‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 3)Chapitre 11 sur 63 · HI810IR£ BBS ARABES · texte numérisé non relu

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chances diverses et des succès longtemps balancés , Pierre fut enfermé dans le château deHontiel par l'armée victorieuse de Henri, et celui-ci, attirant son frère dans un piège sous une fausse promesse, le poignarda

1369 — de sa main. Le trône de Castille, si souillé de crimes, fut le prix de ce crime vengeur.

Mouhamad avait fourni quelques secours à Pierre, plus par devoir de vassal que par attachement personnel. U rappela aussitôt ses troupes, et profitant des agitations qui suivirent la catastrophe de Montiel, il s'empara d'Algesiras, qu il détruisit de fond en comble, n'espérant point conserver la possession de cette place entre les deux puissants rivaux qui tant de fois se Té-

1370 — talent disputée. Une trêve fut ensuite solennellement conclue avec le roi de Gastille, et pendant plus de vingt années, rien ne troubla la paix entre les deux peuples.

Ce long repos dont jouit Grenade sous la sage et paternelle administration du cinquième Mouhamad forme répoque la plus heureuse et la plus brillante de l'histoire du royaume d'Aben-al-IIamar. C'est comme le règne d'AI-IIakem II à Cordoue. Alors florissaient l'agri^ culture, l'industrie et les arts; alors un commerce important se fisiisait entre l'Espagne musulmane et l'Italie, la Syrie, l'Egypte, leMâhgreb. Les négociants de toutes les nations, de tous les cultes, trouvaient dans le petit empire more protection et sécurité. Les Génois avaient un comptoir à Grenade même , et le port d'Alméria, ouvert à tous les étrangers, était la plus célèbre échelle de l'Occident. Des fêtes élégantes, de brillants tournois, une bienveillante et somptueuse hos-

pitalité, attiraient & la cour de Grenade , comme au centre de la ehevalerie, toute la noblesse des nations Toisines, musulmanes ou chrétiennes. Aux réjouissances qui accompagnèrent le sacre du fils aîné de Mouhamad, Âbou-Àbd*Allah-Youzef, et son mariage avec la fille de Témyr de Fez, assistaient une foule de che- ?aliers, de marchands et de curieux, venus d'Afrique, d'Espagne, de France et d'Italie. Grenade enfin, selon le mot des historiens arabes, semblait la commune patrie de toutes les nations. Cette situation tranquille et florissante dura autant que le règne de Mouhamad, qui mourut en 1391, dans un âge très-avancé. Il avait renouvelé avec le roi de Castille Jean P' le traité de paix et d'alliance conclu avec Henri de Trastamar, Lorsque ce dernier mourut, en 1379, on accusa Mouhamad de l'avoir fait périr en lui envoyant des bro« dequins empoisonnés. Cette étrange accusation, recueille par les chroniques, mais rejetée par tous les historiens graves, n'a pu reposer que sur cette circonstance fortuite, que Henri tomba malade le jour même où il reçut le présent de son allié, trop noble et trop bon pour avoir été traître et assassin. Le peuple inventa cette histoire; dans sa justice instinctive, il ne pouvait croire que le fratricide de Montiel fût mort naturellement.

Aben-Abd-AUah-Youzef voulut continuer le règne tranquille de son père, et reçut du roi de Castille Henri III. dit le Malade [el Enferma), la confirmation de la paix. Cette circonstance et l'accueil bienveillant qu'il faisait aux étrangers, servirent de prétexte à son second fils, Mouhamad, pour l'accuser d'être mauvais

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musulman et secret ami des chrétiens. Une sédition que souleva ce jeune ambitieux contre son père, ne fut apaisée que grâce à Tintervention de l'ambassadeur de Fez, qui la calma par un habile discours aux révoltés. Mais elle obligea Youzef» accusé d'intelligence avec les chrétiens, à quelques attaques de frontières, qui furent repoussées et suivies d'une nouvelle trêve. Youzef étant 1396 — mort peu de temps après, ce Mouhamad lui succéda, avec l'appui tumultueux du peuple de Grenade, & la place de son frère aîné, Youzef, qu'il fit enfermer dans le château fort de Schalobanyah (Salobrena). Bien que Mouhamad fût allé lui-même à Tolède renouveler le pacte d'alliance avec le roi de Castille, quelques algarades des commandants des frontières allumèrent entre eux une guerre assez vive, que continua, après la 1406 — mort d'Henri III , l'infant don Fernando , premier tuteur du jeune Jean II. Durant une trêve de quelques mois, convenue en 1406, Mouhamad YI mourut, et son frère atne, dont il venait d'ordonner le sup- 1408 — plice, fut tiré de sa prison pour monter au trône (•).

(<) Cette circonstance curieuse mérite d'être rapportée en détail. Lorsque Mouhamad se sentit mourant, voulant assurer la couronne à son fils, il écrivit au commandant de la forteresse où languissait son frère atné : a Kayd de Schalobanyah, mon serviteur, dès que tu recevras cette lettre des mains de mon messager, tu ôteras la vie à Syd Youzef, mon frère, et tu m'enverras sa tête par le porteur. J'espère que tu ne manqueras pas à mon service. » L'alcayde reçut cette lettre tandis qu'il jouait aux échecs avec le prince son prisonnier. En le voyant muet et troublé , Youxef prévit son sort : « Qu'ordonne le roi ? dit-il; il demande ma tète? » L'alcayde lui présente la dépêche. « Eh bien f reprit Youzef, finissons du moins notre partie ; je suis sûr de la perdre. » L'alcalde» frappé de stupeur, mêlait toutes les pièces ; le

Ce Youzef, troisième du nom, fut pour Grenade un second Mouhamad Y. Deux ans après son avènement, le refus qu'il fit de reconnaître la suzeraineté du roi de Gastille» et de payer l'ancien tribu, tombé en désuétude, amena la guerre entre eux, et la prise d'Ântéquéra par les chrétiens. Maïs une trêve fut conclue, en 1410, et successivement renouvelée jusqu'à la mort de Youzef, mort dont la date précise ne se trouve dans aucun historien [arabe ou espagnol, mais qui doit être placée vers l'an 1425. Jusqu'à cette époque, le petit empire musulman goûta la paix la plus profonde, et Grenade fut encore un asile tranquille, un lieu de fêtes et de plaisirs, que les étrangers fréquentaient & F envi. Outre la beauté du pays et la tolérance des mœurs, une circon* stance singulière les y amenait en grand nombre : non* seulement tous les chevaliers mécontents de la Gastille et de r Aragon allaient se réfugier à la cour de Youzef, mais ceux qui avaient quelque querelle à vider venaient lui demander, ou le champ clos, ou une sentence d'arbitre, car il s'était acquis, par ses jugements comme médiateur, une grande renommée de sagesse et d'équité. La reine-mère de Castille, dona Catalina, régente pour son fils Jean II, entretenait avec lui une correspond dance régulière, et le consultait sur tous les sujets importants.

La mort de Youzef troisième, en marquant — 1425 la fin de cette heureuse et brillante période de l'histoire moresque, ouvre une ère de dissensions, de désordres et

prince lui montrait et corrigeait ses fautes. En ce moment, deux cheraliers arrivèrent de Grenade, à toute bride, pour lui annoncer que son frère était mort, et que le trône Tattendait.

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de gnerres driles, qui De se temioe plos qu i la chute de GreDade.

