‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 3)Chapitre 42 sur 63 · SCIENCES · texte numérisé non relu

SCIENCES

Agriculture. — L'agriculture méritait le nom de science chez les Arabes, quand elle n'était guère qu'un labeur dans le reste du monde. De ses règles principales, de ses préceptes consacrés par T expérience, ib avaient formé un code de t agriculture. Loin de l'abandonner à des mains ignorantes et routinières, les nobles arabes, comme on Ta vu principalement sous le règne d'Aï- Hakem II, dirigeaient eux-mêmes la culture des terres. Les khalyfes donnaient l'exemple, travaillant aussi de leurs mains, sinon à la charrue, du moins avec la serpe et dans leurs jardins. Ce furent les Arabes qui introduisirent en Espagne la culture du riz et du safran, celle du mûrier, en y établissant des manufactures de soie, celle de la canne à sucre [ioukkar), qui ne fut abandonnée qu'après l'expulsion des Horisques (^), celle enfin du gingembre,' de la myrrhe, du bananier, du sébestier, du dattier, dont il ne reste aucune trace. Ils y construisirent des Hlot ou greniers souterrains, des azequitu (alssakyah), naviles, ou canaux artificiels d'irrigation, des norias (naa'ourah), roues à godets, ou machines pour rassembler, puiser et répandre l'eau (^). Les provinces de

(1) Voir «a chapitre VU da volame précédent, page 399.

Les noms espagnols d'an grand nombre de fruits, d'arbres, de fleurs, de plantes médicinales, YÎennent de l'arabe, et montrent ainsi par qui ils furent introduits en Espagne : JlfroHcogiM, abricot, aUaehofa, artichaut, ol/otijtgw, pistache, aimsjr, alisier, aigarrobot carroubier, algodon, colon, alhéU, giroflée, oMueena, lis, Mahttea, basilic, toOm, plantain, etc. Le mot même de village, oMeo, est arabe. Il signifiait métairie, maison de culture.

p) Dans leur pays sec et brûlant, néceaité l^mgénieui$f comme dit Lafon-

n HISTOIRE DES ARABES

Valence et de Grenade (la première surtout parce que les Morisques y ont séjourné [plus longtemps), où se conservent quelques traditions de la culture arabe, offrent encore le modèle achevé d'un système d'arrosement auquel la huerta de Valence et la vega de Grenade doivent leur admirable fertilité. Don José-Antonio Banqueri a traduit naguère, sur le manuscrit conservé à la bibUothèque de TEscorial, un grand Traité dagriculture (0, composé par Abou-Zakariah-al-Awam , de Séville, qui prouve à quelle hauteur de vues, à quelle perfection de procédés et de pratique, s'était élevée, dans l'Espagne musulmane, cette science nourricière des Etats. Divisé en trente-quatre chapitres, l'ouvrage d'Al-Awam, qui s^appuie sur une foule d'autres auteurs, traite de la connaissance des terres, des engrais, des irrigations, des labours, des semailles, des moissons, du bétail, des jar-

taine, dut apprendre de bonne heure «ax Arabes les avantages et les procédés de l'irrigation. Hérodote raconte ainsi les secours qu'ils donnèrent à Cambyse, lorsque l'armée des Perses traversait le désert de Syrie pour se rendre en Egypte : « Un grand fleuve est en Arabie, nommé Corys, lequel donne dans la mer qu'on appelle Erythrée. De ce fleuve donc, on prétend que le roi des Arabes, par un tuyau qu'il fit de peaux de bœufe crues et autres, cousues ensemble, de longueur à venir jusque dans le désert, conduisit l'eau ; que dans le désert il fit creuser de grands réservoirs pour recevoir et garder l'eau conduite de la sorte, en trois différents endroits, par trois tuyaux, n y a du désert au fleuve douze journées de chemin. » (Hérod. livre ui , trad. de P. L. Courrier.)

Ce sont les Arabes qui ont construit le grand aqueduc de Carmona, qui amène l'eau à Séville de quatre lieues , et l'on peut voir encore à Grenade quels ingénieux moyens ils avaient mis en pratique pour arroser sans travail, au sommet d'une montagne, les vastes jardins de l'Alhamrâ, de manière que l'eau fût d'autant plus abondante que le temps était plus sec et plus chaud. (Voir l'article Alhamrà, au second volume des Muiéef et Europe,)

(1) Tratadode agricuUura, Madrid, tSOt.

