CHUTE DES OMMÏADES D’ESPAGNE ; DÉMEMBREMENT DU KHALIFAT DE CORDOUI
de Cordoue.
I: 1008 que d’heureux résultats; à partir de cette époque seu- I lement, par la libre carrière qu’elle ouvrit à toutes les ami bitions ét à tous les partis, elle devint la première cause de la chute des Ommïades et hâta la décadence des Arabes • i d’Espagne,
è Les triomphes d’Almanzor avaient fait une si vive impression sur les musulmans, qu’ils désiraient pour la plupart roir l’autorité se perpétuer chez ses descendants . Hescham 11 i Tavait point d’enfants, on le pressa de désigner comme son i léritier Abderrahman, frère d’Abdelmalek. La famille des 3mmïades ne pouvait souscrire sans protestation à une papille déchéance, et elle opposa une résistance opiniâtre îux Alameris (nom des partisans des fils d’Almanzor). Elle rouva un appui dans la garde slavonne, jalouse des Zenètes ; [ui avaient été appelés du Magreb par Almanzor, et qui s’é- I aient déclarés en faveur d’Abderrahman. Ces haines et ces •ivalités firent éclater une guerre de six ans, dont les vicisl itudes placèrent successivement sur le trône l’Ommïade luhamad-el-Mahadi (1008-1010) et le chef des Africains, îuleiman, puis rétablirent un instant Hescham 11(1010-1012) >our lui substituer encore Suleiman. C’était près de Cori (oue que les plus terribles engagements avaient lieu, et cette ille fut plusieurs fois pillée et saccagée par les musulmans ivisés.
i L’avénement de Suleiman, qui ne se présentait avec auun titre légitime à la souveraineté, ne pouvait mettre fin ux dissensions ; elles recommencèrent en effet au bout de eux ans et se compliquèrent de l’apparition d’une nouvelle imille, celle des Beni-Hamud, dont le chef, Ali-ben-Haîud, avait été choisi par Hescham 11 pour gouverner le ) lîagreb. Cette famille descendait de l’époux deFathime par branche des Édrissites ; et, faisant valoir son origine, elle fétendit remplacer la dynastie ommïade. Ali profita des reînus de sa province, dont nul ne lui demandait compte, pour t issembler des troupes ; il trouva des soldats dévoués parmi s tribus arabes, maures ou berbères ; et, en même temps, '1 /ant fait venir de l’intérieur de l’Afrique un grand nombre J; î nègres, il en forma un corps de cavalerie redoutable ;
ses préparatifs terminés, il se dirigea vers l’Espagne; sor| frère Alcassim, wali de Malaga et d’Algézmas, facilita soi débarquement, et Suleiman, détesté de tous, fut en uil instant renversé; mais les plus rudes ennemis d’Ali de-1 vaient être les derniers survivants de la famille d’Ommïahl L’Andalousie leur était restée fidèle, et, s’ils s’étaient réuni) sous un même drapeau, ils auraient eu quelque chance d<i succès ; malheureusement Abderrahman ou Abdérame II i (1017-1023), Abdérame V (1023), Muhamad II (1023-1025)
Hescham-ben-Muhamad (1026-1029), engagèrent entre eu:
des luttes fratricides qui détruisirent leurs dernières res-j sources. Les Beni-Hamud imitant ce funeste exemple, per] dirent de leur côté l’occasion favorable d’asseoir solidemen| leur autorité; à la mort d’Ali, son frère Alcassim et son fil Yahia se séparèrent en deux camps opposés et plongèren l’Espagne musulmane dans tous les maux de l’anarchir
1029). Les guerres intérieures occasionnées par la faibless*
d’Hescham II n’avaient pu amener la création d’un pouvoi central; il en résulta une séparation complète entre le wie diverses provinces soumises aux Arabes; elles cessèrent d BLi se confondre sous une même domination et formèrent de jote États indépendants. H Bua
l’on se rappelle la conduite des walis envers les plu
bi
puissants khalifes, on comprendra facilement tout Lavantag qu’ils retirèrent de la lutte dès Ommïades contre les Alamé ris et les Alides. Tous faisaient leurs conditions en prenan parti pour tel ou tel compétiteur, et cherchaient à s’assure la perpétuité de leurs gouvernements, soit à titre viage soit à titre héréditaire. Ils contraignirent même les Alidej et les descendants de la famille d Ommï'ah d’aliéner entr;
leurs mains la suzeraineté des provinces qu’ils se dispu taient, moyennant un stérile hommage, un simple sermen de fidélité ; c’était l’établissement en Espagne du systèm féodal.
Les walis n’étaient pas seuls dominés par cet esprit d’in dépendance ; les wizirs se considéraient comme maîtres di territoire sur lequel s’exerçait leur juridiction, et les caïd à leur tour se prétendaient souverains dans l’enceinte de
villes ; tous ces ambitieux semblaient oublier que les chrétiens seuls profiteraient de leurs divisions. L’intérêt général disparaissait au milieu de ces luttes d’un égoïsme aveugle.
En détruisant tout pouvoir central, les Arabes auraient pu du moins former des groupes d’États capables d’opposer une résistance sérieuse aux chrétiens qui, eux-mêmes, | j avaient fondé plusieurs royaumes distincts. Si, par exemple, les quatre gouvernements de Cordoue, Tolède, Merida, Sali ragosse, établis parles khalifes, et auxquels on avait associé ■:> plus tard ceux de Murcie et de Valence avaient conservé A leurs limites, la décadence n’eût pas été aussi rapide , et le démembrement aussi général.
Dans la seule Andalousie,, on vit s’élever, en 1029, indé- ; pendamment des petites principautés secondaires qui étaient | fort nombreuses, six États dont les chefs prirent le titre . de rois : ce furent les États de Cordoue , de Séville , de r Carmona et Ecija, de Malaga, d’Algéziras et de Grenade.
; Tolède devint la capitale d’un royaume séparé. L’Algarve et la Lusitanie eurent leur roi à Lisbonne et à Badajoz. Sur la côte orientale d’Almeria à Murviedo, il y eut les trois « royaumes de Murcie, entre Alméria et la rivière de Segura, le Dénia, de la Segura au Xucar, et de Valence, du Xucar . f J i Murviedo. Quant aux provinces septentrionales, elles se » J partagèrent entre les rois de Saragosse, de Tortose et u 'i’Huesca.
I En se refusant à l’obéissance des khalifes, les walis auraient lû s’unir entre eux et former des confédérations ; ils eussent - tssuré ainsi à chacun l’indépendance , et, en faisant taire les i ‘ivalités, eussent opposé aux chrétiens une barrière infranchissable, mais tous prétendirent à une souveraineté universelle, s’attaquèrent les uns les autres, et portèrent un i lernier coup à la race arabe , en lui enlevant ses meilleurs léfenseurs au moment où elle n’avait pas trop de toutes es forces pour résister au flot qui la menaçait1.
1 I. Almakkari, t. II, appendix, p. 10 etsuiv. Casiri, t. II, p. 208 et suiv. sur les i ynasties indépendantes qui se forment en F.spagne, les Abadites, les Hamadites, ‘ « Beni-Hud, les Beni-Alaphtas, les Rhaharites, etc.
lies rois de Séville cherchent vainement à étendre leur doj miuation sur l'Espagne musulmane; les divisions des An hes favorisent les progrès des chrétiens.
