ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES
Collèges. — Une foule d'établissements publics concouraient à entretenir, à développer le goût et les progrès de la natioi\. Nous avons eu déjà l'occasion de dire que le premier soin des Arabes, lorsqu' ils avaient conquis ou fondé une ville, était d'y élever une mosquée et une école (madrézah)^ deux choses inséparables pour eux. Gomme, dans ces écoles, les élèves n'étaient pas seulement enseignés, mais logés et nourris, ce sont les Arabes qui donnèrent à l'Europe le modèle des collèges, c'est-à-dire des institutions où les jeunes gens, rassem-
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blés sous renseigaeoient de plusieurs maîtres, se livrent à l'étude de toutes les siences. Le grand collège du Caire, fondé par Salad in (Salah-eddyn) était si vaste, qu'au dire de Léon T Africain, il servit, dans une émeute, defi)^ teresse à toute l'armée des rebelles. Le rabbin voyageur Benjamin de Tudela (mort en 1 173) rapporte dans son lAnéraire qu'il trouva à Alexandrie vingt grandes écoles où affluaient de toutes parts, comme au temps des Ptolemées, les amis de la philosophie. Dans l'Espagne musulmane, toutes les villes avaient leur collège; quelque»* unes, plusieurs. Cordoue en comptait d'autres que la Madrézah de la mosquée, où le khalyfe entretenait trois cents orphelins, par exemple, celui qui se nommait JDcral'Ihma, Domus sapientiœ; et Grenade eut plus tard, outre le collège royal, celui nommé^ du Fils dAzrah. Il est même fait mention du collège de€allosa, qui n'est qu'on petit bourg du pays de Valence. Al-Hakem II en fonda plusieurs, au dire d'Abou-Bekr dans son Histoire ia hommes illustres (^), et un grand nombre de savants arabes, dont l'histoire rapporte fidèlement la naissance et la mort, les aventures et les œuvres, sont cités pour avoir rempli les places de professeurs ou de directeurs des collèges. L'un d'eux, Assaï, a raconté dans un livre considérable l'histoire de tous les collèges de l'islam (*). Si j'ai dit que les Arabes ont donné à l'Europe le modèle de ces institutions, ce n'est point seulement parce qu'en cela, comme en tant d'autres choses, ils ont été nos devanciers, mais encore parce que le premier collège établi parmi nous, celui de Saint-Clément à Bologne en
(^) Complura collegia studiorum,,, » (Trad. de Casiri.) P) D'Herbelot, au moi Madrassah,
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Italie, doit sa fondation à un Espagnol, le cardinal Âlbornoz (ministre et général d'Alphonse XI, né à Cuenca en 1300, mort à Viterbe, en 1367), qui en avait pris l'idée parmi les Mores de Grenade (^).
Observatoires. — Les premiers observatoires astronomiques furent également élevés par les Arabes. Le kbalyfe Al-Mamoun en fit construire un dans son propre palais à Bagdad, et la haute tour de la Giralda, qui sert actuellement de clocher à la cathédrale de Séville, était l'observatoire de cette cité. Le nouvel usage qui lui fut attribué par saint Ferdinand a conservé jusqu'à nous cette magnifique fondation de l'astronome Mouhamad- I>jeber.
Académies. — Les académies modernes doivent encore la naissance aux Arabes. On a fait honneur de leur invention à l'Italien Giacomo AUegretti, de Forli, qui, dans le XIV* siècle, fonda l'académie deRimini. Mais, bien avant cette époque, les Arabes avaient une quantité de ces corps savants qui se livraient à des travaux communs, et dont les membres se renouvelaient par élection. En Orient, les académies de Basrah (Bassora), de Koufa; en Espagne, celles de Cordoue, de Séville, de Tolède, de Valence, de Grenade, luttèrent par le mérite et la célébrité. Elles étaient de plusieurs sortes, et ne s'occupaient pas moins des sciences que des belles-lettres.
