ARMÉE ET MARINE
Am^/ée. — Les Arabes, non plus qu'aucune puissance à cette époque, n'avaient point d'armée permanente. Les seuls corps qui restassent toujours sous les armes étaient les cavaliers de la garde du khalyfe» et les kasehefs^ ou soldats de maréchaussée. Mais les uns et les
le spectacle nous afflige encore aujourd'hui. Il en est pourtant une autre qui régale peut-être par la continuité de ses désastreux effets : je veux parler du régime monastique. Son introduction en Espagne date de Tan 350. n est TTaisemblable qu'Osius , évêque de Cordoue, ayant été mandé à Milan par l'empereur Constance, ramena quelques moines italiens qui suivaient la règle de ceux d'Egypte, fondée par saint Athanase. On sait combien cette heureuse importation fructifia. Avant la conquête des Arabes, il y avait déjà en Espagne un nombre considérable de monastères, que la piété plus ardente qu'éclairée des rois goths avait peuplés et enrichis. Après l'expulsion des Mores , ce nombre s'accrut de toutes les focilités que donnait la conquête. Lorsqu'ils occupaient une place, le premier soin des Arabes était d'y établir, avec la mosquée, un hospice et une école ; le premier soin des Espagnols était d'y fonder un couvent, qui se trouvait aussitôt doté sur les dépouilles des vaincus. Tous les ordres monastiques successivement établis dans la chrétienté , soit d'hommes , soit de femmes , soit propriétaires [monges] , soit, mendiants ( frayles ) , trouvèrent en Espagne tant de prosélytes et de largesses, que l'on compta dans Séville, par exemple, jusqu'à soixante-dix couvents, dont sept du seul ordre des Dominicains.
Le régime monastique n'eut pas seulement pour effet d'enlever un grand nombre d'hommes au travail et à la population ; il porta à l'agriculture, dans ce pays seulement agricole, un coup mortel par la création des biens de main-morte. Malgré les défenses des lois anciennes, plusieurs fois renouvelées, mais toujours en vain, toutes les propriétés affectées à la fondation d'un monastère ou à l'entretien d'un chapitre, toutes celles arrachées au repentir d'un coupable ou aux frayeurs d'un mourant, furent irrévocablement liées (vinculadas) à ces corporations sans décès. La noblesse suivit bientôt leur exemple en constituant des fiefs substituables et non cessibles. Il n'y eut pas de si mince hidalgo de village, pas de si petit bourgeois enrichi, qui ne fondât un majorât dans sa famille. Au moyen de la main-morte du clergé
antres ne servaient qu'à la police intérieure. Lorsqu'une algarade des chrétiens obligeait à défendre quelque.point du territoire, le wazir du district, ou le wali de la pro* yince appelait les hommes soumis à sa juridiction, et les menait à Tennemi. Lorsqu'il s'agissait d'une entreprise plus générale où toute la nation dût prendre part, c'était le khalyfe qui convoquait sous son étendard les guerriers de toutes les tribus. Si l'attaque devait être por-
{amortijgaeicn edeiiattiea, benefieiados, etc., etc.), de celle des nobles [mayo^ raxgos) , et de celle des commnnes {valdios y tierras eoncegilet) , il arriva que lapins grande partie des terres de l'Espagne furent immobilisées, mises hors dn commerce; et, tandis qne les unes atteignirent, par la rareté, une valeur démesorée, les antres demeurèrent sans emploi, sans mouvement, sans caltnre ^ Si l'on ajoute à cet état de choses tons les vices de la législation rurale, n bien signalés par Jovellanos dans son excellent Informe sobre la ley agraria (par exemple, les privilèges absurdes de la mesta, cette confrérie de propriétaires de troupeaux, qui promenaient leurs innombrables bandes de moutoDs dn nord au midi et du midi an nord, non-seulement avec le droit de vaine pâture sur toutes les terres qu'il leur plaisait de traverser, mais avec le droit plus exorbitant d'empêcher les propriétaires du sol de clore leurs propriétés), on comprendra dans quelle décadence a dû tomber l'agriculture, et, partant, la population.