ET DfiS MORES D'ESPAGNE. 93

diiis, des arbres, de la greffe, des maladies des plantes et de leurs remèdes^ etc. Cest dans un tel livre que se trouve le secret et la preuve de l'immense population a^lomérée sous le sceptre des kbalyfes, dans des lieux à demi déserts aujourd'hui. « Celui qui plante, dit-il, celui qui sème^et qui fait produire k la terre des aliments propres à l'homme et aux animaux, fait une aumône dont il lui sera tenu compte dans le ciel. »

Médecine. — Mahomet n'avait ni foi ni confiance en la médecine. <x II n'en est pas de meilleure, disait-il, qu'une vie sobre et tempérante ('). » Cependant, lorsque la médecine, ignorée depuis le Romain Celse et le Grec Galien, remplacée par la magie, les évocations, les exorcismes, renaquit de la philosophie, ce fut parmi les Arabes, qui ne séparaient point ces deux sciences. La réputation de leurs médecins était si graade, même chez les chrétiens, qu'on vit un roi des Asturies, Sancho P' venir à Cordoue (en 958), chercher la guérison d'une hydropisie dont il était affecté. Au reste, pour être à la fois court et clair sur ce sujet, bornons-nous à rappeler le nom et les œuvres des principaux médecins arabes qui ont étendu, comme Hippocrate et les Asclépiades, leur influence jusqu'à nous.

C'est d'abord, en suivant l'ordre chronologique, Razy,

(<) Saadi raconte, dans son Gulistan [Jardin des Roses) qu'un prince persan ayant envoyé au Prophète un médecin fameux, Mahomet ne voulut point recourir à son expérience ; et comme au bout de quelques années, le médecin lui faisait des remontrances, il se contenta de répondre : « Notre régime est de ne manger que lorsque notre estomac pousse des cris déchi* rants. » À ces mots, le médecin reprit : « Je comprends maintenant que TOUS ayez si peu besoin de moi. » Et s'étant prosterné la face contre terre, il s'en retourna dans son pays. (Reinaud, Monuments arabes, etc.)

94 HISTOIRE DfiS ARAfiBS

OU Rhasès (Aboa-Bekr-ben-Zakariah-al-Rasy), do Khoraçan, mort vers 923» auteur du Hauri (le Continent)^ ou pandectes de la médecine, ouvrage terminé et publié après sa mort, — d*un célèbre Trodté de la petite virole et de la rougeole^ traduit dans toutes les langues du monde, — et des Dix livres à AUMimiùùr(% qui renfarroeuf, dans un ordre parCait, l'ensemble de la doctrine médicale des Arabes à son époque. Cest ensuite Avicenne (Abou-Âlyal-Hosa'yn-Aben-SynA), né dans un faubourg de Chiraz, en 980, mort en 1037. Cet imàm, ou prince de k médecine, comme il fut nommé, trouva lé moyen, dans une vie pleine d'aventures romanesques, décrire une foule d'importants ouvrages : d*abord ses célèbres CanMS (Kanoun fil thebb, règles, lois de la médecine), traduits eii latin par Gérard de Crémone, dès le m* siècle, puis dans toutes les langues du monde, et qui ont été, pendant six cents ans, le code universel de la médecine, en Asie, en Afrique et en Europe ; puis un Traité d alchimie, un Traité de tnétaphysique (Kitab-al-^h^ah)^ un Traité de fhiloiaphie (Adouyeh'Felasyfeh). etc. Razy et AWcenne étaient Arabes-Syriens. Voici maintenant des Arabes- Espagnols : Albucasis (Abou-al-Kâsem-RbaUf-ben-Abàs), né à Médynat-al-Zohrah, mort k Cordoue, en 1106, dont le livre intitulé Al-Takryf, Méthode de guérir, est proprement un traité de chirurgie, et Averrhoès (Abou-al- Oualyd-Mohammed-Aben-Roschd), né à Cordoue, morti Maroc, en 1198, dont le grand ouvrage en sept livres, appelé Kailyget, est, au contraire , plus spéculatif que pratique.

