‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderneChapitre 14 sur 32 · SCIENCES · texte numérisé non relu

SCIENCES

AgrUsuUure. — L'agriculture méritait le nom de science cheE les Arabes, quand elle n'était guère qu'un labeur dans le reste du monde. De ses règles principales, de ses préceptes consacrés par F expérience, ils avaient formé un code de V agriculture* Loin de l'abandonner à des mains ignorantes et routinières, les nobles arabes, ^ comme on l'a vu principalement sous le règne d'Âl- Hakem II, dirigeaient eux-mêmes la culture des terres. Les khalyfes donnaient l'exemple, travaillant aussi de leurs mains, sinon à la cbarrue, du moins avec la serpe et dans leurs jardins. Ce furent les Arabes qui introduisirent en Espagne la culture du riz et du safran, celle du mûrier, en y établissant des manufactures de soie; celle de la canne à sucre [soukkar), qui ne fut abandonnée qu'après l'expulsion des Morisques (^), celle enfin du gingembre, de la myrrhe, du bananier, du sébestier, du dattier, dont il ne reste aucune trace. Us y construisirent des silos ou greniers souterrains, des azequias (alssakyah), naviles, ou canaux artificiels d'irrigation, des norias (naa'ourah), roues à godets, ou machines pour rassembler, puiser et répandre l'eau (^). Les provinces de

(^) Voir au chapitre YII du volume précédent, page 392.

Les noms espagnols d'un grand nombre de firuits, d'arbres, de fleurs, de plantes médicinales, viennent de Tarabe, et montrent ainsi par qui ils furent introduits en Espagne : Alharicoqtte, àbiicot, aleaehofa, artichaut, alfon^ 1190, pistache, aimêz, alisier, algarrobo, carroubier, cdgodorif coton, aUiéli, giroflée, OMucena, lis, àlbahaca, basilic, {{anien, plantain, etc. Le mot même de village, aldea, est arabe. Il signifiait métairie, maison de culture.

(2) Dans leur pays sec et brûlant, nécessité Vingénieuse, comme dit Lafon-

9f HISTOIRE DES ARABES

Valence et de Grenade (la première surtout parce que les Horisques y ont séjourné]plus longtemps], où se con« servent quelques traditions de la culture arabe, oflBrent encore le modèle achevé d'un système d'arrosement auquel la kuerta de Valence et la vega de Grenade doivent leur admirable fertilité. Don José-Ântonio Banqueri a traduit naguère, sur le manuscrit conservé à la biUiotbèque de l'Escorial, un grand Traité d agriculture (')» composé par Abou-Zakariab-al-Âwam , de Séville, qui prouve à quelle hauteur de vues, à quelle perfection de procédés et de pratique, s était élevée, dans l'Espagne musulmane, cette science nourricière des Etats. Divisé en trente-quatre chapitres, Touvrage d'Al-Àwam, qui s'appuie sur une foule d'autres auteurs, traite de la connaissance des terres, des engrais, des irrigations, des labours, des semailles, des moissons, du bétail, des jar-

Uiine, dut apprendre de bonne heure aux Arabes les avantages elles procédés de l'irrigation. Hérodote raconte ainsi les secours qu'ils donnèrent à Cambyse, lorsque l'armée des Perses traversait le désert de Syrie pour se rendre en Egypte : « Un grand fleuve est en Arabie, nommé Gorjs, leqod donne dans la mer qu'on appelle Erythrée. De ce fleuve donc, on prétend que le roi des Arabes, par un tuyau qu'il fit de peaux de bœufs cmes et antres, cousues ensemble, de longueur à venir jusque dans le désert, condnisit l'eau ; que dans le désert il fit creuser de grands réservoirs pour reoeroir et garder l'eau conduite de la sorte, en trois difTérents endroits, par tnii tuyaux. Il y a du désert au fleuve douze journées de chemin. » (Hérod. livre III , trad.de P. L. Courrier.)

Ce sont les Arabes qui ont construit le grand aqueduc de Carmona, qai amène l'eau à Séville de quatre lieues , et l'on peut voir encore à Grenade quels ingénieux moyens ils avaient mis en pratique pour arroser sans travail, au sommet d'une montagne, les vastes jardins de l'AlhamrA, de manière que l'eau fût d'autant plus abondante que le temps était plus sec et plos chaud. (Voir l'article Alhamrdf au second volume des Mmées^ Europe,)

(M Tratadode agriciiltura, Madrid, 4802.

