‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderneChapitre 10 sur 32 · REVENUS PUBLICS · texte numérisé non relu

REVENUS PUBLICS

Le trésor des.khalyfes s'alimentait de deux sources principales : le produit des mines et celui des impôts.

M%ne$. — Comme les anciens maîtres de l'Espagne, les Arabes avaient su mettre à profit ses richesses cachées. La fécondité métallique de cette contrée fut trèscélèbre au temps des premières colonies, et dut être, en effet, considérable, puisqu'on la fit en quelque sorte fabuleuse. Si l'on en croit Hérodote, Aristote et Diodore de Sicile, les Phéniciens trouvèrent en Ibérie une si grande quantité d'or et d'argent, qu'ils remplacèrent dans leurs navires, par ces métaux précieux, tous les ustensiles de fer et de plomb. Aristote assure même que, des bergers ayant mis le feu aux forêts, et la terre s'échauffant par l'incendie, on vit l'argent couler des montagnes (') Strabon rapporte (^) qu'on tirait des seules mines de Garthagène vingt-cinq mille drachmes d'argent par jour, et qu'à l'arrivée des Carthaginois, ce métal était si commun que les naturels du pays en faisaient jusqu'à leurs vases de ménage, jusqu'aux mangeoires de leurs bestiaux. L'or roulait dans les sables de plusieurs ri-

(1) <c In Iberid, combustis aliquando àpastoribus sylvis, caknteque ignibus terra, manifestum argentum defltixisse.» {Hist. nat.) On croit que de ce vaste incendie (deicup ou pyr, feu), vient le nom des Pyrénées.

p) Geogr., lib. m.

vières, entre autres dans le Tage ( Tagus aurifer), et les montagnes de Gazorla» où se trouve la source da Guadalquivîr, s'appelaient sous les Romains Argentariut Mom. Le Mexique et le Pérou n'offrirent pas de plus grandes richesses aux avides compagnons des Cortez et des Pizarro. A l'époque des Arabes, le produit des mines de l'Espagne était bien diminué sans doute, mais il n était pas épuisé comme il parut l' être depuis, et les fouilles se faisaient encore avec succès ('). Ijours- historiens rapportent que, sous le règne d'Al-Hakem II (de 961 à 976), on exploitait, soit par l'État, soit par les particuliers, des mines d'or et d'argent dans les montagnes de Jaen, de Bulche, d'Aroche, et dans celles des Algarves, sur les bords du Tage (en Portugal, ) ainsi que deux mines de rubis près de Beja et de Malaga. On exploitait aussi des mines de vif-argent, d'ambre, d'aimant, de souffre, d'antimoine, etc. On péchait en outre le corail sur toutes les côtes d'Andalousie et les perles sur celles de Catalogne. Au reste, il n'existe pas de renseignements assez précis pour évaluer, même approximativement, le revenu de ces mines (^).

Impôts. — Les impôts, sous les khalyfes arabes, étaient de deux espèces : les uns se payaient en nature, les autres en numéraire. Le principal impôt de nature, appelé azaque [aUzagah) était une dîme levée sur tontes les productions du sol, en y comprenant les troupeaux.

(*) L'on a récemment retrouvé et l'on exploite aujourd'hui, dans le royaume de Grenade, plusieurs abondantes mines d'argent, celle de la Encamadon par exemple, et une autre près de Guadalajara.

p) En Turquie, aujourd'hui, le sultan prélève le cinquième du produit des mines de métaux exploitées dans l'empire; rien sur les mines de pierres précieuses.

Mais cette redevance du dixième des fruits en nature, considérée comme un avantage pour le contribuable, n'atteignait que les terres possédées par des musulmans, et nommées terres dédmales. Les propriétés des sujets du khal^ non^musulmans, qui s'appelaient terres (nfrtitaires^ étaient soumises à un droit fixe, en argent, exigible quels que fussent la quantité des récoltes et le prix des denrées. Les musulmans étaient comme les métayers du khalyfe; les non-musulmans, comme ses fermiers. Outre ce droit fixe sur les propriétés tributaires, les impôts pécuniaires étaient de deux sortes : le charage {alrStàioradj)^ ou droits d'entrée et de sortie, soit aux frontières (douanes), soit dans les villes (octrois), sur les denrées et marchandises, et le laadil (tadyl), ou capitation sur les chrétiens et les juifs. Ce mot tddyl signifie égalisatiùn; c'était un tribut particulier, une espèce de rachat, qui égalisait les non-musulmans aux musulmans pour la protection aux personnes et aux propriétés. Le khalyfe Aly avait dit de ses sujets chrétiens et juih : « Certes, ils ne sont soumis au tribut que pour mettre au même niveau leur sang avec notre sang, et leurs biens avec nds biens. »

