‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 3)Chapitre 41 sur 63 · ARTS · texte numérisé non relu

ARTS

Par horreur de l'idolâtrie, la loi de Mahomet proscrivit les images, et les Arabes fui'ent toujours iconoclasles zélés. Cette prohibition religieuse eut le tort irréparable de leur interdire absolunfent la peinture et la sculpture qui ne se bornaient pas h la simple ornementafion dos

édifices ('). Ainsi, des trois arts, plus intellectuels que mécaniques, auxquels on a donné dans toutes les langues le nom de Beaux- Arts, un seul, 1* architecture, put être cultivé par eux. C'est, à la vérité, celui des trois qui a précédé les deux autres, et dont ils furent, à Torigine, de simples parties, de simples ornements; c'est le plus durable, enfin, et le plus fait pour conserver au loin dans les Ages le souvenir d'un peuple qui n'est plus. Un monument, comme l'a dit M. Victor Hugo, est une chronique de pierre, et si les ruines n'étaient un livre où peu d'hommes savent lire, les Arabes se feraient

(i) <i 0 croyants, le vin, les jeui de hasard, les statues... sont une abomination inventée par Satan... » (Koran^ sourate v. v. 92.)

A la longue, et après la destraction des Arabes, les autres peuples musolmans se sont un peu relâchés sur cette absolue défense de toute représentation d'êtres vivants. Aben-al-Hamar, ou l'un de ses successeurs , fit construire dans rAlhamrâ de Grenade la fontaine de la Cour-des-Lions. Les khalyfes de Cordoue n'auraient pu donner A leur palais un pareil ornement. Cardonne {Histoire de V Afrique et de l'Espagne sous la domination des Armbes) fait, il est vrai , mention d'une statue de Zohrah élevée sur la porte principale du palais qu'Abdérame III bâtit sous son nom. Je ne sais à quelle source il a puisé ce fîiit ; mais, s'il est exact (et j'en doute) , il prouverait seulement qu'Abdérame avait violé la loi pour complaire à sa maîtresse. En tout cas, cette statue ne pouvait être que l'ouvrage d'un sculpteur mozarabe ou juif; ou plutôt même c'était quelque statue antique de Flore, â laquelle fut donné le nom de Zohrah. — Aujourd'hui, \es musidmans $e permettent des Ggures, même sur leurs cachets, et les sultans osmanlis font peindre leurs portraits dans une galerie du sérail.

Quant aui peintures de l'Alhamrâ, encore subsistantes, il est évident qu'elles n'ont été faites qu'après la prise de Grenade par les rois catholiques, et qu'elles sont l'ouvrage d'un artiste chrétien. (Voyez à ce sujet le chapitre AUiarurd dans le second volume de mes Musées d'Europe,)

A défaut de peinture proprement dite , les Arabes ont montré du moins une merveilleuse entente de l'emploi et du mélange des couleurs dans l'ornementation architecturale.

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mieux connAttre par les restes de lears édifices que par les fragments de leurs historiens.

Arehiteclure. — «Ce n'est pas la plume, ai-je dit ailleurs à propos de l'Alhamrft, c*est le crayon qui peut seul donner une connaissance claire , exacte , précise d'un monument.... Une simple image, pour peu qu'elle soit fidèle, vaut mieux quô cent pages de texte explicatif. Y> Il faut donc, à propos de Varchitecture des Arabes, rentoyer d'abord le lecteur aut œuvres spéciales sur la matière (']. J'ajouterai quelques mots en historien.

Ce ne fut pas sous leurs tentes nomades que les Arabes de r Yémen et du Hedjaz purent avoir même une simple conception de l'architecture. Le temple de la Kaaba , aussi grossier, aussi informe que célèbre et vénéré, fait foi de leur ignorance. L'histoire rapporte h vingt reprises l'étonnement qui saisissait les Arabes h la vue des ponts, des aqueducs, des remparts des villes, de tous les grands monuments romains et grecs qu'ils rencontrèrent en Syrie, en Egypte, en Mauritanie, en Espagne. Ces monuments leur parurent d'abord l'œuvre des génies. Mais, instruits bientôt dans cet art surnaturel, comme dans toutes les sciences, ils se mirent promptement en état d'imiter les invisibles serviteurs d'Allah, de construire eux-mêmes des temples et des palais, et d'élever leur architecture à la hauteur de leur empire. Dès l'année 637, une mosquée était bâtie à Jérusalem par le kha-

(1) On peat consalter le grand ouvrage de l'institut d'Egypte, —Alex. Delaborde, Voyage pittoresque en Espagne, — Coste, Monuments arabes du Caire,— Enfin, et surtout, M. Girault de Prangey, Essai sur l'architecture des Arabes et des Mores, Monuments arabes et moresques, ouvrages où, sous le rapport hbtorique et graphique, rien n'est laissé à dire, ni rien à désirer.

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lyfe Omar; eo 642, par Âniroû, au Vieux-Caire; en 705, à Damas, par Walyd; enfin, vers 780, à Gordoae, par Âbdéraroe P^ L'architecture arabe était dès lors un art national. Il eut son origine, ses progrès, sa transition, son couronnement : byzantin d* abord, puis byzantin-arabe jusqu'à la mezquita de C!ordoue , il s'émancipe encore davantage à Séville, dans F Alcazar et la tour de la Giralda, et devient pleinement arabe-moresque dans l'Âlhamrâ de Grenade. — Il eut ses œuvres diverses, utiles ou fastueuses, profanes ou sacrées; il fit des routes, des ponts, des fontaines, des aqueducs, des forteresses, et non moins de palais que de temples, car, dans la seule enceinte de Cordoue, on comptait las palais Mérouftn, Rousafah, Moguéyt, Âl-Zabira, Dimisch (ou Damas], outre Medynat-al-Zohrah, la Ville de palais. — Il eut ses écrivains, ses régulateurs : D'Herbelot et Casiri mentionnent un grand nombre d'ouvrages arabes sur l'architecture.— Il eut enfin ses représentants illustres: c'étaient, en Espagne, sous Âbdérame II, Djafar-ben- Mouhazyn, appelé chef des architectes; sous Abdérame III, Sayd-ben-Ayoub, Nasser-Abou-Othman et Abd- Allah-ben-Younas; sous Al-Mansoûr, Fatho-ben-ïbrahym-al-Oméyah, qui, d'après ce surnom, devait appartenir à la famille impériale.

Après ce bref historique, je ne puis faire mieux, h défaut de plans et d'images, que de transcrire la description qu'ont laissée les historiens arabes des deux principaux monuments élevés par les khalyfes de C!ordoue, leur aljama ou mosquée principale , et leur palais de plaisance d'Al-Zohrah.