De tous ceux qui aspirèrent à relever le khalifat, les plu; persévérants furent sans contredit les rois de Séville et d< Tolède; leurs puissants voisins, les rois de Saragosse et de Badajoz se contentèrent d’imposer leur souveraineté à leur;! voisins les plus rapprochés de T Aragon et de l’Algarve. Le; rois de Séville approchèrent du but qu’ils s’étaient propose d’atteindre ; placés au milieu de la province la plus divisée ils purent facilement s’étendre; puis la ville où ils dominaient, admirablement située, avait en elle des éléments de grandeur et de richesse que les autres ne possédaient poin à un même degré. Politique^ adroits, ils suivirent aveej talent le plan qui leur avait été tracé par le fondateur de leur autorité, Ben-Abad, appelé aussi Aben-Aded. Celui-ci avait fait répandre dans toute l’Espagne qu’Hescham II avaii| reparu à Séville et l’avait reconnu hautement pour le légitime héritier des khalifes de Cordoue. Ses successeurs laissèrent pendant quelque temps les petits princes de l’Andalousie s’affaiblir par les luttes intestines ; saisissant le moment favo-j rable, ils entrèrent en campagne, soumirent les seigneur; de Gibraltar, Niebla, Huelva, s’emparèrent de Carmona elj intervinrent ensuite dans les démêlés des rois de Tolède elj de Cordoue. Ce dernier prince , après avoir été battu l’Algothor, était assiégé dans sa capitale (1060). Le roi de] Séville, Almoateded Ier, ou selon les chroniques Ben- Abad II accourut à son secours; mais, après avoir chassé le^ ennemis, il le fit lui-même prisonnier et se rendit maître de ses États. Un tel succès ne lui parut pas suffisant : il voulut encore posséder Malaga, Grenade, et surtout la ville d’Ecija. Le souverain de Malaga, qui appartenait à la famille des Beni-Hamud, et se trouvait en rapports constants avec le souverain du Magreb, son parent, lui opposa des troupes! nombreuses, aguerries, et repoussa ses tentatives. Almoa-I teded II ou Ben-Abad III ne fut pas d’abord plus heureux il se vit même enlever par le roi de Tolède, que soutenait Alphonse VI de Castille, les deux plus importantes villes de
ses États, Cordoue et Séville ; l’affection des habitants ne tarda pas à les lui rendre, et la vengeance vint accroître encore son ardeur des combats. Il contribua très-habilement au démembrement des États de Tolède, qui s’étaient accrus par l’adjonction de Cuença et de plusieurs districts de la côte, Murcie, Valence, Alicante; puis il attaqua les nouveaux possesseurs et les vainquit séparément; Murcie succomba; quelque temps après Ben-Abad s’emparait de Malaga, d’Algéziras , et les princes édrissites se retirèrent à Tanger ou à Ceuta (1079). Les rois de Saragosse et de Badajoz s’émurent enfin à la nouvelle de ses succès et formèrent contre lui une ligue formidable. Ben-Abad rechercha aussitôt l’appui des chrétiens, et fit avec le roi de Castille, Alphonse VI, un traité par^ lequel il se réservait dans les conquêtes projetées en commun Badajoz, Grenade, Alméria, et renonçait à la possession de Tolède (1080). Cette dernière ville tomba seule au pouvoir des deux alliés (1085), et Alphonse y planta ses étendards. A cette nouvelle, toute l’Andalousie se souleva contre Ben-Abad et l’obligea de renoncer à une politique qui livrait à ses ennemis naturels l’Espagne musulmane.
La prise de Tolède dévoilait , en effet , les tristes conséquences de ces guerres civiles. Ce n’était pas assez que d’avoir interrompu les travaux de la paix et les progrès immenses obtenus dans toutes les branches de l’industrie humaine ; d’avoir rempli les campagnes de désolation , et exposé les villes aux plus terribles assauts; d’avoir détruit ia grandeur de Cordoue,, que ne pouvait remplacer la ville le Séville ; elles avaient donné aux chrétiens un triomphe ncontesté, leur avaient permis de réparer leurs désastres Dassés, et de s’avancer de plus en plus au centre de la péninsule.
Déjà, de 1008 à 1014, en se mêlant aux luttes de Muhanad-el-Mohdi et de Suleiman , le comte de Castille et le ;omte de Barcelone s’étaient fait céder des places imporantes; on avait vu ces princes dans les batailles de Quinos et d’Acbatabahar, soutenant des causes contraires, et rois évêques prendre part à l’action au milieu des rangs
musulmans ; il n’en était pas moins résulté pour les Arabes 1 perte de leurs châteaux forts des frontières. Plus tard, pen dant la rivalité des Ommïades et des Alides, le roi de LéonJ Alphonse Y, avait entrepris de conquérir la partie du Por tugal située au sud du Duero; il était mort au siège de Yi seu (1026), et avait légué cette conquête à son fils, Ber mude III. Celui-ci tourna ses armes contre le roi de Navarre qui avait réuni à ses États le comté de Castille et lui eau sait de l’ombrage ; et, en 1035, l’Espagne chrétienne fut soumise à une nouvelle division : les royaumes d’Aragon et de Castille allaient être spécialement chargés de la guerre contre les infidèles; la Navarre, resserrée dans d’étroites limites, forma comme un corps de réserve ; et le royaume de Léon fut réuni en 1037 à la Castille, désormais sentinelle avancée du christianisme ; Ferdinand Ier, maître des Asturies, de la Galice, de Biscaye, de Léon et de Castille, prit en Portugal Yiseu, Lamego, Coimbre, et se rendit formidable aux musulmans (1035-1044).
Pendant ce temps le roi d’Aragon, d’accord avec le comte de Barcelone, pressait les rois de Saragosse et d’Huesca, e les obligeait de se reconnaître ses tributaires (1063-1066)
Telle était la conséquence des querelles qui avaient éclate parmi les Arabes ; ils ne durent leur salut qu’à la guerre civile qui pendant sept ans (1066-1073) désola la Castille. Les trois fds de Ferdinand se disputèrent l’héritage paternel Sanche, l’aîné , chassa d’abord ses deux frères, Garcie el Alphonse, de la Galice et de Léon, et les força d’aller demander asile , l’un au roi de Séville, Almoateded, et l’autre au roi de Tolède , connu dans les chroniques sous le no d’Almamoun ; mais il périt au siège de Zamora , qu’occu-i pait sa sœur dona Urraca; et Alphonse , rappelé d’une voi unanime, réunit entre ses mains toute la puissance de son père (1073).
Ce prince se regardait comme engagé par la reconnaissance envers le roi de Tolède, qui lui avait accordé une gé néreuse hospitalité; il lui envoya une armée qui contribua à la prise deCordoue et de Séville sur Almoateded IL; aprè la mort de son allié , il n’hésita pas à reprendre la croisade
contre les musulmans. Il avait à son service des hommes d’un courage éprouvé, et par-dessus tous, le Cid, Rodrigue de Bivar, qui porta aux Arabes les coups les plus funestes, et qui, de 1081 à 1085, ne cessa de ravager la plaine qui s’étend des limites de la Vieille-Castille aux rives du Tage. Avec de tels soldats, Alphonse pouvait compter sur la victoire ; il ne craignit pas de mettre le siège devant Tolède ; secondé, comme on l’a vu, par Ben-A,bad, favorisé secrètement par les habitants, pour la plupart juifs et chrétiens, il reçut les clefs de la ville, s’engageant à respecter les mosquées et à maintenir la juridiction des cadis pour les musulmans. Quant au roi dépossédé , il put emporter ses richesses, et, suivi de sa noblesse, aller s’établir à Valence.
