‹ Histoire des ArabesChapitre 20 sur 88 · OXIANE ET DES BORDS DE L’INDUS · texte numérisé non relu

OXIANE ET DES BORDS DE L’INDUS

LES OMMÏADES SONT PLUS PUISSANTS QUE JAMAIS. — CONQUÊTE DÉFINITIVE I L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE (704-708). — INVASION DE l/ESPAGNE (711).-! | MOUSA PASSE EN ESPAGNE ET REÇOIT LA SOUMISSION DES HABITANTS ; ORGANIS TIONDELA CONQUÊTE ; DISGRACE DE MUSA; MORT TRAGIQUE DE SON FILS Alf ; DELAZIS (713). — DIVISION POLITIQUE DE L’ESPAGNE; SON ÉTAT PROSPÈR PREMIERS GERMES DE DÉCADENCE PARMI LES ARABES. — LES ARABES DANS GAULE (719-739). — CHARLES MARTEL VAINQUEUR DES MUSULMANS A LA B TAILLE DE POITIERS (732). — GUERRES EN ORIENT; NOUVEAU SIEGE DE COP STANTINOPLE (717). — CONQUÊTE DE LA TRANSOXIANE ET DE L’iNDE OCC1DE TALE ; LA MAUVAISE POLITIQUE DU KHALIFE SOLIMAN ARRÊTE LES PROGRI DES ARABES (707-712).

Les ©mmïades sont plus puissants que jamais.

Les victoires d’Hégiage avaient délivré Abdelmalek es ses plus dangereux ennemis; aussi à la mort de ce princ) en 705, n’y eut-il aucun mouvement dans l’empire. Walid ij son fils aîné , prit les rênes de l’État sans oppositioi après un règne qui dura dix ans (705-715), on vit ses troj frères, Soliman, Yézid etllescham, se succéder presque il médiatement de 715 à 743, ne laissant entre eux qu’un il tervalle de trois ans, rempli par le règne d’un de leurs coj sins, Omar II (717-720). Conformément aux désirs exprim

)ar Soliman, Omar II avait été proclamé khalife ; il montra les dispositions favorables aux Alides et mourut empoilonné; il fut remplacé par Yézid II, dont la courte donination (720-724) fait contraste avec le long règne d’Hes- ;ham (724-743). Il ne faudrait pas supposer cependant que es partis et les sectes, qui tout à l’heure encore troublaient i profondément l’État , eussent entièrement disparu; leur ilence n’était qu’un témoignage de leur faiblesse; ils n’atendaient qu’une occasion favorable pour renouveler leurs >rétentions; les Alides crurent l’avoir trouvée en 739; mais eur tentative, mal conçue et mal exécutée, n’eut pour eux l’autre avantage que d’appeler l’attention sur leurs menées landestines. Ils n’avaient même pu s’entendre sur le hoix d’un prince digne du khalifat. Us reprochaient aux lonnites d’avoir trahi la vraie religion, lorsqu’ils avaient carté du trône Ali , Hassan , Hossein ; et eux-mêmes après voir choisi pour chef Zéid, petit-fils d’Hossein , Tabandonlèrent avec leur légèreté ordinaire. Les uns étaient enièrement dévoués à la descendance de Fathime ; les autres jj éclamaient le pouvoir pour les enfants qu’Ali avait eus d’un i econd lit ; une troisième faction, enfin, prétendait que es derniers avaient renoncé à leurs droits en faveur de la ostérité d’Abbas, oncle de Mahomet, qui avait été un des 3rmes soutiens de la politique du prophète, et un despluü évents adeptes de sa doctrine. Une fusion était nécessaire ntre ces divers partis ; tant quelle n’aurait pas lieu, les •mmïades n’avaient rien à redouter. Aussi leur politique se orna-t-elle à fomenter les jalousies et les haines dans les mgs des dissidents. Cependant les Abbassides devaient finir ar attirer sous leurs drapeaux les familles qui avaient jus- I ue-là soutenu les Alides, et ce fut là, plus tard, le secret e leur force.

1 Une autre cause encore, le prestige de la victoire, expli- ; ue la facilité avec laquelle les fils d’Abdelmalek se translirent l’autorité souveraine. On leur savait gré des triomàes nouveaux des armées musulmanes. C’était en quelque >rte la preuve que la Providence se déclarait en leur faveur,

■ que la prospérité de l’empire était liée à la domination

de leur famille. Aussi, loin de ralentir l’ardeur sans égal des musulmans, qui ne voyaient nulle part de barrière qu’ils ne pussent franchir , ils les poussèrent eux-mêmes e avant. L’étendue de l’empire, déjà si vaste, ne les effray point ; inhabiles ou trop généreux dans l’administration de provinces dont ils auraient pu faire une source intarissabl de richesses, et auxquelles ils ne demandaient qu’un tribu très-modique, ils cherchaient dans la guerre étrangère le trésors qui leur étaient indispensables pour acheter des pai tisans et récompenser le zèle de leurs amis. Les expéditior lointaines occupaient en même temps les esprits les plu entreprenants et les détournaient des questions de politiqu intérieure.

L’Europe était devenue cette fois le principal théâtre c la conquête ; sans abandonner, entièrement les deux cont nents, dont ils ne possédaient qu’une partie, les Arabes a laient se diriger vers le nôtre. Déjà en 672, la résistance ( Constantinople les avait empêchés d’y pénétrer par l’Orienfe ils furent plus heureux du côté de l’Occident; aussitôt qu’:| eurent atteint le détroit de Gibraltar, ils envahirent l’Espagif et la Gaule, et les disputèrent aux peuples de race germj nique qui y dominaient depuis trois siècles.

