‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 2)Chapitre 16 sur 38 · SCIENCES · texte numérisé non relu

SCIENCES

igmtittur^. -^IL'agrÎGultwremériteU 1^ nom de scienoo chez les Arabes, quand elle ii' était gaère qu'un labeur dans le reste du monde. De ses règlea prinoipaleB, de ses préceptes consacrés par T expérience, ils avaient formé un code de tagrieuUure. lA>in de l'abandonner & des mains ignorantes et routinières, les nobles arabes» comme on l'a vu principalement sous le règne d'Aï- Hakem II, dirigeaient eux^-mémes la culture des terres. Les khalyfes donnaient l'exemple, travaillant aussi de leurs mains, sinon à la charrue, du moins avec la siçrpe et dans leurs jardins. Ce furent les Arabes qui introduisirent en Espagne la culture du riz et du safran, celle du mûrier, en y établissant des manufactures de soie» celle de la canne à sucre [soukkar), qui ne fut abandonnée qu'après l'expulsion des Morisques (^), oelle enfin du gingembre, de la myrrhe, du bananier, du sébestier, du dattier, dont il ne reste aucune trace. Ils y construisi- ' rent des siloi ou greniers souterrains, des azequioi (alssakyah), naviles, ou canaux artificiels d'irrigation, des norias (naa'ourah], roues à godets, ou machines pour rassembler, puiser et répandre l'eau (^). Les provinces de

(1) Voir au chapitre VII dn volume précédent, page 39S, Les noms espagnols d'un grand nombre de fruits, d'arbres, de fleurs, de plantes médicinales, YÎennent de l'arabe, et montrent ainsi par qui ils furent introduits en £^Nigne : A^baricoqm, abricot, aUachofa, artichaut, olfm^ siga, pistache, akmê$i «liaîer, u^gmrrobo, carrouhter, «Igodon^ coton, alhéU, gin^ée, ajfwma, lis, élbàkacat basilic, IkiiKUm, plantain, etc. Le mot même de village, oMaa, est arabe. Il signifiait métairie, maison de culture. (^) Dans leur pays sec et brûlant, néeemU VingMem^f comme dit Lafon-

9t HISTOIRE DES ARABES

Valence et de Grenade (la première surtout parce que les Morisques y ont séjourné [plus longtemps], où se conservent quelques traditions de la culture arabe, offrent encore le modèle achevé d'un système d'arrosement auquel la huerta de Valence et la vega de Grenade doivent leur admirable fertilité. Don José-Antonio Banqueri a traduit naguère, sur le manuscrit conservé à la bibliothèque de l'Escorial, un grand Traité d agriculture (^}, composé par Abou-Zakariah-al-Âwam , de Séville, qui prouve à quelle hauteur de vues, à quelle perfection de procédés et de pratique, s'était élevée, dans l'Espagne musulmane, cette science nourricière des Etats. Divisé en trente-quatre chapitres, l'ouvrage d'Al-Awam, qui s'appuie sur une foule d'autres auteurs, traite de la connaissance des terres, des engrais, des irrigations, des labours, des semailles, des moissons, du bétail, des jar-

taine, dut «j^ren^ de bonne heure aux Arabes les ayantages et les procé-> dés de l'irrigation. Hérodote raconte ainsi les secours qu'ils donnèrent à Gambyse, lorsque l'armée des Perses traversait le désert de Syrie pour se rendre en Egypte : « Un grand fleuve est en Arabie, nommé Gorys, lequel donne dans la mer qu'on appelle Erythrée. De ce fleuve donc, on prétend que le roi des Arabes, par un tuyau qu'il fit de peaux de bœufs crues et autres, cousues ensemble, de longueur à venir jusque dans le désert, conduisit l'eau ; que dans le désert il fit creuser de grands réservoirs pour recevoir et garder l'eau conduite de la sorte, en trois différents endroits, par trois tuyaux, n y a du désert au fleuve douze journées de chemin. » (Hérod. livre III , trad. de P. L. Gourrier.)