Tous ces maux réunis avaient tellement dépeuplé l'Espagne, avant le milieu du XVII* siècle, que le tout-puissant ministre Olivarès essaya, par di- Terses ordonnances, de porter remède à ce déplorable état de choses. Il exempta de toutes charges le père de quatre fils, et le noureau marié pendant quatre années ; il permit aux enfants de se marier sans l'aveu de leurs pareots ; il appela des étrangers, défendit toute émigration, etc. Les révoltes da Portugal et delà Catalogne, ainsi que les longues guerres de la succession et une générale misère, maintinrent l'Espagne dans cet état de faiblesse jusqu'au commencement du siècle dernier. La paix qui régna depuis, pres-
^ Aa coimiMtnfiWBgnt de ce nède on comptait dan» le diitrict dVtiera, en Andalonsie, ▼iogt-nn mille ftmêgMt de tenret iocoite» ; dans celoi de Gindad-Rodiigo, an centre de la Manche, trente miUe fmuga$t dans cefaii deBadajos, en Estrémadnre, une plaine entière de TingUix lieoea de long sar dooxe de large, outre nne chaîne de montagne» atérile» [monU' W«} qai forme le tiera de la province, etc. , etc.
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tée contre les ennemis de la foi, soit chrétiens, soit rebelles schismatiques, on publiait dans les mosquées Valdjihed^ la guerre sainte. Alors, dans toute la populatioa de Tempire, les officiers du kbalyfe choisissaient les soldats, suivant la nature et l'importance de Teipédition, suivant aussi les moyens du trésor impérial, qui devait fournir aux combattants les vivres, les arntes, les chevaux, les bêtes de somme, ^nfin une espèce de solde
que sans interruption durant cent années, et l'heureux r^e de Charles m, commencèrent à cicatriser cette plaie toujours saignante. La population , qu'on avait évaluée au temps de Ferdinand et d'Isabelle, mais sans doute avec quelque exagération, à vingt millions d'âmes pour la Péninsule, s'était trouvée presque réduite à six millions, pour l'Espagne, en 1714. En 1767, elle s'était élevée au delà de neuf millions, et, en 1788, suivant un recensement officiel, à 10,061,118 habitants, dont 126,050 ecclésiastiques et 484,131 nobles. C'est le seul recensement qui ait été fait en EspagQe, et les cortès furent obligées d'y recourir, en 1820, pour l'exécution de la constitution de 1812, qui donnait un député par 70,000 âmes. On convient toutefois que le chiffre en était inexact et fort inférieur à la réalité , parce que la plupart des communes, craignant qu'il ne s'agît de la répartition des impôts et des levées d'hommes, diminuèrent à dessein le nombre de leurs habitants. La population générale s'était encore beaucoup accrue jusqu'en 1808; mais, depuis cette époque, les ravages de plusieurs épidémies, six ans de guerre intérieure et d'horribles dévastations S pois, les exils et les persécutions politiques, y avaient fait une large brèche. À la mort de Ferdinand VU (1833) , on ne comptait pas en Espagne plus de douze millions d'habitants, c'est-à-dire le tiers environ de la population de la France sur une égale étendue de territoire.
C'est un spectacle bien triste et bien amer que celui d'une belle campagne sans habitations, d'une terre fertile abandonnée aux ronces, d'une grande cité tombant en ruines : c'est celui que présente l'Espagne. Des districts entiers sont devenus déserts ; une foule de villes, jadis importantes, telles que Tolède, Valladolid, Mérida, Cordoue, Carthagène, Murcie, ne sont pins
* On compte, dans cette guerre de Tindépendance, outre les innombrables attaques de guerrilUuf trente-one batailles, trois cent cincpante-qu^tre combats, et qiiatre-TÎngtcinq places prises ou reprises.
