquà leurs tentes, avec les peaux des animaux réduits par eux en domesticité, le chameau, le cheval, le bœuf, le mouton. Ton comprend que la préparation des cuirs ait été Tune des principales industries, et des plus estimées» Ainsi, le khalyfe Omar, qui avait été corroyeur avant la prédiea« tion de Mahomet, continua, sur le trône, l'exercice de son ancien métier, où les Arabes atteignirent le plus haut degré de. perfection. Nous donnons en France le nom de maroquin au cuir finement préparé, parce que cette branche de l'industrie des Arabes d'Espagne fut recueillie, après leur destruction, par les Almoravides de Maroc, qui devinrent les pourvoyeurs de l'Europe entière. Mais le même cuir s'appelle toujours en Espagne cordovan, parce que c'était Gordoue qui avait possédé, avant Maroc, les grandes fabriques de cuir fin ; et, dans le moyep âge, les Français aussi le nommaient eordouany d'où s'est formé le mot de eùrd4manier^ devenu, par corruption et fausse étymologie, celui de cordonnier. Le nom espagnol du soulier, zapato^ celui du cordonnier, zapatero , le mot équivalent de sabattié dans les patois du midi, enfin le mot de savate ^ viennent tous de l'arabe zabt, ou zabat^ cuir de chaussure. Ce sont les Arabes, en tous cas, comme ces noms le prouvent assez, qui ont appris & l'Europe les perfectionne-
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mentsde fart du tanneur, du corroyeuret du mégissier* 11b lui ont appris également Tart du fourbiaseur , du fabricant d'armes et d'armures. Bien avant que Milan se fftt rendue célèbre par la ciselure des boucliers et des cuirasses, les Arabes de Syrie et d'Espagne fabriquaient pour leurs cavaliers ces fines cottes de mailles, dont le léger tissu d'acier n'était pas moins impénétrable au fer des lances et des épées que les lourdes armures de la chevalerie chrétienne. Quant aux armes offensives, est-il besoin de rappeler la juste renommée dont jouissaient les lames de Damas, de Cordoue et de Tolède? Elles avaient tant de formes et de noms qu'un auteur arabe, Mohammed-al-Hérawy, a fait un livre sur les Nim» de tEpée (Eima al Soif). C'étaient habituellement des épées et des lances que les khalyfes donnaient en présenta aux princes étrangers, comme les rois de l'Europe ont donné depuis des mousquete et dés canons aux souverains de l'Asie et de l'Afrique. L'histoire des Arabes d'Espagne offre de cet usage un exemple fameux, lorsqu'on 8S3 et 839, le khalyfe Abdérame II reçut les ambassades des empereurs grecs Michel le Bègue et Théophile, et qu'il répondit aux présents de Byzance par les présente de Cordoue. A la reprise de Tolède sous Alphonse YI, en 1085 , les chrétiens héritèrent des manufactures d'armes établies dans cette ville par les Arabes , et ce fut Tolède désormais qui fournit l'Europe d'armes de luie. Mais c'étaient les descendants des Arabes demeurés à Tolède qui conservaient seuls, parmi les chrétiens, le secret et la tradition de l'ancienne fabrique. Ce célèbre Antonio, dont parle le vieux roman de LazarilU) de Termes (cap. 4), était un Morisque; et les fameuses
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d^ aupaii chim {E$fa4as dd Perret qu'on appelait «insi à eaoïie de leur maïque particulière), dont Cervantes fait mention dam le Dan Qiêi^otU [parte Ih ^- 1?)* étaimt au^gi fabriquée» pur un Morisque de Tolède, Julian» »urnonimé M Rey. Celui*là était surtout renommé pour la fabHcation des daguea, dec» épées lai^^ et Qourtes. Dans 8j3n livre intitulé PUua uniwrml ds eiendoê y arte$, publié en 1617, Crtstotal de Figueroa mentionne, outre Antonio et Julian dd Rêy, aeiae autres armuriers célèbres, tous de Tolède, Guallar, Sahagun et ses trois fils, eto.; et Ton conserve encore, dans les arohives de la municipalité de cette ville, les marques ou empreinte^ (wim) de quatr^vingt4ii*neu( fabricants d'armes. Ce ncnnbre est remarquable, oai' il était cabalistique chea les sectateurs de Vislam ; c'était le nombre des attributs de Dieu, des surnoms de Mahomet, et, pat suite, des grains du chapelet musulman. Il est certain qu'après l'expulsion totale des Aforisquea, en 1614, les manufactures de Tolède perdirent prompte* ment leur vieille supériorité , et ne fabriquèrent plus qUe les armes communes. Si Y on veut retrouver la trempe des Arabes, cette trempe perdue pour nous de* puis plus de deux siècles , si Ton veut retrouver aussi leur manière de préparer le cuir, de le retidre à la fois trè&-mince et trè^'fort, à ce point qu'une simple lanière puisse être un trait de voiture, il faut aller chez la plus belle et la plus vigoureuse des races musulmanes, les Têherkmes ou Circassiens du Gajioase. Ce sont eux qui ont recueilli cette part dé l'héritage des Arabes .