Le fils de Ycmief, Mouley-MonbaDiad, saraomaié Air Hayzari^ ou le Gaucher, De sot poÎDt coDser?er laffiBCtioD populaire que sou père s'était acquise. Hnmhie avec les chrétieDs et les Âfricaius, qu'il semblait redouter égalemeut, il était arrogant et capricieux arec ses sojets, dont il excita les plaintes en leur interdisant sans mo* tif les fêtes et les tournois qu'ils aimaient arec pasdon^ et en leur refusant des mois entiers les audiences personnelles qu'avaient toujours données, comme rois et comme juges, les souverains musulmans. Malgré la prudence et le zèle du wazir, Youzef-Aben-Séradj, chef de la principale famille du royaume (les Abencérages), une émeute éclata, et l'un des cousins du roi, Moubamad, surnommé Al-Zaquir (Âl-Ssaghir, le Petit, le Cadet), fut proclamé à sa place. Déguisé en pécheur, Al-Hayzari put s'échapper de ï Âlhamrâ, et se réfugia à la cour du roi de Tunis, son allié.

Pour s'affermir sur le trône, Al-Zaquir crut bon de persécuter tous les hommes qui avaient servi son prédécesseur, entre autres le wazir Youzef-Àben-Séradj ^ les chefs de sa puissante tribu. Cette politique lui réussit mal. Les proscrits, réfugiés à la cour du roi de Castille, obtinrent du roi Jean II qu'il embrassât la cause d'Àl- Hayzari, et bientôt ce dernier, également soutenu par son hôte, le roi de Tunis, vint débarquer à Alméria, à la tête d'une petite armée africaine. Al-Zaquir voulut vainement lui disputer l'entrée de Grenade ; enfermé dans r Alhamrâ, il fut livré au vainqueur par ses propres sol- 1429 — dats, et décapité surrle-champ.

Al-Hayzari, peu reconnaissant de F assistance du roi de Castille, et profitant des troubles que commençaiedt & exciter dans les Etats chrétiens les faiblesses de Jean II pour son favori, le connétable don Alvaro de Luna, refusa l'hommage de vassalité quil avait promis étant dans Texil. Ce refus alluma la guerre, et des irruptions réciproques ensanglantèrent les frontières des deux Etats. Dans ces circonstances, un parent d'Al-Hayzari, nommé Youzef-Aben-Al-Hamar, fit proposer à Jean II, par r entremise d'un chevalier mozarabe» de se reconnaître pour vassal de la Castille, s il voulait lui conférer la souveraineté de Grenade. Jean II accepta T offre; en qualité de seigneur suzerain, il déclara roi de Grenade Aben-Al-Hamar, qui s'engagea, en retour, à lui payer les anciens tributs, à l'assister, à toute réquisition, d'un secours de quinze cents chevaux, et à se présenter, comme grand vassal de la couronne, aux certes de Castille, toutes les fois qu'elles s assembleraient en deçà des montagnes de Tolède. Ayant réuni à ses partisans une troupe espagnole, Youzef-Aben-Àl-Hamar défit Al-Hayzari, et entra victorieux à Grenade, où il mourut après — 1431 un court règne de six mois. Al-Hayzari, qui s'était retiré et maintenu à Malaga, vint alors reprendre sans coup férir le trône dont il avait été deux fois déposi^dé, et qu'il devait perdre encore. — 143Î

Après une trêve de deux ans, conclue avec les chrétiens, la guerre s'engagea de nouveau, et continua jusqu'en 1438. Mais c'était sunplementun état d'hostilité qui autorisait de part et d'autres des algarades, et qui n'offre d'important, pendant cette période, que la prise de Huesca par les chrétiens, et une victoire signalée rem-

portée par le wazir Âbdelbar sur le graDd-maltre d*Âl- 1438— -cantara, qu'il attira dans une embuscade. Â cette époque, des troubles violents agitaient la Gastille, et les rois de Navarre et d'Aragon, qui soutenaient les mécontents, faisaient à Jean II une guerre opiniâtre. Loin de goûter, à la &veur de ces désordres chez Fennemi, le repos et la sécurité, Grenade était agitée des mêmes désordres. Un grand nombre de chevaliers mores, ayant à leur tète un des neveux du roi, Aben-Ismayl, avaient abandonné la cour d'Al-Hayzari pour se retirer en Castille. Un autre de ses neveux, Aben-Ozmin (Ebn-0'(smân), quittant le gouvernement d'une province qu'il commandait, se rend secrètement à Grenade, y forme un parti, excite une sédition, enferme son oncle dans 1445 — l'Alhamrft, et s empare de la couronne.

Quoique maître du palais dont la possession donnait l'autorité souveraine, le nouveau monarque ne fut pas unanimement reconnu. Sa hauteur, ses violences, ses cruautés, lui aliénèrent jusqu'à ceux de son parti. Plu* sieurs dissidents, entre autres le wazir Abdelbar, appelèrent à régner le réfugié de Gastille, Aben-Ismayl, qui vint, avec leur secours, établir à Hontefrio, une cour rivale de la cour de Grenade. Il avait pour lui son suzerain, le roi de Gastille, auquel Aben-Ozmin, qui s'était allié aux rois de Navarre et d'Aragon, faisait une rude guerre de frontières, du côté de Jaen, et du côté de Hurcie. Dès que Jean II, après le supplice de son favori, eut signé la paix avec ces deux princes, il envoya son armée au secours d' Aben-Ismayl, qui vainquit facilement Aben-Ozmin, abandonné du peuple, le chassa 1454 — de Grenade, et fut proclamé.

Jean II mourut dans cette même année» laissant le trône de Gastille à son fils Henri lY, dit l'Impuissant [el Impotente). C'était dans l'année précédente (1453) que le sultan Mahomet II avait enlevé Constantinople à l'empereur grec Constantin Dracosès, et qu'il avait fait une mosquée du temple élevé par Justinien à la Sagesse divine (Sainte-Sophie), Ce succès des Turcs causa un véritable enivrement parmi toutes les nations musulmanes. Âbou-Ismayl refusa de renouveler avec Henri lY le traité d'alliance et de vassalité que lui avait imposé Jean II» en lui portant secours; et dès lors recommencèrent ces irruptions soudaines et rapides où les chevaliers mores, habitués aux coups de main, trouvaient un attrait irrésistible. Le nouveau roi de Castille, pour protéger ses frontières, rassembla une armée avec laquelle il pénétra facilement sur le territoire et jusqu'aux murailles de Grenade. Mais les Mores sans livrer de bataille rangée, et seulement par d'incessantes escarmouches, genre de combat où ils excellaient, obligèrent l'armée espagnole à rentrer en Castille. De continuelles hostilités succédèrent à cette expédition, et durèrent jusqu'à la prise de Gibraltar, livré aux Espagnols par un — 1462 des chefs de la garnison, qui embrassa le christianisme. Dépouillé de cette place importante, Âben-Ismayl demanda la paix, qui fut signée, en 1465, dans une entrevue qu'eurent les deux rois, et qui dura sans interruption jusqu'en 1470. Pendant cette période, les communications entre les deux peuples redevinrent libres, fréquentes et amicales. Tandis que les chevaliers mores étaient admis avec distinction dans les villes chrétiennes, un grand nombre de chevaliers chrétiens ve- T. I. 22

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naient visiter Grenade, et plusieurs y faisaîent leur séjour habituel. C'était uu Espagnol, don Diego de Gordova, qui devint le favori, le conseiller d'Âben-Ismayl, et son général contre un wali de Malaga révolté. De grands événements occupaient la Castille, et détournaient ses forces de leur but ordinaire. Alors s'était formée cette fameuse ligue de barons, de prélats, de députés des communes, qui, ayant proclamé la déchéance d'Henri l'Impuissant, aux certes d'Avila, en 1465, élut h sa place l'infant don AJonzo, son frère, et, plus tard, lorsque ce, dernier mourut, proclama pour héritière du trône leur sœur Isabelle, au mépris des droits de Tinfointe Jeanne Henriquez, qu'on appelait injurieusement la Beltraneja (*).

