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CHAPITRE IL

LES ARABES AVANT MAHOMET

CARACTÈRE ET MOEURS DES ARABES; DIVISION EN TRIBUS. — ANCIENNES TRADITIONS (XXe-Xe SIÈCLE aV. J. C.j. — LES ARABES SONT MENACÉS PAR LES CONQUÉRANTS DE L’àSIÉ (9? 0-323 AV. J. C). — LES NABATÉENS. — LA LUTTE DES ROMAINS ET DES PARTHES OU PERSES EST FAVORABLE AUX ARA- BES.— DE L’ARABIE SEPTENTRIONALE DU IIIe SIÈCLE AV. J. C. AU VIIe SIÈCLE APR. J. C.; ROYAUME DE HIRA ET D’ANBAR ; GHASSAN1DES. — ARABIE MÉRI- DIONALE (DÉ 167 AV. J. C. A 597 ÀPR. J. c.); lORBAS DE L’YÉMEN; LÈS ABYSSINS. — ARABIE CENTRALE (206-620 APR. J. C.); LA MECQUE ÈT IA- TIIREB; PUISSANCE DES CORÉlSCHlTES. — TENDANCES DE L’ARABIE VERS L’UNITÉ POLITIQUE; ASSEMBLÉES D’OCAZH ; LUTTES DE POÉSIE. — MOUVE- MENT RELIGIEUX DE L’ARABIE.

Caractère et mœurs des Arabes; division en tribus.

« Déjà, dit Herder, dans les jours d’ignorance, comme ils appellent les premiers temps de leur histoire, les Arabes s’étaient répandus au delà de leur péninsule, et avaient fondé de petits royaumes dans l’Irak et en Syrie; quelques-unes de leurs tribus habitaient en Égypte; les Abyssins descendaient de leur race, et toute l’étendue des déserts d’Afrique semblait être leur héritage : séparés de la haute Asie par des mers

LES ARABES AVANT MAHOMET

de sable, protégés contre les attaques des conquérants, rien ne troubla ni leur liberté , ni l’orgueil qu’ils tiraient de leur origine , de la noblesse de leur famille , de leur valeur indomptable, de leur langue encore pure et native; joint à cela que, placés au centre du commerce du midi et de l’orient, ils réfléchissaient les lumières de tous les peuples voisins, et partageaient avec eux une activité mercantile que leur heureuse situation leur rendait naturelle; ainsi, dès l’origine, se développa au milieu d’eux une forme de culture intellectuelle qui jamais n’eût apparu sur les monts Ourals ou Altaï. À la fois subtile et naïve, la langue des Arabes se forma aux discours figurés et aux sentences morales longtemps avant qu’on eût songé à récrire. C’est sur leur mont Sinaï que les Hébreux reçurent les tables de la loi , et le peuple de Moïse habita presque toujours avec leurs tribus.

« Les Arabes ont conservé les mœurs patriarcales de leurs ancêtres; ils sont, par un singulier contraste, sanguinaires et obséquieux, superstitieux et exaltés, avides de croyances et de fictions; ils semblent doués d’une éternelle jeunesse , et sont capables des plus grandes choses lorsqu’une idée élevée les domine. Libre, généreux et fier, l’Arabe est en même temps irascible et plein d’audace; on peut voir en lui le type des vertus et des vices de sa nation ; la nécessité de pourvoir lui-même à ses besoins le rend actif; il est patient à cause des souffrances de toute nature qu’il est obligé de supporter, il aime l’indépendance comme le seul bien dont il lui est donné de jouir ; mais il est querelleur par haine de toute domination. Dur envers lui-même, il devient cruel et se montre trop souvent avide de vengeance.

« L’analogie de situation et de sentiment inspirait à tous les mêmes points d’honneur ; le glaive, l’hospitalité, l’éloquence faisaient leur gloire; l’épée était l’unique garantie de leurs droits; l'hospitalité embrassait pour eux le code de l’humanité, et l’éloquence, au défaut d’écritüre, servait à terminer les différends qui ne se vidaient pas par les armes. >*