Ge sont les Arabes qui ont construit le grand aqueduc de Garmona, qui amène l'eau à Séville de quatre lieues , et l'on peut voir encore à Grenade quels ingénieux moyens ils avaient mis en pratique pour arroser sans travail, au sommet d'une montagne, les vastes jardins de TAlhamrâ, de manière que l'eau f&t d'autant plus abondante que le temps était plus sec et plus chaud. (Voir l'article Alhamrd, au second volume des Mwéesd^ Europe. )

(*) Tratadode agrieultwra, Madrid, I80S.

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diDSt des arbres, de la greffe, des maladies des plantes et de leurs remèdes, etc. Cest dans un tel livre que se trouve le secret et la preuve de l'immense population agglomérée sous le sceptre des khalyfes, dans des lieux à demi déserts aujourd'hui. « Celui qui plante, dit-il, celui qui sème^et qui fait produire & la terre des aliments propres à l'homme et aux animaux, fait un» aumône dont il lui sera tenu compte dans le cid. »

Médecine. — Mahomet n'avait ni foi ni confiance en la médecine, ce II n'en est pas de meilleure, disait-il, qu'une vie sobre et tempérante (^). » Cependant, lorsque la médecine, ignorée depuis le Romain Celse et le Grec Galien, remplacée par la magie, les évocations, les exorcismes, renaquit de la philosophie, ce fut parmi les Arabes, qui ne séparaient point ces deux sciences. La réputation de leurs médecins était si grande, même chez les chrétiens, qu'on vit un roi des Asturies, Sancho V venir à Cordoue (en 958), chercher la guérison d'une hydropisie dont il était affecté. Au reste, pour être à la fois court et clair sur ce sujet, bornons-nous à rappeler le nom et les œuvres des principaux médecins arabes qui ont étendu, comme Bippocrate et les Asclépiades, leur influence jusqu'à nous.

C est d'abord, ensuivant l'ordre chronologique, Razy^

(i) Saadi raconte, dans son Gulistan [Jardin des Roses) qu'un prince per* San ayant envoyé au Prophète un médecin fameux, Mahomet ne voulut point recourir à son expérience ; et comme au bout de quelques années, le médecin lui faisait des remontrances, il se contenta de répondre : « Notre régime est de ne manger que lorsque notre estomac pousse des cris déchirants. » A ces mots, le médecin reprit : « Je comprends maintenant que vous ayez si peu besoin de moi. )» Et s'étant prosterné la face contre terre, il s'en retourna dans son pays. (Reinaad, Mwmments arcAes, etc.)

OU Rhasès (Aboa^Bekr-ben-JEakariah^al-Raey), dd KJbo- Tftcan, mort yers 923* auteur du HaU (le ContinerU)^ ou pandectea de la médecibe^ ouvrage terminé et poblié après sa mort» ^ d*uii célèbre Traité de la petite vérole et de la raugeolet traduit dans toutes les langues du monde^ «^ et des Dix Iwres à Al'-Manmùr {% qui renferment,, dans un ordresparfait, Tensanble de la doctrine médieale des Arabes à son époque. C'est ensuite Avioenne (Abou-Alyal^Hosayn-Aben-Synà), né dans un faubourg de Ghiraz, en 980i mort en 1037. Cet imâm, ou prince de la médecinOi comme il fut nommé, trouva le moyen, dans une vie pleine d'aventures romanesques, d'écrire une foule d'importants ouvrages : d'abord ses célèbres Canom (Kanoun /îl ihebb, règles, lois de la médecine), traduits en latin par Gérard de Crémone, dès le xii"" siècle, puis dans toutes les langues du monde, et qui ont été, pendant six cents ans, le code universel de la médecine, en Asie, en Afrique et en Europe ; puis un Traité dakhimie, un Traité de métofhynque (KitaJhal'-SehéfaKji un TraUé de philoiophie (Ad(njiydi''Fela9yfêh), etc. Razy et Avicenne étaient Arabes-Syriens. Yoici maintenant des Arabes- E^agnols : Albucasis (Abou-al-Kâsem-Khalaf-ben-Abâs), né à Médynat-al-Zohrah, mort à Cordoue^ en 1106, dont le livre intitulé Al-Takryf, Méthode de guérir, est proprement un traité de chirurgie, et Averrhoès (Abou-al- Oualyd-Mohamraed-Aben-Roschd), né à Cordoue, mort à Maroc, en 1198, dont le grand ouvrage en sept livres, appelé l[alit/9e{, est, au contraire « plus spéculatif que pratique.