La mosquée fut balic, vors la fin du viii* siècle.

par Abdérame l", qui passe pour en avoir été lui-même rarehitecte.il voulut, dit-on, la faire semblable, sur une plus vaste échelle, à la mosquée de Damas, et rappelant par la profusion de ses richesses les merveilles si vantées du temple de Salomon h Jérusalem, détruit par les Romains. Cette aljama [al-djami, métropole) surpassait en grandeur et en magnificence tous les temples de l'Orient. Son minaret s élevait à quarante brasses du sol ; sa coupole élégante, portée sur des lambris de bois ciselé, était soutenue par mille quatre-vingt-treize colonnes de différents marbres, disposées en quinconce, et formant dix-neuf larges nefs en longueur, coupées en largeur par trente-huit nefs plus étroites ('). La façade principale, tournée au midi, en face du Grand-Fleuve (le Guadalquivir), s ouvrait par dix-neuf portes revêtues de lames en bronze de merveilleux travail, excepté celle du centre que recouvraient des lames d'or. Chaque face latérale, à l'orient et à l'occident, était percée de neuf portes semblables. A la suite d'un vaste patio (cour intérieure), entouré de galeries, orné de fontaines, planté d'orangers, de myrtes et de palmiers, l'édifice portait, dans œuvre, après les additions faites jusqu'au temps d'Âl-Mansoûr, trois cent trente coudées de long sur cent quatre-vingtcinq de large. Il était éclairé,. pendant les prières de nuit, par quatre mille sept cents lampes, où l'on brûlait, dans l'année, vingt-quatre mille livres d'huile et cent vingt livres d'aloés et d'ambre. (Jos. Conde, parte II , cap. 24 y 28.)

{*] Ces colonnes provenaient presque toutes des monuments de l'antiqnid* romaine, qu'on dépouilla pour Tomement du nouveau templo.

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La cathédrale actuelle , faite de V ancienne aljama d'Abdérame, et qu'on notnme encore Mezquita (de mesehyd, mosquée), est assex bien conserrée dans sa partie principale, qui porte aujourd'hui environ ISO mètres sur 120, sans compter \^ patio. Ces colonnes rangées en allées symétriques, offrant une incroyable variété de matières, de proportiops , de formes, de styles, de couleurs, sortant du sol sans base, comme des troncs d'arbre, et supportant les at^ceaux découpés qui s'entrelacebt comme des branches au-dessous des lambris du toit, produisent Tefifet d'une promenade, d'une forêt régulière. Malheureusement, par des ouvrages ihtérîeurs, tels que le chœur et les chapelles de^ saints , les chrétiens ont mutilé et défiguré le monument arabe, qiii ti'a plus ni sa religieuse simplicité, ni sdn ihajestueùx ensemble ('). Et cependant il faut leur sàvdir gré d'avoir laissé subsister, à côté des autels, des rétables et des bénitiers de l'église, quelques vestiges du culte de la mosquée. On y trouve encore, —, dans le polio, lesfonJaînés d'ablution, — dans l'intérieur, lemirhab, cette petite niche ou retraite obscure qui marque, en indiquant la direction de la Mekke, de quel côté les fidèles doivent se» tourner en priant, ce sanctuaire de méditation et d'extase dont les dalles de marbre furent creusées jadis par les genoux des croyants ascétiques, — enfin, à l'entour des murailles, les seuls ornenients permis dans un temple

[*) Ce fut Gharles-Quini le despote qui, sur la demande insensée de l'évêquc et des chanoines, ordonna l'érection du chœur au centre de la mosquée de Cordoue, en même temps qu'il renversait une aile de l'Alhamrâ pour se biltir à Grenade un lourd palais florentin. (Voir le chapitre déjà cité de rAlhamra au deuxième volume des Musées d'Europe. Y

d'Allah. Ce sont des vefsets du Koran ou du Hadyz, gravés en lettres d'or sur le marbre blanc, disposés, comme toutes les araftd^u^, en dessins capricieux, fiin^ tastiques, réguliers néanmoins, et revêtus d'une fine mosaïque de cristal qui fait étinceler de lumière les pa^ rôles du Très-Haut (').

Le troisième Abdérame, celui que les chrétiens ont surnommé le Magnanime, éleva un monument plus somptueux encore que la mosquée de Corddue ; ce fut un palais, ou plutôt une ville du palais, qu'il appela, du nom de sa favorite, Médynat-al-Zohrah, ville de Zohrah ou de la Fleur. Il dépensait trois cent mille dinars d'or par an à cette immense construction qui dura vingt-cinq années. Mais laissons parler les Arabes eut-mémes :

« Le khaiyfe Abd-al-Rhaman-al-Nasser avait coutume de passer les saisons de printemps et d'automne dans un site agréable, à cinq milles de Cordoue, en descendant le Guadalquivir; et, séduit par la fraîcheur et l'aménité du lieu, par ses promenades et ses bois épais, il y fit élever un alcazar avec beaucoup de magnifiques édifices et de beaux jardins contigus, de sorte que ce qui avait été auparavant une maison de campagne se transforma en une ville. Au milieu de cette ville était le royal alcazafr, œuvre grande et d'élégante fabrique. 11 y fit placer quatre mille trois cents colonnes de marbres précieux, toutes

(1) Les inscriptions de la mosquée de Cordoue sont en caractères koufiquesy dont les lignes droites et les liaisons carrées ont la sévérité convenable à nn temple. Au contraire, les inscriptions de l'Alcatar de Séville et de l'Aihamrâ de Grenade sont en caractères netky$, ou écriture cursive, plus déliés, plus arrondis, et mieux en harmonie avec la magnificence mondaine d'un palais.

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de menreillenx fraTail. Chaque jour entraient dans la constniction six mille pierres taillées, sans compter les pierres brates qui étaient innombrables. Tontes les salles et chambres étaient payées de dalles de marbre, ingénieusement coupées par des dessins de dûence peinte. Les murailles aussi étaient revêtues de marbre, et traversées par des bandes ou rubans de merveilleuses couleurs. Les plafonds étaient peints en or et bleu, relevés par d'élégantes damasquinures et des ornements enlacés. Leurs poutres, leurs lambris, leurs corniches étaient en bois de mélèze, délicatement ciselé. Dans quelques-unes des grandes pièces, il y avait de belles fontaines d'eau douce et limpide , en foitne de bassins, de coquillages et de vasques de marbre. Au milieu de la salle qu'on appelait du khalyfe, était une fontaine de jaspe où se trouvait un cygne d'or, de merveilleux travail, qui avait été fisbriqué à Constantinople, et sur cette fontaine du cygne pendait du plafond l'insigne perle qu'Abdérame reçut en présent de l'empereur grec. Contigus à l' Alcazar étaient les grands jardins, avec une infinie variété d'arbre à fruits et de petits bosquets mélangés de lauriers et de myrtes, dont quelques-uns étaient entourés de tortueuses et claires pièces d'eau, qui réfléchissaient et peignaient à la vue les arbres, et le ciel, et ses nuages fardés par le soleil couchant. Au milieu des jardins, sur une hauteur qui les dominait et les découvrait tous, était le pavillon du khalyfe, où il se reposait en venant de la chasse. Ce pavillon était soutenu par des colonnes de marbre blanc ornées de chapiteaux dorés. On raconte qu'il y avait au milieu une vaste coquille de porphyre, pleine de vif-ar-