(^] « C'est probablement des universités moresques que Ton a tiré nos anciens règlements académiques. On trouve dans Middeldorph [Commentatio de institutis litterariis in Hispania, p. il -54.) une description trèsintéressante des universités arabo-espagnoles de Cordoue, de Grenade, de Tolède, de Séville, de Murcie, etc. L'instruction publique y était partagée en deux classes ; les grades s'obtenaient au moyen de thèses. )> (Libri, Histoire des sciences mathématiques en Italie, discours préliminaire, p. i«36, note i.)
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ce En ce temps-là (sous Abdérame III), il y avait de nombreuses conférences d'érudits chez le kady Aben-Zarb, auiquelles assistaient beaucoup de savants de la ville et les gens de la plus haute noblesse. Chez le wasir Izihben-Ishak, et chez Schalaf-ben-Abès-al-Zaraouy, célèbres tous deux par leur savoir en toute science, et surtout par leurs doctes ouvrages de médecine, les conférences se composaient d'hommes adonnés aux sciences physiqnee. à l'astronomie, aux calculs. Ils étaient tous deux médecins du khalyfe, et leurs maisons étaient ouvertes de jour et de nuit... d (J.Conde, parte II, cap. 81.) Il estfait mention d'une académie d' histoire fondée & Xativapv Mohammed-Abou-Amer, connu sous le nom d'Al-Monkarral, et d'une académie S Alharanutes^ fondée à Cordoue par Al-Kasem-ben-al-Raby. Parmi les sentenees d'Aly-ben-Abou-Tbaleb, qui sont chez les musulmans comme les proverbes de Salomon furent chez les juib, se trouve celle-ci : <c L'académie des savants est un des prés du paradis. » Un jour, le roi de Grenade Mouhamad lY (1328), après quelques succès contre les chrétiens, recevait les louanges des savants de sa cour, qui vantaient à l'envi son mérite militaire : <c Pourquoi tant d* éloges? leur dit-il. Il semble que vous ayez trouvé le roi de la sagesse, comme c'était jadis la coutume dans les académies de Gordoue et de Séville. )> (J. Gonde, paris /F, cap. 19. j Cette réponse peut faire supposer que les académies arabes se choisissaient un chef, un président, qu'elles appelaient le Roi de la sage$se (ou de la science, sapientiœ).
Bibliothèques. — Nous avons vu précédemment que les khalyfes omméyades d'Espagne entretenaient dans tous
les lieux où se parkit la langue arabe des euToyés dont l'unique charge était de leur transmettre les ouvrages importants que les écrivains étrangers mettaient au jour. D'une autre part, il était d'usage, pour les savants arabes, de faire des voyages littéraires et scientifiques» comme par observance d'une sorte de pèlerinage (^). U n'est pas de biographie d'un homme illustre par les travaux de l'esprit où l'on ne rapporte quelque voyage de cette espèce, en Espagne, s'il est d'Asie, en Asie, s'il est d'Espagne, et toujours par les côtes d'Afrique. Cette double coutume ne pouvait manquer d'accroître le nombre infini d'ouvrages que produisaient des études si gé* nérales et si variées. Toutes ces richesses, propres ou d'emprunt, étaient recueillies avec soin, pour l'enseignement et le plaisir de la nation, dans les Kitab-Kùna, ou Trésors des Livres. L'Espagne arabe seule renfermait soixante-dix bibliothèques publiques. U n'eût pas été possible d'en trouver autant dans le reste du monde, même longtemps après que Miccolo Miccoli, au xv^ siècle, eut donné à Gosme de Médicis l'idée de fonder un semblable institut littéraire. Voici ce que les historiens racontent de celle du palais Mérouân, à Gordoue, sous le khalyfe Al-Hakem II : a Sa bibliothèque était arrangée par ordre de sciences et de connaissances humaines. Toutes les salles et toutes les armoires portaient d'élégantes inscriptions, pour indiquer les livres qu'îles
(1) Hujusmodi Uineraria in nostris bibliothecis arabicis frequentissime oC" currunt. Mos enim erat per ea tempora doctis hispanis solemnissimus in von fias sdlicet orbis plaças excurrere, viros litteratos visendi consulendique gratta ; mde eofum seripta çum academiis kispanis communicare (Casiri, BibL Eisp, Ar. Eic. tome H» p. i5i).