Aben-Ismayl était mort en 1466, laissant la couronne à l'ainé de ses fils « Mouley-Aboul-Hacen (Abou'1-Hassan) (^). Celui-ci, déjà vieux, avait, à son avènement, un fils en âge d'homme, cet Aboul-Abd-Allab, surnommé depuis Al-Zaquir (Al-Ssaghyr, le Petit), que nous appelons, d'après les chroniqueurs espagnols, et par une contraction de son nom arabe, Boabdil. Al-Zaquir avait pour mère la sultane Zorayah ('), née de sang chré-

(1) Parce qo'oD la disait fille de BeHran de la Coeva, finrori da roi ei amant de la reine.

(3) n parait que, vers la fin du royaume de Grenade, ce terme honorifique de Mouley était devenu le titre de Théritier du trône. Ses frères et les antres princes avaient le titre de Syd.

(3) Les auteurs espagnols font, au contraire, de Zorayah une renégate chrétienne qu'Àboul-Hacen épousa dans sa vieillesse. Mab si elle n'eût été que la marâtre du Zaquir, comment expliquer les efforts qu'elle fit pour lui donner le trône et le dévouement qu'elle lui montra toute sa vie? Sa condnite n'est pas seulement d'une ambitieuse, mais aussi d'une mère. La

tien , femme d'un caractère altier et d'une ardente ambition. Les premières années du règne d'Aboul- Hacen, comme les dernières de celui d'Aben-Ismayl, furent tranquilles et prospères. En 1470, une nouvelle révolte de Falcayde de Malaga, soutenue par les Castillans, donna au roi de Grenade T occasion de représailles. Il enleva par escalade le château fort de Zabara, près du Gualdiaro, et la petite guerre de frontières continua jusqu'à la mort d'Henri l'Impuissant, en 1474. Ce fut alors que s'accomplit, dans les Etats chrétiens, l'événement qui devait décider du sort de Grenade. L'on a vu qu'après les conquêtes de saint Ferdinand et de Jacques P' , le royame d'Aben-al-Hamar ne put être fondé et se soutenir, deux siècles durant, que par la constante rivalité des deux principaux royaumes chrétiens, la Gastille et l' Aragon, qui, loin de s'unir pour achever l'œuvre des vainqueurs de Séville et de Valence, semblèrent voir avec plaisir subsister un ennemi commun, dont ils se faisaient au besoin, et l'un contre l'autre, un allié. Mais à la mort d'Henri l'Impuissant, le sceptre de Castille et celui d'Aragon se réunirent dans les mains des rois catholiques. C'est le nom consacré pour désigner Isabelle et Ferdinand, mariés en 1467 ; Tune héritière de la Castille, comme successeur de son frère Henri, par décision des certes na-

mème confusion règne dans les anteors arabes compilés par don José Conde. D'après eoi, il fait d'abord de cette Zorayah la mère des deux infants, Sydîahyah et Syd-ÂJnayar, qui seraient ainsi fils d'Àboul-Uacen ; puis, il la fut mère d'Abou-Abd-Allah (Boabdil), et donne pour père aux deux infauls le prince Syd-Selym, frère cadet d'Aboul-Hacen et d'Abd-AUah-aUZagal. Il faut s'en tenir au plus vraisemblable.

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tionales; l'autre héritier de l Aragon, comme fils aîné da roi Jean II. Isabelle aTait alors dix-huit ans , et Ferdinand, qui portait le titre de roi de Sicile, n'en avait que dix-sept. Ce fut seulement en 1479, à la mort de Jean II d'Aragon, que s'opéra positivement la réunion des deux couronnes sur le front du couple catholique.

Les conséquences inévitables que devait avoir ce mariage de laCastille et de F Aragon sur le sort du royaume de Grenade , ne se firent pas sentir immédiatement. Des embarras longs et nombreux accompagnèrent d'abord l'avènement d'Isabelle et le règlement des droits de son mari sur ses états héréditaires. Ensuite, la guerre qu'ils eurent à soutenir contre le roi de Portugal Alphonse y, qui défendait, avec l'aidé de la France, les droits de sa fiancée Jeanne Henriquez, la Beltraneja, ne leur permit pas de quelque temps d'autres entreprises extérieures. Aussi, lorsqu'en 1476, à l'expiration d'une trêve , les rois catholiques demandèrent au roi de Grenade l'hommage et le tribut, Aboul-Hacen put impunément répondre aux envoyés castillans : <( Dites « 'à vos maîtres que ceux qui payaient le tribut sont flc morts, et qu'on ne fabrique plus à Grenade pour les €( chrétiens que des fers de lances et des lames de cime^ c( terres. » Mais, peu d'années après, les choses avaient bien changé de face. Battu dans plusieurs rencontres, le roi de Portugal était forcé de demander la paix ; sa fiancée Jeanne avait pris le voile au couvent de Sainte* Claire, à Goïmbre ; enfin l' Aragon appartenait en propre à l'époux d'Isabelle.

Ce fut donc une impardonnable témérité qui mit Içs

armes aux mains d'Aboul-Hacen, et lui ft^rovoqoer autrement qu'en paroles les puissants monarques de la Péninsule. Ainsi en jugèrent les musulmans eux-mêmes, lorsqu en 1479, Âbou-Hacen, sans l'excuse de représailles, fit une irruption dans l'Adalousie. Les imâms et les alfaquisde Grenade prédirent alors publiquement la chute de ce dernier débris de l'empire arabe. « Le terme est venu, disaient-ils, de notre régna en Espagne, et les ruines de cette cité tomberont sur nos têtes. v> Ces funestes pressentiments se répandirent dans le peuple entier, lorsqu'on 1482, une troupe de maraudeurs espagnols, sous les ordres du marquis de Gadiz (Rodrigo Ponce de Léon), enlevèrent, par le plus audacieux coup de main, la forteresse d' Alahma, située seulement à huit lieues de Grenade, entre cette ville et la mer, cette Alhama dont la perte est tant pleurée dans les vieux romances moresques [Ay de mi, Alahma, etc.). En vain Aboul-Hacen essaya de la reprendre ; toutes ses attaques furent repoussées, et les Castillans conservèrent ce poste avancé, cette tête de pont, qui leur donnait accès au cœur des possessions de l'ennemi. De là, ils pouvaient sans cesse troubler ses travaux, ravager ses récoltes, l'inquiéter et le harceler jusqu'aux portes de sa capitale. La perte de cette place, et le siège de Loja, qui la suivit de près, excitèrent, avec l'effroi, le mécontentement général. L'ambitieuse Zorayah ne vit dans l'agitation qui régnait à Grenade qu'une occasion de porter au trône son fils Abou-Abd-AlIah-al-Zaquir. Aboul-Hacen fut contraint de quitter l'armée pour déjouer leurs trames, et d'enfermer son fils dans la tour de Gomarès. Hais, avec l'aide de sa mère et de leurs nom-