gent, qui s élançait et retombait artificiellement comme un jet d'eau» et jetait aux rayons du soleil ou de la lune un éclat qui éblouissait les yeux. Ces jardins renfermaient une foule de bains en bassins de marbre, trèsbeaux et três-commodes, dont les tapis, les rideaux et les voiles, tissus en or et soie, représentaient des fleurs, des forêts, des animaux, si merveilleusement retracés qu'ils semblaient vivants et naturels. £n somme, au dedans et au dehors de TAlcazar, étaient réunies en abrégé toutes les richesses et les délices du monde dont peut jouir un puissant monarque. Cette ville se nomma MédynaUal'Zohrah, du nom d'une belle esclave que le khalyfe aimait et distinguait parmi toutes celles de son harem. Il bâtit à Médynat-al-Zohrah une mosquée qui, pour la richesse et l'élégance, surpassait même la grande Aljatna de Cordoue ; il y construisit aussi la Zeca^ ou hôtel des monnaies, et d'autresgrandsédifices pour loger ses gardes et sa cavalerie. L'œuvre principale fut terminée dans l'année de T hégire 325 (936 de J.-G. }, et Al- Rakiky ajoute qu'elle coûta des sommes immenses. La garde du khalyfe Abdérame était très-nombreuse ; elle se composait de douze mille hommes, h savoir : quatre mille esclaves, (Ësclavons) qui'faisaieat la garde intérieure et à pied ; quatre mille Africains zénètes et quatre mille Andalous, à cheval, répartis en compagnies ou taifas^ et qui avaient pour capitaines des membres de la famille impériale, ou les chefs des plus nobles familles. . . Outre la partie de sa garde qui suivait le khalyfe dans ses deux séjours à la campagne, Abdérame choisissait les serviteurs et les femmes esclaves qui devaient l'accompagner, les wazirs, les khatyb$ (prédicateurs], les

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savants et les poètes qu'il voulait emmener avec loi, eafin ses chasseurs et fauconniers, car, ainsi que ses ancêtres, * il se divertissait fréquemment à la chasse au vol ...» (Jos. Conde, parle Ilf cap. 79.)

Ce merveilleux Versailles des khalyfes de Cordoue , que ne protégeait point un caractère sacré, a disparu, sans laisser de vestiges , sous les pillages de la guarre civile et les dévastations de la conquête étrangère. On serait tenté de croire, tant ces descriptions ressemblent à celles des MiUe et une Nuits^ qu'elles appartiennent plutôt à r invention des poètes qu'à la véracité des historiens. Mais on est bien forcé d'y «\jouter foi. dès qu'on a reconnu, dans les monuments qui subsistent encore, l'excessive et minutieuse fidélité des écrivains qui les ont décrits. Abd-al-Halim de Grenade, dans son Histoire de Fez, rapporte, d'après Gonde, jusqu'au nombre de tuiles (377,300) qui couvraient la mosquée élevée dans cette ville par les Almoravides. Après cela, comment ne pas être surpris et affiigé de lire ce qui suit dans un écrivain de l'école néo-catholique : a Tous les poètes, tous les « annalistes de la cour de Cordoue ont célébré la gran- « deur, la somptuosité , l'élégance d'une ville entière « fondée à deux myrianf^tres de Cordoue, parle calife « Abdérame, en l'honneur d'un de ses courtisans, Zéha; « le nombre des cours, des colonnes, des jardins, des «fontaines, etc., rien ne manque à la description de m cette ville fantastique. Et depuis quatre cents ans on a « cherché partout cette merveille, et non-seulement on « n'a pas trouvé une maison debout, mais pas une coc< lonne, pas une pierre! Qu'en conclure, donc? Que « c'était quelque jolie maison de campagne décrite i la

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<( façQD orientala» et qu'il etx est de même de tous les u récite qui émanent des Arabes. »

Cette façon leste et cavalière de démentir tous les historiens d'une grande nation pourrait être permise; si jamais un grand monument élevé par la main des hommes n'eût disparu de la face de la terre, ou si tous les monuments de la grandeur arabe eussent disparu comme Médynat-al-Zohrah. Mais il reste encore, Dieu merci, pour preuves vivants et palpables de cette grandeur éteinte, les mosquées de Damas, de Bagdad et du Caire ; les palais de la Ziza et de la Cuba en Sicile ; enfin, dans l'Espagne même, où l'on cherche vainement la ville de Zohrah, la Mezquita de Cordoue, les bains de Gironne, l'Alcazar de Séville, rAlhamrâ de Grenade.

1^ catholiques ont dit : Hors l'Eglise, point de salut. Les néoH^atholiques dise^t, à ce qu'il semble : Hors l'Ëglise, point d'art ni de poésie. Us nient l'architecture des Arabes; ils affirment que, simple imitation de l'architecture byzantine, elle fut complètement dénuée d'invention et d'originalité ; de plus, qu'elle n'eut point de base rationnelle, point de sentiment moral, enfin point de symbolique. Je n'ai pas à défendre l'architecture arabe du reproche d'imitation; tous les styles d'archi^ tecture l'ont encouru et l'ont mérité. Les Byzantins avaient imité les Romains, les Romains les Grecs, et la Grèce elle-même, plus originale en tout que nul autre peuple, avait pris pourtant à l'Egypte et à l'Inde les rudiments de tous ses arts. U suffit de l'œil et du bon sens, il suffit de comparer la Sainte-Sophie de Constan* tinople avec la Mezquita de Cordoue , pour reconnaître que, dès le vm* siècle, les Arabes avaient une ar-

chitecture propre et nationale, qui s'est éloignée de plus en plus, jusqu'à rAlbamrâ, de toute imitation étrangère, qui ne tenait pas plus dès lors à celle de Byzanee, que Byzanoe ne tint à Rome et Rome à Athènes, et qui mérite son nom propre aussi bien que l'architecture saivante, non moins imitatrice, qui fut plus tard appelée gothique. N'a-t-elle pas eu aussi ses caractères particuliers? n'offre-t-elle pas, par exemple, entre le pleincintre romain et l'ogive gothique, le fer-ànDheval ou l'arc a plein-cintre outre-passé?

Quant au second reproche, il faut le repousser en deux mots : sans doute les cathédrales chrétiennes, s é> loignant du style plus simple des vieilles basiliques, c'est-à-dire des salies de justice converties en temples, ont offert dans leur plan, par la disposition du chœur et de la grande nef, que coupent transversalement les bras du transsept, l'image de la croix latine. Est-ce dans cette disposition qu'on reconnaît une base rationnelle? Alors les Arabes pourraient répondre qu'ils ont donné A Jears temples la forme carrée parce que cette forme (pour eux du moins) est celle de la terre, base de l'univers, celle de la tnaison de Dieu, que couvre la voûte du firmament. Cette forme de la mosquée, reproduisant le monde, le cosmos, vaut bien rationnellement celle de l'Eglise, reproduisant le gibet du Sauveur. Sans doute aussi, et je ne fais nulle difficulté de le reconnaître, les hautes nets en arceaux aigus et l'ogive élancée concordent symboliquement avec les aspirations de l'âme vers le ciel, avec les élans de la prière. Mais les Arabes diront, et non moins justement, que leur temple, dans la simplicité de sa disposition générale, <wi résume celle du monde, qui