contenaient, les sciences et les arts dont il était traité. Dans les catalogues étaient notés les ouvrages, les noms de leurs auteurs, leur famille et patrie, Tannée de lenr naissance et de leur mort, tout cela avec beaucoup de critique et d'exactitude.... A ben-Hayftn dit que les catalogues de cette bibliothèque Mérouft nia,. appelée ainsi parce qu'elle était dans le palais Mérou&n, formaient quarante-quatre volumes, chacun de cinquante feuilles, seulement avec les noms des auteurs et des recueils. Suivant Télyd-al-Féty, le catalogue général ne fut ietminé qu'au temps du khalyfe Hescham, fils d'Al-Hakem.... Il avait remis la direction de sa bibliothèque i son frère Abd-al-Âzyz, h cause du goût de ce prince ponr les belles-lettres et la poésie, et son frère Al-Mondhyr était spécialement chargé du soin des savants et des académies... » (3, Conde, parte i/, cap. 88.) Ainsi, le seol catalogue de cette bibliothèque, dont la direction était confiée au propre frère du khalyfe, comme un honnear et une récompense, comme le premier poste de l'empire, formait quarante-quatre volumes de cinquante feuilles. On évaluait à six cent mille le nombre de ses volumes manuscrits. Quatre cents ans plus tard, après tous les efforts de Charles le Sage, la Bibliothèque royale de France se composait d'environ neuf cents volumes, dont les deux tiers étaient des livres de théologie. (Dulaure, Histoire de Paris.)
Tous ces trésors accumulés, toutes ces œuvres enfantées, de TEuphrate au Nil et du Nil au Tage, par l'intelligence des Arabes, ont péri avec leur puissance. La nation des Al-Mamoun et des Al-Mansoûr a disparu de la terre, sans laisser, pour ainsi dire, de vestiges. Des frag-
ET hbs HOftES DTESPirac m
ments d'édifices et des lambeaux d'écrits, ToUi toat ce qai nons reste d'elle. Un fanatisme arengle, stopide, a ▼oulu détruire josqn a la mémoire d'un peuple contre lequel s'étaient éleroes la haine nationale et la haine religieuse. PouTons-nous croire, aujourd'hui, qu'après la prise de Grenade par les rois catholiques, en 1492, on brûla en grande pompe une telle foule de lirres arabes, apportés de tous les points de l'Espagne pour ces déplorables autos^'fe, que les historiens contemporains portent le nombre des volumes dévorés par les flammes à plus d'un million? (J. Conde, Prôlogo.) Il suffisait qu'un manuscrit conUnt des caractères arabes pour qu'on lui donnât, sans plus de vérification, le nom d'Alcoran, et que ce nom maudit le fit aussitôt condamner au feu. Les plus puissants et les plus doctes imitaient la tourbe ignorante des fanatiques, et Fléchier, dans la Vie de Ximenez^ rapporte comme une prouesse de son héros qu'en 1500, dans une cérémonie publique à Grenade, 1* archevêque de Tolède brûla de sa main plus de cinq mille Korans ou livres arabes, a sans épargner ni enluminures, ni reliures de grand prix, ni ornements d'or et d'argent. » Quel zèle et quelle grandeur d'âme ! Et il brûla de la sorte plus de quatre- vingt mille volumes arabes (*)•
(<} <x De orden del cardenal Gisneros se abrazaron mas de ochenta mil (K volùmenes como si no tuvieran mas libres que su Alcoran. » (Aledfës, Descripcion de Espam, Prol. p. 4.)
Le peu de livres que les Mores purent soustraire à la destruction furent envoyés par eux en Afrique. Léon l'Africain raconte que son hôte à Alger avait rapporté de Grenade, lui seul, plus de trois mille volumes. Mais dans le sac de Tunis , par l'armée de Chrfles-Quint, en 1536, tous les livres arabes furent impitoyablement brûlés. Une circonstance heureuse faillit dédommager en partie de ces pertes irréparables. On prit, sous Philippe IIÎ,
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