‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 3)Chapitre 21 sur 63 · LETTRE D'ALPHONSE VI · texte numérisé non relu

LETTRE D'ALPHONSE VI

<x Le souverain seigneur des deux nations et des deux lois, Texcellent et puissant roi Alphonse, fils de Ferdinand , au roi Aben-Abéd (que Dieu éclaire son entendement pour le déterminer à suivre le vrai chemin), salut et bienveillance de la part d'un roi agrandisseur des royaumes et défenseur des peuples , dont les cheveux ont blanchi dans la connaissance des affaires, l'exercice des armes et la suite des triomphes, dont les drapeaux sont le siège de la victoire, qui fait brandir les lances de ses chevaliers et revêtir de deuil les femmes des musulmans... . Vous savez ce qui s'est passé dans la ville de Tolède, capitale de toute l'Espagne, et ce qui est arrivé à ses habitants lorsque je l'ai prise. Si vous et les vôtres avez échappé jusqu'à présent, voici votre temps qui est venu. Il n'a été retardé que par ma volonté et mon bon plaisir; et si vous êtes encore en repos, rappelez- vous que la prudence de l'homme est de se méfier de lui-même et de bien considérer ce qu'il convient de faire avant de tomber dans un malheur

qui n'ait plus de remède. En vérité, si je ne faisais attention aux traités qui existent entre nous et aux paroles que nous nous sommes données (car je n'ai rien de plus présent que de garder la foi promise}, j'aurais déjà envahi votre pays à feu et à sang, et je vous aurais chassé de l'Espagne, sans attendre des demandes et des réponses, et sans qu'il y eût entre nous d'autre ambassadeur que le choc des armes, le hennissement des chevaux, le bruit des tambours et des trompettes. Je veux vous donner cet avis par avance, pour vous 6ter toute excuse... et, selon que vous ferez, vous verrez mes œuvres. Salut. x>

REPONSE D'ABBlf-ABBD.

a Du roi victorieux et grand, soutenu par la miséricorde de Dieu et oonfiant en sa divine bonté, Mouhamad Aben-Abéd, au superbe ennemi d'Allah, Alphonse, fils de Ferdinand, qui s'intitule roi des rois et seigneur des deux nations (que Dieu brise ses vains titres). Salut à ceux qui suivent le droit chemin. Quant à te nommer seigneur des deux nations, en vérité, les musulmans ont plus droit de^ se glorifier de ce titre que toi, par ce qu'ils ont possédé et possèdent encore des terres des chrétiens, par la multitude de leurs vassaux, la richesse de leurs armes et de leurs tributs. Jamais ta loi et tes partisans ne pourront élever ton pouvoir jusqu'au nôtre Déjà nous

sortons de notre sommeil et nous nous levons de notre mollesse. Jusqu'à présent nous pensions à te payer tribut, et toi, non content de cela, tu veux occuper nos villes et nos forteresses. Mais comment n'as-tu pas honte de faire de telles demandes, et de nous commander, comme si nous étions tes vassaux? Je m'étonne de la hfite que tu mets à accomplir ta vaine et superbe volonté. Tu t'es enorgueilli de la prise de Tolède, sans considérer que tu ne la dois pas à ta «puissance, mais à la destination divine qui l'avait ainsi déterminé dans ses décrets éternels. Tu sais bien que nous avons aussi des armes, des chevaux, et des braves que n'épouvante pas le bruit des batailles et qui regardent sans pâlir Thorrible mort Nos chefs s'entendent à ordonner des lignes, à diriger des escadrons Nous savons dormir

sur la terre, ou fajre des rondes de nuit et, pour que tu voies que

c'est comme je le dis, nous te préparons la réponse de ta demande,

en aiguisant nos épées et nos lances Il est sûr enfin qu'il n'est

point de mal qui ne produise quelque bien, et que vite on se repent

quand vile on se détermine Je vois que ceux qui te conseillent

sont comme des bétes sans entendement, et, en même temps, des gens de si peu de valeur, que jamais leurs œuvres n'accréditent leur vaine jactance. Ainsi, nous ne les tuons jamais combattant en rase campagne, mais cacbés dans leurs tours et derrière leurs murailles. Ces conseillers doivent croire sans doute que nous manquons d'entendement et qu'il n'y a point de changement dans les hommes et dans les royaumes. Il est vrai qu'il y a eu des traités entre nous, pour que nous ne tournions pas nos armes l'un contre l'autre, et pour que je n'aide pas ceux de Tolède de mes forces et de mon conseil. J'en demande pardon à Dieu, ainsi que de ne m'étre pas plus tôt opposé à tes intentions ambitieuses ; mais, grâce à lui, tout le châtiment de notre faute se réduit aux vaines paroles dont tu nous insultes. Ck)mroe elles n'ôtent pas la vie, je me confie en Dieu dont l'aide me défendra contre toi, et tu me verras bientôt entrer avec mes troupes sur tes domaines, car Dieu favorise la vraie loi, et donne la force à ceux qui connaissent et suivent la vérité, d

Page 1