Voy. l’appendice, n
2. M. Quatremère, Mémoires historiques sur la dynastie des khalifes abbasside .(
irence de justice leurs prétentions ambitieuses, ils avaient supposé qu’Abou-Haschem-Abdallah , petit-fils d’Ali , empoisonné par ordre du khalife Soliman , leur avait délégué, avant de mourir, la dignité d’iman ; Abou-Haschem ne descendait pas de Fathime, la fille du prophète. Son père, Mohammed, surnommé Ebn-Hanefiïah , parce qu’il avait eu pour mère une femme de la tribu de Hanef, avait mérité l’estime générale par ses vertus ; mais il n’avait pu disputer
; le rang d’iman au fils de Hoseïn, arrière-petit-fils de Mahomet; aussi, les véritables titres des Abbassides se fondèrent îxclusivement sur l’intrigue et la force. Leur audace détermina la plupart des Alides, qui désiraient avant tout la ruine le la maison d’Ommïah , à se déclarer pour eux , et l’Irak out entier se disposa à prendre les armes.
Les Ommïades ne pouvaient ignorer le danger de leur position ; déjà ils avaient aboli l’usage d’excommunier la némoire d’Ali, et le pieux Omar II avait même songé à se choisir un successeur dans la famille du gendre de Mahomet. ]ette disposition avait causé sa perte ; après lui (720) la di- /ision n’avait pas cessé de troubler la famille régnante ; et es revers de Zéid qui, en 740, avait disputé le sceptre à lescham n’avaient servi qu’à mettre plus en évidence le >arti des Abbassides.
Derniers khalifes ommiades; Aboul-Abbas triomphe de Mervan II.
Le successeur désigné d’Hescham, Walid II, se montra , ès son avènement , par ses mœurs et son caractère , i peu digne d’être le chef d’une religion et d’un grand mpire , que la ville de Damas méconnut son autorité t proclama khalife un autre Ommïade , Yézid II (743). Valid essaya vainement de rentrer à Damas; vaincu dans n combat où il trouva la mort, il laissa à d’autres le soin e punir son parent et la ville rebelle ; ses partisans, réfutés à Émèse, tentèrent une seconde fois la fortune sans lus de succès, et un autre parent d’ Yézid ayant soulevé la alestine, ne fut pas plus heureux. Un membre de leur mille, doué d’un mérite incontestable et gouverneur de la
Mésopotamie, Merwan, petit-fils de Merwan Ier, jugeant que l’autorité d’Yézid était mal assise au moment même où il fallait à la tête de l’Etat un homme ferme et énergique, crut pouvoir aspirer à la puissance suprême. Soutenu par les habitants du Djezireh, dont il avait su se faire aimer, il marcha sur Damas, recevant sur la route l’hommage des villes qui, comme Émèse, ne s’étaient soumises qu’avec peine aux armes d’Yézid, et à son arrivée il ne trouva plus que des adversaires en désarroi. Yézid II venait de mourir (744) ; | un de ses frères chercha inutilement à continuer la lutte ; Merwan resta maître du khalifat en 746. Les Abbassides ne demeurèrent pas inactifs au milieu de ces dissensions, qui détournaient tous les gouverneurs des soins de l’adminis- i tration. Ils mirent le temps à profit pour organiser une ligue redoutable, et rallièrent autour d’eux les mécontents de tous les partis. Des émissaires adroits parcoururent le Khorasan et cette province donna le signal de l’insurrection en proclamant khalife Mohammed, arrière-petit-fils d’Abbas, et à la mort de Mohammed, son fils Ibrahim. L’auteur principal de cette révolution était le farouche Abou- Moslem, qui s’était élevé d’une condition infime aux plus hautes dignités, et qui avait été nommé gouverneur du Khorasan; il fit arborer à Mérou, sur son palais, le dra-| peau noir , emblème du parti des Abbassides (750) , qui avaient proscrit le blanc, couleur des Ommïades, et la guerre civile recommença.