La division des Arabes en tribus est encore une conséquence de cette vie nomade; des usages tenaient lieu de lois et chaque famille se réunissait autour d’un chef dont

l’autorité toujours paternelle résidait ordinairement dans le droit d’aînesse. Ce chef portait le nom de Scheik ou seigneur ; les principales familles représentaient assez bien les patriciens de Rome et les nobles de l’Europe ; un des scheiks était placé au-dessus des autres ; c’était le général de cette petite armée; quelquefois il prenait le titre d’émir (commandant ou prince), mais son autorité était très-limitée; il n’était même pas à l’abri du talion, loi barbare qui voulait que le sang versé fut racheté par le sang ou par la composition’. Tous les intérêts lui étaient confiés, mais il ne pouvait en séparer les siens; car la tribu était sa famille et portait son nom. Quoique décidant par lui-même toutes les grandes affaires, l’émir devait écouter l'avis des scheiks avant de rien entreprendre. Toutes les tribus étaient organisées de même : plusieurs d’entre elles se réunissaient quelquefois pour former une seule masse : l’autorité était alors décernée au scheik de la plus puissante. Souvent aussi lorsqu’une tribu avait vu ses ressources épuisées par une guerre malheureuse, elle venait se fondre dans une autre en état de la protéger, et ces alliances expliquent comment les noms d’un grand nombre de tribus ne se sont pas perpétués.

Tant que le peuple arabe resta attaché à la vie nomade, cette organisation de la tribu qui en était le résultat immédiat ne subit aucun changement; elle existe encore aujourd'hui, modifiée toutefois; partout où des villes ont été fondées, le pouvoir des scheiks a pu se changer en despotisme, mais la tribu comme aux premiers jours est le véritable élément de cette société si curieuse à étudier.

Anciennes traditions siècle av. J. €.)•

Les Arabes rapportent leur origine aux descendants d’Abraham : Kahtan ou Jectan et Ismaël, sont les souches des deux grandes races qui ont peuplé la péninsule l’une au midi, l’autre au nord. Ces races sont ordinairement désignées* sous les noms de iïloutearriba et de JJoustariba, par opposition aux Ariba ou Arabes primitifs, au premier rang des-

I. Volney. Bf cherches nouvelles sur l’histoire ancienne. — Gibbon. Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain , t. X.

LES ARABES AYANT MAHOMET

quels on place les Adites et les Amalica(Amalécites) descendants de Sem, selon les uns, de Cham selon les autres1. Les Moutearriba ou Jectanicles s’établirent dans l’Yémen et y fondèrent deux dynasties : la dynastie sabéenne et la dynastie hémyarique; la langue des Ariba ou l’arabe proprement dit, usitée dans l’Hedjaz et le Nedjed, continua d’être parlée par les habitants des campagnes; mais les villes de l’Yémen se servirent de l’idiome hémyarique que les Jectanides avaient appris de leurs ancêtres. Les Moustariba étaient de beaucoup postérieurs aux Jectanides. Abraham ayant reçu , dit-on, la mission divine de bâtir à la Mecque un temple saint, quitta la Syrie pour obéir aux ordres de Dieu tout-puissant, et descendit en Arabie où il fonda la Kaaba, qui fut longtemps l’objet exclusif de la vénération des Arabes. Les travaux du temple retinrent le patriarche dans l’Hedjaz durant de longues années, et il fut aidé dans ses travaux par son fils Ismaël , né sur le territoire même de la Mecque. La source découverte par Agar, est celle du puits de Zemzem; c’est à Ismaël que fut portée par l’ange Gabriel la fameuse pierre noire, longtemps enfermée dans la Kaaba, qui au jour du jugement doit rendre témoignage en faveur de ceux qui se seront prosternés devant elle. Les traditions des Arabes comptent encore plusieurs signes de la protection céleste, qui prouvent, à leurs yeux du moins, que leur race comme celle des Juifs, a été privilégiée.

A peine les descendants d’Ismaël commencèrent-ils à se multiplier qu’ils se séparèrent : au lieu d’une seule tribu, il s’en forma plusieurs, toutes organisées de même, mais aussi toutes indépendantes. Quelques-unes choisirent un emplacement pour s’y fixer : la plupart allèrent vivre dans le désert sous des tentes et adoptèrent la vie nomade. Lorsqu’un chef prenait possession d’un pâturage, il n’employait d’autre formalité que de faire aboyer sa meute; le rayon sonore de cette étrange proclamation traçait aussitôt celui d’un domaine interdit aux troupeaux d’alentour2.

1. Caussin de Perceval, Essai sur l’histoire des Arabes avant l’islamisme, t. Ier*

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