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dins» des arbres, de la greffe, des maladies des plantes et de leurs remèdes, etc. Cest dans un tel livre que se trouve le secret et la preuve de l'immense population agglomérée sous le sceptre des kbalyfes, dans des lieux à demi déserts aujourd'hui. « Celui qui plante, dit-il, celui qui sème^et qui fait produire à la terre des aliments propres à l'homme et aux animaux, fait une aumône dont il lui sera tenu compte dans le ciel. »

Médecine. — Mahomet n'avait ni foi ni confiance en la médecine. « Il n'en est pas de meilleure, disait-il, qu'une vie sobre et tempérante ('}. » Cependant, lorsque la médecine, ignorée depuis le Romain Celse et le Grec Galien, remplacée par la magie, les évocations, les exorcismes, renaquit de la philosophie, ce fut parmi les Arabes, qui ne séparaient point ces deux sciences. La réputation de leurs médecins était si grande, même chez les chrétiens, qu'on vit un roi des Âsturies, ' Sancho T' venir à Gordoue (en 958), chercher la guérison d'une hydropisie dont il était affecté. Au reste, pour être à la fois court et clair sur ce sujet, bornons-nous à rappeler le nom et les œuvres des principaux médecins arabes qui ont étendu, comme Hippocrate et les Asclépiades, leur influence jusqu'à nous.

C'est d'abord , en suivant l'ordre chronologique, Razy,

(^) Saadi rtcontey dans son GtdisUm {Jardin des Roses) qu'un prince per* san ayant envoyé au Prophète un médecin fameui, Mahomet ne voulut point recourir à son expérience ; et comme au bout de quelques années, le médecin lui faisait des remontrances, il se. contenta de répondre : c( Notre régime est de ne manger que lorsque notre estomac pousse des cris déchirants. » A ces mots, le médecin reprit : « Je comprends maintenant que vous ayez si peu besoin de moi. » Et s'étant prosterné la face contre terre, il s'en retoorna dans son pays. (Reinaud, Monuments arabes, etc.)

OU Rhasès (Abou-Bekr-ben-Zakariah-al-Bazy), du Khoraçan, mort vers 923, auteur du H(wi (le Continent)^ oa pandectes de la médecine, ouvrage terminé et publié après sa mort, — d*un célèbre Traité de la petite vérole ii de la rougeole^ traduit dans toutes les langues du monde, — et des Dix livres à ÂUMansoùr (% qui renferment, dans un ordre parfait, Fensemble de la doctrine médicale dtf Arabes à son époque. Cest ensuite Avicenne (Abou-Alf al-Hosa'yn-Aben-Synâ], né dans un faubourg de Ghiraz, en 980, mort en 1037. Cet imâm^ ou prince de la médecine, comme il fut nommé, trouva le moyen, dans une vie pleine d'aventures romanesques, d'écrire une foule d'importants ouvrages : d'abord ses célèbres Canom (Kanaun fil ihebby règles, lois de la médecine), traduits en latin par Gérard de Crémone, dès le xii* siècle, pois dans toutes les langues du monde, et qui ont été, pendant six cents ans, le code universel de la médecine, en Asie, en Afrique et en Europe ; puis un Traité Sahhime, un Traité de métaphysique [Kitab-al-Schéfah), un Traité à philosophie [Àdouyeh-Felasyfeh), etc. Razy et Avicenne étaient Arabes-Syriens. Voici maintenant des Arabes- Espagnols : Albucasis (Abou-al-Râsem-Khalaf-ben-Abâs), né à Médynat-al-Zohrah, mort à Cordoue, en 1106, dont le livre intitulé Al-Takryf, Méthode de guérir, est proprement un traité de chirurgie, et Averrhoès (Abou-al- Oualyd-Mohamraed-Aben-Roschd), né à Cordoue, morti Maroc, en 1198, dont le grand ouvrage en sept livres, appelé Kallyget, est, au contraire , plus spéculatif que pratique.