Au temps de la plus grande puissance des khalyfes (c'est sous le règne paisible d'Al-Hakem II que les historiens font cette évaluation), les revenus de l'empire, en ar|;ent, et sans compter le produit en nature de Vazaque^ s'élevaient chaque année à douze millions de mitcales d'or, c'est-à-dire au moins à trois ceiits millions de notre monnaie française (*). Ces revenus divers, perçus par les

(^) Le miteale (mitskâl) fat, comme la dohla, une monnaie arabe intro-

collecteurs impériaux dans les villes et les campagnes, étaient affectés aux dépenses générales de F empire, c'est- &-dire aux salaires des divers employés de TEtat, à l'entretien des armées et des jQottes, à celui des mosquées, des hôpitaux et des écoles, à la construction ou répara^tion des édifices publics , des places de guerre, des chemins et des fontaines, au rachat des captifs et au soulagement des pauvres.

Autres revenus du khalyfe. — Outre les impôts réguliers, le khalyfe avait quelques autres branches de revenus. Ainsi, sur tout le butin de guerre, un cinquième était prélevé pour lui avant le partage entre les soldats de Tarmée. Cet usage existait depuis Mahomet (^), et la part du Prophète^ devenue part du khalyfe, fut envoyée

duite dans les États chrétiens d'Espagne. Ferdinand P' (vers 1050) fit au monastère de Cluny on cens ou rente annuelle de mille mitcales d'or, et la reine Urraqne, en 1113, vendit à don Diego Femandez une ville et un district, près de Burgos, moyennjint 500 mitcales d'or. Mais le mUcale, différent de la dobla, avait une valeur propre et déterminée. D'après un règlement du khalyfe Omar, le dirhem ou drachme était de quatorze karats, et le mitskal de vingt karats, chaque karat pesant cinq grains d'orge ^ Pedro de Cantos-Benitez, dans son Escrutinio de monedas antiguas, dit que le mîtcale d'argent valait la dixième partie du maravédi d'or, c'est-à-dire cinq réaux de veillon actuels, ou 1 fr. 30 c. Gomme le dinar d'or valait vingt dirhems d'argent, et comme le mitcale d'or et celui d'argent pesaient le même poids de vingt karats, il est naturel, d'après la proportion, à cette époque, de la valeur des deux métaux, de donner au mitcale d'or vingt fois ]a valeur du mitcale d'argent. En ce cas, le revenu pécuniaire du gouvernement arabe s'élevait au delà de 300 millions de francs.

(*) « Sachez que, lorsque vous avez fait un butin, la cinquième part en revient à Dieu, au Prophète, aux orphelins, aux pauvres et aux voyageurs. » (fi'oran, sourate VIII, V. 42.)

* Cependant Ebn-Khaldonn ne porte qu'à 72 grains d'orge moyens le poids du mluktU â*or.

aux monarques d'Orient, tant que T Espagne leur fut soumise. Depuis Abdérame, elle resta aux khalyfes de Cordoue, et, depuis Aben-al-Hamar , aux émyrs de Grenade. On appelait ce quint du khalyfe le lot de Dieu^ parce que, suivant la prescription formelle de Mahomet, il devait être employé en bonnes œuvres (').

Le trésor particulier du khalyfe se grossissait encore du produit des successions en déshérence, et, de plus, des dons que lui faisaient ses sujets, soit qu ils fussent offerts par une province, une ville, une tribu, en reconnaissance de quelque faveur, soit qu'ils fussent l'hommage de simples particuliers (*). Parmi les dons de cette dernière espèce, il en est un qui mérite d'être cité; il prouvera quelle était la richesse du prince auquel des sujets pouvaient présenter de semblables offrandes. Abdérame III ayant donné la charge de wazir du conseil d'Etat à Abd-al-Malek , frère de son favori le wali Ahmet-ben-Sayd-Abou-Amer , qui revenait d' une heureuse expédition contre les chrétiens de Galice, Ws deux frères lui offrirent à cette occasion , avec le cinquième du butin, un présent personnel, dont voici la composition, suivant l'historien Aben-Rhalekân : Quatre cents livres d'or pur de Tibar, la valeur de quatre cent vingt mille sequins [zéquh] en lingots d'argent, quatre cents livres d'aloës , cinq cents onces d'ambre, trois cents

(1) Le même prélèvement du cinquième sur le butin de guerre, et le même emploi charitable de ce cinquième, se font encore en Turquie, pour et par le sultan.