Conquête définitive de l’Afrique septentrionale (lS,04-ï08j

Déjà, sous la conduite d’Akbah , les Arabes avaient aperj ; les lointains rivages de l’Atlantique. Et sans aucun dout si les guerres civiles leur avaient permis de recevoir ioj renforts nécessaires, ils auraient pénétré, avant le vnr siée , dans la péninsule ibérique. Mais , chassés de Cairowan p* les Maures et les Grecs réunis, dénués de ressources,»! s’étaient retirés à Barcah, et désespéraient presque de* j fortune, lorsque Abdelmalek, vainqueur de tous ses rivail j envoya au gouverneur de l’Égypte l’ordre de rétablir dap j l’Afrique septentrionale l’honneur de l’étendard du prophè , j compromis par les derniers événements. Hassan, chargé^ l cette glorieuse entreprise, se dirigea d’abord sur la ci i d’Akbah, où il entra sans difficulté. Avant d’attaquer p j, Maures dont il devait tirer une vengeance éclatante, il r,

alut de chasser les Grecs de l’Afrique ; il assiégea Carthage, u’aucun chef arabe n’avait encore osé attaquer, et qui, râce à ses puissantes fortifications, présentait une ligne de éfense formidable. Rien ne résista à l’impétuosité des troues musulmanes; la ville fut emportée de vive force; sesrihesses passèrent entre les mains du vainqueur. Hassan l’hésita pas à la détruire pour enlever à Cairowan une rivale edoutable. Quant aux Grecs la plupart avaient cherché leur alut sur les vaisseaux rassemblés dans le port de Carthage ; es uns allèrent s’établir en Sicile, les autres en Andalousie ; in très-petit nombre eut le courage de continuer la lutte, et orma, en dehors de l’Afrique consulaire, à Setfoura et à ! lizerte; un point de rassemblement où l’on attendit quelle temps des secours de Constantinople. Une flotte grec- S que parut en effet. Mais après avoir débarqué plusieurs ois sur la côte des troupes dont le plus bel exploit fut de pisiter les ruines de Carthage, elle remit à la voile, et coni sacra, par sa retraite, l’abandon définitif que les empereurs ’aisaient de la contrée (704).

Il ne restait plus que les Maures à soumettre ; leurs tri- 3us, ordinairement divisées, étaient alors réunies en confédération, et toutes groupées autour de la prophétesse L&ahina. Cette femme se disait revêtue d’une puissance surnaturelle; elle avait pris, à la suite de quelques prédictions qui s’étaient réalisées , un ascendant marqué sur les Bertj bères du mont Aurès ; sa renommée s’était ensuite répandue rapidement, et son courage au milieu de dangers de toute espèce, aussi bien que sa haine pour les Arabes en qui elle ne voyait que des spoliateurs, avait rendu le soulèvement général. Telles étaient les forces dont elle disposait qu’Hassan, conquérant de Carthage, craignant d’exposer les dépouilles dont il s’était emparé , ne voulut même pas s’enfermer dans Cairowan , et revint en Égypte, afin de les déposer en lieu de sûreté. Pendant son absence, les Berbères avaient dévasté tout le pays, s’attaquant indifféremment aux Arabes et aux Grecs; ils formaient une masse compacte dont le choc était irrésistible. Hassan comprit qu’il fallait détruire avant tout le lien qui unissait cette vaste confédé-

ration; dès qu’il eut réuni des forces suffisantes, il se ma à la poursuite de Kahina, qui, de son côté, voulait à toit ! prix éviter les hasards d’une bataille. Elle essaya d’échappj à son ennemi en faisant un désert de l’Afrique et en affi niant les Arabes ; par ses ordres les moissons furent détruite! les villes rasées et les côtes de la mer changées en véritabll solitudes; mais Hassan continua hardiment sa marche, au teignit la prophétesse et la contraignit d’accepter le combal Kahina, vaincue et tuée, laissa aux musulmans la possessicl définitive du littoral et de l’intérieur du pays, et les Maur «|i de l’Atlas, que les successeurs de Bélisaire n’avaient jamai pu soumettre au tribut, payèrent le kliaradj, que de hardi cavaliers vinrent exiger au fond de leurs retraites les plu secrètes (708).

Il serait difficile de fixer aujourd’hui avec exactitude juj qu’où s’étendit la domination arabe en Afrique; on ne sal rien ni sur le nombre des tribus vaincues, ni sur le chiffin de leur population, ni sur celui des sommes qu’elles eureJ à payer. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le Magreb (noil que les Arabes donnèrent à toute la contrée qui s’étend <9 Barcah à l’Atlantique) fut toujours à leurs yeux une ch leurs possessions les plus importantes. Le khalife WalÜ l’éleva à un très-haut rang dans la hiérarchie des provincJ en lui donnant un vice-roi, et en la dégageant de toute dt pendance à l’égard du gouvernement de l’Égypte. Les richt i dépouilles rapportées par Hassan provoquèrent un mouve ment d’émigration considérable; tandis que trois cent mil| Berbères étaient transportés en Asie, on vit un grand non! bre d’Arabes quitter leur pays pour aller chercher fortunp en Afrique, où ils répandirent le code religieux de l'islai misme. Les Berbères étaient comme eux indépendants 6 pasteurs nomades ; ils avaient les mêmes instincts et ld mêmes sentiments, la fierté hautaine, l'amour de la lif berté, l’esprit de rapine, le respect de l’hospitalité. L’ana| logie de leurs passions et de leurs mœurs renversa les barl rières que n’avaient pu franchir les Romains, les Vandales) et les Grecs , et les Berbères devinrent les plus fermes ap puis des armes musulmanes. Lorsque la guerre fut portée

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en Espagne, quelques-uns cependant refusèrent de se mêler à la population arabe, et leurs descendants, sous le nom de Kabyles, vivent aujourd’hui dans les montagnes de l’Algérie , conservant leur caractère de nationalité et la haine de l’étranger.

Le successeur d’Hassan, Mousa-ben-Noséir, par une conluite habile, sut inspirer aux principaux chefs berbères me confiance sans bornes ; il les attira près de lui, les incorpora dans ses troupes, et, affectant à leur égard une grande pienveillance, il les détermina à le suivre partout où il voulait les conduire (709-711). Son plan était déjà arrêté; il ; foulait franchir le détroit de Calpé, envahir l’Espagne, et | j faire triompher la religion qui s’acclimatait si bien sur le 1 ;ol africain1.

Invasion de FEspagne (911).