breux partisaiii^'elle ameuta, il parvint à s'échapper de cette prison; et la guerre civile» éclatant aussitôt entre le fils et le père, vint ajouter ses dangers aux dangers toujours croissants de l'invasion étrangère. Al-Zaquir s était établi dans le palais d'Albaycin (Kassral-Bayezyn, château des gens de Baeza)^ tandis qu Aboul- Hacen, que la plupart, lui déniant le titre d'émyr, ne nommaient plus que lejeque (le chef de tribu), occupait encore T Alhamrâ. Les rues de Grenade étaient devenues le théâtre des combats continuels que se livraient les deux factions rivales, dont le sang réciproquement versé et les vengeances de familles entretenaient, envenimaient rinimitié. Enfin la médiation des imâms et la vue du péril commun amenèrent un rapprochement, puis une trêve, pendant laquelle chacun des prétendants au trône, conservant ses prétentions , devait conserver aussi sa situation présente, et se dévouer au salut de TEtat. Dès que cette trêve fut conclue, le vieil Aboul- Hacen sortit de Grenade avec ses troupes pour secourir la ville de Loja, que les chrétiens serraient étroitement. Il parvint à la débloquer, secondé par une vigoureuse sortie de l'alcayde Aly-Atar. Hais lorsque après cette utile expédition, il ramenait ses soldats à Grenade, lejeque en trouva les portes fermées. Violant en son absence la foi jurée, son fils s'était emparé de 1* Alhamrâ et de l'autorité royale. Aboul-Hacen fut obligé de se retirer à Malaga, où commandait son frère Abd-AUah , 1482 — surnommé Al-Zagal (Al-Ssaghar, le Jeune).

L'année suivante, les chrétiens firent une irruption, d'abord heureuse, dans cette province. Mais le Zagal, secondé par un vaillant chevalier more, appelé Rédouan,

enveloppa les maraudeurs dans une Sortie bien dirigée, et les tailla en pièces. Cette victoire, après plusieurs défaites, acquit au Zagal une grande renommée, tellement que le Zaquir , pressé par sa mère, se crut dans la nécessité d'illustrer aussi son nom par quelques hauts faits d'armes. 11 assembla les plus nobles chevaliers de Grenade» dont il se composa une troupe d'élite, et dirigea nne algarade sur la ville de Lucena, qu'il croyait surprendre. Mais les /Vonlero^C] castillans, prévenus a temps de son dessein, le rencontrèrent sous les murs de cette place. Parmi eux se trouvaient les plus célèbres noms de la chevalerie espagnole, l'alcayde de Los Donceles, don Alonzo de Aguilar,' don Diego de Cordova, et son fils ou neveu don Gonzalo (Gonsalve de Cordoue), alors adolescent, qui gagna depuis, dans les guerres d'Italie, le surnom de Grand Capitaine. Les Mores tentèrent vainement de soutenir le combat ; les plus braves d'entre eux, entre autres le vieil Âly-Atar, périrent en couvrant la retraite de leur jeune roi. Al-Zaquir, des premiers, tourna bride, et, sautant de cheval, essaya de se cacher dans les joncs d'une rivière. Il y fut pris, et ne sauva sa vie qu'en faisant connaître sa dignité.

Cette expédition désastreuse, où avait péri la fleur de la chevalerie musulmane, et qui laissait un roi prisonnier, justifiait bien le surnom à' Al-Zogoybi^ le Mal-Chanceux, qu'avait reçu le fils de Zorayah. Elle répandit dans Grenade le deuil et la consternation. Le vieil Aboul- Hacen revint occuper l'Alhamrà ; mais sa présence, loin de rendre la confiance ou l'espoir, ne fit qu'attirer do

(I ) Gardiens des frontières, qui restaient an camp tonte l'année.

nouveaux malheurs sur cette ville infortunée, et précipiter la ruine de Tempire. Toujours dirigé par sa mère, ce mauvais génie de 1* islam expirant, Al-Zaquir avait traité de sa rançon avec les rois catholiques. II offrait de renouveler 1* hommage de vassalité à la Castille, de payer l'ancien tribut de douze mille doblas d'or, de délivrer sept cents prisonniers chrétiens détenus à Grenade, et de se mettre désormais au service du roi suzerain, en paix comme en guerre ; il proposait enfin de laisser son fils unique en otage pour garantie de ces conditions. Les offres du roi captif furent soumises au conseil de Gastille, où les avis se trouvèrent d'abord divisés; mais la simple observation que le retour du Zaquir à Grenade, loin de réunir les partis , ne ferait qu'y rallumer la guerre civile, suffit pour entraîner la décision d'Isabelle et du cauteleux Ferdinand.

Al-Zaquir, après avoir baisé la main du roi, fut reconduit par une escorte de cavaliers chrétiens jusqu'aux approches de Grenade, où sa mère et ses partisans parvinrent à l'introduire en secret. Les rois catholiques avaient bien calculé. En apprenant, par les acclamations de la populace, que son fils était de retour, et occupait le palais fortifié d'Albaycin, Aboul-Hacen assembla les chefs des familles nobles qui suivaient son parti, et résolut, d'accord avec eux, de lui livrer immédiatement assaut. Les partisans du Zaquir, réunis par sa mère, s'étaient préparés à la défense en barricadant leurs quartiers; et les habitants de Grenade, divisés entre le père et le fils, ensanglantèrent pendant tout un jour, par mille combats acharnés, les rues et les places de cette malheureuse ville. Après une nuit passée en apprêts

d'attaque et de défense, la bataille, encore indécise, allait s'engager de nouveau, lorsque l'imâm Hacer, dont la longue et vertueuse vie commandait le respect aux deux partis, put se faire entendre de leurs chefs, rassemblés par lui dans une conférence. L'histoire a conservé ses paroles : « Pour qui, leur dit-il à peu près, vous combattez-vous ainsi les uns les autres comme de mortels ennemis? Pour qui répandez-vous de vos propres mains un sang fraternel qui ne doit couler que pour la défense de vos femmes, de vos enfants, de votre patrie, de votre Dieu? Vous, pour un vieillard obstiné, incapable de tenir désormais une épée et de vous conduire contre l'ennemi commun ; vous, pour un jeune efféminé, sans courage, sans vertus, sans bonheur, pour un mauvais fils, qu'une femme domine, et qui s'est fait l'esclave des chrétiens. Abandonnez l'un et l'autre, et cherchez s'il n'est point, parmi nos guerriers de race royale, quelque héros auquel nous puissions confier, avec le pouvoir souverain, le salut de l'empire. y> Alors il nomma Abd* Allah-al-Zagal , et les vivats unanimes qui accueillirent le nom de wali de Malaga annoncèrent que les partis déposaient les armes.

Le vieil Aboul-Hacen se soumit sans résistance, et son frère, averti par lui-même, vint prendre possession du palais de l'Alhamrà. Mais le Zaquir occupait — 1484 toujours celui de l'Albaycin. Pour que la guerre civile, à peine éteinte, ne se rallumât pas de nouveau, et que toutes les forces musulmanes pussent se réunir contre les chrétiens, qui pénétraient alors sur plusieurs points du territoire, le Zagal proposa au Zaquir le partage de la royauté. Chacun d'eux continuerait à occuper le palais

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dont il était maître ; les provinces, les revenus, les levées d'hommes, seraient également réparties entre eux, et seraient employés en commun pour la défense du pays. Le fils de Zorayah, faisant parade d'un zèle désintéressé, parut d'abord consentir à cet arrangement ; mais c'était pour gagner du temps, et recourir à son suzerain, le roi de Castille, qui s'empressa de lui envoyer du secours, et grossit ce parti de rebelles d'une troupe d'archers espagnols. De son côté, le Zagal s'assura l'alliance armée de Syd-Zélim et de Syd-Yahyah, son beau-frère et son neveu, l'un v^alide Guadix, l'autre d'Alméria, et tous deux à peu près indépendants. I^a guerre civile se ralluma donc entre l'oncle et le neveu, qui se disputaient par de continuels combats la possession de la capitale, comme naguère le père et le ûls, laissant les provinces sans gouvernement, sans direction, sans secours, abandonnées aux querelles des chefs subalternes et aux invasions de l'ennemi. Les principales familles de Grenade suivaient généralement le parti du Zagal ; la populace, au contraire, gagnée par les largesses de Zorayah, et trouvant mieux son compte au désordre, formait celui du Zaquir ; de manière qu'à la querelle politique pour l'occupation du trône se joignait la querelle sociale entre les pauvres et les riches, et que les pillages accompagnaient les combats (*).