(2) Les rois d'Espagne, jusqu'à nos jours, ont souvent reçu de ces contributions volontaires qu'on appelait donalivos. C'était, entre autres, l'unique revenu qu'ils pussent tirer des trois provinces basques, Biscaye, Alava et Guipuzcoa.

onces de camphre précieui, trente pièces d'étoffe d'or et de soie , cent dix fourrures de martes fines du Khorasan, quarante-huit caparaçons d'or et de soie tissus à Bagdad, quatre mille livres de soie en pelotons, trente grands tapis de Perse et cent petits tapis pour la prière, huit cents armures de fer bruni pour chevaux de ba« taille, mille boucliers, cent mille flèches, quinze chevaux arabes de haute race et cent chevaux d'Afrique et d'Espagne, avec de riches harnachements brochés d'or, vingt mulets de bât avec litières et longues couvertures, quarante jeunes garçons et vingt jeunes filles esclaves. Ce présent était accompagné de vers ingénieux et délicats composés par celui-méme qui l'offrait, le waU Âhmet-ben-Sayd. Sans poésie , le don n'eût pas été corn* plet, ni le donateur un homme accompli.

Dans la répartition des revenus publics, les khalyfes, qui étendaient sur le mal ou trésor de l'Etat, comme sur toutes choses ('], leur absolu pouvoir, s'attribuaient une part immense et proportionnée aux charges qu'ils avaient à supporter. Outre les dépenses du palais, où la magnificence asiatique entourait d'une pompe sans égale le chef de la nation et de la foi , les khalyfes soldaient une troupe d'environ douze mille cavaliers, seul. corps permanent de l'armée, qui formait leur garde personnelle. Us entretenaient également, dans toutes les vil* les importantes de l'empire, des bibliothèques publiques et des écoles gratuites. La madrézah, l'école attachée k la mosquée impériale de Cordoue, ne comptait pas

(1) Ils étaient, par exemple, maîtres des fleuves, des chemins, des rues, de tout ce que nous nommons propriétés publiques.

moins de trois cents orphelins élevés à leurs frais. Les soins et les dépenses consacrés par enx à Tinstruction générale s'étendaient fort loin : ils avaient, par exemple, dans les villes de Mauritanie, d'Egypte, de Syrie, d'Arabie et de Perse, des envoyés dont Tunique fonction était de leur transmettre les ouvrages que les poètes ou les savants de. ces pays mettaient au jour, de les tenir au courant des découvertes et des progrès faits dans les sciences et les arts. Il existait aussi, sur les principales routes, des auberges publiques, appelées mendls (menzât\, ouvertes gratuitement à tous les voyageurs. C'était ï hospitalité du khah/fôi qui l'exerçait ainsi d'un bout à l'autre de l'empire. A la pratique de ce devoir, si sacré parmi les Arabes, le khalyfe, comme imàm suprême, ne pouvait manquer de joindre celle de l'aumône, l'une des cinq colonnes de l'islam (^). Aussi répandait-il, sur tous les pauvres de ses états, d'immenses et continuelles largesses. C'était par des actes de charité, de bienfaisance, quêtaient toujours célébrées les fêtes du culte et les réjouissances nationales : seule compensation possible aux vices monstrueux, aux abus révoltants du pouvoir absolu, comme la taxe des pauvres , en Angleterre, est la seule compensation possible aux vices et aux abus du régime aristocratique , qui met en présence l'extrême richesse et l' extrême pauvreté .

(1) « L'édifice de Tislam, disent les docteurs musulmans, est appuyé sur cinq colonnes : la profession de foi, la prière, la dîme aumônière, le jeune et le pèlerinage à la Mekke. »

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VICES DE LA CONSTITUTIOl?.