Merwan, à la première nouvelle de ces événements, s’était assuré de la personne d’ibrahim qui affectait le goût de la retraite. Pour effrayer ses ennemis par une résolution violente, il ordonna la mort de l’Abbasside ; ce fut un acte de mauvaise politique ; le frère d’ibrahim, Aboul-Abbas, en apprenant cette cruelle exécution, se hâta d’accourir à Mérou et se fit proclamer khalife, suivant les cérémonies ordinaires.! ; Du palais du gouverneur il se rendit en grande pompe à la mosquée, où il récita tout haut la kotbah ou prière publique, et se mettant à la tête de ses partisans, il se disposa h \ consacrer son usurpation par la victoire. Merwan s’avançai dans le Khorasan avec une nombreuse armée. Il avait poui
lui la supériorité du nombre et des talents militaires. On en vint aux mains sur les bords du Zab. Un accident imprévu causa la perte des Ommïades ; Merwan ayant quitté son cheval au moment où son triomphe semblait assuré, l’animal effrayé se précipita au milieu des combattants, qui crurent que le khalife avait été tué ; le désordre se mit aussitôt dans les rangs des Syriens et Merwan fut réduit à fuir. Poursuivi par l’émir Abdallah son vainqueur, il traversa rapidement le Djezireh , la Palestine , et se croyait en sûreté sur les frontières de l’Égypte, lorsqu’il fut surpris et tué dans une église copte. Les meurtriers lui coupèrent la tête , qui , portée à Koufah , et exposée , suivant la coutume orientale, aux regards de la population, apprit à tous la chute définitive de la maison d’Ommïah ( 752). Ceux qui s’étaient séparés de Merwan et n’avaient pas su combattre pour soutenir sa cause eurent bientôt lieu de s’en repentir. Aboul-Abbas se promettait de punir d’un seul coup et la mort de son frère et les longues souffrances que sa famille avait supportées ; sa vengeance surpassa tout ce que la haine peut inventer de plus terrible. Les Ommïades et leurs adhérents furent poignardés par milliers; il y eut en un seul jour à Damas quatre-vingt-dix de leurs chefs qui périrent victimes de leur crédulité ; on les avait invités à un festin de réconciliation ; tout à coup, au milieu de la fête, des soldats apostés vinrent se ranger derrière chacun d’eux ; à un signal donné ils déchargèrent sur leur tête un coup de massue et les renversèrent. Puis sur les morts et les mourants on fît placer des planches qu’on recouvrit de riches tapis, et tous les officiers de l’armée furent appelés à un nouveau repas. Aboul-Abbas, qui mérita si bien le surnom à'El-saffah (le sanguinaire), voulait exterminer tous les Ommïades ; un d’eux , échappé au massacre général , allait faire porter aux Arabes d’Orient la peine de tant de crimes.
Aboul-Abbas premier khalife abbasside; Almanzor lui succède; fondation de llagdad.
La révolution qui avait élevé les Abbassides au khalifat peut être regardée comme une réaction de l’Asie orientale contre
l’Asie occidentale ; elle avait été faite par les habitants du Khorasan et de l’Irak : ce furent eux aussi qui en profitèrent. Les khalifes cessèrent de résider en Syrie; ils allèrent s’établir dans la Babylonie. Aboul-Abbas, qui ne régna que deux ans (752-754), fixa son séjour à Anbar; Almanzor, son frère et son successeur, chercha une résidence plus convenable et plus imposante. Il arrêta d’abord son choix sur Koufah : mais l’esprit delà population, mieux disposée pour les Fathimites que pour sa propre famille, lui déplut. Il songea à créer lui-même une ville nouvelle qui lui fût toute dévouée; et en 762 il fonda Bagdad, dont la renommée éclipsa bientôt celle de toutes les cités de l’Orient. Bagdad fut construite au bord du Tigre , près de l’ancienne Séleucie , autour d’une colline que dominait le pavillon des khalifes ; une enceinte en briques, défendue par cent soixante-trois tours, la protégeait contre les attaques du dehors1. Des sommes immenses furent consacrées à ses embellissements.
Le changement de capitale fut accueilli avec satisfaction par tous les Orientaux , qui voyaient se rapprocher d’eux le siège du gouvernement. Il n’en fut pas de même des pays de l’extrémité occidentale du khalifat, l’Espagne et le Magreb, qui se plaignaient déjà de leur isolement et qui, ne se considérant en quelque sorte que comme des provinces tributaires de l’empire, n’attendaient qu’une occasion favorable pour devenir indépendants.
Bien sans doute ne pouvait être plus funeste à la grandeur de l’islamisme qu’une semblable scission, mais elle était tellement dans la force des choses qu’elle s’accomplit sans effusion de sang et comme par un accord tacite.
Dès que l’Espagne apprit l’avénement des Abbassides et la chute des Ommïades, elle se sépara de la mère patrie ; puis ayant su qu’un membre de la famille d’Ommïah se trouvait dans le Magreb, elle n’hésita pas à le proclamer khalife (755). L’Afrique, sans aller aussi loin, parut approu-
1. Marignv, Histoire des Arabes sous le gouvernement des khalifes, ouvrage1 médiocre. Gibbon, déjà cité, etc.
LES PREMIERS ARBASSIDES.
’er l’acte de son gouverneur Abderrahman-ben-Habid, qui îésitait à reconnaître la souveraineté d’Almanzor. Les >euples de cette contrée avaient depuis longtemps compris [ue leurs intérêts n’étaient point les mêmes que ceux des leuples de l’Asie ; toutefois ils ne voulurent point se rallier u khalifat de Cordoue, et se partagèrent en plusieurs grouies distincts avec des chefs particuliers; les faibles liens [ui les rattachaient à la dynastie des Abbassides disparurent 'ientôt complètement.
C’est pour cela qu’au point où nous en sommes arrivés, il mt scinder l’histoire des Arabes en deux parties; nous tudierons d’abord les révolutions du khalifat d’Orient et les vénements accomplis en Égypte qui se lient intimement ces révolutions ; puis nous traiterons dans un livre spécial es Arabes de l’Espagne et de l’Afrique proprement dite.