IMPRIMATUR
Mechliniae, 21 Januarii 1881
P. C. C. BoeABRTS, Vie. Oen.
AVANT.PROPOS
La métropole pfimatiale de Malines est née au milieu des trouble^» religieux et civils qui boulever- Bèretit les Pays-Bas espagnols sous Philippe II» et finirent par creuser uu abime entre le Nord devenu calviniste, et le Midi demeuré fidèle au catholicisme.
A Tombre des vénérés ossements d'un Pontife venu d'au-delà des mers» d'un envoyé de Rome qui consacra le sol de la naissante cité par son glorieux martyre» le trône archiépiscopal de la basilique de Saint-Rombaut est resté glorieusement debout pendant l'espace de deux cent quarante-deux ans, 1559-1801. Un moment renversé dans la tourmente révolutionnaire qui s'abattit SOI la. Belgique en 1794, relevé aussitôt par le bras du pape Pie VU (1801)^ rafiermi vingt-six années plus tard par son successeur Léon XII, il a été constammeut entouré du respect des Evèques belges et étrangers, I, 1
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glorifié par le dévouement du clergé diocésain et soutenu par la respectueuse obéissance des fidèles.
Nos Archevêques, aidés de leurs sufiragants, nous ont sauvés de la prétendue réforme et du baïanisme du seizième -siècle. Ils ont déjoué les manœuvres de la cabale janséYiienne et quesnellienne du siècle suivant. Puis, ils ont lutté avec une fermeté tout apostolique contre les empiétements du pouvoir civil et les téméraires innovations d'un empereur imbu de philosophisrae. Enfin, à une époque plus rapprochée de nous^ ils ont empêché le calvinisme batave de prendre pied dans notre catholique patrie. C'est par eux, après Dieu, que le diocèse est resté fidèle à la foi prêchée par les hérauts évangéliques du septième et du huitième siècle. Ce qui distingue notre travail de celui dont le chanoine de Ram a tracé le cadre, d'ailleurs si vaste et si magnifique, c'est qu'au lieu de faire connaître les Archevêques par de courtes notices, accompagnées d'un portrait d'une ressemblance douteuse, nous consacrons à chacun d'eux une biographie aussi complète qu'il nous a été possible^ en la faisant suivre de notices sur les principaux personnages qui les ont aidés ou combattus. A la vie des premiers Pasteurs, si pleine d'utiles enseignements, nous rattachons le tableau de la vie religieuse de leurs ouailles et les faits les plus saillants de l'histoire ecclésiastique du diocèse. De cette manière l'histoire des Archevêques deviendra celle de l'Archevêché, de môme que l'histoire des Souverains- Pontifesest au fond celle de l'Eglise catholique romaine, dans ses phases alternatives du calme et de persécution. \j Histoire des Archevêques de Malines ouvre la
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seconde partie de la Belgique chrétienne. Trouvait-elle un accueil assez sympathique, nous songerions à décrire de la même manière le diocèse d'Anvers et les autres diocèses qui formaient une sorte de couronne autour de l'Eglise métropolitaine. Déjà les biographies des évéques suffragants sont écrites. Leur ensemble fournirait la preuve que la devise de la cité de Malines, Infide conatans^ est applicable à toute la province ecclésiastique et même à la Belgique entière.
Si l'on nous demandait pourquoi nous entreprenons la publication de la deuxième partie avant de publier la première, nous répondrions en toute simplicité que cette inversion nous a paru nécessaire, parce que nous tenons à ne rien avancer dont nous ne soyons dûment informé. Les Origines des institutions religieuses en Belgique, dont les grandes lignes ont été indiquées dans la Préface générale, ne sont pas complètement achevées; pour les parfaire, il faut de nouvelles recherches et des communications ultérieures de savants amis. En attendant que les lacunes de son travail soient comblées, l'auteur n'a pas voulu différer plus longtemps la publication d'une œuvre sur laquelle il a à peu près ses apaisements scientifiques et qui fera, dit-on, grand plaisir à ses confrères dans le sacerdoce.
Avant de rédiger cette histoire, nous avions lu la remarquable prescription que saint Charles Borromée porta dans le troisième concile provincial de Milan (1573) et que nous aimons à reproduire ici :
« Que chaque évéque, imitant ce qui a été fait depuis le berceau de l'Eglise chrétienne, fasse chercher avec le plus grand soin tous les monuments qui se rattachent à
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son diocèse; qu'il recueille les* noms de ses prédécesseurs, qu'il rappelle leur origine et les travaux de leur soUicitmle pastorale. Qu'il fasse mettre en ordre et consigner dans un livre tout ce que Ton découvrira, afin d'en perpétuer le souvenir. L'histoire exacte de ce que ses devanciers ont fait ou établi pour l'ordre de la discipline, lut sera de la plus grande utilité pour la bonne administration et le salut de son troupeau (i). »
Les paroles du saint archevêque de Milan expriment ta pensée secxète des prélats qui gouvernent aujourd'hui les diocèses belges, et nous ne voulons pas dissimuler qu'elles ont été pour vous un puissant encouragement.