L'institution à la fois religieuse et politique laissée par Mahomet à son empire naissant, favorisait sans doute les entreprises de prosélytisme armé qu'accomplirent ses successeurs immédiats. Cette concentration de tous les pouvoirs, cette unité de commandement, secondée par toute la première ferveur de l'enthousiasme religieux, était admirable pour la conquête. On a vu avec quelle merveilleuse rapidité les Arabes étendirent dans toutes les directions l'autorité des premiers vicaires de Mahomet. Aveuglément dociles au signal de leur roi-pontife, ils s'élançaient à la conquête du monde avec le fanatisme argent et résigné de martyrs qui se dévouent pour leur foi. Mais lorsqu'ils eurent atteint les bornes que la nature et leur petit nombre mettaient à cet agrandissement colossal, lorsque T ardeur délirante qui les poussait en avant se fut refroidie, et qu'ils pensèrent à s'établir dans les immenses possessions qu'ils avaient si rapidement acquises, il devint évident, dès l'origine, que cette institution, si favorable à la conquête, était peu propre à la conservation, et que leur gigantesque empire, privé de base, mal constitué, mal uni, portant dans son sein d'irrémédiables germes de mort, était menacé d'une chute aussi rapide, aussi éclatante que l'élévation.

Arrêtés en Espagne par le mauvais succès de la guerre des Gaules et l'extermination de l'armée d'Abdérame rémyr dans les champs de Poitiers, les Arabes, au milieu des querelles intestines qu'entretenaient, loin du siège de l'empire, la rivalité et l'impunité des chefs.

étaient tombés aussitôt dans un tel état d'affaiblissement, 'qu'ils ne purent éteindre cette faible étincelle de résistance allumée dans les montagnes des Asturies, d'où partit r incendie qui acheva de les consumer. Ce ne fut que par leur rupture avec l'Orient, par un schisme, par un démembrement de la grande unité musulmane, qu'ils purent conjurer leur ruine immédiate. Abdérame l'Omméyade, en groupant autour de son trône, que les Abassydes nommaient usurpé , toutes les forces des Etats de r Occident, leur rendit quelque vigueur et quelque stabilité. Que l'on étudie les vices de la constitution du khalyfat de Cordoue, identiquement semblable à celle du khalyfat de Damas, et Y on découvrira les véritables causes de la décadence et de la ruine du double empire des Arabes.

StACcesiion au trône. — En constituant son empire, Mahomet commit un oubli fatal : comme il n avait que des filles, qui ne pouvaient exercer la royauté, parce qu'elles ne pouvaient exercer le sacerdoce, il ne régla point la succession au trône. Après lui, le khalyfat fat d'abord [électif; puis bientôt les khalyfes s'attribuèrent le droit d'élection, en le bornant à leur famille, ce qui établit une sorte d'hérédité dynastique. La couronne n'était donc ni proprement élective, ni proprement héréditaire ; le monarque choisissait son successeur parmi ses enfants, lorsqu'il en avait qui fussent mâles et majeurs. Vainement peut-on dire que cette coutume avait un côté favorable, en ce qu elle établissait entre les fils et petits-fils du prince régnant l'émulation de mériter la préférence, en ce que cette préférence pouvait tomber sur le plus digne. Elle ne produisait le plus habituelle-

meut que de désastreux effets, parce qu elle excitait entre eux, dès leurs premières années, la jalousie et la rivalité. Leurs droits étant égaux par la naissance, et chacun d'eux pouvant prétendre au choix de son père ou aïeul, il était rare que ce choix, souvent mal constaté, quelquefois omis complètement, fût leur loi suprême, et qu'entre frères, oncles et neveux habitués à se regarder en ennemis, le sang des guerres civiles ne baignât pas les marches du trône, dès qu il était vacant (').

Pouvoir des walis. — D'une autre part, dans l'impuissance d'exercer personnellement sa domination sur tout l'empire , le khalyfe avait , dans les provinces, des lieutenants, lesquels, institués en vertu d'une délégation de son autorité absolue et générale, se trouvaient, comme lui-même, investis de tous les pouvoirs* Us étaient à la fois commandants des troupes, administrateurs civils, receveurs des impôts, juges d'appel, etc. Cette exorbitante autorité, qui n'était ni partagée, ni balancée par aucune autre, leur donnait facilement le désir et les