(^] Cet Al-Mansolk était un gouverneur du Khoraçan pour les Sanrii^nyAfl.

Au reste» si Toa yeut juger» sar de plus amples détails» commeat la médecine fut cultivée chez les Arabes» on peut consulter la vaste HUtoire de$ médedm d' Abou- Osaibah (Abou' l*Abbas-Mouaffek-Ëddyn-Abmed) » médecin lui-même» mort en 1S69. Ce livre est divisé en quinze chapitres, répartis de la manière suivante : l"" De l'origine de la médecine. S"" Des premiers médecins. 3"* Des médecins après Esculape, i"* De l'école d'Hippocrate. 5* De l'école de Galien. G"" De l'école d'Alexandrie avant Mahomet. V Des médecins arabes des premiers temps de ïhégyre. S"" Des médecins syriens sous les Abbassfdes. 9^ De ceux qui traduisirent les livres grecs en arabe — lO"" et suivants» des médecins de l'Irak» de la Chaldée» de la Perse» des Indes, dé l'Afrique, de l'Espagne» de l'Egypte» de la Syrie (^).

Chiturgie. — Le préjugé religieux qui dâTend aux musulmans l'autopsie des corps humains, rendant impossibles les études anatomiques, devait être un obstacle presque insurmontable aux progrès de la chirurgie. Cependant» il est avéré que cette science fut cultivée chez les Arabes avec autant de succès que chez aucun peuple de l'antiquité; et, de nos jours encore, on cherche dans leurs ouvrages des leçons ou des découvertes. Razy avait inventé le séton, avait disséqué et décrit le larynx; Albucasis avait dessiné une foule d'instruments employés

(1) On peut eonsttlier aussi les ouvrages du savant professeur J. J. Rdske, entre autres Mitcellaneœ obs^rvatùmei medicœ ex Arabwn numÊmeiUig, et Optif- €ula Medtca «v mùmumentû Arabum, où il mentionne tous les médecins cités dans la biographie d'Abou-Osaïbah ; enfin, parmi les ouvrages plus modernes, l'Histoire de lamédedne, par Sprengel, traduite de Tallemand par M. Jour* dan, l'Histoire de la médecine, par le docteur P. V. Renouard, etc.

dans les opérations chirurgicales ; et, pour ne citer qu'an exemple récent, la première idée, le premier procédé de la lithotritie, viennent d'être empruntés au Takryf de ce même Âlbucasis que Haller, le savant universel, appelait « la source commune où puisèrent tous les chirurgiens postérieurs au xiv* siècle ('). »

Si les Arabes avaient porté si loin la science de guérir, ce n'était pas seulement par les fiicultés de réflexion, d'analyse, d'expérience, propres à une nation studieuse et savante ; c'était encore en aidant la médecine des sciences naturelles qui lui fournissent ses moyens d'opérer: Botanique — d'abord la botanique, dont l'étude et la connaissance étaient chez eux tout à fait populaires; C%tmt6 — puis la chimie, inconnue en quelque sorte de l'antiquité, et dont ils nous ont donné les premiers été» ments. On la nomma d'abord alchimie, (de alrhytnia) mot heureux, en ce qu'il montre la science arabe sortant de la science grecque. Le plus nécessaire de ses instruments opératoires, l'alambic, et plusieurs de ses produits principaux, les alkalis, l'alkohol, l'alkermès, etc., font asseï connaître leur origine par les noms qu ils portent encore. C'est l'application de la botanique et de la chimie i la

(^) c( C(m'munis quasi fons sU, ex quo recentiores seculi imprimis xiTcM- « rurgi hatiserunt, »

Voici comment la traduction latine fait parler Albucasis : « AeeJpiot^ instrumentum quod nominant hoshabarebilia , et stMviter introduoatif in virgam, et volve lapidem in medio vesicœ, et si fuerit mollis firangiUÊT H exit, » {Liber iheo. et pract,) Le texte arabe donne la figure de l'iiutnineiitf dont l'usage est plus longuement et plus clairement décrit dans la tndnetion anglaise du docteur Channing (Oxford, 1778). — Voir aussi, sur ce point, le Journal des Progrès des sciences médicctles, vol. 8, et la lettre di docteur Civiale à M. le chevalier de Kem^ page 2.

médecine qui a fait naître la pharmacie , science moderne aussi, dont TÀrabe Aben-Zohar pas^ pour l'un des premiers fondateurs.