La conquête de Tolède était de la plus grande importance pour les Espagnols; toutes les forteresses qui se trouvaient en deçà du Tage, Maqueda, Madrid, Guadalaxara, Coria, se soumirent; le bassin de la Guadiana fut envahi, et l’Andalousie vit avec terreur les progrès des princes chrétiens que ses propres déchirements avaient favorisés.
Les musulmans abandonnent une partie de leurs possessions dans la Héditerranéc.
Ce n’était point seulement en Espagne que l’islamisme perdait du terrain : dans les îles de la Méditerranée, les Chrétiens resaisissaient aussi l’avantage, et reparaissaient peu à peu dans les pays qui leur avaient été enlevés.
Ainsi, en 1017, les Génois et les Pisans avaient débarqué dans la Sardaigne et en avaient chassé le wali des Zeïrites. Les Pisans seuls repoussèrent ensuite les tentatives que drent les Zeïrites pour rentrer en possession de l’île, et déduisirent complètement près de Cagliari une armée partie l’Afrique.
Plus tard, les Génois s’emparèrent de la Corse sur les pi- •ates andalous qui en étaient maîtres , et qui, délaissés par es musulmans d’Espagne, implorèrent en vain le secours les souverains d’Afrique.
Les Arabes n’avaient pas cessé leurs incursions en Italie ; ) ais, dès l’an 1000, ils avaient trouvé à Salerne de nouveaux
adversaires dans les aventuriers normands. Tarente, qui ; >? leur appartenait encore, leur fut arrachée par les Grecs, j aidés des Normands, en 1035. Ils furent à la même épo-i que attaqués en Sicile , et comme ils étaient divisés entre j ; eux , ils auraient succombé si les Grecs et les Normands | n’avaient eu de graves contestations suivies d’une rupture i complète (1043).
Quant aux Baléares , les républiques italiennes ne purent ! s’en emparer; un des walis indépendants de l’Espagne, le ^ wali de Dénia, les avait enlevées aux pirates qui en avaient fait le centre de leurs opérations, et il s’y était fortement j établi.
Si les Zeïrites n’avaient pu empêcher les revers de l’isla- 1 misme, c’est qu’ils étaient eux-mêmes tourmentés en Àfri-i que par les plus tristes et les plus sanglantes dissensions. Chaque année voyait surgir dans leurs principales villes de nouvelles révoltes qui n’avaient d’autre résultat que de remplacer un despote par un autre. Les Beni-Hammad, établis à Àschir et Bougie, empiétaient souvent sur les frontières u voisines pour étendre leur propre territoire; les Fathimitesj envoyaient parfois du Caire des armées menacer Tripoli. Enfin, les tribus du désert refusaient de payer l’impôt et ; augmentaient chaque jour, en se rapprochant des côtes de lal mer, le cercle de leur courses nomades et de leurs dévasta- 1 lions périodiques1.
lies Alinoravidcs.
Les Arabes d’Orient restaient indifférents au sort de l’Afrique et de l’Espagne, et les seuls défenseurs de la religion de Mahomet se trouvèrent dans les déserts du Magreb parmi ces tribus africaines, si impatientes du joug étranger, si braves, si faciles à exalter. Deux d’entre elles, les tribus Lamtuna et Gudala, qui faisaient elles-mêmes partie de la grande tribu des Zanhaga, excitées par un alfaqui de Sous, nommé ( Abdallah-ben-Tasfin , se crurent destinées par la Providence à relever la gloire de l’islamisme. Elles adoptèrent le nom de Morabethin (hommes de Dieu, liés à la religion),
1. Dombay, Histoire des rois de la Mauritanie (en ail.). Agram, 1794.
i où les Espagnols ont fait Marabouts et Almoravides ; et, à j voix d’Abdallah qui n’avait eu d’autre pensée, en réveil- [» ntdans leur âme le sentiment religieux, que de les entraîte îr à de nouvelles conquêtes, elles soumirent Seldjelmesse, i ùs le pays de Dahrah , imposèrent leur domination à la i ibu de Mazmuda, l’une des cinq grandes tribus de l’Afriîe septentrionale, et traversèrent l’Atlas pour s’établir aux [ ; ivirons d’Agmat , entre les montagnes et la mer (1068), )0u-Bekre, qu’Abdallah avait mis à leur tête, se contenta is ælque temps de la ville d’Agmat ; bientôt il jugea que l’ék ndue de la cité ne répondait pas à sa puissance réelle, et * à i xemple de toutes les dynasties qui s’étaient établies en Afriie, il fonda une ville qui, sous le nom de Maroc, est ente re aujourd’hui la capitale d’un grand empire. Son cousin, oisef-ben-Tasfin , s’empara bientôt de toute l’autorité. 11 4 îit hardi , généreux, d’une grande dévotion, très-habile i i ministrateur; il avait un air imposant et les qualités de
J me qui imposent aux peuples. En peu de temps, il fut ué par les Almoravides comme le chef qui devait les conire à la victoire.
Après s’être organisé une garde nombreuse, composée à fois d’esclaves nègres achetés sur les côtes de Guinée, et i fsclaves chrétiens qu’il avait fait venir d’Andalousie, You- ;>Bi ‘ marcha contre Fez et Mequinez, alors possédées par des H ailles arabes et berbères, et s’en rendit maître. Rien - put résister à l’impétuosité de ses terribles cavaliers ; fie partie de ses soldats abandonnèrent ses étendards pour ! livrer l’agriculture ; les autres, en plus grand nombre,
• J ssocièrent à sa fortune, et prirent successivement Ceuta, nger, Salé, où s’étaient retirés les Beni-Hamud, chassés ih Malaga et de Fez. Tout le Magreb reconnaissait les lois < rousef en 10841.
Ils passent en Espagne.
-es Arabes d’Espagne, dans leur détresse, tournèrent les 3 ix du côté des Almoravides. Les rois de Séville, de Bac oz et de Grenade, furent auprès de Yousef les interprètes
. Casiri, t. II, p. 216, nous donne la liste des rois Almoravides.
du sentiment général, et invoquèrent son secours contre princes chrétiens.
Yousef n’eut garde de repousser des propositions qui o vraient à son ambition une nouvelle carrière. Il prép sur-le-champ une expédition, et après s’être fait livrer d| vance par Almoateded la ville d’ Algéziras , il débarqua d la péninsule avec une nombreuse armée (1086). Son arri causa dans toute l’Andalousie le plus grand enthousiasm cependant les Almoravides n’accomplirent pas l’œu qu’on attendait de leur fanatisme et de leur bravoure. Va queurs à l’importante bataille de Zélaca, ils ne surent profiter de leurs avantages. Alphonse VI et Sanche d’Arag se remirent bientôt en campagne. Le Cid descendit jusq dans la province de Murcie et s’empara de la forte vi d’Alid (1087). Sanche emporta Huesca d’assaut (1088), Alphonse VI maintint non-seulement ses frontières intact mais encore dirigea de Tolède des courses dévastatri jusqu’aux rives de la Guadiana (1090). K
La première condition de succès pour les musulman c’ôtait que les Andalous et les Africains restassent d’acco* Pi et s’entendissent dans leurs opérations. La bonne harm1 fi nie ne devait pas subsister longtemps entre eux. You n’avait pu voir les belles plaines de l’Espagne sans ressen un ardent désir de les posséder; et les Andalous, quiavaie deviné ses vues secrètes, songeaient déjà à les faire échou Tout fut inutile: Yousef leva promptement le masque, et quatre ans (1090-1094), il n’y eut dans tous les pays mus mans de l’Espagne méridionale, d’autre autorité que cel' des Almoravides. Cordoue, Carmona, Baëza furent priseî(Pca les royaumes d’ Alméria, de Malaga, de Grenade se soum k rent sans résistance devant un ennemi supérieur en force! !fi Séville, où résidait Almoateded II, n’échappa au pillage qu par la générosité de ce prince qui, se sacrifiant lui et sa mille, se livra sans défense à son puissant rival; enfin b lieutenants d’Yousef réduisirent Xativa, Dénia, Valence, 1( rois de l’Algarve et de la Lusitanie ; Saragosse seule con serva son indépendance (1094).