régulière, ou de paie en campagne, qui se nommait, depuis le khalyfe Omar, aUata^ ou le don. Les enrôlés pouvaient encore prétendre à une part du butin de guerre, du butin légal. Use composait de tout ce qu on enlevait à T ennemi par la force dps armes, y compris les prisonniers, et de tout «ce que Tennemi donnait de gré ou de force pour acheter la paix. Après le prélèvement d'un cinquiè^ie, qui foripuait la part du khalyfe, le butin était également réparti entre tous les membres de F armée. Seulement, le cavalier avait une part double du fantassin. D'après cette règle, conforme aux habitudes des Arabes, pour qui le cheval fut toujours une partie du guerrier, on peut croire qu en Espagne, la cavalerie des
grandes qae dans l'histoire, et leur importance passée ne pent se reconnaître qu'à deux caractères : l'inutile étendue de leur enceinte, et le nombre disproportionné de leurs édifices religieux. La place principale de Valladolid, par exemple, est entièrement formée par des façades d'églises et de monastères ; et Arevalo, qui n'est plus qu'un bourg de la Castille-Vieille, renfermait encore, il y a peu d'années, neuf églises paroissiales et quatorze couvents. Pour attester quelle était, dans ces villes, la population détruite, il ne reste plus que la cause même de sa destruction.
Heureusement qu'une ère nouvelle a commencé. La révolution de 1834, achevant celle de i820, a répandu sur l'Espagne d'immenses bienfaits. L'abolition des couvents, après celle de l'inquisition, l'affranchissement des majorats et biens substitués , le rappel en de justes limites des privilèges de la mesta, la vente des biens nationaux, communaux et ecclésiastiques, la dispersion entre une foule de mains actives des vastes et inutiles domaines de main-morte, rentrés enfin dans la circulation et sous la juridiction de l'impôt , toutes ces mesures ont produit , sur le bien-être général, et partant sur l'accroissement de la race humaine, d'heureux résultats que l'avenir verra grandir encore. Comme la fortune publique, la population va toujours croissant, et certes, un recensement nouveau, fait avec exactitude et conscience, ne porterait pas aujourd'hui au-dessous de quinze millions d'habitants la force numérique du peuple espagnol.
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khalyfes était surtout composée de musulmans et Tinfanterie de Mozarabes (').
Dans les expéditions importantes où les Arabes prenaient roffensive, lorsque le khalyfe en personne, ou son hagib, ou son lieutenant spécial, commandait l'armée, elle prenait le nqm à'aUkhéltnis, mot qui signifiait cinq parties, et symboliquement la main. Cette armée se divisait alors en cinq corps principaux : Al-mokadémay l'avant-garde, al-kalb ^ le centre, aUmaïmana^ l'aile droite, al-maïsara, l'aile gauche, et aUsagah^ l'arrière-
(^) Voici un décret du khalyfe Àl-Hakem II, qui fixe les règles de Valdjihed (J. Conde, />arte II, cap. 89] :
« C'est la dette de tout bon musulman d'aller à Val'djihed ou guerre sainte contre les infidèles ennemis de notre loi. Les ennemis seront sommés au nom de l'islam, à moins qu'ils n'aient eux-mêmes commencé l'invasion. En tout autre cas, il leur sera proposé de se faire musulmans, ou de payer les tributs établis que nous paient les infidèles soumis à notre empire. Si, dans les combats, les ennemis de la loi ne sont pas deux fois autant que les musulmans, le musulman qui fuira sera vil, et péchera contrôla loi et contre notre honneur. Dans les excursions sur la terre ennemie, ne tuez pas les femmes, ni les enfants, ni les vieillards sans force, ni les moines de vie retirée, à moins qu'eux-mêmes ne cherchent à vous nuire. Ne tuez ni n'arrêtez quiconque a reçu de vous un sauf-conduit, et n'en violez pas les clauses et conditions. Que le sauf-conduit donné par un chef soit respecté de tous. Tout le butin, après l'enlèvement du cinquième qui nous revient, sera partagé dans le camp même ou sur le champ de bataille ; le cavalier aura deux parts, le fantassin une. Des choses à manger vous en pouvez prendre autant que vous en aurez besoin... Quant à ceux qui serviront dans l'armée, quoiqu'ils ne soient pas gens de guerre, et quoiqu'ils soient d'autre croyance, les chefs pourront à leur gré récompenser leurs services, et de même c^ l'égard de ceux qui, dans le combat ou hors du combat, feraient quelque exploit d'importance. Pour venir dans l'armée d'al-^jihed, ou pour garder les frontières, celui qui a père ou mère devra prendre leur consentement, sauf dans les occasions de nécessité subite, car alors la principale obéissance est d'accourir à la défense du pays et à l'appel des walis... »
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garde (^). La formation d'une al-kâmis annonçait une véritable campagne, et non de simples coups de main, des batailles rangées et des sièges de villes.