Pharmacie. — Cet Âben-Zohar (Abou-Mérouân-ben- Abd-al-Melk-ben-Zohr), mort très-vieux à Séville, en 1261 , qui fut médecin de rAlmoravide Youzef-ben-Taschfyn, et maître d' Ayerrhoès, est auteur du livre intitulé Teicyr qu'on a traduit par Rectificatio medicationis. A la même époque vivait le célèbre botaniste Aben-Bitar (Abd-Allah-ben- Ahmod'^l-Béïthar, ou fils d'Ahmed le Vétérirmre)^ né près de Malaga, et mort en 1248. Son Recueil des médicaments simples, (Djamé Aladouiat Almofrédat), qu'on appelle communément KikA Almofrédat [Livre des simples), passe pour un excellent ouvrage, plus méthodique, plus complet, mieux appuyé sur T expérience et Y observation que ceux de Dioscoride, de Galîen et d'Oribase. C'est l'avis de Miguel Gasiri, qui a traduit dans sa Bibliot. Hisp. Arab. Esc, la belle préface d'Aben-al-Beithar; et aussi de Juan Andrès, qui rapporte les études et les voyages faits par ce savant médecin, en Europe, en Afrique, en Asie, pour tout apprendre ou tout vérifier par lui-même. Avant ces deux célèbres Andalous, Aben-Zobr et Abenal-Béïthar, Razy avait introduit l' usage des minoratifs ou purgatifs doux, laçasse, le séné, le tamarin. Successivement, les médecins arabes se signalèrent par l'invention de sirops, d' esprits^ d'eaux distillées, d'emplâtres, de pommades et d'onguents. Ces connaissances médicales des Arabes se transmirent aux Mores, et jusqu'aux descendants de ceux-ci, faits chrétiens. L'un des historiens de l'expulsion des Morisques dit, en peignant les mœurs de ce peuple déchu : a Les Morisques se traitent eux-

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mêmes dans leurs maladies, et n'appellent jamais de médecins; aossi vivent-ils quatre-vingts et cent ans. Léon chirurgiens opèrent, avec des onguents, des cares merveilleuses. » (4znar, Espubion de loi.Jfomet», parle II.) Le persécuteur des Morisques, le cardinal Ximenes de Cisneros, âgé déjà de soixante-quatre ans, miné par aœ maladie lente, abandonné des médecins chrétiens, se remit aux mains d'une vieille femme more, qui le guérit complètement et lui donna dix-sept ans de vie. Philippe III aussi, dans sa jeunesse, fut guéri par un Motisque appelé Pachet. (M. de Circourt, Histoire des Marm mvdejares, t. II, p. 79, et t. III, p. 162.)

Histoire naturelle. — En général, toutes les branches de rhistoire naturelle étaient également cultivées par les Anbes, qui, fervents disciples d'Aristote et continuateurs de ses œuvres, nous ont laissé de nombreux traités sur les animaux, les plantes, les métaux, les pierres précieuses» les fossiles, etc. Le plus important de ceux qui nous restent est le livre d' Al-Razwiny (Zakariah-ben-MohammeéJ-boi- Mahmoud, de Kazwin, ou Gasbin, mort en 1283), qu'on a surnommé le Pline des Orientaux. Ce livre d'Âl-Kazwiny, intitulé Adjaib-al-Makloucât wa GharaUhal-Mawéât, renferme deux parties distinctes, dont la première traife de r astronomie, tandis que la seconde, beaucoup pins intéressante, et consacrée à ce que Tauteur tiomme les Etres inférieurs (Olsa-felyât), donne une description des Trots Règnes de la nature. M. de Ghézy en a traduit plusieurs chapitres, que M. Silvestre de Sacy a recueillis et annotés dans sa Chrestomathie arabe (tome III). On vemi en les consultant, que Kazwiny n'a point usurpé son beau surnom, car il a su, à la manière des grands pein-

très de la nature, Aristote, PlÎDe, Buffon, Cuyier, réunir le style à la science, et parer des sujets sérieux d'une forme attmyante.