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retrace aux yeux de Fesprit rimmensité de la nature, — dans le choix de ses ornements, des cours» des fontaines, des forêts de colonnes, des branchages de lambris, qui rappellent les cultes primitifs , — enfin dans l'absence de toute représentation d'êtres vivants, et dans la vue continuelle des paroles sacrées, — que leur temple, dis-je, res« pire l'unité de Dieu, l'horreur de l'idolâtrie, le recueillement et la contemplation. Est-ce que les premiers chrétiens ont attendu, pour être fervents, les cathédrales du moyen âge? Est-ce qu'ils ne priaient pas avec dévotion dans les basiliques parce qu elles avaient été prétoires, et même dans les souterrains des catacombes? Est-ce que les temples bâtis par Brunelieschi, Palladio, Bramante, est-oe que Santa-Maria del-Fiare de Florence, la Salute de Venise, Saint-Pierre de Rome, quoique nullement gothiques, ne sont pas dignes du culte chrétien ? Est-ce que saint Ferdinand, ses guerriers et ses moines ne trouvèrent pas la mosquée de Gordoue bonne à faire une église? Ceux qui dénient tout sentiment moral â l'architecture des Arabes n'ont sans doute jamais pénétré dans ce temple admirable; ils eussent été frappés de stupeur, de respect, de piété même, devant tant de grandeur et tant de majesté. Qu'ils interrogent les croyants ascétiques, ceux qui font la retraite appelée Itikiaf, c'està-dire qui passent dix jours entiers dans la mosquée, oii ils mangent et dorment, toujours en prière et en contemplation; et qu'ils leur demandent si les temples musulmans n'ont ^oint de gymbolique I

Mmique. — L'ana thème lancé par Mahomet sur la musique n'est pas moins formel que la proscription de la peinture et de la statuaire. « Entendre la musique,

dit-il, c'eil pécher ooDtre la loi ; fiiire de la musique, c'est pécher contre la religion ; y prendre plaisir, c'est se rendre coupable dn crime d'infidélité. » Toute musique était donc défendue aux Arabes, vocale oa instrumentale, profane ou sacrée. On ne tolérait légalement que deux espèces de psalmodies, celle de Yezzmm^ ou appel du muezzin, aux cinq prières du jour, et le cantique te(biyé, que chantent les pèlerins de la Mekke pendant leurs processions autour de la Kaaba, au puits Zemzem, et entre les collines Safaet Merva ('). Cependant, soit parce que la défense de Mahomet n'est pas dans le Koran, mais seulement dans le Hadyz ( recueil des paroles do Prophète), soit parce qu'une loi contre nature ne peut jamais faire loi, et qu'on ne saurait retrancher par o^ dre, même par ordre du ciel, aucun instinct, aucune faculté de l'organisme humain, il est certain que les Arabes aimaient passionnément la musique, qu'ils Técoutaient aussi fréquemment qu'avec plaisir, et qu'ils la cultivèrent euxHuêmes comme un art favori, comme un art national.

Leur histoire nous en offre mille preuves, sans sortir de l'Espagne. Al-Hakem V" (vers 816] étant tombé, comme un autre SaûU dans une sombre démence mêlée d'intervalles lucides, demandait aussi à la musique radoucissement de ses maux. « Dans sa mélancolie, il composa quelques chansons, pleines d'expression et de vives images, qui se conservent encore, et Abès-ben-Nassyh, qui fat préfet des fmisiciens au temps d'Abdérameson fils,

(') On pennettait aussi, et Von permet encore dans tons les pays musulmans, certains cantiques que chante le muexxin pendant les nuits du Rfaamazann.

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chantait à ce prince plasieurs beDes poésies de son p^re... » (J. Conde, parte 11^ cap. 37.) Cet Abdérame II (de 820 à 850), qui avait un préfet des musiciens, attirait de loin les artistes célèbres. « Le savant Yayab-al- Laïty rendit compte au khalyfe Abdérame du mérite et de la célébrité qu'avait en Orient Aly-ben-Zériab, insigne musicien de l'Irak. IjO kbalyfd l'envoya chercher avec de grandes promesses et libéralités, et obtint qu'il vint en Espagne, où il le logea dans son Alcazar ; et ce savant instruisit à Cordoue plusieurs disciples, qui égalèrent ensuite les plus fameux de l'Orient (J. Conde, parte II, cap. 40) ('). » L'on a vu, dans le récit des événements, que, vers 950, Abdérame III soutint victorieusement une guerre navale contre le Soudan d'Egypte, pour punir celui-ci d'avoir fait capturer un navire andalous qui amenait au khalyfe des chanteuses d'Orient. £t voici, un peu plus t^ (vers 1080), le portrait que tracent les historiens d'un fils de l'émyr Aben-Abêd II : <c U donna le gouvernement de Séville k son fils Obéid- Allah-al-Raschyd , appelé le Rady, parce qu'il eut la charge de Eadhy-al-Kodhah dans le machouar de cette ville. Il était très-érudit, grand poète et grand musicien. Il jouait à merveille du luth (iotid) et du mihazor, et il chantait avec une voix charmante ses propres chansons (J. Conde, parte 111, cap. 8). »

La preuve que les Arabes cultivaient la musique avec passion, et comme un art important , ne se trouve pas seulement dans les annales de leur histoire; elle est

(*) Cet Aly-èes-Zériab avait été l'étète d'Ishak-Moossolit q«i passe ponr le plus grand mosideii de la Syrie, et qui fit les délices de la cour de Bagdad sous Haroun^l-IUschyd etsoB fils Àl-Maouran.

aussi dans les nombreux ouvrages qu ils ont écrits sur ce sujet, et dont quelques-uns sont arrivés jusqu à nous. Lorsque le khalyfe Al-Hakem II reçut de Bagdad la collection des œuvres du célèbre Aboulfarage (Aly-ben-al- Hassan-ben*Houhamad-Àbou'l-Faradj-al-Is£BLhany), il trouva, parmi plusieurs livres d'histoire et de littérature, le lÀvre des Cantiques^ ou anciennes chansons (Kitob-ol- Aghâny)^ « ouvrage de cinquante années, dit Gonde, qui renfermait une foule de chants divers, avec la musique et la manière de les chanter. » Michel Gasiri (') a retrouvé, dans les manuscrits de la bibliothèque de FEscorial, le premier volume du livre d' Aboulfarage. Ce volume, dont il traduit le titre par Grand recueil de Unu (Magna Umorum collectio)^ contient cent cinquante airs, ainsi que la biographie de quatorze inusiciens célèbres, et de quatre chanteuses favorites des khalyfes. Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul traité su|^la matière qui nous soit parvenu. Gasiri cite encore, parmi les nombreux ouvrages du philosophe Al-Kendi (Abou-Youzef-ben-fshak, de Kendah, qui vivait sous le khalyfe Al-Mamoun, dans le IX* siècle), jusqu'à six livres sur Fart de la musique, De mu$ice$ compositione. De toni$. De musieœ hiitùrià e^usque seriptoribus, etc. Enfin la bibliothèque de l'Escorial possède un ouvrage encore plus important, le livre d'AL-Faraby (Abou-Nasser^ben-Mouhamad) , qui a pour titre Eléments de munque (Muiices efemento], et qui traite

(1) Syrien da Liban, moine maronite, né en i7iO, mort en 1791, Michel Gasiri a passé sa vie dans le couvent de l'Escorial pour mettre en ordre, déchiffrer et traduire les manuscrits arabes qui s'y trouvaient entassés pèlemêle depuis Philippe! II. Ses précieux travaux sont recueillis, en deux volumes in-folio, sous le titre de Bibliotheca arallnco-^Usp<ma''escwrialefms,

de la composition, du chant, des instruments, des accompagnements. On y trouve récriture musicale des Arabes, et les figures d'au moins trente instruments divers. Les extraits de ce livre donnés par Casiri prouvent d'une manière incontestable que les Arabes employaient les mathématiques dans la composition musicale, et qu'ils connaissaient la science des accords. On y mentionne spécialement ceux de quarte, de quinte et d'octave. Mais il n'est point parlé de l'accord de septième, ni même, ce qui est étrange, de l'accord de tierce; et l'on ne trouve, non plus, aucune trace de dièzes ou de bémols ('}.

