‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 2)Chapitre 8 sur 38 · TH · texte numérisé non relu

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aujourd'hui que la moitié des champs reste inculte. Les longues guerres civiles qui accompagnèrent la chute des Omméyades et le démembrement du khalyfat, puis la double conquête des Almoravides et des Almohades d'Afrique, enfin toutes les désastreuses circonstances de la destruction de l'empire arabe par les Mores, diminuèrent sensiblement la population mélangée sur laquelle avaient régné les khalyfes. Vint ensuite la reprise du pays par les Espagnols, depuis Pelage réfugié dans un coin des Asturies, jusqu'aux rois catholiques faisant capituler Grenade. Cette conquête successive ne ressembla nullement à la rapide conquête des Arabes. Elle dura huit siècles ; elle coûta trois mille sept cents combats ; et les chrétiens, moins tolérants et plus féroces, exterminèrent devant eux toutes les races infidèles. Ainsi furent prises, Tolède, par Alphonse VI (1085); Valence, par Jacques I" d'Aragon (1238); Cordoue et Séville, par saint Ferdinand (1236 et 1248). Les dévastations furent telles qu'à cette dernière époque, par exemple, il fallait nourrir les troupes laissées en Andalousie avec des vivres envoyés de Castille, et qu'on ne repeuplait les villes et les campagnes conquises, qu'en offrant de grands avantages à de nouveaux habitants. Ce fut l'origine de la plupart des fueros (privilèges et franchises) des communes espagnoles. Lorsque enfin la conquête s'étendit jusqu'au royaume de Grenade, lorsque la bannière de Castille et d'Aragon fut plantée sur les tours de l'Alhamrâ, une grande partie des trois millions de Mores entassés dans ce dernier asile passèrent en Afrique avec leurs derniers rois, le Zagal et le Zaquir, en vertu de la capitulation. Ceux qui restèrent,

qu'on fit de force chrétiens, et qu'on nomma Moriscos, furent, comme on l'a vu, dispersés à travers la Péninsule, après quelques révoltes étouffées dans le sang. Mais toute la puissance du gouvernement royal et tous les supplices de l'inquisition n'ayant pu les enchaîner complètement au christianisme, un décret de Phi- • lippe III (1610), exécuté avec une incroyable rigueur, les bannit en masse de l'Espagne , dont ils étaient sans contredit la plus laborieuse et la plus industrieuse population. Précédemment (1493), un décret des rois catholiques en avait chassé tous les juifs. Il ne resta plus que les vieux chrétiens (*) .

(*) Pour donner plus d'intérêt à cette histoire de la population comparée de l'Espagne, je crois devoir la continuer jusqu'à nos jours.

Ces émigrations entières de nations ne sont pas la principale cause du dépeuplement de la Péninsule. L'année même ot^ tombait Grenade (1 402) , Christophe Colomb découvrait un nouveau monde, et Vasco de Gama, bientôt après (1497), pénétrait aux Indes orientales en doublant le cap des Tempêtes, devenu le cap de Bonne-Espérance. A la nouvelle de leur succès, ce fat un délire universel. D'abord, quelques aventuriers conduits par les Cabrai, les Balboa, les Cortez, les Kzarro, s'ouvrirent un passage avec le fer et la flamme dans ce monde inconnu auquel le conteur Amérigo Vespucci donna son nom ; puis des peuples entiers d'émigrants y pénétrèrent sur leurs traces. Pendant de longues années , les flottes d'Espagne et de Portugal portèrent sans cesse de nouveaux habitants à ces nouvelles contrées. En effet, après l'extermination des races indigènes, il fallait bien, pour utiliser ces conquêtes, que la métropole s'épuisât en colonies. Non cependant que les Espagnols et les Portugais allassent aux Indes travailler de leurs mains ; l'honneur de la peau blanche ne pouvait le permettre, et l'on tirait d'Afrique des bêtes de somme à formes humaines. Mais ils allaient honorablement s'enrichir de dépouilles, et rapportaient à leurs compatriotes, déjà tout disposés à cette vie de paresse entreprenante, le goût des fortunes lointaines et rapides. L'Espagne acheta l'or de l'Amérique au prix de son industrie, de son agriculture, de sa population.

Voilà sans doute la cause principale de la misère et du dépeuplement dont

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