Parmi les naturalistes andalous, il faut remarquer et qter Issa^faen-Aly-al*Sadita, surnommé Al-Gamathy ou le Grenadin, qui, dans le xit* siècle , a écrit un grand Traité de te dia$$e, en près de trois cent cinquante chapitres, 64 se trouve l'histoire naturelle de tous les animaux qui 9er?ent comme auxiliaires ou comme but de la chasse : d'une part, les chiens, les chevaux, les oiseaux de fauconnerie ; de l'autre, toutes les races diverses de gibier. Gasiri parle avec éloge de ce livre curieux , que, malheureusement, ni lui ni d'autres n'ont traduit.

MaihénMipies. — Les Arabes connurent toute la science d'Ëudîde ('), Mais aux mathématiques des Grecs ils ajoutèrent des parties entièrement neuves, telles que l'arithm^que moderne [K Im-alrEhéséA) , dont les opérations n'^aient point possibles avec les chijBTres appelés latins, et l'algèbre (AUDjebr-^nÂOral'Mokabélah) dont le nom dit assez l'origine (^).

(<} Qa'ito nonmeiit Oklfd, et de ^ d^eri>elot cite jusqu'à seize tradacteurs.

p) « Ge5r, c'est de ce mot joint avec l'article que nous ayons fait algèbre, « qui est arriie tout pur, et qui signifie proprement la réduction des nomce bres rompus à un nombre entier. Cependant les Arabes ne se serrent jac( mais de ce mot seul pour signifier ce que nous entendons par algèbre, « mais ils y joignent toujours celui de mocabelah, qui signifie opposition et ft comparaison. Ainsi cdgébr u almocahelah, que les Arabes rangeiH dans les « règles A'Elm-alrHessâh, c'est-à-dire de l'arithmétique, est proprement <( diez »ix ce que nous appelons algèbre. U ne faut donc pas croire que cette <x science tire son nom du philosophe et mathématicien nonuné Geher, que les « Arabes appellent Djaber, ni moins encore confondre le mot gebr avec celui « de gefr (nom d'un livre cabalistique.) » (D'Herbelot, Bihliot, orientale. ]

lOu HISIOIHË DES AHAUËS

Astronomie. — Ils connurent aussi la science d'Hipparque et de Ptolémée, et ne retendirent pas moins que celle d'Euclide. Avec leur goût du recueillement et de h méditation, leur esprit porté aux d^uvertes et aux aventures, il n'est pas étonnant que les Arabes aieitf cultivé V astronomie t dont on place l'antique berœta chez les Ghaldéens, leurs voisins. Mais de cette astronomie rustique qu' ils pratiquaient de temps immémorial, les Arabes, s' aidant des mathématiques dans leurs observations, avaient fait une science nationale, dont» seuls , ils entretinrent le feu sacré entre la chute de l'empire romain et la renaissance.

On peut voir, dans Y Histoire de ï Astronomie au moym âge, par Delambre, quels progrès firent les Arabes sur les Grecs dans la trigonométrie, l'analemme et la gnomonique. <i Le nombre des observateurs, dit Delambre, fut plus considérable chez les Arabes que chez les Grecs; ils eurent de meilleurs instruments... Les Arabes appliquèrent leur trigonométrie aux problèmes célestes. Us paraissent les premiers auteurs des différents systèmes sur la division du ciel... Ils donnèrent une forme plus régulière et plus géométrique à la doctrine des direeHoiui et des profections, si même ils n'en sont les yéritables inventeurs (*). » En rappelant que le résumé vulgaire de la science des cieux, mis à la portée et à l'usage de tous, se nomme encore Al-Manak^ il suffira de citer quelques noms et quelques œuvres parmi les astronomes arabes:

(1) Delambre adonné d'assez longs détails sur les travaux des afttronomei ([u'il appelle Albategnius, Alfragan, Thébilh, Ibn-Jonis, Aboul-Wefa, Alpé- Iragc, Arzaclicl, Geber, Aboul-IIassan ; puis sur Alphonse X, Sacrobosoo, Kegiomontanus et les autres disciples des Arabes jusqu'à Viète.