La rapidité de l’invasion prouve que les Andalous étaier
nn dégénérés de leur ancienne vigueur; peut-être aussi j 3éraient-ils qu’Yousef, disposant des ressources de l’Afrij e et des provinces espagnoles, les protégerait mieux con- ! les chrétiens; on reconnut bientôt que le sentiment reliiux n’avait pas seul dirigé la conduite de ce chef entreînant; il laissa le Cid s’établir à Valence (1095), et I neura plusieurs années inactif au milieu des fêtes et h plaisirs, se transportant de Cordoue à Maroc et de i frique dans la péninsule, sans s’inquiéter en aucune mai ire des dangers de l’islamisme.
Les Arabes d’Espagne, au lieu d’accepter leur défaite,
( ils avaient cru devoir servir les intérêts de la religion, ne lâchèrent plus qu’à secouer le joug qui leur était imposé.
1 isieurs walis des environs de Valence, s’unirent à Chii ne, l’épouse du Cid, pour défendre Valence, conquête « son époux, menacée par les Almoravides, et il ne tint pas lux que cette ville ne restât aux chrétiens (1099).
Le même sentiment se manifesta dans le reste de la péa sule musulmane; ce n’était plus les chrétiens qui étaient ledouter, mais bien les étrangers qu’il fallait expulser, flasef étant mort (1107), son fils Ali fit triompher un in- «at son parti par la victoire d’Uclès , remportée sur Al- | mse VI; mais il attaqua le roi de Saragosse et les Andafls, et fit à son tour cause commune avec les chrétiens, qui S nparèrent, en 1118, de la capitale même et, en 1120, de (latajud et de Daroca. Le roi de Saragosse avait été écrasé e re les troupes des Almoravides et celles du roi d’Arag; dès lors le fils d’Yousef resta le seul représentant Sla cause arabe. Son autorité (1107-1144) et celle de son s cesseur, Tasfin-ben-Ali (1144) furent très-chancelantes. Ci doue était devenue le siège de leur domination ; et les Ajioravides traitaient les habitants en peuple conquis; u i première révolte éclata en 1121; toutes les forces I li suffirent à peine pour faire rentrer la ville dans le dev Afin de donner une sorte de consécration religieuse à >n usurpation, Yousef s’était fait investir par le khalife d Bagdad du gouvernement de l’Espagne; Ali, son fils, ei ntroduisant dans la péninsule une foule de tribus afri-
caines qu’il devait enrichir de la dépouille des ancienne familles arabes, ranima les haines qui avaient autrefois d| visé les tribus asiatiques et les Alabdaris, et sépara de noi veau l’Espagne musulmane en deux camps opposés b
Les princes chrétiens reprennent l’offensive.
C’était appeler sur le champ de bataille les chrétiens, q depuis l’invasion des Almoravides avaient presque toujou gardé la défensive, et qui allaient profiter de l’occasion poil continuer leurs empiétements. Le grand mouvement d croisades agitait alors l’Europe entière ; de nombreux chev; liers qui voulaient concourir à la guerre sainte contre les ii fidèles accoururent en Espagne. Raymond de Bourgogne I Henri de Besançon rendirent de si grands services à la cau;j chrétienne, que le roi Alphonse, dans sa reconnaissance, lei offrit la main de ses filles Urraque et Thérèse. Le prenne avec Urraque, eut la perspective du trône de Castille, et second se fit un royaume avec la dot de Thérèse , qui 1 apporta le comté de Portugal, c’est-à-dire toute la partie la Lusitanie qui avait déjà été conquise.
Les Espagnols étaient maîtres, en 1120, des pays qui s’ tendent de Tolède jusqu’à l’Èbre ; Alphonse d’Aragon, r vant de nouveaux succès , menaça Valence et battit pr d’Alcarah les walis africains coalisés contre lui. Cette vi< toire lui ouvrit les plaines de l’Andalousie; les Mozarabi des environs de Grenade , au nombre de douze mille ,
rallièrent sous ses drapeaux, et il envahit le royaume c ■;;;
Murcie (1125); le résultat de. l’expédition ne répondit pas ses espérances ; mais il pénétra plus avant, il pilla la can pagne de Grenade , et emmena avec lui un grand nombi de Mozarabes qui se fixèrent à Saragosse; ce fut le se|fcjf avantage qu’il obtint. Le souverain des Almoravides donr) |Hj|< l’ordre à ses lieutenants de se saisir de tous les chrétien» des frontières, et de les disperser dans l’intérieur; on li|||e plus : ceux qu’on pouvait soupçonner d’entretenir des raj
1. Almakkxri. t. Il, appendix, deaih of Al Uakem al Mustamer j
). 22, History of Mohammedan Spain from I tillah till the arrivai of the Almohadei.
p. | Drts avec l’ennemi furent contraints de vendre leurs biens,
: ; on les transporta en Afrique.
Ces mesures violentes n’empêchèrent point Alphonse aymond , devenu roi de Castille et de Léon, de descendre | icore avec une puissante armée en Andalousie (1133); il vagea les faubourgs de Séville, et même ceux de Cadix, mérita par ses expéditions autant que par la médiation i’il exerça entre le roi de Navarre et celui d’Aragon, le ti- 3 empereur. Le comte de Portugal, Alphonse Henriquez, rigea aussi une expédition vers l’Algarve, dans le dessein i soumettre toute cette province. Les walis de Badajoz, de ija, d’Evora et d’Elvaz vinrent lui présenter la bataille; il ccepta, et remporta près des hauteurs d’Ourique une itoire célèbre qui consolida sa puissance et lui fit déeerr la royautç (1143) L
s musulmans perdent Sa Sicile et sont refoulés en Afrique
Les Almoravides n’avaient fait que retarder un instant la ine de l’islamisme ; ils n’étaient point sortis de la pénin- ; le et n’avaient entrepris dans la Méditerranée aucune exdition maritime au delà des Baléares, qu’ils avaient enle- ’ es, en 1096, à un wali andalous. Ils n’avaient point cherché il eprendre Candie , dont les Vénitiens s’étaient emparés
■dt les musulmans. La Sicile elle-même était tombée défilivement aux mains des chevaliers normands, qui après Itre établis dans le comté d’Aversa et la principauté de boue, avaient fondé dans l’Italie méridionale un État in- < eendant, malgré l’opposition des pontifes de Rome, des i îcs et des Allemands. Robert Guiscard et son frère Roger «décidèrent à passer le détroit en 1064; l’occasion était f arable : les cinq émirs de Palerme, Pyranèse, Messine }
T ipani et Patti se disputaient l’autorité souveraine que 1 Zeïrites n’étaient plus en état d’exercer. Roger feignit <î bord d’entrer dans ces querelles intérieures ; puis quand i rut le moment opportun , il jeta le masque , quitta les
s Documentes arabicas para a historia ‘portugueza, etc.. Ed, de Sousa. Lish e, 1790 — Vestigios da lingua arabica et n Portugal, par le même, et dans n a collection YHistoire du Portugal , de M. Bouchot, 1853. 1 ■
rangs des musulmans, et réunit autour de lui les chrétiens c la Sicile (1068). La guerre fut longue. Le chef normam privé des secours de son frère , réduit à se tenir sur la d(! fensive dans la ville de Messine , faillit être écrasé par de troupes que les Zeïrites avaient envoyées d’Afrique; retour de Guiscard avec des renforts changea les choses iace; Catane, Palerme, se soumirent; l’armée musulmar fut repoussée (1071), et l’île demeura acquise aux Normand Les Arabes et les Maures qui voulurent y demeurer obtii . rent des garanties nombreuses . Le vainqueur craignait qu’i n’emportassent avec leurs richesses cette science agricole < V industrielle qui avait assuré la prospérité de la Sicile; q
leur promit la liberté de leur culte , le maintien de leui coutumes; mais, dans les deux siècles qui suivirent, la pc j; pulation musulmane disparut complètement. Roger fit de ' '
Sicile une puissance maritime , et voulut enlever aux Arc (a bes l’empire de la Méditerranée1. Il les poursuivit d’aboi ,
empire de la Mediterranée1. Il les poursuivit sur lerocher de Malte, qui vit flotter son drapeau en 109î !tl Plus tard son fils, Roger II, menaça l’Afrique elle-même < , s’empara des îles situées près du littoral (1125-1143).