(1) Cet Al-Mansoùr éuit an gonvemeur da Khoraçan pour les Sunanides.

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AU iwte» si l'on veat jager, sur de plas amples détails, comment la médecine fat cultivée chez les Arabes» on peut consulter la vaste Hiêtoire âe$ médeùim d' Abou- Osaïbah (Abou'l-Abbas-Mouaffek'-Eddyn-Ahmed), méde^ cin lui-même, mort en lSft9. Ce livre est divisé en quinze chapitres, répartis de la manière suivante : l"" De r origine de la médecine. 2* Des premiers Aédecins. 3!" Des médecins après Esculape, i"" De l'école d'Hippo* crate. &" De l'école de Galien. &" De l'école d'Alexandrie avant Mahomet. V Des médecins arabes des premiers temps de l'hégyre. 8* Des médecins syriens sous les Abbassydes. 9* De ceux qui traduisirent les livres gi^ecs en arabe — 10^ et suivants, des médecins de l'Irak, de la Chaldee, de la Perse, des Indes, de l'Afrique, de l'Es* pagne, de l'Egypte, de la Syrie (*).

Chirurgie. «~ Le préjugé religieux qui défend aux musulmans l'autopsie des corps humains, rendant impossibles les études anatomiques, devait être un obstacle presque insurmontable aux progrès de la chirurgie. Cependant, il est avéré que cette science fut cultivée chez les Arabes avec autant de succès que chez aucun peuple de l'antiquité; et, de nos jours encore, on cherche dans leurs ouvrages des leçons ou des découvertes. Razy avait inventé le selon, avait disséqué et décrit le larynx; Albucasis avait dessiné une foule d' instruments employés

(^) On peut consalter amei les onvnges da savant professeur J. J. Reiské, entre antres Mûcdkmeœ obsirvalionet medieœex Ârahwn mommenUs, et OpUi" eula meâica w momtmefilti Aruimm, où il mentionne tons les mMeeins cités dans la biographie d'AboQ4)saîbah ; enfin, parmi les onvrages pins modernes, VEiiUÀTt de lamidecme, par Sprengel, traduite de l'allemand par M. Jonrdan, VEixUÂre de la médecine, par le docteur P. V. Renouard, etc.

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dans les opérations chirui^cales ; et, pour ne citer qu' un exemple récent, la première idée, le premier procédé de la lithotritie, viennent d'être empruntés au Takryf de ce même Albucasis que Haller, le savant universel, appelait <i la source commune où puisèrent tous les chirurgiens postérieurs au xiv* siècle (^). »

Si les arabes avaient porté si loin la science de guérir, ce n'était pas seulement par les fiicultés de réflexion, d'analyse, d'expérience, propres k une nation studieuse et savante ; c'était encore en aidant la médecine des sciences naturelles qui lui fournissent ses moyens d'opérer : Botanique — d'abord la botaniqw, dont l'étude et la connaissance étaient chez eux tout à fait populaires ; Chimie — puis la chimie, inconnue en quelque sorte de l'antiquité, et dont ils nous ont donné les premiers élé* ments. On la nomma d'abord alchimie^ (de al-kymia) mot heureux, en ce qu'il montre la science arabe sortant de la science grecque. Le plus nécessaire de ses instruments opératoires, l'alambic, et plusieurs de ses produits principaux, les alkalis, l'alkohol, l'alkermès, etc., font assez connaître leur origine par les noms qu ils portent encore. C'est l'application de la botanique et de la chimie à la

(1) « C<mmtmg quasi fons sit, ex quo recentiores secuU imprmis xiv chi^ ururgi hauserurU.»