(^) Les sultans othomans de Gonstantinople ne trouvèrent qu'un remède i ce vice de la constitution : celui de tenir enfermés et captifs dans le sérail tous les membres delà famille impériale, ou, mieux encore, de faire étrangler tous leurs compétiteurs possibles à la dignité suprême. Othman P', dèl 1299, donna l'exemple de ce remède héroïque en tuant de sa main son onde Dundar-Ëlb. Après lui, Bayézid l^^ (Bajazet) fit mourir son frère unique; Monrad II, ses quatre frères ; Sélim P"^, cinq frères et neveux ; Mourad IIT, cinq frères; Mouhamad III, le jour même de son avènement, dix-neuf firères, etc. (Monradgea d'Ohsson , Tableau de Vempire othoman) . Rien de semblable, il fiiot le dire en Thonneur des dynasties arabes, ne se rencontre dans l'histoire de Damas et de Cordoue ; et ce moyen n'eût pas été d'un facile emploi dans les familles des khalyfes que la polygamie avait prodigieusement étendnes. Selon le recensement de la famille des Abassy des, fait en 8i6, elle se eon^ posait, en princes et princesses, de 33,000 âmes.

moyens de la rendre indépendante. Pour peu quàla mort d'un khalyfe, sa couronne fût disputée entre divers prétendants, les walis, favorisés par les querelles de la famille impériale, résistaient rarement à Fenvie d'y trouver un prétexte pour dénier F hommage au vainqueur, et pour s'ériger en souverains. De là, tant de révoltes si longuement soutenues, si péniblement étouffées. Puis, quand la dynastie succombe, le khalyfat périt avec elle, et l'empire, démembré, mutilé, coupé en tronçons, n offre plus qu'une anarchie de petits Etats, rivaux, ennemis, qui, pour mieux s entre-déchirer, appellent Fennemi étranger, et jusqu'à l'ennemi religieux.

Diveifiité "des races . — Ces deux causes éternelles de discorde, l'incertaine succession au trône et la trop grande puissance des walis, étaient, d'ailleurs, singulièrement favorisées par la diversité des races et des tribus qui formaient la nation, et qui vivaient distinctes, sé|farées, rivales, quoique soumises au même sceptre. C'étaient des Arabes, des Syriens, des Egyptiens, des Berbères, puis des chrétiens, defs juifs, des idolâtres. Toutes ces grandes familles, et toutes les infinies subdivisions qu'elles renfermaient, faisaient autant de partis, autant de factions, toujours divisées par des jalousies de caste ou des haines de croyance, toujours prêtes à mêler aux dissensions générales leurs inimitiés particulières. Les familles nobles se disputaient la préséance jusque dans le conseil d'Etat, sous les yeux du khalyfe, et souvent leurs inimitiés séculaires éclataient en combats singuliers ou même en assassinats. L'on a vu quelle longue perturbation causa dans l'empire la révolte des Hafsoun, qui s'était allumée probablement à la vieille querelle des

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Yéménytes et des Arabes du Hedjaz, et qui se recruta surtout parmi les Mozarabes et les juifs contre les masalmans. Cette fatale disposition des choses et des esprits avait pour résultat qu'il sufQsait à un rebelle d*être attaché par les liens de T affection, et même par ceux du sang, à Tune des races, ou tribus, ou croyances, pour avoir aussitôt un parti formé. Le même effet des mêmes causes se reproduisit dans le royaume de Grenade. Là, sous les successeurs d'Aben-al-Hamar, la nation n'était plus séparée, comme sous les khaiyfes de Gordoae« en grandes divisions de races, de peuples et de cultes, telles que les Arabes, les Berbères, les chrétiens ; mais elle était morcelée en tribus, presque en familles, telles que les Abencerrages (Beny-Séradj), les Zégris (Zéyrys), les Gazules (Djézoulys), les Zénèles (Zenatys), les Gomares (Ghomârys), les Masamudes (Mésamédys), ete.; et les rivalités, devenues plus personnelles en se rétrécissant! n'en étaient que plus vives et plus archarnées.

Gomme s il neût pas suffi que tant d'origines et de facilités données à la révolte produisissent incessamment des dissensions intestines, certaines règles religieuse venaient encore s opposer à ce quelles fussent rapide» ment et radicalement étouffées. Telle était cette coutume d'Aly qui défendait que, dans la guerre entre musol^ mans, on tuât l'ennemi hors du champ de bataille, qu'on le poursuivit au delà d'un canton, et qu'on bloquât ses places plus d'une semaine. Cette coutume, en donnant aux vaincus le moyen d'échapper et de réparer leurs pertes, éternisait la guerre. Gomme on Ta vu dans le récit des événements historiques, ce ne fut qu'avec r assen timent de ses généraux, de ses conseillers du divan.

et de ses imÂms de YAjama^ qu'Adérame III prit le parti de violer la coutume d'Aly à Tégard du rebelle Kalêb-Ben-Ha&oun, pour étouffer une sédition qui « depuis un demi-siècle, désolait F empire.

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