Profitant, en 1146, des dissensions qui avaient éclaté parn les Zeïrites, Roger se présenta devant Tripoli. La ville ij ldl put résister aux efforts de l’amiral Giorgi, et bientôt Sfak 11 Sousa, Mahadia, Cairowan et Tunis reconnurent son autoriî 15 (1148). Les Zeïrites se retirèrent dans l’intérieur des terre t1 et laissèrent entre les mains des chrétiens ces villes, où i ^ dominaient depuis cent soixante-dix-sept ans (971-1148). |C[
L’islamisme était donc, au milieu du xne siècle, e U| pleine décadence, du côté de l’Occident ; la domination c la Méditerranée lui avait échappé ; il reculait en Espagne et déjà une partie de l’Afrique lui échappait; de nouveau défenseurs vinrent tout à coup lui rendre un éclat passager ils sortaient, comme les Almoravides, des déserts du Magret et ils allaient se répandre comme un torrent sur l’Afriqu et l’Espagne.
i. Voy. la traduction que M. Jaubcrt a donnée de la Géographie d’Êdrlsi, 2Vo
s Almohadcs succèdent ani Almoravides et s'étendent en Afrique.
Parmi les peuplades qui étaient soumises aux Almora- ! les, quelques-unes avaient vu avec jalousie l’élévation des bus Lamtuna et Gudula, et désiraient ardemment acqué- , pour elles-mêmes, les richesses qu’Yousef et Ali avaient )curées à leurs rivales. Ce sentiment fut habilement ex- >ité par un homme d’une instruction profonde qui était ' îu au Magreb propager les doctrines de son maître le célè- 1 1 philosophe Al-Gazzali, Muhamad-ben-Abdallah fils d’un ( ployé subalterne dans la mosquée de Cordoue. Initié de 1 me heure, par suite d’heureuses circonstances, aux prei îrs éléments des sciences, envoyé plus tard en Orient, et a nis, à Bagdad, à recevoir l’enseignement d’ Al-Gazzali, il cpprit l’influence qu’on pouvait exercer au moyen des fias religieuses sur le gouvernement des sociétés, et ent prit, par la seule force de son intelligence, de renvers| la dynastie des Almoravides. Il commença par critiquer, d s la conduite de leurs principaux chefs, tout ce qui pou- H paraître contraire aux prescriptions les plus rigoureuses d Coran. Chassé de Maroc pour avoir insulté les femmes d i qui sortaient le visage découvert, il s’attacha à persuader ai peuple qu’il était temps de revenir à la morale et aux c< mandements de Mahomet, annonçant en même temps fijivée d’un nouveau Mahcidi qui allait ramener sur terre ia ertu et la justice. Ses intrigues ne se bornèrent pas à di prédications publiques ; il réussit à s’entourer d’hommes acj's et capables de le soutenir dans sa difficile mission, et W action ne tarda pas à se manifester au grand jour; da les villes de Maroc et d’Agmat, une foule innombrable ac urut à leur voix et applaudit à leurs projets de réforme. ' ps Almoravides s’aperçurent trop tard du danger qui les W'Uçait; lorsqu’ils voulurent le conjurer, Abdallah s’était ori fisé un parti considérable ; il vit qu’il portait ombrage au! iouverains du pays; que les yeux étaient fixés sur lui, et i ie retira à Tinmal, dans la province de Sous, où il appela ses! ihérents, nommés Almohades (unitaires). Il fit élever, dû* ce lieu que la nature elle-même avait fortifié, un châ-
teau presque inattaquable , et exerça une autorité absolu avec le seul titre de Mahadi. Il voulut toutefois que l’ad ministration restât confiée à un grand conseil composé di dix de ses disciples les plus dévoués , au nombre desquel se distinguait Abdelmoumen, et à une assemblée de soixant et dix musulmans. Bientôt les ennemis des Almoravidi vinrent se ranger autour de lui, et surtout les tribus Hen teta, Herga, Gidmuya, qui formaient la principale fractio de la grande tribu des Marmuda. Dès 1120, trouvant s< forces suffisantes, il entra en campagne ; les trois première batailles qu’il livra devinrent autant de victoires par le coi rage de ses soldats et le fanatisme qu’il sut leur inspire Après ces succès (1123), il crut pouvoir assiéger Maroc < se présenta devant cette ville , véritable centre de la pui: sance des Almoravides en Afrique ; vainqueur au début da quelques rencontres , il fut ensuite trahi par la fortune, ses troupes subirent le plus sanglant échec (1125). L même fut au moment de désespérer de sa cause, et d’aba donner, devant ce funeste jeu de la guerre, les espéranc de grandeur qu’il avait pu concevoir. Le génie et l’activi d’ Abdelmoumen lui créèrent de nouvelles ressources; il pa vint peu à peu à ranimer l’ardeur de ses partisans abattu et, en 1130, ses pertes furent tout à fait réparées. Il r< solut de tenter encore une fois le sort des armes , et fi plus heureux, grâce au génie d’Abdelmoumen, qu’il désig comme son successeur quatre jours avant sa mort.
Abdelmoumen était digne de poursuivre la tâche diffici entreprise par le Mahadi; moins rigide que son maître , avait, de plus que lui, l’habitude de la guerre et du co mandement; doué d’une grande persévérance et d’une v lonté ferme, il imposait à tous par une représentation plei de dignité ; son esprit savait concevoir des projets hardi et il y avait en lui l’énergie nécessaire pour les exécute Les Almohades accueillirent son avènement avec acclam tion, et il justifia les espérances que leur avaient fait conc voir ses rares qualités. En peu de temps, il leur donna i empire beaucoup plus vaste que ne l’était celui des Alm( ravides.
ifraca
De Tinmal, sa capitale, située au fond des montagnes du Dahrah, il commença, dès 1132, à soumettre toutes les tribus limitrophes qui s’étendaient jusqu’à Salé. Quand cette ville lui eut ouvert ses portes, il envahit le pays de Fez et celui de Taza, qui ne lui opposèrent qu’une faible résistance (1137). A la mort d’Ali-ben-Yousef (1144), son fils Tasfin était encore à la tête d’une armée aguerrie, mais il ne possédait plus que quelques provinces voisines de Maroc et les deux places importantes d’Oran et de Tlemcen. Ce fut sous les murs de cette dernière ville que se décidèrent les destins de l’Afrique. Abdelmoumen dut la victoire à ses habiles dispositions ; il forma de ses troupes un bataillon carré dont le premier rang se composait des soldats les plus vaillants armés de longues piques qu’ils appuyaient contre terre dans une direction oblique. Des boucliers les protégeaient contre les flèches ennemies. Les arbalétriers et les frondeurs venaient ensuite, et la cavalerie se trouvait au milieu de ce carré, d’où elle s’élançait par des issues qui se refermaient immédiatement. Les Almoravides, quoique supérieurs en nombre, ne purent jamais rompre cet ordre de bataille et finirent par essuyer une déroute complète. Tasfin, désespéré, s’enfuit à Tlemcen, puis à Oran, où un accident funeste, en lui enlevant la vie, priva les Almoravides d’une direction qui leur était nécessaire (1145).