Voici comment la tradactîon latine fait parler Albucasis : « Acdpiatur ingtrumevUum quod nommant mosiubaiuebilia , et suamter introdueatur in virgam, et volve lapidem in medio vesieœ, et H fuerit moUis frangitur et egit, » [Liber theo, et pract,) Le texte arabe donnela figure de rinstrament, dont l'usage est plus longuement et plus clairement décrit dans la traduction anglaise du docteur Channing (Oxford, i77S). *- Voir aussi, sur ce point> le Journal deê Progrès des sciences médicales, vol. 2, et la lettre do docteur Civiale à M. le cheTaUer de Kern, page 2.

médecme qai a fait naître la pharmacie » science moderne aussi, dont l'Arabe Aben-Zohar passe pour Tûn des premiers fondateurs. •

Pharmacie. — Cet Aben-Zohar (Abou-Mérouàn-ben- Abd-al-Melk-ben-Zohr) , mort très-vieux à Séville, en 126 1 , qui fut médecin de rAlmoravide Youzef-ben-Taschfyn, et maître d' Averrhoès, est auteur du livre intitulé Tekyr qu'on a traduit par Rectifkatio medicationis. A la même époque vivait le célèbre botaniste Aben-Bitar (Abd-AUah-ben- Ahmed-al-Béïthar, ou fils d'Ahmed le Vétérinaire), né près de Malaga, et mort en 1248. Son Beeueil des médieamenU simples, [Djamé Aladouiat Almofrédat), qu*on appelle communément Kitab Almofrédat (Livre des simples], passe pour un excellent ouvrage, plus méthodique, plus complet, mieux appuyé sur l expérience et l'observation que ceux de Dioscoride, de Galien et d'Oribase. C'est l'avis de Miguel Casiri, qui a traduit dans sa Bibliot. Hisp. Arab. £sc., la belle préface d'Aben-al-Beïthar; et aussi de Juan Andrès, qui rapporte les études et les voyages faits par ce savant médecin, en Europe, en Afrique, en Asie, pour tout apprendre ou tout vérifier par lui-même. Avant ces deux célèbres Andalous, Aben-Zohr et Abenal-Béïthar, Razy avait introduit ï usage des minoratifs ou purgatifs doux, laçasse, le séné, le tamarin. Successivement, les médecins arabes se signalèrent par l'invention de sirops, d'esprits^ d'eaux distillées, d'emplâtres, de pommades et d'onguents. Ces connaissances médicales des Arabes se transmirent aux Mores, et jusqu'aux descendants de ceux-ci, faits chrétiens. L'un des historiens de l'expulsion des Morisques dit, en peignant les mœurs de ce peuple déchu : « Les Morisques se traitent eux-

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mêmes dans tears maladies, et n'appellent jamais de médeeîm; aassi vivent-ils quatre-vingts et cent ans. Leurs chirurgiens opèrent., avec des onguents, des cures merveilleuses. » (4znar, Espubion de los Momeos, parte H.) Le persécuteur des Morisques, le cardinal Ximenez de Gisneros, âgé déjà de soixante-quatre ans, miné par une maladie lente, abandonné des médecins chrétiens, se remit aux mains d'une vieille femme more, qui le guérit complètement et lui donna dix-sept ans de vie. Philippe III aussi, dans sa jeunesse, fut guéri par un Horisque appelé Pachet. (M. de Gircourt, Histoire des Ifor^ mu- Â^ares, t. II, p. 79, et t. III, p. 162.)

Histoire naturelle. — En général, toutes les branches de l'histoire naturelle étaient également cultivées par les Arabes, qui, fervents disciples d'Aristote et continuateurs de ses œuvres, nous ont laissé de nombreux traités sur les animaux, les plantes, les métaux, les pierres précieuses, les fossiles, etc. Le plus important de ceux qui nous restent est le livre d'Al-Razwiny (Zakariah-]3en-Mohammed-ben- Mahmoud, de Kazwin, ou Gasbin, mort en 1283), qu'on a surnommé le Pline des Orientaux. Ge livre d'Al-Kazwiny, intitulé Adjaib-al-Makloucât wa Gharaïb-aUMawdât^ renferme deux parties distinctes, dont la première traite de r astronomie, tandis qiie la seconde, beaucoup plus intéressante, et consacrée à ce que Tauteur nomme les Etres inférieurs (Olsa-felyât), donne une description des Trois Règnes de la nature. M. de Ghézy en a traduit plusieurs chapitres, que M. Silvestre de Sacy a recueillis et annotés dans sa Chrestomathie arabe (tome III) . On verra, en les consultant, que Kazwiny n'a point usurpé son beau surn'om, car il a su, à la manière des grands pein-

très de la nature, Aristote, Pline, Buffon, €avier, réunir le style k la scienee, et parer des sujets sérieux d'une forme attrayante.