(1) Cet Al-Mansoiir était un gouverneur du Khoraçon pour les Samanides.

Au reste, si Ton vent juger, sur de plus amples d^ tails, comment la médecine fut cultivée chez les Arabes, on peut consulter la vaste Histoire des médecins d' Abou- Osaïbah (Aboul-Abbas-Mouafiek-Eddyn-Ahmed), médecin lui-même, mort en 1S69. Ce livre est divisé en quinze chapitres, répartis de la manière suivante : l"" De l'origine de la médecine. 2"" Des premiers médecins. 3"* Des médecins après Esculape, A"" De Téoole d'Hippocrate. 5"" De F école de Galien. 6"" De l'école d'Alexandrie avant Mahomet. T Des médecins arabes des premiers temps de l'hégyre. S" Des médecins syriens sous les Abbassydes. 9"" De ceux qui traduisirent les livres grecs en arabe — lO"" et suivants, des médecins de l'Irak, de la Ghaldée, de la Perse, des Indes, de l'Afrique, de l'Espagne, de l'Egypte, de la Syrie (<)•

Chirurgie. — Le préjugé religieux qui d^end aux musulmans l'autopsie des corps humains, rendant impossibles les études anatomiques, devait être un obstade presque insurmontable aux progrès de la chirurgie. Cependant, il est avéré que cette science fut cultivée chez les Arabes avec autant de succès que chez aucun peuple de l'antiquité; et, de nos jours encore, on cherche dans leurs ouvrages des leçons ou des découvertes. Razy avait inventé le séton, avait disséqué et décrit le larynx; Albucasis avait dessiné une foule d'instruments employés

(1) Ou peut consulter aussi les oumiges du savaat professeur J. J. Reiske, eatreautres MisceUanea ob$ervQtkmê$ mêdie<ift» Arabwm mommentiêy et Opuê^ cuia rneéUea esc numuinailir Jrafrtcm, oà il mentionne tous les médeeins cités dans la biographie d'Abou-Osaîbah ; enfin, panni lesourrages phts modernes, l'Histoire de lamédeeme, par Sprengel, traduite de l'allemand pur M. Jourdan, l'Histoire de la médecine^ par le docteur P. V. Renouard, etc.

94 HISTOIRE DBS ARABES

OU Rhasès (Abou-Bekr-ben-Zakariah-aURazy), du Khoraçao, mort vers 923, auteur du Hûioi (le Continent)^ ou pandectes de la médecine, ouvrage terminé et publié après sa mort, — d*un célèbre Tndlé de la petite vérole a de la rougeole, traduit dans toutes les langues du monde, — et des Dix Itères à Al'Man$oùr(% qui renferment, dans un ordre parfait, Tensemble de la doctrine médicale des Arabes à son époque. C'est ensuite Avicenne (Abou-Alyal-Hosayn*Aben-Synft), né dans un faubourg de Ghiraz, en 980, mort en 1037. Cet imâm, ou prince de k médecine, comme il fut nommé, trouva lé moyen, dans une vie pleine d'aventures romanesques, d'écrire une foule d'importants ouvrages : d'abord ses célèbres Canmi (Kanwn fil thebb, règles, lois de la médecine), traduits eh latin par Gérard de Crémone, dès le xu* siècle, puis dans toutes les langues du monde, et qui ont été, pendant six cents ans, le code universel de la médecine, en Asie, en Afrique et en Europe ; puis un Traité dakkimie, un Traité de métaphysique (Kitalhal-^héfah), un Traité de philosophie [Adouyeh'Felasyfeh) , etc. Razy et Avicenne étaient Arabes-Syriens. Voici maintenant des Arabes- Espagnols : Albucasis (Abou-al-Kisem-Khalaf-ben-Abàs), né à Médynat-al-Zohrah, mort à Cordoue, en 1106, dont le livre intitulé AUTokryf^ Méthode de guérir, est proprement un traité de chirurgie, et Averrhoès (Abou-al- Oualyd-Mohamroed-Aben-Roschd), né à Cordoue, morti Maroc, en 1198, dont le grand ouvrage en sept livres, appelé Kallyget, est, au contraire , plus spéculatif que pratique.