En France, Laborde et Yilloteau, l'un dans son E$$ai 9ur la musique aneienue et^nodeme, l'autre dans la grande Description de ï Egypte, ont donné quelques aperçus de la musique orientale. Mais en Allemagne, récemment, Riesewetter a publié un ouvrage ex professa sur cette matière (die Musik der Araber, Leipzig, 1842 ), et il m'était d'autant plus intéressant de le consulter que M. de Hammer y a mis une préface, doublant ainsi l'autorité du livre. Dans cette préface, le savant orientaliste établit que la musique était cultivée, comme science, en Arabie, avant la venue de Mahomet, et que, pour la mettre en rapport avec les quatre éléments, les quatre âges, les quatre saisons, les quatre tempéraments, etc., les Arabes l'avaient établie sur la base du nombre quatre, de façon que la quarte, et non la quinte comme dans la musique moderne ( ce qui revient d'ailleurs au même), était la note et l'accord dominants.

(*) Voir la grande note an chap. XI de Juan Ândres, tom II, page 50 de ^'édition espagnole.

86 HiSTOIBE DES ARABES

Après une introduction qui contient l'Histoire de la muiique arabe, d'après deux auteurs originaux, Abd-al- Moumyn et Âbd-al-Eader, que n'a point cités Casiri, Kiesewetter divise son ouvrage en huit chapitres : k gamme, les rapports des tons, les rhythmes, les instruments de musique, la notation musicale, etc. H nie absolument que les Arahes, comme on Ta suppose, aient pris aux anciens Grecs l'art de la musique. Les Perses auraient été plutôt leurs premiers maîtres dans la théorie musicale ; mais il est cectain que, dès le troisième siècle de l'hégire, les Arabes avaient une théorie propre. Us plaçaient deux intervalles d'un ton à l'autre, tandis que nous n'en plaçons qu'un; c'est-à-dire qu'ils procédaient par tiers de ton, et non par demi-ton, divisant ainsi la gamme diatonique, d'une octave à l'autre, en dix-sept intervalles, au lieu de douze que nous comptons è présent. Sur ce point curieux ( que de savants théoriciens refusent d'admettre comme impossible et contraire aux lois physiques des sons), et sur les autres que n'embrasse pa^ mon sujet, je ne puis que renvoyer au livre de Kiesewetter (').

ArU industriels. — Pour démontrer que les Arabes excellèrent dans tous les arts de l'industrie, il suffira de rappeler quelle renommée ils eurent chez toutes les nations du monde pour ces trois principaux produits de leurs fabriques, les tissus, les cuirs et les armes.

Pendant tout le moyen âge, il n'y eut pas d'objet de luxe plus recherché, plus envié que les étoffes de fO-

(1) On peut consulter aussi un article du recueil CceciUa, par M. Dekn, cahier 85, année 1843.

rient ou de l'Espagne, les tapis de Perse» les lainages de Cachemire, les soieries de Bagdad, de Valence et de Grenade. U faut que leur célébrité ait été fort ancienne et se soit étendue fort loin , puisque , dans le vieux poème allemand des Niebelungen, il est souvent fiait mention des riches et précieuses étoffes de 1* Arabie. Ces tihàlf que la mode a récemment adoptés pour la parure de nos dames, faisaient, de temps immémorial, chez les musulmans, partie du vêtement des hommes. Les plus courts , appelés ichedd , se roulaient autour de la tête, en forme de turbans, et autour du cou, comme des cravates; les plus longs, appelés $cha$eh par les Arabes, et $ehâl par les Persans, se roulaient autour des reins, en forme de ceintures ; et de ces ceintures, facilement détachées, Ton se couvrait la tête, par le mauvais temps, comme d'une tente mobile, comme d'un parapluie. Les Arabes tissaient la laine, le lin, la soie, le coton, le poil de chèvre et de chameau ; ils tissaient jusqu'aux métaux précieux, l'or et l'aident, dont ils entremêlaient les fils déliés avec la laine et la soie , pour la fabrication de ces splendides étoffes appelés brocarU, dont ils eurent longtemps le monopole. On voit, par exemple, qu'à la conclusion d'un traité de paix en 1333 , entre le roi de Castille Alphonse XI, et le roi de Grenade Mouhamad lY, celui-ci fit présent à l'autre « de plusieurs pièces d'étoffes en or et soie, de celles qui se fabriquaient à Grenade (muehoi pafios deoroy $eda, de lo$ que selabravan en Grenada. Cron. del rey Al. XI). » Chez les Arabes, le prince régnant avait le droit particulier de fisire, pour ainsi dire, graver son nom en fils de métal dans le tissu de ses vêtements ; et ce droit, appelé fîroi,

chitecture propre et nationale, qui s'est éloignée de plus en plus» jusqu'à rÂlbamrâ, de toute imitation étrangère» qui ne tenait pas plus dès lors à celle de Byzance, que Byzanoe ne tint à Rome et Rome à Athènes, et qui mérite son nom propre aussi bien que Tarchitecture saivante, non moins imitatrice, qui fut plus tard appelée gothique. N'a-t-elle pas eu aussi ses caractères particuliers? n'offre-t-elle pas, par exemple, entre le pleincintre romain et Togive gothique, le fer-ànDheval ou l'arc a plein-cintre outre-passé?

Quant au second reproche, il faut le repousser en deux mots : sans doute les cathédrales chrétiennes, s éloignant du style plus simple des vieilles basiliques, c'est-à-dire des salles de justice converties en temples, ont offert dans leur plan, par la disposition du chœur et de la grande nef, que coupent transversalement les bras du transsept, l'image de la croix latine. Est-ce dans cette disposition qu'on reconnaît une base rationnelle? Alors les Arabes pourraient répondre qu'ils ont donné A leurs temples la forme carrée parce que cette forme (pour eux du moins] est celle de la terre, base de l'univers, celle de la tnaison de Dieu, que couvre la voûte du firmament. Cette forme de la mosquée, reproduisant le monde, le œsmos, vaut bien rationnellement celle de l'Eglise, reproduisant le gibet du Sauveur. Sans doute aussi, et je ne fais nulle difficulté de le reconnaître, les hautes nefs en arceaux aigus et l'ogive élancée concordent symboliquement avec les aspirations de l'âme vers le ciel, avec les élans de la prière. Mais les Arabes diront, et non moins justement, que leur temple, dans la simplicité de sa disposition générale, <wi résume celle du monde, qui