Les Visigoths, qui possédaient la péninsule depuis le ïommencement du ve siècle de notre ère, paraissaient un peuple aussi courageux que puissant. Ils avaient défendu iontre Mousa la Mauritanie tingitane et Ceuta, qu’il avait issiégée plusieurs fois inutilement. Son orgueil s’irritait de leux défaites que Wamba (683) et un lieutenant du roi Viiza (709) avaient fait subir sur mer aux Arabes ; il se soutenait aussi que la flotte des Visigoths s’était jointe à celle les Grecs pour surveiller les côtes de l’Afrique consulaire iprès la destruction de Carthage. Aussi quand le gouverneur le Ceuta, le comte Julien, vint lui proposer, au nom d’un parti considérable, de l’introduire dans la péninsule, ac- :epta-t-il avec empressement.

Au moment de s’engager dans cette périlleuse entreprise,

1 crut devoir toutefois en informer la cour de Damas. Il écrivit donc au khalife, et lui peignit sous les couleurs les plus séduisantes la magnificence et les richesses de l’Espa- ;ne. Walid approuva les projets de son lieutenant , en lui ’ecommandant de se tenir à l’égard des traîtres dans une prudente réserve, et de ménager surtout les vrais mu-

l. Notices et extraits des manuscrits, loc. laud., p. 1 52 , sur \q Kilab^aUDjunan} par de Sacy.

sulmans. C’était lui dire d’employer les Berbères tant qu’il n’y aurait pas apparence de succès. Mousa le comprit, et prépara un corps expéditionnaire principalement composé d’indigènes, commandé même par un Berbère nommé Tarik , dont il avait éprouvé le mérite, et qui s’était voué au triomphe de l’islamisme. Tarik , dans une exploration maritime, avait déjà visité la côte méridionale qui regarde le détroit. Guidé par le comte Julien, dont les immenses domaines étaient situés dans cette partie de l’Espagne, et qui lui livra le château d’Algéziras, il opéra heureusement le débarquement de sa petite armée, composée à peine de douze mille hommes. Le lieu où il établit son camp a gardé des traces de son nom : c’est aujourd’hui Gibraltar, mol formé par corruption de Djebel Tarik , montagne de Ta-

Le général berbère, pour exciter le courage des siens, avait brûlé ses vaisseaux. Ses premiers pas furent marqués par des succès ; la défaite d’Edeco apprit à la cour de Tolè qu’il était temps d’agir avec vigueur, et le roi Roderic a

sance du royaume des Yisigoths ne répondait nullemeni son étendue et au nombre de ses habitants. Il n’y avait pî il est vrai, comme en Gaule, opposition et lutte de peuf à peuple : nulle part la fusion des Romains et des barbai ne s’était accomplie plus intimement. Les éléments de fi blesse se trouvaient dans l’organisation de la société divisée! en classes ennemies, dans l’absence de tout esprit militaire! et dans les exigences d’un clergé intolérant. La couronne .1 était élective, et le forum judicum , composé dans les conciles de Tolède, offrait un singulier mélange de la loi romainej 1 et des coutumes germaniques. Les villes où régnait encore l’ancienne organisation municipale conservaient une sorte! d’indépendance locale, sauf les dons volontaires que réclaïJ maient impérieusement les conciles et les prélats.

La servitude de la glèbe avait éteint dans les masses tout sentiment national ; la foi religieuse n’était plus aussi vive;! ! les persécutions contre les juifs, forcés de choisir entre l’es- ! clavage et l’apostasie, avaient semé dans une partie de la po-

rik.

pela cent mille hommes à la défense de la patrie. La pu

pulation des ferments de haine prêts à éclater et devaient ' donner aux Arabes de nombreux alliés. Enfin la politique des | derniers rois, qui cherchaient à rendre absolue et héréditaire t une autorité émanant de l’élection et resserrée dans d’éjl troites limites, avait irrité la noblesse et le clergé, jaloux de ! leurs prérogatives. Roderic venait de ravir la couronne à 1 Witiza ; il avait outragé le comte Julien. Celui-ci , animé ! par le ressentiment, n’hésita pas à trahir son pays. L’archef vêque de Séville, Oppas, était entré dans la conjuration, et Tarik put compter sur de puissants auxiliaires. Ces renforts f lui donnèrent la victoire dans la bataille qui allait décider du ' sort de l’Espagne. L’action s’engagea dans une plaine du Guadalète, située non loin de la ville de Xérès. Les Visigoths étaient commandés par Roderic, qui s’était empressé , d’accourir avec toutes ses troupes et qui avait fait appel à ses propres ennemis, ne les croyant pas capables de sacrifier leur patrie à des idées de vengeance ou d’ambition. 11 montrait une grande fermeté, mais il n’avait pas abdiqué entièrement la mollesse et le luxe dont il donnait à la cour un funeste ; exemple. Ses vêtements couverts d’or, son char d’ivoire, sa selle toute garnie de pierreries, cachaient sous leur éclat le fer, qui seul, en ce moment, avait de la valeur. Les nobles qui \ l’entouraient, équipés magnifiquement, se fiaient bien moins à leur courage qu’au nombre des soldats, esclaves abrutis, et ne combattant qu’à regret. Pour les Rerbères, habitués à la lutte, dirigés par un chef intelligent, prêts à accepter là mort comme un bienfait, puisqu’elle devait leur assurer le ciel, ils semblaient avoir oublié leur infériorité numérique. «Mes amis, s’écrie Tarik, l’ennemi est devant vous et la mer derrière, où fuiriez-vous? suivez votre général ; il périra ou foulera aux pieds le roi des Goths. » Pendant sept jours, les deux armées s’épuisent en escarmouches et en combats singuliers ; les Arabes ne peuvent rompre des bataillons qui se recrutent et se reforment sans cesse. Enfin Tarik, à la tête de sa cavalerie, charge impétueusement l’armée des Yisigoths et parvient à la traverser tout entière. Aussitôt l’archevêque de Séville se range sous sa bannière avec les troupes qu’il commande, et dès ce moment Roderic est

rai o eu . Eu rain cherche-t-il à rallier ses escadrons éperdus et mis en faite . lai-même est entraîné et ra périr dans les eaux da Guadalqaivir (711).