[1] Cet Al-Mansoûr était un gouverneur du Khoraçan pour les Samankles.

Au reste, si Ton vent juger, sur de plus amples d^ tailS) comment la médecine fut cultivée chez les Arabes, on peut consulter la vaste Histoire da médedm d'Abou- Osaïbah (Abou*l-Abbas-Mouaflek-Eddyn-Ahmed), médecin lui-même, mort en 1S69. Ce livre est divisé en quinze chapitres, répartis de la manière suivante : l"" De l'origine de la médecine. 2"" Des premiers médecins. 3"* Des médecins après Esculape, A"" De l'école d'Hippocrate. 5"" De l'école de Galien. 6"" De l'école d'Alexandrie avant Mahomet. V Des médecins arabes des premiers temps de l'hégyre. S^ Des médecins syriens sous les Abbassydes. 9* De ceux qui traduisirent les livres grecs en arabe — lO"" et suivants, des mé^cins de l'Irak, de la Ghaldée, de la Perse, des Indes, de l'Afrique, de l'Espagne, de l'Egypte, de la Syrie (<)•

Chirurgie. — te préjugé religieux qui défend aux musulmans l'autopsie des corps humains, rendant impossibles les études anatomiques, devait être un obstacle presque insurmontable aux progrès de la chirurgie. Cependant, il est avéré que cette science fut cultivée chez les Arabes avec autant de succès que chez aucun peuple de l'antiquité; et, de nos jours encore, on cherche dans leurs ouvrages des leçons ou des découvertes. Razy avait inventé le séton, avait disséqué et décrit le larynx; Albucasis avait dessiné une foule d'instruments employés

(i) Ou peut coBsulter aussi les onmiges du savaDt professeur J. J. Reiske, eBtraaatres JftfceikmeœoèfMTO^tonM medieœtx Amlnminommentig, et Opuê^ cuia rneéUea esc numuinailir Jrafrtcm, où il meitioiiiie tous les médeeins cités dans la biographie d'Aboa-Osaibah ; eiAut parai leseorrages pk» modernes, VHiitwre delamédêcme, par Sprengel, traduite de Talleinand pur M. Jourdan, l'Histoire de la fnédednef par le docteur P. V. Renouard, etc.

96 HISTOIRE DES ÀRilBES

dans les opérations chirurgicales ; et, pour ne citer qu*un exemple récent, la première idée, le premier procédé de la lithotritie, Tiennent d'être empruntés au Takryf de ce même Albucasis que Haller, le savant universel, appelait a la source commune où puisèrent tons les chirurgiens postérieurs au xiv* siècle ('). »

Si les Arabes avaient porté si loin la science de guérir, ce n'était pas seulement par les facultés de réflexion, d'analyse, d'expérience, propres à une nation studieuse et savante ; c'était encore en aidant la médecine des sciences naturelles qui lui fournissent ses moyens d'opérer : Botanique — d'abord la botanique, dont l'étude et la connaissance étaient chez eux tout à fait populaires ; Chimie — puis la chimie, inconnue en quelque sorte de l'antiquité, et dont ils nous ont donné les premiers élé^ ments. On la nomma d'abord alchimie, (de al-hymia) mot heureux, en ce qu'il montre la science arabe sortant de la science grecque. Le plus nécessaire de ses instruments opératoires, l'alambic, et plusieurs de ses produits principaux, les alkalis, l'alkohol, l'alkermès, etc., font assez connaître leur origine parles noms qu'ils portent encore. C'est Tapplication de la botanique et de la chimie à la

(<) « Communis quasi font sH, ex qw) recerUiores secuU imprimis xiv chi- « rwrgi hawenmU »

Voici comment la traduction latine fait parler Àlbncasis : <c Aecipiaiur inttnmentum quod nominant moshabarbbilia , et guaviter introducatwr in virgam, et volve lapidem m medio vesicœ, et H fuerit molUs fnmgitur et emt. » {Liber theo, et pract.) Le texte arabe donne la figure de l'instrument, dont l'usage est plus longuement et plus clairement décrit dans la traduction anglaise du docteur Clianning (Oxford, 1778). — Voir aussi, sur ce point, le Journal des Progrès des sciences médicale, vol. 2, et la lettre du docteur Civiale à M. le chevalier de Kern, page 2.

médecine qui a fait naître la pharmacie , science moderne aussi 9 dont l'Arabe Àben-Zohar passe pour Fun des premiers fondateurs.