AUergan (Ahmed-ben-Kossayr-al-Fergany), qui vivait sous le khalyfe Al-Mamoun, mort en 833. On le surnomma AUHacyb, ou le Calculateur, Son Introduction à t oitronomie est un abrégé de Y Almageste deVtolémée, ou plutôt de toute l'astronomie grecque, qu'il répandit ainsi et naturalisa parmi ses compatriotes. — Âbou- Mansoùr (Yahyah-ben-Âly), né en 855, surnommé AU Mounédjem ou ï Astronome. C'est lui qui fut placé par les successeurs d'Al-Mamoun à la tête des savants réunis à Damas et i Bagdad. Il passe pour l'auteur de la Zidgé ou Table vérifiée, qui fut rectifiée , dans le siècle suivant, par Aboul-Wafia (Mohammed- ben-Yahyah- Abou'l- Ouaffa-al-Mouzdjany). — Albategnius (Mohammed-ben- Djaber-al-Batany), né en 877, mort en 929. Sa fameuse Table Sabienne (Zidgé-Saïby) a été traduite sous le titre de Scientia stellarum; on y trouve ia première notion des tangentes et des sinus. Al-Batany avait reconnu, par l'observation d'une équinoxe, que Tannée de trois cent soixante-cinq jours était trop courte; il mesura l'obliquité de l'écliptique, et découvrit le mouvement de l'apogée du soleil. Cette découverte a le plus illustré son nom. « Elle a marqué, dit Bailly, les travaux des Arabes. C est une pierre qu'ils ont mise à la construction de l'édifice du monde ; elle y est restée pour leur gloire, et pour celle d' Albategnius... le plus grand astronome qui ait paru sur la terre depuis Ptolémée. » Lalande aussi le place parmi les vingt plus célèbres astronomes qui aient vécu jusqu'à nous. « Albategni, dit Delambre, rendit à la trigonométrie le service le plus signalé en substituant les sinus aux cordes... II emploie les sinus verses, qu'il a le premier introduits dans la

lOÎ HISTOIRE DES ARABES

pratique de la trigonométrie sphérique. » — — Abon- Ryhan (Mohammed-ben-Ahmed-al-Byrouny), mort on 941, surnommé Al-Mohakak, ou le Très-Subtil, aatear d'une Table agronomique, d'une Géographie^ etc. — At Soufy, du Khoraçan, mort en 986, qui a laissé, outra si Table, un Catalogue des étoiles fixes et un Traité sur la projection des rayons. — Ibn-Jonis (Aly-ben-Abd-aKRhamaB- Ebn-Younis) , né en 979, mort en 1008. Le résumé de ses travaux se nomme Zidgé-Ibn-Younis ou Ziâgé-Bêkémy, Table hakémite. C'est, de toutes les Tables arabeii la plus complète et la plus célèbre. Ibn-Younis était aussi poète et musicien. — Al-Hacen (Abou-Aly-al-Husan), mort au Caire, en 1038. Il est très-connu par son fameux Traité d optique, traduit sous le titre Àlhakm optic(e thésaurus, et par son Traité des cr^uscules {Liber ù crepusculis et nubium aseensionibus). Il a prouvé , par ks phénomènes de la réfraction, que l'espace au delà de l'ai* mosphère, Yéther, qu'il nommait la substance du ctel, est composé d'une matière plus rare que l'air respirable. — Abou-Raghel (Aly), qui vivait à Cordoue dans le XI* siècle, est l'auteur du livre traduit sous le titre De judidis seu fatis stellarum, qu'on regarde comme l'origine di' une science vaine qui se propagea vite parmi les crédules esprits du moyen âge, et dura plus que lui, l'astrologie judiciaire. Le dernier terme de cette scienoQ, parmi les Arabes, est le livre d'Al-Bouni (né au xiu* siècle à Bouna, aujourd'hui Bône, l'ancienne Hippone), et qui a pour titre 5ofeiI des connaissances. ^ Il passe, dit M. Reinaud (Monuments arabes, etc.), pour renfermer les secrets les plus surprenants, et les musulmans ne lé lisent, comme le Roran, qu'en état de pureté* »

ET DIES MORES B'ESPAGNE. lOS

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