En peu de temps , les villes qui avaient jusque-là repoussé l’autorité d’ Abdelmoumen furent forcées de la reconnaître. On raconte que ce hardi conquérant, irrité de la résistance qu’une de ces places lui opposait, fit construire une forte digue pour élever les eaux d’une rivière qui traversait la ville assiégée ; puis il enleva tout à coup l’obstacle qui les retenait, et les lança sur les remparts, qui s’écroulèrent ivec fracas. En 1146, il ne restait plus aux Almoravides que Maroc , qui fut prise d’assaut , et les Almohades se trouèrent en possession de tout le Magreb.
Abdelmoumen, après avoir acquis l’héritage de Yousef, hercha, sans aucun retard, à s’immiscer dans les affaires l’Espagne. Mais là ne se borna point son ambition ; il préendit renouveler en Afrique l’ancienne domination des Agla-
bites, et se tourna du côté de la Cyrénaïque, comme s’il eût reçu du Mahadi l’injonction de réunir dans une même ! pensée et sous un même chef tous les musulmans d’Occident. Sa longue carrière ne fut plus marquée que par des succès. De 1146 à 1158, il soumit Seldjelmesse et les tribus qui demeuraient entre Oran et Tlemcen, Il mit fin à la dynastie des Beni-flammad , dont les derniers représen-j tants allèrent rejoindre les Zeïrites, refoulés parmi les tribus du désert, et, en 1159, se trouva en face des Normands) chrétiens, qui s’étaient établis en Afrique, et avaient vaine-j ment essayé, en secourant les souverains de Bougie, de s’oj poser à ses envahissements. Il avait entendu vanter leur! courage , et prépara contre eux une expédition formidable.) Les écrivains arabes ont fait de sa marche, depuis Salé jusqu’à Tunis, à travers les plaines du littoral de l’Afrique, une! description pompeuse; ils rapportent que le matin le sïgnal| du départ était donné au moyen d’un immense tamboui ayant quinze coudées de profondeur et dont le son s’entendait à une demi-journée de distance ; l’armée était divisé( en quatre corps ; chaque tribu avait son étendard , ses ba-j gages et ses troupeaux. On s’arrêtait à midi pour se reposeï le reste du jour. Le roi était entouré de ses généraux et dej ses scheiks les plus considérés montés sur de superbes che-| vaux dont les harnais étaient tissus d’or et d’argent, et ayant dans leurs mains des lances dont le manche était garni) d’ivoire et le fer orné de banderoles de diverses couleurs; puis venait une foule innombrable de musiciens dont les principaux instruments étaient des clairons et des cymbales. Quand on arrivait au lieu de campement/ les places étaient aussitôt distribuées avec autant d’ordre que de promptitude, et chacun trouvait auprès de lui les provisions dont i avait besoin.
Les Francs ne purent résister et perdirent successivement Tunis, Tripoli, Sfaks, Mahadia, Cabes, Cairowan et les autres villes qu’ils possédaient depuis 1148.
Une fois maîtres de l’Afrique, les Almohades eurentde continuels efforts à faire pour la conserver. De nombreux ennemie leur en disputaient la possession. Outre les tribus du désert
qui se révoltaient sans cesse pour se soustraire à l’impôt, outre le roi de Sicile qui essaya, jusqu’en 1180, de reprendre ce qu’on lui avait enlevé, et ne se désista de ses prétentions qu’en signant un traité de paix avec le successeur d’Abdelmoumen, ils eurent à repousser les incursions d’un chef almoravide qui, des Baléares, où il était établi, débarqua en 1184 près de Bougie, s’empara de cette ville, de Cabes et de Sfaks, et fit dire la prière au nom du khalife de Bagdad. Ils furent attaqués par le sultan d’Égypte Saladin qui conquit, en 1172, la ville de Tripoli, et ne purent tirer vengeance des Aïoubites, tout-puissants en Orient ; mais ils reprirent assez rapidement sur l’Almoravide les places dont il s’était rendu maître, et le poursuivirent même jusque dans les Baléares, qu’ils réduisirent en 1205.
L’Espagne musulmane se soulève contre les Almoravides.
La victoire d’Alphonse Henriquez à Ourique avait été dans la péninsule le signal de la dissolution complète de l’empire des Almoravides (1143). Ils étaient déjà pressés au Magreb par les Almohades, et n’avaient pu envoyer de secours aux walis de Badajoz et d’Elvas. L’Andalousie se souleva aussitôt contre les chefs nommés par Ali-Ben Yousef, et ces nouveaux déchirements favorisèrent les progrès des princes chrétiens.
Alphonse III, roi de Castille et de Léon, ravagea au delà de la Guadiana et de la Sierra Morena, les villes d’Andujar et de Baeza (1146) ; il prit Calatrava (1147) et s’approcha même des murs d’Almeria, qui fut obligée de capituler après un blocus de trois mois , auquel avaient pris part les vaisseaux catalans.
Le roi de Portugal, de son côté, vint assiéger l’importante ville de Lisbonne ; cette conquête , en lui donnant la navigation du Tage, lui ouvrait le chemin de l’Algarve. Il l’achevaglorieusement,avec l’assistance d’une flotte de croisés anglais et flamands qui avait jeté l’ancre à l’embouchure du fleuve (1147.) Une entreprise d’Alphonse III contre Cor- ! doue ne fut pas aussi heureuse, il se vengea en dévastant le pays (1152).
LIY. Y, CHAPITRE II.
Si en secouant le joug des Almoravides, les Arabes d’Espagne avaient su rétablir au milieu d’eux l’unité de gouver nement et centraliser leurs ressources, ils eussent peut-être été en mesure de tenir tête aux chrétiens. Mais d’accorc pour la révolte, ils ne l’étaient plus pour se donner un chef On vit se renouveler les divisions qui avaient perdu la maison d’Ommïah, et le mal fut plus grand encore, parce que le prestige de ce nom révéré n’existait plus.