Le service militaire, chez les Arabes, n'était pas, comme chez les chrétiens, une obligation politique, un devoir d'inférieur à supérieur dans la hiérarchie sociale. On ne trouve, en effet, dans l'histoire des musulmans d'Espagne, nulle trace, nulle apparence de la tenure féodale, en usage alors dans toute l'Europe, c'est-à-dire de l'obligation imposée à chaque possesseur de fief, relevant de la couronne, d'amener ses vassaux au service du roi. Dans les guerres civiles, dans les guerres entre musulmans, le service était tout volontaire ; chacun prenait parti suivant ses opinions de race, de secte et de tribu. Mais dans les guerres nationales, contre les ennemis de la foi, le service militaire n'était plus une simple obéissance aux ordres du khalyfe; il devenait une obligation religieuse, un devoir sacré. Tout musulman devait prendre les armes, hors les femmes, les enfants, les vieillards, les malades et les esclaves. Pour les levées de troupes, on prenait alors parmi toute la population mâle, valide et libre, en choisissant toutefois les célibataires de préférence aux hommes mariés. Et dans ces troupes improvisées, les nouvelles recrues elles-mêmes étaient sur-le-champ propres au métier des armes, car les Arabes, privés de tous plaisirs profanes, n'avaient d'autres jeux que les exercices guerriers, auxquels ils se livraient dès l'enfance, et jusqu'à la vieillesse.
(*) De ce dernier mot , les Espagnols onl fait zaga , qai a eu le même sens avant le mot moderne retagnardia.
En ^9118 ci(8, l'armée s^rahe nç ventait jamais spus le drapesiu que l'espace d'une caqtpagne. Gha(|Hei aimée, après Texpéditipu, })puue ou mauvaise, les soldats se disp^rsiaient pour retourner dans lp\irs fayers. Il fallait qu'un nouvel appel du pontife-roi les réunit l'année suivante. Ce ne fut qu au moment de la chqte dos Qmméycides, Iprsque les Espagnols menaçaient tout l'empire du croissant, ébranlé par Ips guerres civiles qui s'étaient allumées eptre les Berbè^gç et les 4i'&l>os, que des musulmans zélés se vpqprentà \a défense perf^anente des frontières. Unis par des serments. meq£)nt une yip trè^T?i\istère qu'ils pcjf gageaient entre le^ devoirs religie&x e\ la pratique des a^ mes , ces chevaliers t ces moines fpilitaires qu'on nommait rcibiM (rabbyl)» restaient constamment sous les drapeaux, en fG|ce dn péril. Du vfiste, on ns^ qvie des notions asspz vagues sur cet institut des rahiH. L'histoire de Gonde n'en ps^rle qu'à l'occasion du long spjpur que fit parmi eux {lescham {II, derni^i* khalyfe omméyade (1026), pour s'opposer aux progrès des Espagnols.
L'on a déjà vu que bes^ucoup de Mozarabes et de juifs servaient dans les armées des khalyfes d^e Cordoue. Fréquemment aussi des corps mercenaires furent pris à la solde de l'empire , ou des divers compétiteurs au trône. C'é^ient des guerriers espagnols, qni, réunjs en troupe sous un chef de leur choix, louaient leprs services à prix d'argent, comme firent les condo^ieri d'Italie. On les nommait catnpeadores [de campear], pour exprimer qu'ils étaient toujours en campagne. Le fameux Rodrigo ou Ruy Diaz de Vivar, que ses compatriotes ont appelé par excellence El Campeador^ était un de
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ces héros piercenaires qui vendaient leur épée au plus offrfint; et ce fut eu faisant ses premières firmes à la solde du waly de Saragos^ coutre les chrétiens aragonais, qu'il reçut la qualiQcation arabe de Pt4. («Syd, seigneur) devenue son nom dans l'histoire.