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retrace aux yeux de l'esprit rîmmensité de la nature, — dans le choix de ses ornements, des cours» des fontaines, des forêts de colonnes , des branchages de lambris, qui rappellent les cultes primitifs , — enfin dans Fabsence de toute représentation d'êtres vivants, et dans la vue continuelle des paroles sacrées, — que leur temple, dis-je, res« pire l'unité de Dieu, l'horreur de l'idolâtrie, le recueillement et la contemplation. Est-ce que les premiers chrétiens ont attendu, pour être fervents, les cathédrales du moyen âge? Est-ce qu'ils ne priaient pas avec dévotion dans les basiliques parce qu'elles avaient été prétoires, et même dans les souterrains des catacombes? Est-ce que les temples bâtis par Brunelleschi, Palladio, Bramante, est-ce que Santa-Maria deUFiore de Florence, la Salute de Venise, Saint-Pierre de Rome, quoique nullement gothiques, ne sont pas dignes du culte chrétien ? Est-ce que saint Ferdinand, ses guerriers et ses moines ne trouvèrent pas la mosquée de Gordoue bonne à faire une église? Ceux qui dénient tout sentiment moral à l'architecture des Arabes n'ont sans doute jamais pénétré dans ce temple admirable; ils eussent été frappés de stupeur, de respect, de piété même, devant tant de grandeur et tant de majesté. Qu'ils interrogent les croyants ascétiques, ceux qui font la retraite appelée Itikiaf, c'està-dire qui passent dix jours entiers dans la mosquée, oh ils mangent et dorment, toujours en prière et en contemplation; et qu'ils leur demandent si les temples musulmans n'ont point de gymboliquel

Musique. — L'anathème lancé par Mahomet sur la musique n'est pas moins formel que la proscription de la peinture et de la statuaire. « Entendre la musique,

M HKnmiUS M8 ARIBES

dit-il, c'est pécher contre la loi ; fiftire de la musique, c'est pécher contre la religion ; y prendre plaisir, c'est se rendre coupable du crime d'infidélité. » Toute musique était donc défendue aux Arabes, vocale ou instrumentale, profane ou sacrée. On ne tolérait légalement que deux espèces de psalmodies, celle de Yexzann^ ou appel du muezzin, aux cinq prières du jour, et le cantique te^ biyé, que chantent les pèlerins de la Hekke pendant leurs processions autour de la Kaaba, au puits Zemzem, et entre les collines Safa et Merva ('). Cependant, soit parce que la défense de Mahomet n'est pas dans le Koran, mais seulement dans le Hadys ( recueil des paroles du Prophète), soit parce qu'une loi contre nature ne peut jamais faire loi, et qu'on ne saurait retrancher par ordre, même par ordre du ciel, aucun instinct, aucune faculté de l'organisme humain, il est certain que les Arabes aimaient passionnément la musique, qu'ils l'écoutaient aussi firéquemment qu'avec plaisir, et qu'ils la cultivèrent eux-mêmes comme un art fevori, comme un art national.

Leur histoire nous en offre mille preuves, sans sortir de l'Espagne. Al-Hakem V (vers 816) étant tombé, comme un autre Saûl, dans une sombre démence mêlée d'intervalles lucides, demandait aussi à la musique l'adoucissement de ses maux. ^ Dans sa mélancolie, il composa quelques chansons, pleines d'expression et de vives images, qui se conservent encore, et Abès-ben-Nassyh, qui îni préfet des mvmieM au temps d'Âbdérameson fils,

(<) On pennettoit aussi, et Ton pennet encore dans tons les pays musulmans, certains cantiques que chante le muexxin pendant les nuits du Rhamazann.

chantait à ce prince plusieurs beOes poésies de sou p^*e... » (J.Conàe, parte II, cap. SI.) Cet Abdéramell (de 820 à 850), qui ayait un préfet des musiciens, atti^ rait de loin les artistes célèbres. « Le savant Yayah-al- Laïty rendit compte au khalyfe Abdérame du mérite et de la célébrité qu'avait en Orient Aly-ben-Zériab, insigne musicien de l'Irak. IjO khalyfe l'envoya chercher avec de grandes promesses et libéralités, et obtint qu'il vint en Espagne, où il le logea dans son Alcacar ; et ce savant instruisit k Cordoue plusieurs disciples, qui égalérent ensuite les plus fameux de l'Orient (J. Conde, parte II, cap. 40) ('). » L'on a vu, dans le récit des événements, que, vers 950, Abdérame III soutint victorieusement une guerre navale contre le Soudan d'Egypte, pour punir celui-ci d'avoir fait capturer un navire andalous qui amenait au khalyfe des chanteuses d'Orient. Et voici, un peu plus t^ (vers 1080), le portrait que tracent les historiens d'un fils de l'émyr Abeu-Abéd II : <c II donna le gouvernement de Séville à son fils Obéïd- Allah-al-Raschyd , appelé le Rady, parce qu'il eut la charge de Kadhy-al-Kodhah dans le meschouar de cette ville. Il était très^rudit, grand poète et grand musicien. U jouait k merveille du luth (joud) et du mihazor, et il chantait avec une voix charmante ses propres chansons (J. Conde, parte Uh cap. 8). »

La preuve que les Arabes cultivaient U musique avec passion, et comme un art important , ne se trouve pas seulement dans les annales de leur histoire; elle est

(>) Cet Aly-beB-Zériab avait été l'élève d'Ishak-Monssoli, qii passe ponr le plas grand mnsicieD de la Syrie, et qoi 6t les délices de la coor de Bagdad sous Haroon-al-Raschyd et sos fils Ai-Mamoan.

aussi dans les nombreux ouvrages qu ils ont écrits sur ce sujet, et dont quelques-uns sont arrivés jusqu'à nous. Lorsque le khalyfe Al-Hakem II reçut de Bagdad la col* lection des œuvres du célèbre Aboulfarage (Aly-ben-al- Hassan - ben - Mouhamad - Abou'l -Faradj - al - Is&hany] , i l trouva, parmi plusieurs livres d'histoire et de littérature» le Uwe de$ Cantiques, ou anciennes chansons (Kitob-ol- Aghâny), « ouvrage de cinquante années, dit Gonde, qui renfermait une foule de chants divers, avec la musique et la manière de les chanter. » Michel Casiri ('] a retrouvé, dans les manuscrits de la bibliothèque de TEscorial, le premier volume du livre d' Aboulfarage. Ce volume, dont il traduit le titre par Grand recueil de Umt (Magna Umorum colleetio), contient cent cinquante airs, ainsi que la biographie de quatorze inusiciens célèbres, et de quatre chanteuses favorites des khalyfes. Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul traité su^la matière qui nous soit parvenu. Casiri cite encore, parmi les nombreux ouvrages du philosophe Al-Kendi (Abou-Youzef-benJshak, de Rendah, qui vivait sous le khalyfe Al-Mamoun, dans leix^ siècle), jusqu'à six livres sur Fart de la musique. De musices compositione, De tonû. De muiieœ kUtoriâ ejusque seriptoribus, etc. Enfin la bibliothèque de l'Escorial possède un ouvrage encore plus important, le livre d'Al-Faraby (Abou-Nasser-ben-Mouhamad) , qui a pour titre Eléments de musique (Musices elemenla), et qui traite

(*) Syrien da Liban, moine maronite, né en 17iO, mort en i79i, Michel Casiri a passé sa vie dans le couvent de l'Escorial poar mettre en ordre, déchiffrer et traduire les manuscrits arabes qui s'y trouvaient entassés pêlemêle depuis Philippe' II. Ses précieux travaux sont recueillis, en deux volumes in-folio, sous le titre de Bibliotheca arabUo-^pana'^cwrialenM,

de la compositioDy du chant, des iDStruments, des accompagnements. On y trouve récriture musicale des Arabes, et les figures d'au moins trente instruments divers. Les extraits de ce livre donnés par Gasiri prouvent d'une manière incontestable que les Arabes employaient les mathématiques dans la composition musicale, et qu'ils connaissaient la science des accords. On y mentionne spécialement ceux de quarte, de quinte et d'octave. Hais il n'est point parlé de l'accord de septième, ni même, ce qui est étrange, de l'accord de tierce; et l'on ne trouve, non plus, aucune trace de dièzes ou de bémols (*).