Dans toutes les villes un peu importantes (1144), à Murcie, Valence, Grenade, Séville, Cordoue, des ambitieux usurpèrent la dignité royale et s’isolèrent les uns des autres. Les Almoravides abandonnèrent l’Espagne et se retirèrent (1146) en Afrique et dans les îles Baléares. Ils ne laissèrent en Andalousie qu’une faible armée sous la conduite d’Abdallah-ben-Gania qui chercha, en s’alliant au chrétiens, à fonder une petite principauté. Quelques trou pes, qu’il jeta dans l’Alcazaba, lui assurèrent pour quelqu temps la possession de Grenade; il fut un instant maître d Cordoue et de Séville. L’arrivée des Almohades le forç de renoncer à ses prétentions ; incapable de résister à fois à ses voisins et aux soldats d’Abdelmoumen, il périt le: armes à la main, victime de son courage, et il n’y eut plu d’Almoravides dans la péninsule.
l’Espagne.
avaient été appelés en Espagne par ui
Les Almohades envahissent
Les Almohades wali de l’Algarve, partisan des doctrines religieuses d’Al- Gazzali et du Mahadi. Une première armée, envoyée pa Abdelmoumen, lui soumit la plus grande partie de l’Algarv< et arrêta la marche du roi de Portugal (1147). Une seconde reprit sur Alphonse VII Alméria, qui subit un siège de cim ans (1152-1156). Une troisième enfin remporta un avantage signalé sur le souverain de Valence, qui, maître de toute h côte orientale de l’Espagne, s’était allié aux chrétiens, et assura aux Almohades la possession de Grenade et du pay; qui s’étend jusqu’à la Guadiana (1156-1160).
Valence avait, en 1160, échappé à la suzeraineté africaine, en résistant à Abdelmoumen ; après lui son fil;
Yousef, résolut de la réduire avant d’entreprendre contre les chrétiens aucune guerre sérieuse ; la lutte fut héroïque; les Arabes de l’Andalousie , qui soutenaient Valence , déployèrent dans la défense de cette ville le plus grand courage et se signalèrent à la journée d ’Al-Gelâb, ou des Clameurs; ils succombèrent à la fin et Valence fut prise; Murcie subit le même sort. Les walis de Dénia, d’Alicante et d’autres villes s’empressèrent alors de faire leur soumission au chef des Almohades (1165-1172).
Les Almohades proclament la guerre sainte êontre les princes chrétiens; puissance «Tliousef et d’Aahouh.
Ce fut alors seulement que les conquérants entrèrent en guerre ouverte avec les princes chrétiens ; jusque-là ils s’étaient contentés de secourir les places menacées, et d’empêcher de nouvelles incursions. Le moment leur parut ; arrivé de prendre l’offensive ; l’Aragon et la Catalogne s’étaient réunis. D’un autre côté, la Castille et Léon s’étaient séparés à la mort d’Alphonse. De tous les princes chrétiens, le plus dangereux pour les musulmans était le roi de Portugal, qui ne voulait point déposer les armes, et ne cessait d’étendre ses frontières. Ce fut contre lui que Yousef dirigea tous ses efforts. 11 se contenta de reprendre aux Aragonais la ville de Tarragone, et leur laissa les cantons de Lerida et de Fraga, se réservant d’attaquer plus tard les Castillans,
! devenus maîtres de l’importante ville de Cuença. Il se porta rapidement contre Santarem, dont les Portugais s’étaient emparés (1184). Le siège était poussé avec vigueur et promettait d’heureux résultats, quand une panique inexplica- | ble saisit les Almohades dans une sortie habilement préparée, et coûta la vie à Yousef lui-même. Yakoub vengea la mort de son père, et après un terrible assaut emporta la ! place de vive force.
Le nouveau chef des Almohades n’avait pas moins de mérite que ses deux prédécesseurs, Yousef et Abdelmoumen ; possesseur d’un vaste empire qui s’étendait depuis Tripoli I jusqu’aux rives de l’Êbre et du Tage, il résolut d’illustrer | son règne par une entreprise glorieuse contre les ennemis
de sa religion. Il entreprit, de 1184 à 1195 contre les ckrt» tiens une guerre d’extermination. Les deux peuples se plaj saient à porter l’un chez l’autre la mort et le pillage ; l’algt
hed fut proclamée dans les déserts de l’Afrique et dar
l’Espagne musulmane. Une nombreuse armée se réuni / sous les étendards de Yakoub et vint fondre non loin d’AIai ; cos sur Alphonse VIII. Ce prince, sans attendre l’arrivée de rois de Léon et de Navarre, engagea le combat. Il éprouv une déroute complète, plus complète encore que celle c Zélaca; Yakoub fit vingt mille prisonniers, et par un moii ’f
vement chevaleresque les rendit à la liberté (1195). Cetl ,
victoire entraîna la chute de Calatrava, Guadalaxara, Esca
lona et Madrid ; les Almohades tentèrent vainement de s’ei parer de Tolède et s’en consolèrent en remontant jusqu Salamanque dont les habitants furent passés au fil de l’épée et en parcourant les États de Castille, de Léon et de Porti gai, le fer et la flamme à la main (1197).
Ces succès donnèrent un grand éclat à la domination d Almohades, en Espagne. Ils arrêtèrent la marche envahi^ l santé des chrétiens et les vainqueurs firent revivre po l'Andalousie les temps fortunés des khalifes ommïades; pr<i tecteurs des sciences, des arts et de l’industrie, Abdelmoi men, Yousef, Yakoub, tout en se montrant rigides observa teurs de la loi musulmane, ressuscitèrent le luxe et les fête splendides des Abdérames. Ils fondèrent des collèges pu blics et de nombreuses écoles, et comblèrent de bienfaits le savants arabes. Alors fleurirent Averroès et Abenzoar , toi deux médecins, philosophes et poètes. Mais ce qui ca ractérisa surtout les princes almohades, ce fut leur goi pour les constructions. Yousef fit bâtir à Séville plusieui édifices somptueux et une mosquée magnifique; il jet sur le fleuve un pont de bateaux, répara les murailles amena au moyen d’aqueducs des eaux abondantes dans ville et embellit de deux quais les bords du Guadalquivii Yakoub fonda à son tour, en mémoire de la journée d’Alai cos, une grande mosquée dont la tour est encore aujour d’hui connue sous le nom de Giralda ; l’architecte Al-Gebe lui avait donné cent soixante-douze pieds d’élévation ; ell
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était couronnée par un globe de fer doré, évalué à cent mille dinars d’or, reposant sur un pivot qui pesait à lui seul dix quintaux. Plus tard le globe fut enlevé, la tour rehaussée de quatre-vingt-six pieds et surmontée d’une statue colossale représentant la Foi. La fondation de la Giralda ne fit pas oublier à Yakoub les établissements d’utilité publique ; il créa dans toutes les parties de son empire des hôpitaux pour les malades, des hospices pour les indigents et les invalides. 11 fit creuser des puits dans les campagnes, élever des hôtelleries sur les routes. On raconte qu’il augmenta les appointements des cadis et des alfaquis, pour prémunir les uns contre les séductions des riches, et permettre aux autres de se livrer exclusivement à l’étude de la législation musulmane.
Nouvelles luttes; bataille de Tolosa; chute de la domination des Almohades.