( * ) Je n'ai point à rapporter ici certaines circonstances qui passent généralement, sinon pour les causes, au moins pour les accessoires de la chute de Grenade, telles que le procès de la reine, femme du Zaquir (Boabdil), la dispute des Zégris {al-Zeyrys) et des Abencérages [Bény-Séradj], le massacre de ceux-ci dans la cour des Lions, etc. Toutes ces traditions appartiennent au roman, non h l'histoire. Elles ont été recueillies, peut-être inventées, par les auteurs des nombreux ronumeeê moriicoi, et par quelques

Cependant les rois catholiques» délivrés enfin de tout embarras intérieur, bien d* accord entre eux , disposant par eux-mêmes ou par leurs alliances de toutes les forces des Etats chrétiens, avaient résolu la totale destruction de r islam en Espagne. Réunir le royaume de Grenade i leur vaste monarchie, terminer la grande œuvre commencée depuis sept siècles et demi par Pelage, nétait pas seulement pour eux un objet d'ambition politique et de gloire mondaine ; ce sentiment religieux qui poussait naguère aux croisades leur montrait aussi dans la victoire un devoir accompli , une œuvre sainte et méritoire. Avec celle de Grenade , la conquête du ciel leur était promise ('). On a vu, par leur habile conduite avec le Zaquir» prisonnier d'abord, puis disputant, sous leur protection, la royauté de Grenade à son père et à son oncle, combien leur entreprise était menée avec prudence, avec politique, avec cette lenteur calculée qui compte sur l'avenir et prouve une résolution persévérante. Leurs préparatifs militaires n'annonçaient pas moins qu'il ne s'agissait plus , entre les deux peuples, de ces simples algarades, de ces escarmouches de frontières, où l'audace et la légèreté l'emportaient souvent sur la force véritable ; mais qu'une lutte sérieuse, mor-

écriTAins da siècle suivant, entre antres Ginës Ferez de Hita, dans son Histaria de las guerras civiles de Granada, ouvrage curieux par ses détails de mœnrs et d'usages, mais dont le titre est éminemment mensonger.

(1) Le moine Fenuindo de Talavera, l'austère confesseur d'Isabelle, était auprès d'elle un vrai prédicateur de croisade. Cette princesse ayant voulu lui donner le siège épîscopal de Salamanque, il lui répondit qu'il ne voulait être évèque que de Grenade {Sê^a, no iengo de ser obispQ, hasta que h sea dé Gnmada), Ilftit, en effet, le premier archevêque de cette ville après sa reddition.

telle, allait s'engager , et que le plus puissant devait écra- 1484 — ser le plus faible.

Les rois catholiques avaient obtenu simultanément des certes de Gastille et d'Aragon tous les subsides nécessaires à leur entreprise ; une flotte nombreuse , construite dans les ports de Biscaye» croisait devant les côtes de la Méditerranée pour empécber que les musulmans d'Afrique envoyassent à leurs frères d'Espagne aucun secours de troupes, de vivres et de munitions; enfin l'armée espagnole s'était assemblée sous les ordres de Ferdinand. Tous les hommes importants des deux royaumes s'y trouvaient réunis, et, comme jadis au camp de saint Ferdinand devant Séville, la plupart des prélats espagnols avaient accompagné, dans cette campagne sainte, les hauts barons et les grands-mattres des ordres militaires. On y comptait aussi les milices soldées des Hermandades ('), et de nombreux volontaires étrangers, même des Suisses et des Anglais. A dix mille chevaux et quarante mille fantassins, à une artillerie nombreuse pour le temps, et déjà très-perfectionnée , se joignait un corps de trente mille pionniers ou fourrageurs [gastadores ou taladore$) , qui ne servait point seulement à ouvrir le passage, à rassembler des provisions pour l'armée, mais dont l'occupation principale était de détruire systématiquement les villages et les métai-

(<) Les hermandadet (confréries) étaient des associations locales, formées au commencement du règne des rois catholiques pour la poursuite des malfaiteurs et la sécurité des routes. Elles se fondirent plus tard en une vaste et unique corporation qui fut a^^lée la Sainte-Confrérie (la Sonlo-Hermandad), laquelle avait sa police et sa juridiction, ses familiers et ses bourreaux, et qui devint la milice de l'Inquisition.

ries, de brûler les moulins, d'enlever les bestiaux, de couper les arbres, d'arracher les oliviers et les vignes, de ravager les moissons, de porter enfin la désolation dans les campagnes et la famine dans les cités.

Il est inutile de suivre pas à pas l'armée chrétienne dans le cours de ses expéditions; j'en indiquerai sommairement les résultats. La campagne s'était ouverte en 1184; mais elle ne pouvait marcher très-rapidement dans un pays montagneux, accidenté, hérissé de forteresses, où chaque ville, chaque bourgade, chaque village était une place de guerre, où la nature et la main des hommes avaient accumulé les moyens de défense. Deux ans après, les Espagnols étaient maîtres d'Alora, de Setenil, de Coïn, de Gartama ; ils avaient de plus fait rendre à merci la forte et populeuse place de Ronda, dont tous les habitants s'enfuirent à Grenade ou en Afrique. Partout» aux approches de l'armée chrétienne, disparaissait la population musulmane. Les cultivateurs des champs, les habitants des villes étaient chassés devant elle, les mosquées se convertissaient en églises, et de nouveaux colons, venus de l'Andalousie chrétienne, repeuplaient peu à peu ces provinces désertes. En 1486, les Espagnols, s avançant toujours, assiégeaient à la fois Loja et Velez-Malaga. Le péril devenait tellement proche, tellement imminent pour Grenade, que les deux partis qui continuaient à s'entre-déchirer dans cette ville infortunée» laissant les autres places du royaume abandonnées à leurs propres forces, convinrent d'un moment de trêve et d'accord. Le Zaquir marcha au secours de Loja, le Zagal au secours de Vêlez. Ni l'un ni l'autre ne fut heureux. Le Zaquir n'entra dans la ville

qu'il était yenu défendre que pour la rendre immédiatement aux chrétiens; puis» il enroya d'humbles excuses au roi de Castille qui lui reprochait de désobéir à son suzerain ; et, de retour au palais de sa mère , il laissa prendre encore, sans même nn simulacre de résistance, lUora et Moclin, qu'on appelait les Deux Ymx de Grenade. Quant au Zagal , après aToir vainement sollicité les secours des émyrs de Tunis 6t de Fez , et même du sultan d'Egypte, il tenta du moins la fortune des armes. Secondé par le vaillant Rédouân, il attaqua les Espagnols^ui assiégeaient Vêlez, remporta même quelques brillants avantages, mais fut ensuite complètement battu par des forces devenues supérieures. Tandis que Rédouân , réfugié dans la place, obtenait par ses exploits une capitulation honorable, le Zagal ramenait les débris de son armée à Grenade pour s y enfermer avec eux ; mais il trouva les portes fermées. Toujours lâche et sans foi , le Zaquir avait mis à profit Tabsence de son compétiteur au trône pour s emparer de l'Âlhamrâ et se déclarer seul roi de Grenade. Le Zagal n'essaya point de punir cette trahison ; il se retira à Guadix, et se fit du district de cette ville, et de ceux d'Âlméria et de Baza, où commandaient ses parents, un petit Etat particulier.