Pharmacie. — Cet Aben-Zohar (Abou -Mérou&n-ben- Abd-al-Melk-ben-Zohr) , mort très-yieux à Séville, en 1261 , qui fut médecin de TAlmoravide Youzef-ben-Taschfyn» et raaltre d' Averrhoès, est auteur du livre intitulé Teicyr qu'on a traduit par Rectificatio medicationi$. A la même époque vivait le célèbre botaniste Aben-Bitar (Abd-Allah-ben- Âhmed-al-Béïthar, ou fils d'Ahmed le Vétérinaire), né près de Malaga, et mort en 1248. Son Recueil des médicaments simples, (Djamé Aladouiat Almofrédat), qu'on appelle communément Kitab Almofrédat (Livre des simples), passe pour un excellent ouvrage, plus méthodique, plus complet, mieux appuyé sur l'expérience et l'observation que ceux de Dioscoride, deGalien et d'Oribase. C'est l'avis de Miguel Casiri, qui a traduit dans sa Bibliot. Hisp. Arab. E$c., la belle préface d'Aben-al-Beïthar; et aussi de Juan Ândrès, qui rapporte les études et les voyages faits par ce savant médecin, en Europe, en Afrique, en Asie, pour tout apprendre ou tout vérifier par lui-même. Avant ces deux célèbres Andalous, Aben-Zohr et Abenal-Béïthar, Razy avait introduit l'usage des minoratifs ou purgatifs doux, laçasse, le séné, le tamarin. Successivement, les médecins arabes se signalèrent par l'invention de sirops, d'esprits^ d'eaux distillées, d'emplâtres, de pommades et d'onguents. Ces connaissances médicales des Arabes se transmirent aux Mores, et jusqu'aux descendants de ceux-ci, faits chrétiens. L'un des historiens de l'expulsion des Morisques dit, en peignant les mœurs de ce peuple déchu : « Les Morisques se traitent eux-

f • miTOIRB BI9 ARiKS

mêmes dans lewi maladies» et n'a{ipellant jamais ds médecins; aussi vivent-ils qnatre-vingts et œnt ans. Leurs chirurgiens opèrent, avec des onguents, des cures merveilleuses. » (iinar, EipMon de lo$ Mameoê, parte II.) Le persécuteur des Morisques, le cardinal Ximenes de Cisneros, âgé dégè de soixante-quatre ans, miné par une maladie lente, abandonné des médecins chréti^&s, se remit aux mains d'une vieille femme more, qui le guérit oomplétem^it et lui donna dix-sept ans de vie. Philippe ni aussi, dans sa jeunesse, fut guéri par un Morisque appelé Pachet. (H. de Gircourt, Hiitoire des Mores vmijares, i. H, p. 79, et t. UI, p. 162.)

Histoire nalètrelle. — En général, toutes les hrancbes de r histoire naturelle étaient également cultivées par les Arabes, qui, fervents disciples d'Aristote et continuateurs de ses œuvres, nous ont laissé de nombreux traités sur les animaux, les plantes, les métaux, les pierres précieuses, les fossiles, etc. Le plus important de ceux qui nous restrat est le livre d* Al-Kacwiny (Zakariah4)en*Hohammed-bai- Mabmoud, de Kazwin, ou Gasbin, mort en 1283), qu'on a surnommé le Pline des Orientam. Ge livre d'Al-Kazwiny, intitulé Adjaib-d-Mcàbucâi wa GharoiiHiJ^Mawdât, renferme deux parties distinctes, dont la première traite de r astronomie, tandis que la seconde, beaucoup plus intéressante, et consacrée à ce que lauteur nomme les Etres inférimÊTS (Olsa-feb/âl), donne une description des Troii Règnes de U nalure. H. de Ghézy en a traduit plusieurs chapitres, que M. Silvestre de Sacy a recueillis et annotés dans sa Chrertomsahie arabe (tome UI). On vmra, en les consultant, que Eazwiny n a point usurpé son beau surnom, car il a su, à la manière des grands pein-

très delà nature, Aristote, Pline, Buifon, Cuvîer, réunir le style à la science, et parer des sujets sérieux d'une forme attrayante.