En France, Laborde et Villoteau, l'un dans son Euai 9ur la musique ancienne etinodeme, l'autre dans la grande Description de r Egypte, ont donné quelques aperçus de la musique orientale. Hais en Allemagne, récemment, Riesewetter a publié un ouvrage ex professa sur cette matière [die Musik der Araber, Leipzig, 1842 ), et il m'était d'autant plus intéressant de le consulter que H. de Hammer y a mis une préface, doublant ainsi l'autorité du livre. Dans cette préface, le savant orientaliste établit que la musique était cultivée, comme science, en Arabie, avant la venue de Hahomet, et que, pour la mettre en rapport avec les quatre éléments, les quatre âges, les quatre saisons, les quatre tempéraments, etc., les Arabes l'avaient établie sur la base du nombre quatre, de façon que la quarte, et non la quinte comme dans la musique moderne ( ce qui revient d'ailleurs au même), était la note et l'accord dominants.

(1) Voir la grande note au cfaap. XI de Juan Andres, tom II, page 50 de Védition espagnole.

86 HISTOIBB DES ARABES

Après une introduction qui contient l* Histoire de la musique arabe, d'après deux auteurs originaux» Abd-al- Moumyn et Abd-al-Kader, que n'a point cités Casiri, Kiesewetter divise son ouvrage en huit chapitres : la gamme, les rapports des tons, les rhythmes, les instruments de musique, la notation musicale, etc. H nie absolument que les Arabes, comme on Fa supposé, aient pris aux anciens Grecs Fart de la musique. Les Perses auraient été plutôt leurs premiers maîtres dans la théorie musicale ; mais il est cectain que, dès le troisième siècle de Thégire, les Arabes avaient une théorie propre. Us plaçaient deux intervalles d'un ton à l'autre, tandis que nous n'en plaçons qu'un; c'est-à-dire qu'ils procédaient par tiers de ton, et non par demi-ton, divisant ainsi la gamme diatonique, d'une octave à l'autre, en dix-sept intervalles, au lieu de douze que nous comptons h présent. Sur ce point curieux ( que de savants théoriciens refusent d'admettre comme impossible et contraire aux lois physiques des sons), et sur les autres qae n'embrasse pa9 mon sujet, je ne puis que renvoyer au livre de Kiesewetter (').

Arts industriels. — Pour démontrer que les Arabes excellèrent dans tous les arts de l'industrie, il suffira de rappeler quelle renommée ils eurent chez toutes les nations du monde pour ces trois principaux produits de leurs fabriques, les tissus, les cuirs et les armes.

Pendant tout le moyen âge , il n'y eut pas d'objet de luxe plus recherché, plus envié que les étoffes de l'O-

(^) On peut consulter aussi un article da recueil CceeiUaf par M. Delin,

cahier 85, anuée 1843.

rient ou de TEspagae, les tapis de Perse, les lainages de Cachemire , les soieries de Bagdad , de Valence et de Grenade. Il faut que leur célébrité ait été fort ancienne et se soit étendue fort loin , puisque , dans le vieux poème allemand des Niôbekmgen, il est souvent fait mention des riches et précieuses étoffes de 1* Arabie. Ces tchàl, que la mode a récemment adoptés pour la parure de nos dames, faisaient, de temps immémorial, chez les musulmans, partie du vêtement des hommes. Les plus courts , appelés $chedd , se roulaient autour de la tête, en forme de turbans, et autour du cou, comme des cravates; les plus longs, appelés Hhasdh par les Arabes, et sehâl par les Persans, se roulaient autour des reins, en forme de ceintures ; et de ces ceintures, facilement détachées, Ton se couvrait la tête, par le mauvais temps, comme d'une tente mobile, comme d'un parapluie. Les Arabes tissaient la laine, le lin, la soie, le coton, le poil de chèvre et de chameau ; ils tissaient jusqu'aux métaux précieux. For et Tai^fent, dont ils entremêlaient les fils déliés avec la laine et la soie , pour la fabrication de ces splendides étoffes appelés brocarts, dont ils eurent longtemps le monopole. On voit, par exemple, qu à la conclusion d'un traité de paix en 1333 , entre le roi de Castille Alphonse XI, et le roi de Grenade Mouhamad rV, celui-ci fit présent k l'autre a de plusieurs pièces d'étoffes en or et soie, de celles qui se fabriquaient à Grenade (muehot paAos deoroy $eda, de lo$ que se labraoim en Grenada* Cron. del rey Al. XI). » Chez les Arabes, le prince régnant avait le droit particulier de Cadre, pour ainsi dire, graver son nom en fils de métal dans le tissu de ses vêtements ; et ce droit, appelé tiror.

86 HISTOIBB DES ARABES

Après une introduction qui contient t Histoire de la musique arabe, d'après deux auteurs originaux» Abd-al- Moumyn et Abd-al-Kader, que n a point cités Casîri» Kiesewetter divise son ouvrage en huit chapitres : la gamme, les rapports des tons, les rhythmes, les instruments de musique, la notation musicale, etc. H nie absolument que les Arabes, comme on Ta supposé, aient pris aux anciens Grecs l'art de la musique. Les Perses auraient été plutôt leurs premiers maîtres dans la théorie musicale ; mais il est cectain que, dès le troisième siècle de l'hégire, les Arabes avaient une théorie propre. Us plaçaient deux intervalles d'un ton k l'autre, tandis que nous n'en plaçons qu'un ; c'est-à-dire qu'ils procédaient par tiers de ton, et non par demi-ton, divisant ainsi la gamme diatonique, d'une octave à l'autre, en dix-sept intervalles, au lieu de douze que nous comptons h présent. Sur ce point curieux ( que de savants théoriciens refusent d'admettre comme impossible et contraire aux lois physiques des sons), et sur les autres que n'embrasse pas mon sujet, je ne puis que renvoyer au livre de Kiesewetter (').

Arts industriels. — Pour démontrer que les Arabes excellèrent dans tous les arts de l'industrie, il suffira de rappeler quelle renommée ils eurent chez toutes les nations du monde pour ces trois principaux produits de leurs fabriques, les tissus, les cuirs et les armes.