If arifie. -r- Les Arabes , en Ai*^bie « ne furent pas marins; dans le Koran, les vaisseaux (c'étaient ceux des autres uatious) sont toujours cités comu^é sigues et miriides de Dieu (^) ; mais après leurs conquêtes, au temps de leur grandeur, ils eurent la première marine du monde, et, seuls & cette époque, ils firent de véritables expéditions maritimes. Afouza, le conquéraut de l'Espagne , avait envoyé sa flotte explorer la Sardaigue et la Corse, avant même que les lies Baléares fussent rangées sous la domination des émyrs ; et peu après (827) les Arabes-figyptiens, sous les Àgladites# avaient pris la Sicilç aux Grecs du Bas Empire. Ce ne fut que dans le cours du xi"* siècle que les Sardes, aidés des Pisans et des Génois, recouvrèrent leur indépendance (1022), et que les aventuriers normands, sous les fils de Taqcrède de ^auteville (de 1061 à 1090), enlevèrent la Sicile aux princes Fatimites. Dans cet intervalle d'environ trois siècles, les Arabes, maîtres de la Syrie, de l'Afrique, de l'Espagne et des lies, régnant aux lieux où furent Tyr, Alexandrie , Carthage, Syracuse et Gadès, avaient f^it en quelque sorte un lac arabe de la Méditerranée, qui avait été un lac romain, et que Napoléon rêva de faire un lac français. Sans la rivalité des deux khalyfats de
(<] « C'est un de ses prodiges que pes vaisseaux qui fendent rapidement les flots et s'élèvent comme des montagnes ; mais s'il voulait, il calmerait le vent, et les navires resteraient immobiles... » (Sourate xm , v, 31) , etc.
Damas et de Gordoue, sans les déchirements intérieurs où l'un et l'autre périrent, la domination des musulmans sur la Méditerranée eût duré jusqu'au temps de la prise de Gonstantinople et de la Grèce, qui en assurait à l'islam l'empire exclusif.
En Espagne , où l'une des plus hautes dignités était celle à'émyrde la mer (amyr-al-bahr), les khalyfes entretinrent toujours une puissante marine, alimentée par plusieurs grands chantiers de construction (^). C'était au moyen de nombreuses escadres qui croisaient incessamment dans le détroit et sur les côtes d'Andalousie, qu'ils protégeaient leurs provinces méridionales contre les descentes des Berbères ou les attaques des pirates africains. L'on a vu que, vers 840, Àbdérame II envoya dans la Méditerranée une grande expédition qui explora militairement la Sardaigne, la Corse, les côtes de Provence et d'Italie» et qu'en 868, la tempête détruisit, à l'embouchure du Minho, une grande flotte arabe que le khalyfe Mouhamad envoyait porter une armée de débarquement sur les côtes de Galice, pour prendre les Espagnols à revers et pénétrer au cœur de leur pays. L'on a vu aussi le khalyfe Abdérame III (vers 950) soutenir une guerre navale , dans les mers du Levant , contre le Soudan d'Egypte. Tant que le khalyfat fut debout, et, même après sa chute, tant qu'il resta aux Mores de Grenade un port sur la Méditerranée, les musulmans d'Espagne entretinrent un commerce actif et florissant avec tous les Etats maritimes d'Afrique, d'Asie
(1] Les Arabes appelaient un chantier oMar-^sanaa (la maison d'œuvre, de travail, donms laboris) , d'où les Espagnols ont fait ataraxana, les Italiens darsena, les Français arsenal.
et d'Europe; et Ton verra, dans le chapitre suivant, que, durant toute l'époque appelée moyen âge, ils surpassèreuii; tous les autres peuples par ï audace de leurs entreprises navales*