Parmi les naturalistes andalous, il faut remarquer et citer Issa-ben-Aly-al*Sadita, surnommé Al-Garnatby ou le Grenadin, qui, dans le xiy* siècle , a écrit un gri^nd Traité de la diasse^ en près de trois cent cinquante chapitres, où se trouve l'histoire naturelle de tous les animaux qui servent comme auxiliaires ou comme but de la chasse : d'une part, les chiens, les chevaux, les oiseaux de fauconnerie ; de l'autre, toutes les races diverses de gibier. Casiri parle avec éloge de ce livre curieux , que, malheureusement, ni lui ni d'autres n'ont traduit. Mathématiques. — Les Arabes connurent toute h science d'Euclide (')• Hais aux mathématiques des Grecs ils ajoutèrent des parties entièrement neuves, telles que l'arithmétique moderne {K Im-al-Hhésàb) ^ dont les opérations n'étaient point possibles avec les chiffres appelés latins, et l'algèbre (Al-Djebr'Oua^'Mokabélah) dont le nom dit assez l'origine (^).

(1] Qu'ils nomUieiit Oklyd, et de qui d'SL^Iielot cite jusqu'à seize traducteurs.

p) « (7e6r, c'est de cemot joint avec l'article que nous avons fait algèbre, « qui est trabe tout pur, et qui signifie proprement la réduction des nora- « bres rompus À un nombre entier. Cependant les Arabes ne se servent ja- « mais de ce mot seul pour signifier ce que nous entendons par algèbre, « mais ils y joignent toujours celui de mocabelah, qui signifie opposition et m comparaison. Ainsi algebr u aimocabelah, que les Arabes rangent dans les « règles d'Elm'^i^Heudb, c'est-à-dire de l'arithmétique, est proprement « chex eux ce que nous appelons algèbre. Il ne faut donc pas croire que cette « science tire son nom du philosophe et mathématicien nommé Geber, que les a Arabes appellent Djaber, ni moins encore confondre le mot gebr avec celui « de^e^ (nom d'un livre cabalistique.) n (D'Hbrbrlot, ^«6(101. orierUale,)

Astronomie. — Us connurent aussi la science d'Hipparque et de Ptolémée, et ne retendirent pas moins que celle d'Euclide. Ayecleur goût du recueillement et de la méditation » leur esprit porté aux découvertes et aux aventures 9 il n'est pas étonnant que les Arabes aient cultivé V astronomie, dont on place l'antique berceau chez les Ghaldéens, leurs voisins. Mais de cette asUronomie rustique qu' ils pratiquaient de temps immémorial, les Arabes, s aidant des mathématiques dans leurs observations, avaient fait une science nationale, dont, seuls, ils entretinrent le feu sacré entre la chute de l'empire romain et la renaissance.

On peut voir, dans Y Histoire de t Astronomie au moyen âge, par Delambre, quels progrès firent les Arabes sur les Grecs dans la trigonométrie, l'analemme et la gnomonique. « Le nombre des observateurs, dit Delambre, fut plus considérable chez les Arabes qtie chez les Grecs ; ils eurent de meilleurs instruments... Les Arabes appliquèrent leur trigonométrie aux problèmes célestes. Us paraissent les premiers auteurs des différents systèmes sur la division du ciel... Us donnèrent une forme plus régulière et plus géométrique à la doctrine des directiom et des profections, si même ils n'en sont les véritables inventeurs ('). » En rappelant que le résumé vulgaire de la science des cieux, mis à la portée et à l'usage de tous, se nomme encore Al-Manak, il suffira de citer quelques noms et quelques œuvres parmi les astronomes arabes :

(1) Delambre adonné d'assez longs détails sur les travaux des astronomes qu'il appelle Albategnius, Alfragan, Thébilh, Ibn-Jonis, Aboul-Wefa, Alpé- Irage, Arzacbel, Geber, Aboul-Hassan ; puis sur Alphonse X, Sacrobosco, Hegiomontanus elles autres disciples des Arabes jusqu'à Viëte.