En grand capitaine, Tarit sut mettre à profit l’effroi qu’il avait répandu sur le champ de bataille et dans toute la) péninsule . Il marcha vers la capitale ; mais . craignant qu’il ne se formât au loin une nouvelle armée, il dirigea de divers côtés des corps isolés avec ordre de s’emparer des principales villes. C est ainsi qu’Ecija, Malaga, Elvira, Grenade et Cordoue se soumirent ou furent emportées d’assaut Tarit approchait de Tolède, lorsqu’un envoyé de! Mo usa vint lui enjoindre d’attendre au lieu où il se trouvai! l’arrivée du vice-roi. L’ordre était formel. Tarit néanmoins eut la généreuse audace d’achever la conquête en intéressant l’armée à sa propre désobéissance ; s’arrêter, c’étail laisser aux Visigoths le temps de se reconnaître, d' élire uni nouveau roi et de fortifier la capitale où les fuyards dei Xérès avaient porté le trouble et le désordre. Dès que le! vainqueur parut . Tolède capitula et se soumit sans murmure. Tarit y laissa, pour appuyer les juifs, une faible garnison chargée spécialement de la surveillance des habitants, continua sa route vers le nord, et tout le pays de Gibraltar à Gihon sur les bords de la baie de Biscaye reconnut ses lois *.

Mma p&«*e en F -pagne et reçoit la soumission des habitants: organisation de la conquête: disgrâce de Hou sa : mort tragique de son fils Abdel ail» 5i3 .

Cependant Mousa jaloux des succès de son lieutenant, venait de débarquer en Espagne avec de nouvelles troupes et pénétrant dans i Andalousie qui n’était pas entièrement subjuguée. avait réduit Carmona et Séville ; il avait ensuite assiégé Mer ida place forte , ville florissante , pleine de monuments romains dont les traces existent encore aujourd’hui, et n’avait 1 pu vaincre d’abord l'héroïque résistance des Visigoths qui s'y étaient réfugiés. Mais son fils AJxielazis lui avait amené

i. AlguÀkhJ! . ir&d. pE r de Gayiagoî. t. L Pans l'appendice, p. 43 , on tronte î <Tunéressagis oé-tatls sur Monsa.

Afrique sept mille hommes de renfort et la ville en proie la famine s’était enfin rendue. L’Estrémadure et la Lusitaie, avaient fait leur soumission, lorsque Mousa prit le chelin de Tolède où il trouva le reste de l’armée expéditionnaire t manifesta hautement l’intention de punir son lieutenant, l’osant devant les murmures des soldats enlever à l’islanisme un de ses plus habiles capitaines, il le frappa de son ouet et le condamna à un emprisonnement auquel un ordre ixprès du khalife mit bientôt fin. Walid rendit même à Tarik on commandement ; il craignait les talents et l’ambition de Æousadont la famille nombreuse et distinguée pouvait aspi- ■er à l’indépendance; il voulait aussi que la gloire de la conquête restât partagée. Déjà le jeune Abdelazis méritait ’amour des musulmans par les qualités les plus brillantes; îxcellent général, adroit politique, chargé après la prise de Merida de pacifier Séville révoltée , il avait su, en alliant avec habileté la rigueur et la clémence, maintenir les droits du vainqueur et s’attirer l’affection des habitants. De là il s’était porté dans le royaume de Murcie où le prince goth Théodemir avait créé en quelque sorte une principauté indépendante, et il s’était contenté de lui imposer tribut en signe de vassalité , témoignant sans ostentation pour sa belle défense une estime et une admiration qui les honoraient tous deux également. C’était le meilleur moyen pour les chefs arabes défaire aimer leur domination.

Mousa et Tarik, après avoir reçu les instructions du khalife, qui les plaçait presque au même niveau, se remirent en marche, le premier pour les Asturies où il refoula les derniers défenseurs de l’Espagne réunis par Pélage, le second vers les pays situés au delà de l’Èbre. Cette double expédition soumit aux musulmans toute la péninsule jusqu’aux Pyrénées qui ne furent pas encore franchies. La longue résistance de Saragosse avait réclamé le concours des deux armées et affaibli momentanément les Arabes. Il fallait d’ailleurs régler l’organisation de l’Espagne, et Mousa suspendit l’exécution de ses projets contre la Gaule.

En changeant de maîtres, la péninsule retrouva bientôt son ancienne prospérité ; le tribut exigé ne dépassait pas la

taxe annuelle payée sous les rois visigoths , on s’y soumil avec empressement ; cependant le pays différait trop par si J constitution physique des déserts de l’Arabie et de l’Afriquw pour accepter les mœurs et les lois que leurs habitants lill apportaient. Déjà les khalifes de Damas avait fait, bien à rei gret, subir au mahométisme certaines modifications impo sées par le climat de la Syrie et de la Perse ; en Europe 1 lettre du Coran devait avoir encore moins d’autorité. Mai les concessions qu’il était indispensable de faire s’accor daient mal avec une loi d’une inflexible rigueur ; il étai à craindre que les délégués de la puissance souveraine n. rompissent peu à peu les liens qui les rattachaient à la mèr patrie ; c’est ce qui explique l’instabilité du gouvernemen dans la péninsule de 715 à 743 ; les walis ou émirs envoyé par la cour de Damas arrivaient avec l’intention de brise toutes les résistances , d’imposer l’islamisme dans toute s; pureté ; puis en présence des difficultés qui les attendaient éclairés sur les véritables intérêts de l’Espagne, ils établis saient des règles incompatibles avec leur mandat , et dé noncés aux khalifes, recevaient aussitôt l’ordre de résigne leurs pouvoirs. Mousa fut la première victime de cette politi que ombrageuse. 11 lui fut enjoint de se rendre avec Tard auprès de leur souverain ; ils obéirent tous deux et arrivèrent séparément. Tarik était pauvre ; aucune malversatior ne pouvait lui être imputée. On accorda des éloges à sef succès ; seulement comme dans le Magreb sa gloire eût pi attirer autour de lui des Berbères enthousiastes, on le garda en Asie. Quant à Mousa il était suivi d’un nombre immense de captifs, et son entrée triomphale à Damas indisposa contre lui Soliman qui venait de succéder à son père Walid (715); condamné à une amende de deux cent mille pièces d’or, à l’exposition publique et au fouet pour la sévérité qu’il avait montrée à l’égard de son lieutenant , il fut ensuite exilé à la Mecque où il mourut de douleur en apprenant la mort tragique de ses enfants. Tandis, en effet, qu’il subissait ces indignes traitements, ses fils Abdallah et Abdelazis étaient les maîtres de l’Afrique et de l’Espagne. On craignit qu’ils ne se servissent de leur pouvoir pour venger l’injure

de leur père, et Soliman les fit massacrer (716). Àbdelazis i était surtout redoutable par l’affection qu’il avait généralement inspirée. Clément pour les vaincus dont il avait amélioré la condition , il avait satisfait également les Arabes et y les Maures conquérants, par des établissements convenables j et il laissait l’Espagne dans la situation la plus florissante l.