Cependant, les divers corps de l'armée espagnole s'étaient successivement réunis devant Halaga, et cette cité, la seconde des Etats d'Aben-Al-Hamar, était étroitement serrée par terre et par mer. Son wali, Aben-Mouza, qui prévoyait depuis longtemps T attaque des chrétiens et ne recevait aucun secours de la métropole, avait pris à sa solde une troupe d'Africains. Ces mercenaires indis-

ciplinés, s étant bientôt arroge le pouvoir sans frein que donne la révolte victorieuse, dépouillaient les habitants, et prétendaient étouffer, par la force, les plaintes qu'arrachaient à ceux-ci une détresse et des besoins qu'ils ne partageaient pas. Bien dirigée par leur chef, Ibrahim le Zénète ('], leur défense fut opiniâtre ; mais quelques citoyens, des plus nobles et des plus riches, pressés par la faim, s'entendirent pour livrer aux Espagnols la forteresse de Gibalfaro. La ville dut se rendre, et — 1487 fut mise au pillage. A l'occasion de cette conquête, si désastreuse pour les musulmans, le Zaquir envoya de magnifiques présents aux rois catholiques. Ferdinand reçut des chevaux de noble race et des armes précieuses; Isabelle, des étoffes d'or et de soie et des caisses de parfums. Cette ignominieuse courtoisie donna ouverture à de nouvelles négociations. Le Zaquir s'engagea par un traité, qu'il eut soin de tenir secret, non-seulement à combattre son oncle, le Zagal, qui inquiétait sans cesse l'armée espagnole par des escarmourches dirigées avec habileté et vaillance, mais encore, dès que les rois ses suzerains se seraient rendus maîtres des districts occupés par ce prince, à leur livrer Grenade. Il devait alors

(1) « Ub Jour, danê une sortie, U>rahim rencontra snr son chemin une troupe d'enfants, les fils des plus grands seigneurs espagnols, qui, se croyant en sûreté, jouaient dans la prairie en dehors du camp. «( Allez, allez, petits, retrouver vos mères, » leur dit-il en les caressant du hois de sa lance. Comme on lui demandait pourquoi il n'avait pas frappé de la pointe : « Cest, répondit-il, que je n'ai pas vu de barbes. » Ce trait charmant, qui a touché même le fonatique chroniqueur qui le rapporte {el c¥/ra de Los Palaciot), ne fit pourtant pas trouver grâce à Ibrahim devant le roi Ferdinand. » (Hitloire des Mores mudejares, etc., par M. de Circourt, 1. 1, p. 3ia.)

résigner à leur profit la souveraineté, moyennant l'abandon qui lai serait fait d* un fief considérable dans les Âlpuxarres.

1488 — Après une année consacrée tout entière & des soins d'administration intérieure, à des convocations de certes en Aragon et en Castille, les rois catholiques f réunis derechef, ouvrirent , au printemps de 1489, une nouvelle campagne, avec la ferme intention de ne plus déposer les armes qu'après un succès complet. Les Espagnols, qui détruisaient pièce à pièce le royaume d'Al-Hamar, disant : a C'est grain à grain qu'il faut manger la grenade (grano à grano sehade corner la granada)^ » et dont le plan était de ne l'attaquer au cœur qu'après en avoir enlevé toutes les autres parties, vinrent investir la ville de Baza. C était une place trèsforte, où s'enferma, avec une suffisante garnison, l'infant Syd-Yahyah, neveu du Zagal. Sa résistance fut brillante et longue; six mois d'investissement et d'assauts n'avaient pu lasser sa constance; et l'armée chrétienne se montrait si découragée, aux approches de l'hiver, que la reine Isabelle, qui avait assisté précédemment à la prise de Malaga, crut devoir amener elle-même au camp des renforts cTe troupes fraîches. Les attaques recommencèrent alors plus vives, et Syd-Yahah se résolut en- 1489 — fin à proposer une capitulation. Loin de lui faire payer par des duretés son opiniâtre défense, les rois catholiques, usant encore d'une politique adroite, comblèrent le jeune prince d'honneurs et de caresses. Il fut séduit et gagné, au point qu'on l'accusa d'avoir abjuré l'islam pour plaire à la reine. Ce qui est avéré, du moins, c'est qu'après la remise de la place à d'hono-

ET DES MORES D'ESPAGNE. 3ô3

rabies conditions, Syd-Yahyah se rendit auprès de son oocle, le Zagal, pour l'exhorter k faire également sa soumission au roi de Castille. Il lui représenta l'impossibilité de résister avec succès, les maux infinis d*une lutte sans espoir, et les avantages qu'assurerait è ses sujets, comme à lui-même, non la soumission d'un vaincu qui se livre à merci, mais un traité conclu, avant la défaite, avec des souverains généreux. IjO Zagal se laissa convaincre ; il suivit son neveu au camp des chrétiens, où 1* attendait le plus brillant accueil, et le traité promis fut aussitôt conclu. On convint que le roi Abd-AUah-al-Zagal ferait remise aux rois catholiques des deux provinces de Guadix et d'Alméria qu'il possédait encore; que les villes et forteresses seraient ouvertes aux troupes espagnoles ; que les habitants deviendraient sujets de la couronne de Castille, à laquelle ils paieraient les tributs qu'ils avaient précédemment payés à leurs souverains, et qu'à ces conditions, ils conserveraient, avec leur liberté d'action et de croyance, la paisible possession de leurs biens. Le Zagal se réserva la propriété d'une moitié des salines de Maleha et de vingt-trois bourgs ou villages dans les vallées d'Andaraz et d'Alhaurin : « chétif et vil prix (l'un royaume vendu. » Ce traité, qui s'exécuta sur-lechamp, et qui entraîna, par l'attrait de conditions avantageuses, la reddition de plusieurs places des autres districts, livrait aux Espagnols tout le littoral du royaume musulman, et complétait, avec la conquête des provinces, l'investissement de la capitale.

Grenade seule était encore debout. Une mul — 1490 titude immense, composée des populations qu'avait: chassées devant elle l'armée espagnole, emplissait les T. I. 23

354 HISTOIRE DBS ARABES

maisons de cette capitale « et campait dans ses rnes. Quand on reçut coup sur coup les nouvelles de la prise de Bazaetde la reddition des provinces occupées par leZagal, quand on vit qu'il ne restait plus aux Espagnols aucune barrière à franchir, Teffroi et les fureurs qui l'accompagnent s'emparèrent de cette multitude emprisonnée. Des plaintes amères, des injures sadglantes étaient poussées contre le Zaquir c on l'accusait tout haut d'avoir vendu aux chrétiens son empire et sa foi. Enfin, le peuple ameuté, que ses chefis et ses imàms retenaient k peine, menaçait l'AIhamrâ d'un assaut. Ce fut au milieu de cette agitation furieuse, que le Zaquir reçut des rois catholiques un message par lequel, lui rappelant leur secret traité, ils le sommaient de remplir sa promesse, c est-à-dire de résigner le trône , la soumission du Zagal étant accomplie, et de leur livrer immédiatement Grenade. Pressé entre cette sommation impérative et la sédition menaçante, le Zaquir essaya d'obtenir un ajournement, en représentant aux rois catholiques que sa capitale était occupée par des populations nouvelles, insoumises, qui ne souffriraient pas qu'elle fût livrée comme venaient de l'être Guadix et Alméria. Isabelle et son époux ne cherchaient, ne voulaient qu'un prétexte. 1491— Ils envoyèrent pour réponse, au roi de Grenade, une déclaration de guerre. Telle est la fin certaine des attermoiementsque cherchent la faiblesse et la duplicité. I^a lutte est au bout, non moins inévitable et plus désastreuse.

