‹ Histoire des ArabesChapitre 4 sur 88 · OElsner, p. 5; Pococke, Specimen historiée Arabum, p · texte numérisé non relu

OElsner, p. 5; Pococke, Specimen historiée Arabum, p

Les Jectanides de leur côté semblèrent préférer la vie sédentaire : cependant un grand nombre de tribus quittèrent la fertile province d’Yémen pour aller chercher fortune ailleurs. C’est ainsi que les Béni- Djorrhom vinrent à la Mecque, dont lsmaël était en possession, et contractèrent alliance avec lui ; mais la rivalité des deux grandes familles des Moutearriba et des Moustariba n'en subsista pas moins; il s’agissait de déterminer quel serait le chef sous lequel, en cas d’attaque, tous les autres viendraient se ranger, et de fixer le centre de la nationalité arabe. Chacun des deux partis avait sa métropole : les Ismaélites, pour assurer à la Mecque la prééminence, s’appuyaient sur l’origine sacrée des monuments qu’elle renfermait; les Jectanides faisaient valoir la richesse de l’Yémen, son antique population, et demandaient pour Saanâ le titre de capitale de l’Arabie. La lutte ne devait se terminer qu’au vie siècle de l’ère chrétienne, à l’avantage de la Mecque , au moment même où Mahomet se proposait d’établir dans son pays l’unité de religion.

Outre les Jectanides et les Ismaélites, l’Arabie conservait quelques débris des races primitives, dont les traditions sont couvertes d’obscurité; on sait seulement ou du moins on suppose que les Adites sous Cheddad et Locman, parcoururent en vainqueurs l’Irak et l’Inde plus de deux mille ans avant notre ère, qu’ils régnèrent à Babylone en 2218 et qu’ils envahirent l’Égypte, à la même époque sous le nom de Pasteurs ou Hycsos ; on présume que chassés plus tard de l’Yémen par les Jectanides, ils allèrent peupler l’Éthiopie et l’Abyssinie ; mais ils avaient laissé des traces de leur passage en Arabie, où l’on montre encore des monuments adites comparables aux constructions cyclopêennes *. Les Amalica ou Amalécites, que l’on met également au nombre des Pasteurs ou Hycsos , paraissent s’être répandus de bonne heure dans toutes les parties de l’Arabie, et avoir donné plusieurs Pharaons à l’Égypte; toutefois ils ne fondent aucun établissement durable ; ils finissent par se concentrer au

1. Coran, cbap. lxxxix, p. 6; Tabari, Irad. de M. Dubeux, p. 1 14.

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nord de la péninsule, avec les Iduméens, les Moabites, les Ammonites ; occupant les plaines de l’Arabie Pétrée et celles de l’Arabie Déserte, voisines de la Palestine et de la Syrie de Damas, ils s’opposent longtemps à l’entrée des Hébreux dans la terre de Chanaan , et ne cessent de leur faire une guerre acharnée. Vaincus par Saül, ils sont soumis par David qui reste maître du pays situé entre la mer Morte et le golfe Élanitique. Bientôt Salomon porte ses vues plus loin encore ; il ne se contente pas de dominer sur la mer Bouge , et de la faire parcourir en tous sens par des Hottes construites aux ports d’Aïlath et d’Asiongaber : au commerce de l’Arabie Heureuse, il veut joindre celui de l’Inde, et le conserver à son peuple en rendant tributaires les Arabes errants des déserts de la Chaldée. Il y parvient , mais sa mort (976) entraîne la séparation des royaumes de Juda et d’Israël ; les communications sont interrompues entre Jérusalem et les villes d’Assyrie ; les tribus arabes cessent de payer l’impôt et les différents peuples, Moabites, Amalécites, Iduméens recouvrent leur indépendance.

Le règne de Salomon est néanmoins une date importante dans l’histoire des Arabes; la gloire du grand roi s’était répandue dans toute la péninsule ; une reine de Saba (ville de l’Yémen) s’était rendue à Jérusalem pour vérifier ce qu’on disait de sa puissance, et la splendeur de la cour, quelle avait trouvée au-dessus des rapports de la renommée, avait encore accru son admiration pour le fils de David. Si les Arabes avaient craint un instant pour leur liberté, ils furent bientôt rassurés par la faiblesse et l’incapacité des successeurs de ce prince; le péril devait venir d’un autre côté.

lies Arabes sont menacés par les conquérants de l’Asie (9Ï6-38S av. J. CO»

Placées entre l’Égypte et la Chaldée, les plaines de l’Arabie Déserte et de l’Arabie Pétrée semblent devoir être la proie de toutes les grandes dominations établies dans ces riches contrées ; elles sont nécessaires aux conquérants qui veulent régner à la fois sur les bords de l’Euphrate et du Nil, et elles tentèrent les rois de Ninive et de Babylone, dési-

reux de se rapprocher des côtes de la Méditerranée. Ce fut à ces ennemis redoutables que les Arabes durent résister tout d’abord : ils le firent avec succès; leurs troupes nombreuses affranchirent plus d’une fois les Hébreux uu joug assyrien. Cyrus, instruit par les malheurs des rois qui l’avaient précédé, ne les attaqua point ; il se contenta de repousser ceux qui menaçaient de trop près les frontières de ses Etats. Cambyse, marchant contre l’Égypte, traita avec les habitants de l’Arabie Pétrée ; ses successeurs suivirent son exemple, et jusqu’à la fin de l’empire des Mèdes, les Arabes, exempts de «toute redevance, restèrent pour eux des alliés fidèles. Lorsque Alexandre vint attaquer Darius Codoman , ils se déclarèrent pour ce dernier ; plusieurs d’entre eux , à la solde de Bétis, arrêtèrent la marche du héros macédonien sous les murs de Gaza ; d’autres voulurent l’empêcher de pénétrer en Égypte. Mais Alexandre, soutenu par sa flotte qui lui fournissait les provisions nécessaires, passa sans peine de Phénicie en Égypte, en longeant les rivages de la mer. Il n’oublia pas néanmoins la conduite des Arabes, et s’il ne les châtia pas tout de suite, c’est qu’il ne voulait pas retarder d’un instant l’exécution de ses grands projets contre le monarque persan. Il y songea quand il fut de retour à Babylone, après s’être avancé au delà de l’Indus; un autre motif que la vengeance le poussait alors. La conquête de l’Arabie lui semblait le complément indispensable de ses victoires ; privé de la péninsule , il ne pouvait se dire avec vérité maître de l’Asie occidentale : son ambition irritée voulut se satisfaire. Il envoya donc plusieurs des officiers de sa flotte visiter les côtes du golfe Persique et de la mer Bouge h tandis que ses lieutenants disposaient une armée en Égypte et en Syrie. La mort qui le surprit à trente-quatre ans à peine, sauva les Arabes; ses généraux, trop occupés de leurs propres intérêts, ne pensèrent plus à les attaquer. L’Arabie Pétrée était alors au pouvoir de la tribu des Nabatéens; quelques tentatives isolées d’Anti-

1. On peut consulter, sur ce point, le journal de Néarque qui nous a été conservé dans les Indiques d’Arrien : Sainte-Croix, Examen critique des anciens historiens (V Alexandre ; D. Vincent, The voyages of Nearchus, etc., London, 1797.

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gone et de Démétrius n’eurent aucun succès. Lorsque les Ptolémées et les Séleucides se furent solidement assis sur le trône, ils entreprirent de soumettre les pays qui séparaient les frontières de leur empire, sans pouvoir y parvenir; Pompée ne fut pas plus heureux, et les Romains recherchèrent l’alliance d’un peuple qu’ils n’avaient pu réduire.

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