CIVILISATION DES ARABES
Il serait sans doute superflu de tracer ici T historique des connaissances qu'acquirent successivement les Arabes; notre sujet se borne à constater quel fiit l'état» quelle fut Tencyclopédie de ces connaissances, et jusquovi les Arabes étendirent, par leurs travaux, les diverses branches dont se compose l'arbre de la science humaine.
Cependant il faut expliquer une nouvelle et singa- Hère bizarrerie de leur destinée. Tout à l'heure, nous faisions comprendre, par les faits de l'histoire, comnient la civilisation des Arabes avait disparu de l'Espagne sans se retrouver en Afrique. On est en droit de demander comment la civilisation des Arabes ne s'est pas retrouvée même en Arabie. La réponse est fort simple :
HISTOIBE DES ARABES ET DiSS MORES D'ESPAGNE. 67
elte n'y â jamais pleinemcfut ëiMé. G est hotg de leur pays ARtal, c'est dans lés oônti^ées éfraligères 6ù its s'établissaient en conqtÉéirants, que les Arabes furent civilisés et cilivisatenrs.
Nous avons eïposé, (fins l'introduction de ce livre, que ces anciens pasteurs noihades appelés Scénites par les Grecs, après être longtemps restés isolés du jfnonde, après avoir mené, pendant des siècles, la vie d'ignorance et de liberté, la vie à demi-sauvage qu'on nomme patriarcale, commençaient enfin, peu avant la venue du Prophète, à subir leur métamorphose, devenue bientôt si complète et si éclatante. Déjà, lorsqu'au temps de l'aïeul de Mahomet, et en souvenir de sa victoire sur le roi des Ethiopiens, l'ère de l'Éléphant succédait à celle de l'érection de la Kaaba par Abraham, les Arabes, devenus agriculteurs, avaient des établissements fixes dans l'Yémen, l'Oman et le Hedjaz, des villes, comme la Hekke et Yathreb (devenue Médine), au centre des terres cultivées, des comptoirs sur la mer Rouge et le golfe Persique, trafiquant entre l'Egypte et les Indes ; déjà ils avaient reçu* des Syriens leurs voisirts, avec l'alphabel et les chifl^s, l'art d'écrire et l'art de calculer ; déjà, enfin, ils appendaient autour d u sanctuaire les œuvres de leurs poètes couronnées dans des luttes d'esprit par le suffrage public.
Mais c'était seulement l'aurore de la civilisation des Arabes qui commençait à poindre en Arabie. Le grand jour ne se leva pour eux que loin de leur patrie, qu'il n'éclaira jamais. Mahomet vient, Mahomet parle, et cette contrée, si longtemps immobile, se lève à sa parole pour la répandre sur toute la terre. Prédicateurs et soldats,
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ses disciples se précipitent dans toutes les directions, entraînant des hordes d'enthousiastes, et conquièrent une moitié du monde è la course de leurs chevaux. En quelques instants, ils ont parcouru TAsie, de la pointe d'Ormuz aux sommets de THimaulya ; l'Afrique, des bords de la mer Rouge aux extrémités de l'Atlas ; l'Eaitipe, des colonnes d'Hercule aux rives de la Loire. Mais à peine commencent-ils à s'affermir dans leurs immenses possessions, que, parmi cette émigration victorieiise, $' opère une révolution soudaine. Les esprits, fortement agités par un si prodigieux mouvement, cherchent à leur tour des conquêtes. Le goût de l'étude saisit ces guerriers haletants, les arrête, les transforme; la passion de savoir remplace celle d'acquérir, et les conquérants du Midi s'apprêtent à réparer le plus grand des maux qu'aient faits les conquérants du Nord, en rallumant aux cendres de la civilisation antique le flambeau de notre moderne civilisation. Ce fut, non pas & la Mekke, mais à Damas, sous le règne d'Aly, quatrième khalyfe après Mahomet, que commencèrent à se manifester ces tendances et ces idées nouvelles, qui se fortifièrent avec la courte domination des Omméyades en Syrie, et prirent enfin tout leur essor sous les Abbassydes. On vit alors ces mêmes hommes, accusés naguères, et dans la première ardeur du fanatisme, d'avoir brûlé la bibliothèque d'Alexandrie, rechercher avec avidité tous les monuments de la sagesse des anciens, et les faire passer dans leur langage par une foule de traductions. (( Us remuèrent les cendres qu'ils avaient amoncelées, dit Bailly, et ils recueillirent les restes échappés au feu et à leur barbarie. x> Le khalyfe Haroûn-al-Ras-
chyd (Aaron le Jtiste), resté si célèbre dans les contes de r Orient, attirait à Bagdad, par ses largesses et par son exemple, des savants de tous les pays. Son fils 41-Mamonn (de 813 à 833), dont le nom, à jamais illustre, à jamais béni dans l'histoire des lettres, doit désigner un grand siècle entre ceux d'Auguste et de Léon X, consacra toute sa vie, toute sa puissance, toutes ses richesses au culte de la science, fit de sa cour une académie, éleva des écoles dans tout l'empire, et, forçant l'empereur Michel III, qu'il avait vaincu, à' lui payer la paix par un tribut de livres grecs, ouvrit d'un seul coup à sa nation tous les trésors de l'antiquité.
Transplantée, en même temps que le khalyfat, de Syrie en Espagne, la civilisation arabe y fleurit avec non moins d'éclat. Gordoue égala pour le moins Bagdad, et le règne d'Al-Hakem II (de 961 à 976) forme le brillant midi d'un second siècle d'Al-Mamoun. Mais en Syrie et en Espagne, cette civilisation exotique s'abîma dans la ruine des deux khalyfats; elle y périt avec la race arabe, sans que l'Arabie ait pu la recueillir ; car, après Mahomet, l'Arabie était redevenue ce qu elle avait été jusqu'à lui ; elle était retombée aussitôt dans l'état stationnaire, immobile, où nous la voyons encore à présent.