On était au printemps de l'année 1491 • L'armée espagnole, forte de cinquante mille fantassins et douze raille chevaux, pourvue d'une artillerie considérable, et

précédée de nombreuses troupes de gastadores, après avoir complètement ravagé la riche et célèbre Vega (*) qui s étend aux pieds de Grenade, était venue asseoir son camp aux sources du Guétar, à deux lieues de cette ville. Saint Ferdinand, dans le xui* siècle, avait été très-utilement secondé au siège de Séville par Aben-Al-Hamar ; les rois catholiques comptaient aussi, dans les rangs de leur armée, un corps auxiliaire musulman. G* était une partie des troupes du Zagal, que leur avait amenées T infant Syd-Yahyah, après avoir soumis la ville d* Adra pour le compte des chrétiens. Ainsi, jusqu'au moment suprême, les nations de l'islam se détruisirent de leurs propres mains.

Cependant, Grenade se préparait à une résistance désespérée, entraîné par Télan populaire et la résolution des chefs qui formaient son conseil, le Zaquir avait appelé aux armes tous les musulmans, en proclamant la guerre tait^e. On avait fait un recensement général de la population mâle, et tous les hommes valides étaient répartis en deux corps, dont F un, composé des guerriers de profession» était destiné aux sorties, aux convois, aux combats extérieurs, tandis que l'autre devait uniquement servir à la garde des portes et des murailles. Le wazir Abou'1-Kasem-Abd-al-Malek était chargé des levées d'hommes, des approvisionnements, des distributions d'armes et de vivres ; l'un des plus vaillants chevaliers mores, Mouza-Aben-Abil-Gazan (Housay-Ëbn-Aby'l- Gasan) » commandait les opérations militaires. Etrange deetinée de quelques noms propres ! Un Auguste (Au-

(1) Plaine cultivée.

ZbB HISTOIRE DES ARABES

gostule ) avait été le dernier empereur de Rome ; nu Constantin (Dracosès), le dernier emperenr de Gonstantinople. Ce fut un Houza qui défendit, contre les chrétiens d'Espagne, le dernier rempart de l'islam vaincn.

Pendant les premiers mois dn siège, la situation des deux partis se soutint presque égale. Des convois de vivres, expédiés périodiquement de la Serrania (pays de montagnes) qui borde au nord, à l'est et au sud le territoire de Grenade, fournissaient à la consommation de la ville assi^ée, de même que d'autres convdis venus de l'Andalousie, de la Manche et des Castilles, approvi* sionnaient l'armée chrétienne. Chaque jour des défis étaient portés de la ville au camp, ou du camp à la ville ; les guerriers des deux nations, semblables aux héros de l'Iliade, se livraient des combats singuliers, derniers vestiges des mœurs dé cette chevaleresque époque ; et, dans ses sorties fréquentes, chassant à coups de lance les fourrageurs ennemis, l'intrépide Houza pénétrait souvent, avec sa cavalerie légère, jusqu'au milieu des tentes espagnoles. Pour mettre leurs ouvrages et leurs provisions à l'abri de ces hardis coups de main, les chrétiens élevèrent, non pas un camp retranché, mais une véritable ville, avec ses maisons, ses églises, ses hôpitaux, ses murs, ses fossés et ses tours, à laquelle ils donnèrent le nom de Santa-Fé (Sainte-Foi). La reine Isabelle, accompagnée d'une nombreuse suite de dames espagnoles , vint s'y réunir à son mari, et, dans ce poste militaire, devenu le siège de la double monarchie, les fêtes et les divertissements se succédaient comme h la cour de Tolède. Ces dispositions annonçaient, de la part des

rois chrétiens, une résolution inébranlable; les assiégés virent bien alors qu il ne s'agissait plus d'un moment de privation, d'efforts et de courage, et que la lutte ne serait pas bornée k l'espace d'une saison. Le découragement augmenta lorsque des partis de troupes espagnoles, jetés dans la Serrania^ coupèrent les convois de vivres, et détruisirent, par leurs ravages, les dernières ressources qu'offrissent les pays d'alentour. On prit alors une résolution désespérée comme la situation, celle d'attaquer, dans une sortie générale, la ville de Santa-Fé. Hais ce dernier effort d'un courage réduit à la témérité par le désespoir eut la plus fatale issue. Les troupes de hasard qui formaient l'infanterie lâchèrent pied , laissant la cavalerie, trop peu nombreuse, essayer seule l'assaut des retranchements ennemis. Repoussés dans leur attaque, poursuivis dans leur retraite, lés Mores abandonnèrent aux chrétiens un grand nombre de prisonniers, toute leur artillerie de campagne , et jusqu'aux tours des atalaiiai (^), qu'occupèrent aussitôt les avant-postes d'archers espagnols. Dès ce moment la ville fut complètement investie, et les chrétiens , parvenus au pied des murailles, commencèrent à les battre en brèche sur tous les points d'attaque.

Quand elle se vit menacée de la famine et d'une prise d'assaut, la multitude enfermée dans Grenade demanda tumultueusement k ses chefs qu'ils la délivrassent de tant de calamités. Le Zaquir assembla de nouveau son conseil. Houza seul soutint qu'on pou-

(1) Al-TkaUhfa'h. On appelait ainsi des sentinelles, on gnetteors, placés en aTant d'une tille, on d'une année, on d'un district frontière, chargés de faire connaître, par des signaux de feu, les mouvements de l'ennemi.

t58 HlStOIRE DES ARABES

vait encore se défendre, et qu'il ne Mlait dieroher de salut que dans le courage de ses guerriers; tout le resto fut d'avis d'implorer une capitulation. Les rois catho» liques accordèrent d'abord une suspension d'armes , qu assurèrent des otages livrés de part et d'autres» et pendant laquelle s'ouvrit, sur un terrain neutre, ooe conférence pour traiter de la reddition de Grenade. Le wazir Aboul-Kasem fut chai^ des négociations pour la ville assiégée ; Gonzalo de Gordova, pour la GastiUe; Fernando de Zafira tenait la plume comme secrétaire interprète. On convint que si, dans l'espace de deux mois, la place n'était pas secourue, le roi Zaquir remettrait aux Espagnols les deux palais ou forteresses, l'Alhanurâ et l'Albaycin , les tours, les bastions et les portes; que lui et les autres chefs des tribus musulmanes jureraient foi et hommage au roi de Gastille» qui deviendrait roi et seigneur de Grenade ; que tous les captifs chrétiens seraient mis en liberté sans rançon; que les captife mores seraient également rendus libres » et que le territoire de Grenade deviendrait un lieu d'asile et de franchise pour les esclaves mores des autres provinces ; que le roi Zaquir recevrait une dotation ea terres dans les Alpuxarres; que les habitants de Grenade, même les chrétiens renégats , conserveraient l'entière possession de leurs biens, maisons, armes et chevaux; qu'ils rendraient seulement les armes i feu ; qu'ils conserveraient aussi leurs coutumes , usages, langue et habillements, ainsi que la jouis* sanee exclusive de leurs mosquées , et la liberté absolue de leur culte, sans empêchements publics ou secrets ; qu'ils seraient régis par leurs lois et jugés par

leurs kadys, lesquels serviraient de conseillers aux gou* verneurs espagnols; qu'enfin ils paieraient désoftnais au roi de Castille les impôts et taxes qu ils payaient actuellement au roi de Grenade, et qu'ils seraient même exempts de toute redeyance pendant les trois premières années. Cette convention fut signée par les plénipotentiaires le 25 novembre 1491 (22 de la lune de Mouharram897)(*).