Parmi les naturalistes andalous, il faut remarquer et citer Issa-ben-AIy-al-Sadita, surnommé A14îarnathy ou le Grenadin, qui, dans le xiy* siècle , a écrit un grand Traité de la eftoMe, en près de trois cent cinquante chapitres, où se trouve l'histoire naturelle de tous les animaux qui servent comme auxiliaires ou comme but de la chasse : d'une part, les chiens, les chevaux, les oiseaux de fauconnerie ; de l'autre, toutes les races diverses de gibier. Gasiri parle avec éloge de ce livre curieux, qae, malheureusement, ni lui ni d'autres n'ont traduit.

Malhématiqms. — Les Arabes connurent toute la science d'Ëucltde (^). Mais aux mathématiques des Grecs ils ajoutèrent des parties entièrement neuves, telles que l'arithmétique moderne [F Im-al-Hkésâb) , dont les opérations n'étaient point possibles avec les chiffres appelés latins, et l'algèbre [Al'Dj^-ùuoraUMokeMlah) dont le nom dit assez l'origine (^) .

(1) Qu'ils somment OUyd« ot de qui d'HesMol; dte josqu'A seize traducteurs.

(^) (( Gebr, c'est de ce mot joint avec l'article que nous avons fait algèbre, « qui est arabe tout pur, et qui signifie proprement la réduction des nom- « bres rompus A un nombre entier. Cependant les Arabes ne se servent ja- « mais de ce mot seul pour âgnifier ce que nous entendons par algèbre, (( mais ils y joignent toujours celui de mocàbelah, qui signifie opposition et « comparaison. Ainsi cUgehr u almocàbelah, que les Arabes rangent dans les « règles d'Elm-alrHessâb, c'est-à-dire de l'arithmétique, est proprement <( chez eux ce que nous appelons algèbre. Il ne faut donc pas croire que cette (( science tire son nom du philosophe et mathématicien nommé Geber, que les « Arabes appellent Djàber, ni moins encore confondre le mot gebr avec celui « de gefr (nom d'un livre cabalistique.) » (D'Herbelot, Bibliot. orientale,)

Astronomie. — Us connurent aussi la science d'Hipparque et de Ptolémée, et ne rétendirent pas moins que celle d'Euclide. Avec leur goût du recueillement et de la méditation, leur esprit porté aux découvertes et aux aventures, il n'est pas étonnant que les Arabes aient cultivé ï astronomie 9 dont on place T antique berceau chez les Ghaldéens, leurs voisins. Hais de cette astronomie rustique qu'ils pratiquaient de temps immémorial, les Arabes, s' aidant des mathématiques dans leurs observations, avaient fait une science nationale, dont, seuls , ils entretinrent le feu sacré entre la chute de l'empire romain et la renaissance.

On peut voir, dans V Histoire de l'Astronomie au moyen âge, par Delambre, quels progrès firent les Arabes sur les Grecs dans la trigonométrie, l'analemme et la gnomonique. <( Le nombre des observateurs, dit Delambre, fut plus considérable chez les Arabes que chez les Grecs; ils eurent de meilleurs instruments... Les Arabes appliquèrent leur trigonométrie aux problèmes célestes. lis paraissent les premiers auteurs des différents systèmes sur la division du ciel... Ils donnèrent une forme plus régulière et plus géométrique à la doctrine des directions et des profections, si même ils n'en sont les véritables inventeurs (']. )> En rappelant que le résumé vulgaire de la science des cieux, mis à la portée et à l'usage de tous, se nomme encore Al-Manak, il suffira de citer quelques noms et quelques œuvres parmi les astronomes arabes :

(i) Delambre a donné d'assez longs détails sur les travaux des astronomes qu'il appelle Albategnius, Alfragan, Thébilh, Ibn-Jonis, Aboul-Wefa, Alpétrage, Arzachel, Geber, Aboul-Hassan ; puis sur Alphonse X, Sacrobosco, llegiomontanus et les autres disciples des Arabes jusqu'à Viète.