Les Arabes d’Espagne devaient au triomphe des Almohades une tranquillité qu’ils n’avaient pas su conquérir eux-mêmes; mais ils n’acceptaient ce joug étranger qu’en affectant de se sacrifier aux intérêts de l’islamisme. Il fallait donc que les princes Almohades satisfissent leur vanité en abaissant les rois chrétiens. Yakoub avait réussi. Son fils Muhamad-el-Nasir, qui monta sur le trône en 1199, ne négligea rien pour s’assurer de nouveaux succès; ses longs préparatifs, qui ne furent interrompus que par une expédition contre les Baléares en 1205, furent achevés cinq ans après (1210). Alors seulement il quitta Maroc, son séjour ordinaire, et descendit en Espagne avec une armée que des témoignages exagérés ont portée à six cent mille hommes ; elle se composait de cinq divisions; dans l’une se trouvaient les Berbères, dans l’autre les soldats du Magreb, dans la troisième les volontaires de tous les pays. La quatrième était exclusivement formée par les Almohades, et la cinquième par les Arabes d’Espagne. On conçoit quel effet dut produire dans toute la chrétienté l’annonce d’une semblable expédition ; les esprits se souvenaient encore du désastre d’Alarcos et des ravages qui en avaient été la suite. Tous
LIY. Y. CHAPITRE II.
les princes espagnols également menacés, s’engagèrent à se secourir mutuellement et implorèrent les secours de l’Europe orientale. Le pape Innocent III publia une croisade ; l’archevêque de Tolède, Rodrigue, qui avait été la solliciter, prêcha sur sa route, en Italie et en France, la guerre contre les musulmans, et ramena avec lui un grand nombre de combattants. Soixante mille chrétiens passèrent les Pyrénées.
On devait s’attendre à un choc sanglant entre les deux armées ennemies, toutes deux composées d’éléments divers,! de peuples confédérés; il eut lieu au pied de la Sierra Morena dans les plaines ( las Navas ) de Tolosa. L’avantage du terrain semblait appartenir à Muhamad, qui occupait lei flancs de la montagne au moment où les chrétiens s’avançaient contre lui et s’engageaient dans d’étroits défilés; mais , guidés par un berger au travers de sentiers inconnus sur des hauteurs presque inaccessibles, ils purent com-, penser par l’excellence de la position l’infériorité de leur nombre. Les musulmans ne se découragèrent point; Muha mad, après avoir disposé ses troupes, fit planter son pavillon rouge en leur présence. On l’entoura d’une forte chaîne de fer, et il en confia la garde à l’élite de ses soldats; lui même, sous ce pavillon, s’offrit aux regards de toute son armée, tenant d’une main le glaive des combats, et de l’autre le Coran, le livre des récompenses éternelles. Sa vue excita dans tous les rangs le plus vif enthousiasme. Néanmoins l’ardeur des chrétiens, leur discipline, l’habile direction de leurs chefs l’emportèrent. Renversant tous les obstacles, Sanche de Navarre rompit la chaîne de fer qui défendait le pavillon de Muhamad ; il mit sa garde en déroute et le força lui-même de chercher son salut dans la fuite (1212).
Le désastre de Las Navas, que les musulmans appellent la journée d’Alacab, leur porta un coup dont ils ne se relevèrent pas. Selon quelques écrivains, plus de deux cent mille hommes périrent en combattant; mais c’est plutôt par les immenses résultats de la bataille qu’il faut en apprécier l’importance. Elle amena l’entière dissolution de l’empire des Almohades, et donna aux chrétiens un ascendant mar-
qué; les musulmans ne furent plus agresseurs et restèrent désormais sur la défensive. Muhamad de retour à Maroc
i de sa funeste expédition, abdiqua la couronne en faveur de son fils Abou-Yakoub ; cet acte politique n’exerça aucune influence sur la situation de l’empire, par suite de rincapacité du nouveau chef. Les walis, que le père avait institués dans les divers gouvernements d’Espagne et d’Afrique, méconnurent les ordres du pouvoir central, et, en 1223, à la mort d’ Abou-Yakoub, les dissensions intérieures précipitèrent la ruine des Almohades.
Les chrétiens, divisés eux-mêmes, n’avaient pas su profiter de la défaite de Tolosa; tous leurs succès s’étaient bornés à la prise de cette ville, de Bliche, de Baeza, d’Ubeda (1213), d’Alcantara (1216), et de quelques places dans F Al garve. En 1223, toutes les querelles cessèrent; deux princes, doués des plus belles qualités, Jacques 1er et Ferdinand III montèrent sur les trônes d’Aragon et de Castille, et entreprirent une nouvelle croisade contre les États musulmans, livrés à la plus affreuse anarchie. Les walis de Valence, de Tolède, de Séville et de Murcie, s’étaient déclarés indépendants et combattaient les uns contre les autres, tandis que les descendants d’Abdelmoumen venaient se disputer dans les champs de l’Andalousie un pouvoir qui s’écroulait de toutes parts.
Les deux conseils institués par le mahadi aspiraient à disposer de toute l’autorité ; menacés par Almamoun, qu’un parti puissant avait proclamé en 1227, ils lui suscitèrent un rival redoutable, Yahia-ben-Anasir, qui succomba dans les plaines de Sidonia, et payèrent chèrement leur opposition. Tous les scheiksqui s’étaient déclarés contre Almamoun furent mis à mort , et leurs têtes suspendues aux remparts de Maroc. Les habitants se plaignirent des émanations pestilentielles qu’elles répandaient. « L’odeur de ces têtes, dit Almamoun, doit être agréable à ceux qui me sont fidèles ; elle ne peut incommoder que mes ennemis. » Il ne se contenta point des supplices qu’il avait ordonnés, il réforma l’œuvre politique du mahadi, dont le nom ne fut plus prononcé dans les prières publiques ; les deux conseils furent
LTV. V, CHAPITRE IL
supprimés, et les scheiks survivants devinrent de simple assesseurs des cadis pour les affaires particulières.
Les cruautés d’Almamoun avaient détruit au Magreb tou esprit de rébellion (1228); il n’en fut pas de même en An dalousie; un descendant des anciens rois de Saragosse,j Muhamad-ben-Hud, excitant à propos la haine des Maure espagnols contre les Africains, réunit autour de lui une ar mée nombreuse avec laquelle il battit complètement près d Tarifa les troupes d’Almamoun, qui fut obligé de se retirer définitivement dans le Maroc (1229). Aussitôt les villes dé Murcie , Dénia , Xativa , reconnurent l’autorité de Muha med (1230-1232). Grenade, Cordoue, Séville et Merida fu rent réduites à capituler.
Déjà Valence était passée entre les mains d’un émir puis sant, Giomail-ben-Zeyaz; Yacz et les places voisines étaien soumises à un autre émir, Muhamad-ben-Alhamar; PA1 garve avait recouvré son indépendance. 11 ne restait plus e Espagne aux Almohades, à la fin de 1232, que les îles Baléares ; elles leur furent enlevées par les chrétiens, qui depuis cinq ans n’étaient pas demeurés inactifs : le roi de Portugal, en 1227, avait pris la ville d’Elvas, voisine de laGua diana; le roi de Léon, après avoir ruiné Badajoz, s’était ' avancé jusqu’au Guadalquivir; enfin Ferdinand III avait pénétré au cœur de l’Andalousie et conquis non loin de Gre-| nade Loja et Alhambra ; les habitants de cette dernière place: forcés de fuir devant son armée victorieuse, trouvèrent un refuge à Grenade, où ils peuplèrent un quartier, qui prit le ^ nom de leur ancienne cité. De son côté Jacques Ier, fatigue®^ des déprédations qu’exerçaient les Almohades sur le littoral de Catalogne , les combattit avec succès , envahit les Baléares, emporta Majorque d’assaut ; Minorque et Iviça se soumirent au vainqueur, qui se contenta d’un simple hommage.
Ainsi, en 1232, la domination des Almohades était en tièrement détruite en Espagne; en Afrique elle se maintinl quelque temps encore, mais déjà les walis de Tunis et de Tlemcen, dont le gouvernement était héréditaire, se regardaient comme princes indépendants, et l’on pouvait prévoir
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que ces deux États se partageraient la plus grande partie de l’Afrique le jour où les Almohades seraient eux-mêmes dans le Magreb aux prises avec de nouveaux compétiteurs.