Pendant tout le moyen âge , il n'y eut pas d'objet de luxe plus recherché, plus envié que les étoffes de l'O-

(<) On peut consulter aussi un article du recueil CceeiUa, par M. Dekn, cahier 85, année 1843.

rient ou de TEspagae, les tapis de Perse, les lainages de Cachemire , les soieries de Bagdad , de Valence et de Grenade. Il faut que leur célébrité ait été fort ancienne et se soit étendue fort loin , puisque , dans le vieux poème allemand des Niebekmgen^ il est souvent fait mention des riches et précieuses étoffes de 1* Arabie. Ces $ehâl, que la mode a récemment adoptés pour la parure de nos dames, faisaient, de temps immémorial, chez les musulmans, partie du vêtement des hommes. Les plus courts , appelés scheid , se roulaient autour de la tête, en forme de turbans, et autour du cou, comme des cravates ; les plus longs, appelés sehoieh par les Arabes, et $(Ml par les Persans, se roulaient autour des reins, en forme de ceintures ; et de ces ceintures, facilement détachées, l'on se couvrait la tête, par le mauvais temps, comme d*une tente mobile, comme d'un parapluie. Les Arabes tissaient la laine, le lin, la soie, le coton, le poil de chèvre et de chameau ; ils tissaient jusqu'aux métaux précieux, l'or et l'aident, dont ils entremêlaient les fils déliés avec la laine et la soie , pour la fabrication de ces splendides étoffes appelés brocarts, dont ils eurent longtemps le monopole. On voit, par exemple, qu'à la conclusion d'un traité de paix en 1333 , entre le roi de Castille Alphonse XI, et le roi de Grenade Mouhamad rV, celui-ci fit présent k l'autre a de plusieurs pièces d'étoffes en or et soie, de celles qui se fabriquaient à Grenade {fnueho$ paaos deoroy $eda, de los que ielabravm en Grenada. Cron. del rey Al. XI). » Chez les Arabes, le prince r^nant avait le droit particulier de faire, pour ainsi dire, graver son nom en fils de métal dans le tissu de ses vêtements ; et ce droit, appelé tirax^

était l'un des trois privilèges de la souveraineté, que le khalyfe ne partageait avec personne , pas plus que le droit de frapper la monnaie, et celui d'être nonuné dans la Miotbah^ on prière pnblique du jour saint.

Chez un peuple de nomades, comme les anciens Arabes, qui faisaient une grande partie de leurs meubles, de leurs ustensiles, et jusqu'à leurs tentes, avec les peaux des animaui réduits par eux en domestidté, le chameau, le cheval, le bœuf, le mouton, l'on comprend que la préparation des cuirs ait été l'une des principales industries, et des plus ^timées. Ainsi, le khalyfe Omar, qui avait été corroyeur avant la prédication de Mahomet, continua, sur le trône, l'exercice de son ancien métier, où les Arabes atteignirent le plus haut degré de perfection. Nous donnons en France le nom de maroquin au cuir finement préparé, parce que cette branche de l'industrie des Arabes d'Espagne fîit recueillie, après leur destruction, par les Almora vides de Maroc, qui devinrent les pourvoyeurs de l'Europe entière. Mais le même cuir s'appelle toujours en Espagne cordovan^ parce que c'était Gordoue qui avait possédé, avant Maroc, les grandes fabriques de cuir fin ; et, dans le moyen âge, les Français aussi le nommaient cordouan, d'où s'est formé le mot de cor douanier^ devenu, par corruption et fausse étymologie, celui de cordonnier. Le nom espagnol du soulier, zapato^ celui du cordonnier, zapatero, le mot équivalent de $abattié dans les patois du midi, enfin le mot de $avate^ viennent tous de Tarabe zabt, ou zabat, cuir de chaussure. Ce sont les Arabes, en tous cas, comme ces noms le prouvent assez, qui ont appris à l'Europe les perfectionne-

mentsde Fart du tanneur, du corroyeur et du mégissier. Us lui ont appris également Fart du fourbisseur , du fiibricant d'armes et d'armures. Bien avant que Milan se fût rendue célèbre par la ciselure des boucliers et des cuirasses, les Arabes de Syrie et d'Espagne &briquaient pouT leurs cavaliers ces fines cottes de mailles, dont le léger tissu d'acier n'était pas moins impénétrable au fer des lances et des épées que les lourdes armures de la cbevalerie chrétienne. Quant aux armes offensives, est-il besoin de rappeler la juste renommée dont jouissaient les lames de Damas, de Cordoue et de Tolède? Elles avaient tant de formes et de noms qu'un auteur arabe, Mobammed-al-Hérawy, a fait un livre sur les Notm de ÎEpée (Effna al Saif). C'étaient habituellement des épées et des lances que les khalyfes donnaient en présents aui princes étrangers, comme les rois de l'Europe ont donné depuis des mousquets et des canons aux souverains de l'Asie et de l'Afrique. L'histoire des Arabes d'Espagne offre de cet usage un exemple fameux, lorsqu'on 8S3 et 839, le khalyfe Abdérame II reçut les ambassades des empereurs grecs Michel le Bègue et Théophile, et qu'il répondit aux présents de Byzance par les présents de Cordoue. A la reprise de Tolède sous Alphonse YI, en 1085 , les chrétiens héritèrent des manufactures d'armes établies dans cette ville par les Arabes , et ce fut Tolède désormais qui fournit l'Europe d'armes de luxe. Mais c'étaient les descendants des Arabes demeurés à Tolède qui conservaient seuls, parmi les chrétiens, le secret et la tradition de l'ancienne fabrique. Ce célèbre Antonio, dont parle le vieux roman de Lazarillo de Termes (cap. 4), était un Morisque; et les fameuses

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épiei au petit ehim (Eipadas iel PerriUo, qu'on appelait ainsi à cause de leur marque particulière), dont Genrantes fait mention dans le Don Quithotte (parte II, eap. 17), étaient aussi fabriquées par un Morisque de Tolède, Julian, surnommé del Bey. Gelui-li était surtout renommé pour la fabrication des dagues, des épées larges et courtes. Dans son livre intitulé Plaxa umverud de eiendoi y arte$, publié en 1617, Cristoval de Figueroa mentionne, outre Antonio et Julian del Rey, seiie autres armuriers célèbres, tous de Tolède, Guellar, Sahagun et ses trois fils, etc.; et Ton conserve encore, dans les archives de la municipalité de cette ville, les marques ou empreintes (eutioê) de quatre-vingt-dix-neuf fabricants d'armes. Ce nombre est remarquable, car il était cabalistique chez les sectateurs de l'islam; c'était le nombre des attributs de Dieu, des surnoms de Mahomet, et, par suite, des grains du chapelet musulman. Il est certain qu'après l'expulsion totale des Horisques, en 1614, les manufoictures de Tolède perdirent promptement leur vieille supériorité . et ne fabriquèrent plus que les armes communes. Si l'on veut retrouver la trempe des Arabes, cette trempe perdue pour nous depuis plus de deux siècles , si l'on veut retrouver aussi leur manière de préparer le cuir, de le rendre à la fois très-mince et très-fort, à ce point qu'une simple lanière puisse être un trait de voiture, il faut aller chez la plus belle et la plus vigoureuse des races musulmanes, les Teherkesses ou Circassiens du Caucase. Ce sont eux qui ont recueilli cette part de l'héritage des Arabes.

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