La critique la plus indulgente pourra nous reprocher de n*avoir pas créé une œuvre artistique, originale, remplie de vues neuves et profondes, bref, de n'avoir pas fait de l'histoire en grand. Nous avouons avec pleine franchise que nous n'avons pas su éviter ce reproche, tout en pensant que si la haute érudition n'est pas chose rare en Belgique, on n'en peut dire autant de la grande histoire. Le Non omnia possumusomnesest un axiome qui nous console. En tout état de cause, l'auteur aime à se flatter que cette très-modeste compilation (car ce livre n'est que cela) a du moins le mérite de résumer en quelques pages et de produire sous une forme commode ce que de vrais savants ont enregistré dans de massifs in-folio et des in-quarto académiiques< Tout ce que l'on peut lui demander, à défaut d'art, d'éloquence, de profondeur et de nouveauté, c'est à'ètref véridique et de donner au lecteur des biographies sincères, quoique d'une exécution trop imparti ) Jeta Eecletia Mediolanetuis, tom. l, p. 106.
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faite. «L'Eglise, dirons-nous avec un illastre écrivain, accepte avec bonté et souffre même qu'on offre en son nom aux fidèles des images trop souvent grossières et rustiques, sans trop exiger de l'ouvrier, et à la seule condition que son œuvre ne blesse pas la majesté du symbole. Elle lui permet de participer ainsi à la bénédictit)n qui descend sur tous les actes de bonne volonté. Elle permet aussi au chrétien obscur qui marche confondu avec la foule dans les si)lendide8 processions de son culte, qui n'est ni le pontife, ni le prêtre, ni même le modeste acolyte chargé de Tencensoir ou du chandelier, de mêler sa voix sincère aux concerts des ministres sacrés, et de chanter ainsi , sans orgueil , mais sans crainte, les louanges du Très-Haut (i). ^
Rappelons dès maintenant que la première province ecclésiastique de Malines, celle dont Torigine remonte au pontificat de Paul IV et de Pie IV, renfermait sept diocèses : Malines ^ Anvers^ Bois-h-Duc, Oand^ Bruges, Ypres et Buremonde .
La seconde province, établie par Pie VII à la suite du concordat de 1801, se composait primitivement de huit diocèses. Aujourd'hui elle n'en renferme que six : Malines, Tournai, Liège, Namur, Gond et Bruges.
Tant que la Belgique fut sous la domination étrangère» les che£9 des diocèses étaient nommés, ou, pour .nous exprimer plus exactement, étaient choisis et présentés à l'agréation et à la nomination du Saint-Siège
(1) Montftlembert, Les Afoinés (FOccidenl. Introduction, chap. X.
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par les princes auxquels elle a été tour à tour soumise. Depuis que la nation a reconquis son autonomie et son indépendance politique, c'est le Pontife Romain seul qui nomme directement nos premiers pasteurs, sans aucune intervention du gouvernement, et qui leur confère, comme autrefois, les bulles de leur institution. Depuis lors aussi, Tépiscopat correspond librement av«c le Souverain-Pontife et publie, sans rencontrer aucun obstacle, toutes les pièces émanées du Saint-Siège et ses propres ordonnances.
C'est la gloire du trône archiépiscopal et des chaires épiscopales de toute la province de Malines, de n'avoir été occupés, depuis leur érection jusqu'à nos jours, que par des évéques vraiment dignes de ce sublime caractère et de ce nom auguste. Sans doute, il y a, parmi ces évêques, différence de mérites, de même q\ïune étoile diffère en clarté d'une autre étoile (i); mais tous ont droit à notre respect et à notre reconnaissance. On dirait que la Providence a voulu se servir même des souverains les moins sympathiques à l'Eglise pour récompenser l'inviolable attachement de nos ancêtres à l'unité catholique. C'est aux peuples qui l'aiment et le craignent que Dieu a fait cette promesse : « Je vous » enverrai des pasteurs selon mon cœur qui vous don- » neront la nourriture de la science et de la doctrine (2).»
Depuis l'an de grâce mil cinq-cent soixante jusqu'à l'an mil huit-cent soixante- sept, l'église archiépiscopale et primatiale de Malines a été régie par une lignée de treize Pontifes. Quatre d'entre eux ont été honorés de
(1) 1 Cor. XV, 41.