Quand elle fut connue à Grenade , une tristesse universelle, inexprimable, se répandit sur la malheureuse cité. A cette époque, et surtout parmi les races orientales, il y avait encore des deuils de nations. L'on n'entendait de toutes parts que les pleurs des femmes, les lamentations des vieillards, les imprécations des guerriers, et cette même foule qui naguère exigeait qu'on la délivrât des tourments de la faim et des horreurs d'une prise d'assaut, accusant ses chefs de trahison, d'apostasie, voulait s'ensevelir sous les ruines de ses temples et de ses remparts. Le vaillant Mouza profita de cette disposition du peuple pour renouveler, dans le divan, sei^ belliqueuses exhortations : «Laissez, lui font dire les derniers historiens de Grenade, laissez les regrets aux enfants et aux femmes. Montrons-nous hommes, en versant , non des larmes, mais notre sang jusqu'à la dernière goutte. Je me mets à votre tête pour aller chercher sur le champ de bataille, ou notre indépendance, ou une mort glorieuse. Ne vaut-il pas mieux être

(>) Le texte entier de cette capitulation, en 5tt articles, se trouve dans la Hiitoria de Granada de Francisco Bermudez de Pedraza, et, traduit en firançais, dans les pièces justificatives du premier volume de YHittoire des Mans ftmdejairef, par M. de Circoort.

compté parmi ceax qui moarurent en défendant leur patrie, que parmi ceux qui assistèrent à sa dernière heure?.. . Si vous pensez que les chrétiens seront fidèles à leurs promesses, et que vous trouverez dans leur roi un vainqueur aussi généreux que favorisé de la fortune, détrompez-vous. Ils ont soif de notre sang, et s en abreuveront. Toutefois, la mort est le moindre des maux qui nous menacent. Le pillage de nos demeures, la profanation de nos mosquées, les violences exercées sur nos femmes, nos sœurs et nos filles, Foppression, l'iniquité, r intolérance cruelle et ses brasiers ardents, %'oilà le sort promis aux lâches qui craignent un trépas glorieux; car pour moi, j'en jure par Allah, je saurai bien m'y soustraire. » Il sortit, en efiet, n'étant point écouté, quitta la ville et disparut.

I^in de s'échauffer à ces nobles paroles, le Zaquir, craignant une émeute et la vengeance populaire, fit avertir aussitôt les rois catholiques qu'il renonçait au bénéfice du délai fixé, et qu'il offrait la remise immédiate de Grenade. En même temps, il fit partir sa famille et ses trésors pour les Alpuxarres , où la ville et le district de Purcbena lui étaient concédés ; puis, dès le lendemain, il se rendit lui-même au camp des chrétiens pour présenter à leur roi les clés de sa capitale. Ferdinand s'était avancé à sa rencontre ; le Zaquir, dont l'escorte avait mis pied à terre, lui baisa la main droite, en disant : « Nous sommes à toi , roi puissant et glorieux ; nous te livrons cette ville et ce royaume, puisque Allah lèvent ainsi , dans la confiance que tu n'useras de ton triomphe qu'avec clémence et générosité. » Après cette entrevue, le roi dépossédé prit le chemin des

montagnes, sans vouloir retourner à ]a ville qui ne lui appartenait plus. On dit qu'arrivé sur la hauteur de Padul, appelée depuis le Soupir du More, d'où il pouvait voir pour la dernière fois sa chèreGrenade, il se retourna et versa des larmes amères. «c Pleure-la en femme, lui dit l'altière Zorayah, puisque tu n'as pas su la défendre en homme. » — « Et prends garde, seigneur, ajouta son ministre pour le consoler, que la grande adversité rend les hommes aussi fameux que la grande fortune (*]. »

Les Espagnols avaient occupé sur-le-champ les remparts et les forts; le jour des Rois, 6 janvier 1492, tandis que les musulmans, loin d'apporter aux vainqueurs d'avilissants hommages, pleuraient, enfermés dans leurs maisons, le dernier jour de Grenade et de r islam, l'armée chrétienne faisait dans la ville rendue son entrée triomphale. Entourés d'une grande pompe militaire, mais au milieu d'une complète solitude, les rois catholiques allèrent prendre possession du palais de l'Alhamrâ, où fut arboré l'étendard royal de Gastille. Cest là qu'ils reçurent, peu de jours après, le Génois Christophe Colomb , qui, dans la même année, — 149â allait donner à l'Espagne un nouveau monde.

On dit que les Espagnols luttèrent huit cents ans contre les Mores; il faudrait dire, au rebours, que les

(1) Plus d'an an avant cette époqae, le Zagal, après aroir vendu se!(pi>> priétéft à la reine de Castille moyennant cinq millions de maravédis, était passé en Afrique. Le Zaquir imita son oncle et compétiteur ; peu après la remise de Grenade, il vendit aux rois catholiques ses domaines des Alpuiarres pour quatre-vingt mille ducats d'or, et se retira à la cour de Fez. Il y péril dans une bataille, en défendant le trdne de l'émyr Mouley-Ahmet-ben- Meryny, lui qui n'avait pas su mourir sur les tours de son Alhamrâ.

tes HISTOIRE DBS ARABES ET DES MORES D'ESPAGNE.

Mores luttèrent huit cents ans contre les Espagnols. En deux années , les Arabes araient fait la conquête de l'Espagne ; il &llut huit siècles pour la reprendre à leurs descendants dégénérés, n Loué soit Dieu, qui élève et humilie les rois, qui donne le pouvoir ei la grandeur, ou l'abaissement et la pauvreté, suivant sa volonté divine, et en accomplissement de la justice étemelle! »

J'aurais voola, dans le cours de cette histoire, joindre toujours le millésime de rhégire à celui de Tère chrétienne. Mais les musulmans se sont obstinés A compter par années lunaires, pour obéir au Koran :... a II a réglé les phases de la lune ; elles serrent A partager le temps et A compter les années... Le nombre des mois est de douie devant Dieu... » De sorte qu'ils ont cessé d'intercaler un mois tous les trois ans, comme faisaient anciennement les Arabes et les Juifs pour ramener les années lunaires aui années solaires. Ainsi Tannée musulmane commence A d'autres époques que les nôtres, enjambant de la fin de Tune au commencement de la suivante. Pour fixer la double date, il aurait donc fallu savoir, chose impossible^ nonseulement Tannée, mais encore le mois et le jour oti chaque événement s'était passé, afin d'établir la concordance entre les computs chrétien et musulman. Masdeu a consacré tout un volume A dresser tine table de la réduction des années de Thégire {Redueeion de Ut egirat) pour l'époque de l'occupation de TEspagne par les Arabes et les Mores. On peut la consulter. Mais si Ton se contente d'un calcul, approximatif, il suffit d'abord de retrancher du millésime chrétien les 622 années environ qui ont précédé l'hégire; et puis. Tannée musulmane étant plus courte que la nôtre d'environ onze jours, d'ajouter une année sur trente-trois» pour le temps compris entre Thégire et Tannée de Tère chrétienne où Tévénement s'est passé. Veut-on, par exemple, indiquer Tannée de Thégire où saint Ferdinand a pris Séville, qui est Tannée 1248 des chrétiens? il faut d'abord retrancher du chiffre 1248 le chiffre 622, ce qui laisse 626 ; puis ajouter une année par trentetrois, de 622 A 1248, ou dix-neuf années environ, ce qui die A Tannée de Thégire 645 la prise de Séville par saint Ferdinandé

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