Âlfergan (Ahmed-ben-Kossayr-al-Fergany), qui vivait sous le khalyfe Âl-Mamoun, mort en 833. On le surnomma Al'Hacyb, ou le Calculateur. Son Introduction à t astronomie est un abrégé de T^lIma^e^fedePtolémée, ou plutôt de toute l'astronomie grecque, qu'il répandit ainsi et naturalisa parmi ses compatriotes. — Abou- Mansoûp (Yahyah-ben-Aly), né en 855, surnommé AU Mounédjem ou Y Astronome. C'est lui qui fut placé par les successeurs d'Al-Mamoun à la tête des savants réunis h Damas et à Bagdad. Il passe pour l'auteur de la Zidgé ou Table vérifiée, qui fut rectifiée , dans le siècle suivant, par Aboul - Wafia (Mohammed - ben - Yahyah - Abou'l- Ouaffa-al-Mouzdjany). — Albategnius (Mohammed-ben- Djaber-al-Batany),*né en 877, mort en 929. Sa fameuse Table Sabéenne [Ziâgé-Saiby] a été traduite sous le titre de Scientia stellarum ; on y trouve la première notion des tangentes et des sinus. Al-Batany avait reconnu, par l'observation d'une équinoxe, que Tannée de trois cent soixante-cinq jours était trop courte; il mesura l'obliquité de l'écliptique, et découvrit le mouvement de l'apogée du soleil. Cette découverte a le plus illustré son nom. « Elle a marqué, dit Bailly, les travaux des Arabes. C'est une pierre qu'ils ont mise à la construction de l'édifice du monde; elle y est restée pour leur gloire, et pour celle d' Albategnius... le plus grand astronome' qui ait paru sur la terre depuis Ptolémée. » Lalande aussi le place parmi les vingt plus célèbres astronomes qui aient vécu jusqu'à nous. <c Albategni, dit Delambre, rendit à la trigonométrie le service le plus signalé en substituant les sinus aux cordes... Il emploie les sinus verses, qu'il a le premier introduits dans la

lOt HISTOIRE DES ARABES

pratique de la trigonométrie sphériqne. » — Abou- Ryhan (Hohammed-ben-Âhmed-al-Byrouny), mort en 941, surnommé Al-Mohakak, ou le Très-Sttbtil, auteur d'uûe Table astronomique, d'une Géographie, etc. — Al- Soufy, du Khoraçan, mort en 986, qui a laissé, outre sa Table, un Catalogue des étoiles fixes et un Traité sur la projection des rayons. — Ibn-Jonis (Aly-ben-Abd-al-Rhaœan- Ebn-Younis) , né en 979, mort en 1008. Le résumé de ses travaux se nomme Zidgé'Ibn-Younis ou Zidgé-Eakémy^ Table hakémite. Cest, de toutes les Tables arabes, la plus complète et la plus célèbre. Ibn-Younis était aussi poète et musicien. — Al-Hacen (Abou-Aly-al-Hassan), mort au Caire, en 1038. Il est très-connu par son fameux Traité d optique^ traduit sous le titre Alhaken optieœ thésaurus, et par son Traité des crépuscules (Uber de crepusculis et nubium ascensionibus). Il a prouyé, par les pbénomènesde la réfraction, que l'espace au delà de l'atmosphère, Yéther, qu'il nommait la substance du ciel, est composé d'une matière plus rare que l'air respirable. — Abou-Raghel (Aly), qui vivait à Cordoue dans le xi** siècle, est l'auteur du livre traduit sous le titre De judiciis seu fatis stellarum, qu'on regarde comme l'origine d'une science vaine qui se propagea vite parmi les crédules esprits du moyen âge, et dura plus que lui, l'astrologie judiciaire. Le dernier terme de cette science, parmi les Arabes, est le livre d' Al-Bouni (né au xiii* siècle à Bouna, aujourd'hui Bône, l'ancienne Hippone), et qui a pour titre Soleil des connaissances. « Il passe, dit M. Reinaud (it/onwmento arabes, etc.), pour renfermer les secrets les plus surprenants, et les musulmans ne le lisent, comme le Roran, qu'en état de pureté. »

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