Division politique de l’Espagne; son état prospère; premiers germes de décadence parmi les Arabes.

La péninsule se trouvait partagée en quatre grands arron- * dissements ayant chacun leur gouverneur particulier chargé J de veiller sur les caides ( administrateurs des cités ) , les gouverneurs avaient été placés eux-mêmes sous la direc- [ tion immédiate d’ Abdelazis qui était instruit à temps de : toutes les tentatives de troubles , et qui avait su conserver à : l’Espagne une tranquillité inespérée.

Le premier arrondissement comprenait l’Andalousie , province située entre la mer et le Guadalquivir , de sa source à son embouchure, et les terres qui s’étendent entre ce fleuve et la Guadiana, avec les villes de Cordoue, Séville, î: Malaga, Ecija, Jaen et Ossuna.

Le deuxième arrondissement comprenait toute la partie !! centrale du pays, depuis la Méditerranée à l’est jusqu’aux frontières de la Lusitanie à l’ouest , et s’étendait au nord jusqu’au Duero, avec les villes de Tolède sur le Tage, Cuença sur le Xucar, Ségovie sur un affluent du Duero, Guada- ! laxara, Valence, Dénia, Alicante, Carthagène, Murcie, Lorca, Baeza.

Le troisième arrondissement comprenait la Galice et la Lusitanie avec les villes deMerida, Evora, Beja, Lisbonne, Coïmbre, Lugo, Astorga, Zamora, Salamanque.

Le quatrième s’étendait des bords du Duero jusqu’aux Pyrénées sur les deux rives de l’Èbre , et se trouvait borné, à l’ouest, par la Galice. Il comprenait les villes de Sara*gosse, Tortose, Tarragone, Barcelone, Girone, Urgel, Tudela, Valladolid, Huesca, Jacca, Barbastro.

1. Consultez Viardot, Essai sur les Arabes d’Espagne, 1. 1; Almakkari, t. II,

| dans l’appendice, Mort d’ Abdelazis ; Murphy, History of the Mahommedan I empire in Spain, etc.

Il y eut plus tard, au delà des Pyrénées, un cinquième arrondissement formé de la Septimanie, dont les villes étaient Narbonne, Nîmes, Carcassonne, Béziers, Agde, Maguelonne et Lodève.

Toutes les conditions faites à l’époque de la conquête avaient été religieusement observées ; les armes et les che- ! ( vaux avaient été livrés; on avait accordé à ceux des habitants qui voulaient se retirer, la libre sortie en renonçant à tous leurs biens; à ceux qui préféraient rester, la conservation ) de leurs propriétés , de leurs magistrats , de leurs lois , de leurs églises avec défense d’en construire de nouvelles , et le payement d’une redevance qui n’excédait pas générale- !\ ment le dixième du revenu. Les vainqueurs s’étaient réservé 1 les terres abandonnées dont une grande partie ne fut oc- 1 cupée que longtemps après. Les Arabes et les Maures préféraient le séjour des villes où ils se groupaient en tribus; h par là ils n’offraient point aux Espagnols l’occasion d’at- i taques isolées; mais un esprit de rivalité funeste devait les diviser eux-mêmes profondément et préparer insensible- ! i ment le triomphe de l’Espagne chrétienne. La légion de Damas s’établit à Cordoue, celle de Hems à Séville et à Nie- ! i bla; celle de Kinnesrin (l’ancienne Chalcis) à Jaen; celle de Palestine à Medina-Sidonia et à Algéziras ; celle de Perse 1 à Xérès de la Frontera; celle de l’Yémen à Tolède; celle de l’Irak à Grenade ; celle d’Égypte à Murcie et à Lisbonne, etc. [< Enfin dix jpille cavaliers de l’Hedjaz se partagèrent les plaines les plus fertiles de l’intérieur. Abdelazis, loin de s’ériger en musulman fanatique , avait constitué un conseil ou divan pour adapter au pays les lois du Coran et faciliter ainsi la fusion des deux peuples. A son instigation, des mariages s’étaient formés contre les prescriptions du prophète entre des individus de religion différente, et i lui-même avait épousé la veuve de Roderic. Les habitants de Tolède prirent le titre de Mozarabes, et virent sans se ! plaindre Séville puis Cordoue (720) élevées au rang de capitale.

Venus de l’Égypte, de la Syrie et de la Perse, pays essen- j Bellement agricoles ; doués comme les juifs, qui les sui-

virent dans toutes leurs colonies, du génie commercial , et portés vers l’industrie par la loi du prophète , qui fait un devoir du travail, autant que par la double nécessité de mettre en œuvre les riches produits d’un sol fertile et de satisfaire aux besoins nombreux du luxe oriental, les nouveaux conquérants de l’Espagne y apportèrent des procédés agronomiques fondés sur l’expérience et l’observation ; ils défrichèrent ses campagnes incultes , repeuplèrent ses villes désertes, les ornèrent de monuments magnifiques et les unirent entre elles par des relations commerciales multipliées. L’Espagne ainsi fécondée et affranchie de la servitude de la glèbe , devint la plus populeuse et la plus industrieuse des contrées européennes V.