Aifergan (Ahmed-ben-Kossayr-al-Fergany), qui vivait soas le khalyfe Al-Mamoun, mort en 833. On le surnomma AUHacyb, ou le Calculateur. Son Introduction à t astronomie est un abrégé de l'il/ma^estedePtolémée, ou plutôt de toute l'astronomie grecque, qu'il répandit' ainsi et naturalisa parmi ses compatriotes. — Abou- Mansoûr (Yahyah-ben-Aly), né en 855, surnommé Al- Mounédjem ou ï Astronome. C'est lui qui fut placé par les successeurs d'Al-Mamoun à la tète des savants réunis à Damas et à Bagdad. Il passe pour Fauteur de la Zidgé ou Table vérifiée, qui fut rectifiée, dans le siècle suivant, par Aboul - Wafia (Mohammed - ben - Yahyah - Abou'l- Ouafia-al-Mouzdjany). — Albategnius (Mohammed-ben- Djaber-al-Batany), né en 877, mort en 9^9. Sa fameuse Table Sabéenne (Ziàgé-Saiby) a été traduite sous le titre de ScienHa slellarum ; on y trouve la première notion des tangentes et des sinus. Al-Batany avait reconnu, par l'observation d'une équinoxe, que l'année de trois cent soixante-cinq jours était trop courte; il mesura l'obliquité de récliptique, et découvrit le mouvement de l'apogée du soleil. Cette découverte a le plus illustré son nom. a Elle a marqué, dit Bailly, les travaux des Arabes. Cest une pierre qu'ils ont mise à la construction de l'édifice du monde ; elle y ^t restée pour leur gloire, et pour celle d' Albategnius... le plus grand astronome qui ait paru sur la terre depuis Ptolémée. » Lalande aussi le place parmi les vingt plus célèbres astronomes qui aient vécu jusqu'à nous. « Albaiegni, dit Delambre, rendit à la trigonométrie le service le plus signalé en substituant les sinus aux cordes... Il emploie les sinus verses, qu'il a le premier introduits dans la

lOt HISTOIRE DES ARABES

pratique de la trigonométrie sphériqae. » — Abon- Ryhan (Mohammed-ben-Ahiîied-al-Byrouny), mort en 941, surnommé AUMohakak, ou le Très-Subtil, auteur d'une Table astronomique, d'une Géographie, etc. — Al- Soufy, du SJioraçan, mort en 986, qui a laissé, outre sa Table, un Catalogue des étoiles fixes et un Traité sur la projection des rayons. — Ibn-Jonis (Aly-ben-Abd-al-Rbaman- Ebn-Younis) , né en 979, mort en 1008. Le résumé de ses travaux se nomme Eidgé-Ibn-Younis ou Ziàgé-Hahémy. Table hakémite. C'est, de toutes les Tables arabes, la plus complète et la plus célèbre. Ibn-Younis était aussi poète et musicien . — Al-Hacen (Abou-Aly-al-Hassan), mort au Caire, en 1038. Il est très-connu par son fameux Trait^ d optique, traduit sous le titre Alhaken optieœ thésaurus, et par son Traité des crépuscules [lAber de crepusculis et nubium ascensionibus). Il a prouvé, par les phénomènes de la réfraction, que l'espace au delà de l'atmosphère, Yéther, qu'il nommait la substance du ciel, est composé d'une matière plus rare que l'air respjrable. — Abou-Raghel (Aly), qui vivait à Cordoue dans le XI* siècle, est l'auteur du livre traduit sous le titre De judidis seu fatis stellarum, qu'on regarde comme l'origine d'une science vaine qui se propagea vite parmi les crédules esprits du«moyen âge, et dura plus que lui, l'astrologie judiciaire. Le dernier terme de cette science> parmi les Arabes, est le livre d'Al-Bouni (né au xm* siècle à Bouna, aujourd'hui Bône, l'ancienne Hippone), et qui a pour titre <So(et( des connaissances. <c II passe, dit M. Reinaud (Monuments arabes, etc.), pour renfermer les secrets les plus surprenants, et les musulmans ne le lisent, comme le Roran, qu'en état de puretés »

ET DIS MORRS D'BSPA6NE. lOS

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