Cependant des dissensions intestines troublèrent de bonne heure son repos et dévoilèrent dans la domination musulmane l’existence du mal qui devait entraîner sa ruine. Les Arabes et les Maures avaient vu renaître en eux une haine amortie quelque temps par la communauté de foi et d’intérêts. Des jalousies réciproques amenèrent des collisions sanglantes qu’éternisèrent le droit de représailles inscrit dans le Coran, et l’esprit de vengeance qui animait les deux peuples. Lorsqu’un Berbère recevait un outrage, la tribu à laquelle il appartenait prenait sa défense. Si le gouverneur envoyait pour la réduire des troupes venues de l’Asie , les Maures faisaient appel à leurs compatriotes ; les Orientaux oubliaient aussitôt leurs propres divisions et la lutte menaçait de devenir générale. D’autres fois, c’étaient des Syriens émigrés en Espagpe qui ne recevant pas un établissement en rapport avec leurs prétentions , avaient recours à la force des armes, et s’emparaient d’une cité dont ils faisaient leur propriété. En 742, une bande de ces étrangers après avoir longtemps fait la guerre en Afrique , à la solde du vice -roi , contre des Berbères révoltés, descendit en Espagne et ravagea l’Andalousie. Victorieuse de l’émir qui lui tut opposé , elle remplit la péninsule d’affreux désordres

1. Casiri, t. II, p. 32, 252, OEIsner, Duruy, Géographie du moyen âge , et sur la charte donnée à Coïmbre en 734 (Idatii chronicon), Desmichels, Histoire générale du moyen âge; Rosseuw Saint-Hilaire, Histoire d’Espagne , t. II, etc.

qui ne cessèrent que trois ans après, à l’arrivée d’un délégué il du khalife (742-746).

Il n’y avait qu’un moyen d’arrêter ces ferments de dis- I» corde, c’était de proclamer la guerre sainte et de porter lî au dehors l’activité des nouveaux conquérants. 11 fut em- j ployé avec succès par les premiers successeurs d’Abdelazis ; l et c’est ce qui explique l’état paisible de l’Espagne pendant |.j les quinze premières années qui suivirent la mort de ce chef illustre.

lies Arabes dans la Gaule (919-939).

Du sommet des Pyrénées, Mousa, suspendu sur l'Europe, se préparait à subjuguer les peuples placés entre la Gaule narbonaise et le Bosphore , lorsque sa disgrâce vint arrêter n en Occident les progrès de l’islamisme. Les Arabes, énervés j par la politique dissolvante de la cour de Damas, ne devaient plus porter dans leurs entreprises cette ardeur et cet enthousiasme qui les rendaient invincibles ; ils allaient d’ail- 3 leurs trouver dans la Gaule un peuple animé aussi d’une foi ! sincère, pouvant se recruter à son berceau même, et que de récentes victoires avaient rendu confiant en ses propres !> forces. Les Francs austrasiens avaient, en 687, à la suite de la bataille de Testry , imposé leur joug aux Gallo-Romains ■ qui formaient l’élément principal de la population neus- j trienne; le rappel de Mousa leur donna le temps de se 1 reconnaître et d’opposer au flot de l’invasion une barrière J' infranchissable. Les Arabes s’étaient emparés presque sans j résistance d’une partie du midi de la Gaule qui formait une dépendance du royaume des Visigoths; dès l’année 719, I la Septimanie fut occupée par l’émir Alsamah. Narbonne qui , par son admirable position , offrait un point d’appui ! formidable, reçut une colonie musulmane et devint le centre d’opérations importantes. Ambizah, successeur d’Alsamah, j s’empara de Carcassonne, de Nîmes, et s’avança jusqu’en Bourgogne où il pilla la ville d’Autun (725); mais l’Aquitaine | fit une résistance inattendue. Elle était gouvernée par un descendant de Clovis, le duc Eudes, qui avait rallié un grand nombre de guerriers francs et était en état de tenir la campagne. Quand les Arabes se présentèrent devant Toulouse,

;a capitale en 721, il leur fit essuyer une déroute complète. ]eux-ci durent se contenter d’exiger des contributions des ailles secondaires, et dirigeant d’un autre côté leurs courses iventureuses , ils s’avancèrent sans obstacle sur les bords lu Rhône et de la Saône ; Beaune fut prise et saccagée ; Sens ;e racheta par un tribut. L’Albigeois, le Rouergue, le Géraudan , le Yelay furent aussi exposés à de fréquentes in- ;ursions,et, si l’on s’en rapportait à la tradition, il faudrait es peindre des plus noires couleurs ; encore aujourd’hui ;’est aux Sarrasins, nom adopté de préférence par les Occidentaux, qu’on attribue toutes les ruines, toutes les dévasations dont on aperçoit des traces dans les provinces qu’ils >nt parcourues ; et pourtant loin de combattre avec la fureur >t la barbarie des Huns ou des Northmans, ils étaient généalement modérés dans la victoire. Ne serait-ce pas l’effet de 'impression qu’ils ont dû produire sur l’imagination du >euple? leur figure hâlée, leurs regards farouches, l’allure ; >récipitée de leurs chevaux, la singularité de leur costume, es récits exagérés des fuyards, jetaient dans les esprits une ' erreur profonde; ils venaient avec une langue inintelligible, f t le fer à la main , apporter une religion nouvelle à des tommes pleins de foi dans les enseignements de leurs évê- [ues, et le clergé ne pouvait avoir que des paroles de haine ontre les ennemis du Dieu des chrétiens.

En 730 , les Arabes surprirent Avignon ; jusque-là ils l’avaient fait que des expéditions passagères; l’émir Abierrahman résolut de tenter la conquête de la Gaule entière, lenommé par son courage , dont il avait donné une preuve datante, en arrêtant, après la défaite de Toulouse, tous < 3s efforts du duc d’Aquitaine, il vit accourir sous ses éten- • ards des troupes considérables de volontaires. Il commença >ar attaquer un gouverneur de la Tarraconaise, Munuza, ui aspirait à l’indépendance, et avait épousé la princesse -ampagie, fille du duc d’Aquitaine, l’assiégea dans Puycerda, t le contraignit à se donner la mort. Puis , à la tête d’une elle et nombreuse armée, il envahit l’Aquitaine. Le duc ludes, battu sur les bords de la Garonne, ne put défendre ûrdeaux, qui fut emporté d’assaut. Après ce succès, Ab-

derrahman , vainqueur de nouveau au passage de la Dordo- j gne, se dirigea vers Tours , dans le but de s’emparer de l’abbaye de Saint-Martin, dont on vantait les trésors im-j menses. Charles, fils de Pépin d’Héristal , était alors le véritable roi des Gaules ; il résolut de sauver la chrétienté menacée ; il appela les leudes aux armes et exigea de tous les Francs le service militaire pour cette guerre nationale1.

Charles Martel vainqueur des musulmans à la bataille de Poitiers

Abderrahman avait quitté les bords de la Loire, et il attendait son ennemi entre Tours et Poitiers; c’est là qu’allait ! se décider le sort de l’Occident; les Arabes comptaient sur une seconde bataille de Xérès et furent déçus dans leurs ) espérances. Les Francs austrasiens ne ressemblaient pas aux Goths dégénérés; ils ne portaient point d’or sur leurs vête-i ments et se présentaient au combat tout bardés de fer. I Là, point d’esclaves combattant pour des maîtres détestés, mais de braves compagnons entourant un chef qui se disait leur égal; pendant les six premiers jours, il n’y eut que des) engagements partiels où les musulmans eurent l’avantage;; le septième l’action devint générale; elle fut sanglante et solennelle. Les Orientaux furent accablés par la force et lai stature des Germains; leur déroute fut causée par l’impé-j tuosité de Charles , qui gagna dans cette bataille le nom de) Martel, et par la mort d’ Abderrahman. Pendant la nuit, lej désordre et le désespoir portèrent les différentes tribus dej l’Yémen et de Damas, de l’Afrique et de l’Espagne, à tour-j ner leurs armes les unes contre les autres , et les débris dej cette armée se dispersèrent ; le duc d’Aquitaine s’était em-j pressé de retourner sur ses pas , pour intercepter aux fugi-; tifs le passage des montagnes; les Arabes comprirent lej danger; au lieu de se diriger vers l’Aquitaine, ils prirent le chemin de la Septimanie, et se trouvèrent bientôt eni sûreté, à l’abri des places fortes de Narbonne et de Car-j cassonne (732).

Quelques années après (735-739), les lieutenants de l’émir!

i. OElsner, p. 73 ; voy. aussi M. Reinaud, Invasion des Sarrasins en France, j

. ibdelmalek firent des incursions en Provence, où ils étaient [ ppelés par des seigneurs mécontents ; Charles Martel et on frère Childebrand reprirent Avignon et battirent les musulmans sur la Berre , mais ne purent s’emparer de Narbonne ; pour empêcher les Arabes de s’établir au nord de Aude, ils démantelèrent Nîmes, Agde, Béziers, et firent u pays un véritable désert; en 737, Mauronte, gouverneur e Marseille, livra la Provence aux infidèles, qui assiégèrent 1 1 occupèrent la ville d’Arles ; Charles , réuni à Luitprand , oi des Lombards qui était lui-même menacé sur la côte igurienne , força l’ennemi à la retraite (739) ; une heureuse xpédition contre la Sicile racheta pour les Arabes la honte r e ces échecs répétés qui consacraient la fortune et la puisance des Francs carlovingiens1.

îuerres en Orient; nouveau siège de Constantinople (909).

La victoire de Poitiers avait fermé aux musulmans l’Euope du côté de l’Occident; ils pouvaient néanmoins la pren- Ire à revers et y pénétrer par Constantinople ; déjà , en 672 , [savaient assiégé la capitale de l’empire grec, et leurs tentaives avaient échoué ; ils l’attaquèrent de nouveau par mer, ous Soliman et Omar II (717-719) , et virent encore une ois leurs flottes détruites par le feu grégeois. Léon III, Isaurien, qui venait de monter sur le trône, déploya dans ette circonstance un courage à toute épreuve; dirigeant ui-même les brûlots incendiaires, il ruina une partie des >âtiments ennemis, et força les autres à la retraite. Les roupes de débarquement qui avaient pris terre à la haueur d’Abydos s’étaient emparées des villes qui bordent la ^opontide jusqu’à Constantinople; la résistance de Léon, m hiver rigoureux, la famine et la peste triomphèrent de eurs efforts.

Les Arabes ne réussirent pas mieux sur terre , quoique ustinien II eût, par une mesure impolitique, obligé lesMar- | laites à descendre du Liban et du mont Taurus. En 692, e khalife Abdelmalek avait obtenu quelques avantages dans

1. Eginhart, édition publiée par la Société de l’Histoire de France; Fauriel, Hishiri de la France méridionale, compilation plus que médiocre.

la Cilicie; une bataille livrée près de l’île d’Éleuse avait été fatale aux Grecs par la trahison d’un corps d’Esclavons mercenaires; sous Absimare Tibère, les hostilités prirent un caractère de férocité sans exemple. Héraclius, frère de l’empereur, remplit la Syrie de désolation et de carnage. Les habitants de la petite Arménie ayant massacré les garnisons musulmanes répandues sur leur territoire, payèrent bientôt le prix du sang ; une armée de Sarrasins vint fondre sur eux, égorgeant les populations sur son passage, et les seigneurs de la province furent brûlés vifs. En 703, la Cilicie était le théâtre de nouveaux combats : les succès des généraux romains sauvèrent les empereurs héraclides des dangers qui les menaçaient.

Cependant Justinien II, déposé en 695, avait ressaisi; la couronne dix ans plus tard, et ne songeait qu’à satisfaire, ses implacables vengeances. Moslemah, frère de Walid Ier,; qui s’était déjà signalé par ses excursions en Asie Mineure,, s’empara de Tyane, capitale de la seconde Cappadoce. Tel était le mépris qu’inspirait l’empereur qu’un parti de trente Arabes osa traverser toute la contrée, pénétra jusqu’à Chrysopolis, vis-à-vis de Constantinople, mit le feu aux vaisseaux réunis dans le port, et revint sans avoir perdu un seul homme. En 711, sous le règne de Philépique Bardane, Moslemah envahit le Pont et la Lycaonie, prit Antioche de Pisidie, et fit plusieurs campagnes glorieuses, sans obtenir toutefois de résultats bien importants. Maîtres d’une grande partie de l’Arménie, les Arabes fortifièrent les défilés de Derbend contre les Turcs khozars, dont les incursions s’étendaient quelquefois jusqu’à Mossoul; ils assiégèrent successivement Amorion, Pergame , Nicée, en Bithynie , et après s’être avancés jusqu’aux rives de la Propontide et du Bosphore, ils finirent par renoncera des entreprises pour lesquelles il eût fallu plus d’ensemble et la réunion de forces considérables; les Grecs, en défendant les murs de leur capitale et les places fortes de l’Asie Mineure, si souvent ; menacées, avaient eu du moins la gloire de sauver l’Europe du côté de l’Orient.

Conquête de la Transoxfane et de l’Inde occidentale; la mauvaise politique du khalife Soliman arrête les progrès des Arabes (»•»-»**).

Dans l’Asie centrale, les progrès de l’islamisme avaient §té plus remarquables ; l’Indus et l’Oxus avaient été franchis ; es Arabes ne s’étaient arrêtés que sur les frontières du grand împire chinois. Maîtres de Tarmidz, ils s’étaient plusieurs bis approchés de Bokhara et de Samarcande , mais sans >ccuper ces deux villes. Kotaïbah, un de leurs meilleurs généraux, placé sous le commandement immédiat d’Hé- ;iage, qu’Abdelmalek avait chargé de gouverner toutes les >rovinces situées à l’est de l’Euphrate , s’avança contre les Turcs, les battit complètement, et réduisit le Khowaesm ou Kharizme et le Mawarannahar où Salem-ben-Ziad t Mohalleb n’avaient fait que des incursions passagères; a grande partie du pays connu dans nos cartes sous le tom de Tartarie indépendante , se soumit à l’autorité des halifes ; non content d’avoir brûlé les idoles de Ferganah, !.e Nakscheb, de Baikend, de Bokhara et de Samarcande 712), Kotaïbah prit Kaschgar, Aksou , Jerkhen, Khotan, t envoya douze ambassadeurs à l’empereur de la Chine, ui détourna l’orage dont il était menacé en rassasiant d’or 3ur cupidité.

A l’est du Sedjestan, on se contenta d’imposer un tribut u roi de Caboul. L’elfort des conquérants se porta princilalement sur la vallée de l’Indus , où régnaient des chefs uissants. Une flotte remonta le fleuve bien avant dans l’in— irieur des terres, en même temps qu’une armée venait travers le Mekran et se répandait dans les plaines de * aschmir. Des villes opulentes et magnifiques couvraient îs bords du fleuve ; plusieurs d’entre elles essayèrent vaiement de résister ; il leur fallut reconnaître la puissance es khalifes , adopter une langue nouvelle et tolérer la proagation de l’islam qui remplaça peu à peu le bouddhisme. Les entreprises des Aratxes contre les peuples de l’Inde /aient commencé près d’un siècle auparavant; dès 637 ne flotte sortie de l’Oman avait fait une descente dans l’île ta Tanah, non loin de la ville actuelle de Bombay; une au-

tre flotte partie du Bahreïn avait attaqué dans le golfe de Cambaye, la ville de Baroud ; enfin une troisième expédition avait été dirigée vers les bouches de l’Indus. En 643, Abdallah, fils d’Ammer, après avoir envahi leKerman et le Sedjestan, avait vaincu le gouverneur persan du Mekran et le roi du Sinde réunis ; quelques années plus tard Abderrahman, fils de Samrah, avait attaqué la province de Daver, détruit l’idole Zour et occupé la ville deBost. Les royaumes de Caboul et du Sinde formèrent alors la frontière des possessions arabes; en 664, Mohalleb, fils d’Abou-Sopha, rendit le souverain de Caboul tributaire ; les territoires de Cosdar près de Kelath et de Candabyl furent dévastés et les musulmans s’approchèrent de plus en plus de la vallée de l’Indus ; les troubles qui éclatèrent sous les premiers Om- 1 1 mïades permirent à quelques princes de l’Inde de recon- | quérir leur indépendance ; mais du vivant même de Moa-ji wiah , Abderrahman entrait en vainqueur dans Caboul et en 683 Abdelazis, fils d’Abdallah-ben-Ammer, faisait res-! pecter au loin l’étendard du prophète. Lorsqu’en 707, par les ordres d’Hégiage, Mohammed-ben-Cassem s’avança sur les bords de l’indus, il attaqua d’abord le roi Daher, le défit, et prit la ville deDaybal, Byroun, Bahman-Abad, Alor etMoultan qui devint le boulevard de l’islamisme1; il se rapprochait de l’Himalaya et se disposait à envahir l’empire dégé- 1 néré de Canoge; la mort d’Hégiage le rappela du côté de j l’Euphrate et il expia bientôt après dans les supplices le tort d’avoir pris un trop grand ascendant sur les populations indigènes par la sagesse de son gouvernement et la hauteur de son génie.

Les musulmans s’étaient montrés un instant sur les rives j du Gange; mais ils ne conservèrent pas ces contrées qu’ilsj n’avaient fait que parcourir.

Ici s’arrêtent les conquêtes des Arabes ; les successeurs dej Mahomet n’avaient déjà plus cet esprit de prosélytisme qui,ji| soixante ans auparavant, renversait tous les obstacles. Lesj khalifes redoutaient même un accroissement de territoire,!

1. Voy. le Mémoire sur l'Inde de M. Reinaud et le Rapport que nous ayons fait; Il sur cet ouvrage ( Bulletin de la Société de géographie, année 1Ç5I).

ans la pensée qu’au milieu des divisions des partis, de ouvelles conquêtes n’auraient fait que favoriser les idées mbitieuses de leurs généraux, qu’ils regardaient déjà d’un îil jaloux.

La disgrâce qui frappait Mousa sur les bords du Tage atîignail , à trois mille lieues de distance, Kotaïbah, qui veait d’ajouter d’immenses provinces à la monarchie des halifes, et Mohammed fils de Cassem, dont la sage politiue faisait accepter des Hindous la domination musulmane, n ne pouvait prévoir ce qu’auraient fait ces trois hommes la tête d’armées victorieuses et pleines d’enthousiasme, le khalife Soliman pour se venger d’Hégiage, qu’il consiérait comme son plus cruel ennemi , n’avait fait porter le oids de sa colère sur les généraux choisis par cet habile îinistre. Mais les fils d’Abdelmalek étaient arrivés à l’apoée de leur puissance ; désormais ils ne pouvaient plus que échoir, car ils n’avaient pas cette main ferme et vigoureuse ui seule pouvait maintenir l’unité dans leurs vastes États; s n’avaient pas, à l’exemple des compagnons du prophète,

; sentiment de leur force, et en s’abandonnant à d’injustes rnpçons contre leurs propres partisans ils rallumèrent euxlêmes le feu de la guerre civile.

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