(i) Jer. III. 15.
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la pourpre romaine. Le cardinal de Granvellb, qui ouvre la série de nos archevêques, homme éminent dans le monde politique, a bien mérité de l'Eglise et de la catholique Belgique en particulier par son zèle actif pour la conservation des anciennes croyances ; le pieux Thomas Philippe d' Alsace, le magnanime Jean-Henri de Franckenberg , le doux et laborieux Engelbert Sterckx, ont illustré le Sacré-CoUége par Téclat de leur sagesse et rempli le sol diocésain de la bonne odeur de leurs vertus (i). Hauchin,Hovius, Boonen, Crubsrn, Wachtendonck, De Berghes, Précipiano, Roqub- LAURBet Méan furent autant d'hommes de dévouement, d'action et de savoir pratique. L'un ou l'autre de ces prélats a pu se tromper parfois et contrister un moment le vicaire de Jésus-Christ ; mais cette faiblesse passagère n'a pu souiller le siège qu'il a occupé ni laisser d'empreinte dans le diocèse. Pontifes du Dieu vivant, soldats de Jésus-Christ, sentinelles vigilantes à la porte du sanctuaire, gardiens du dépôt sacré de la foi, tous ont rendu au noble troupeau que le Pasteur suprême a confié à leur vigilance, de très-éminents services que la gratitude et la piété nous défendent de laisser dans le silence et l'oubli : Neque alioqui pium neqve ttUum est^ dirons-nous avec saint Grégoire de Nazianze, cum impio}^m hominum vita memoriœ prodaôur, eœimios jpietcUe viros silentio prœtermittere (2).
(1) Victor- Augaste-Isidore Dechahps, de la Congrégation da Très- Saint Rédemptear, évêqne de Namur en 1865, nommé archevêque dans le consistoire secret da 20 décembre 1867 et promu au cardinalat dans celui ila 15 mars 1875, occupe aujourd'hui glorieusement le siège de Malines.
(2) Orat. XXI. iMigne, Pair. Or, t. XXXV).
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En entrapreaaat de ressusciter la mémoire des Archevêques^ oblitérée en partie par le temps, notre intention ne saurait être, on le comprend assez, de retracer dans son majestueux ensemble toute la carriève qxiiis ont parcourue. Incapable de les faire revivre tels qu'ils furent ou de former de l'ensemble de leurs actions un tableau complet, nous désirons uniquement signaler les principales œuvres de leur vie dévêque et mettre en quelque relief ce qu'ils ont faît dans l'iatérët spirituel de leurs ouailles et partant pour le bonheur de tovt le pckys. £n nous conformant ainsi à une pieiuse coutume qui remonte, dit saint Charles^Borromée, jusqu'au berceau de TËglise, noua aurons de plus la douce joie de remplir un devoir de piété filiale.
L'histoire ne peut guère enregistrer que les cenivres publiques et plus ou moins éclatantes des chefs >d un diocèse; elle passe sous silence ou n esquisse qu'à grands traits la longue série de divers travaux journaliers dont la trame d'une vie épiscopale est nécessairement composée. Veiller à la pureté de la foi, à la sainteté du (Oulte, à l'ordre de la discipline; avoir l'oail sans cesse ouvert sur les pasteurs et les brebis, >atin de prévenir le mal et d'encourager le bien ; visiter les paroisses des villes et des campagnes, annoncer aux populations la parole évangélique; conférer le sacrement de confirmation à des légions de fidèles; initier aux ordres une milice choisie et qui fasse honneur au sanctuaire ; créer ou soutenir des associations multiples de charité, de piété et d'enseignement; entretenir avec le Saint-Siège
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des rapports constants de subordination et de vénération; traiter -des intérêts sacrés, commis à leur garde, av«c les divers dépositaires du pouvoir civil : toutes ces actions quotidiennes et cent autres de même nature 6*accom plissent pour ainsi dire dans Tombre, en dehors du bruit et de la publicité. Dans un pontificat, l'histoire ne relève d'ordinaire que l'une ou l'autre entreprise marquante. Dans l'un, par exemple, elle nous fait voir le rétablisîsenjent des autels abattus ou profanés par l'impiété et l^érésie; dans un autre, la création ou la ressUBcitaltion du séminaire diocésain, la célébration 'd'un synode au milieu de circonstances anxieuses, la multiplication des paroisses urbaines et rurales, des communautés religieuses, des écoles; dans un troisième, un quatrième, elle nous peint une lutte héroïque pour les croyances et les droits sacrés de l'Église. Mais si Ion voulait se former une idée plus complète et exacte des occupations du premier Pasteur, c'est au registre de ses •courses «et de îses labeurs de chaque jour qu'il faudrait recourir. A. supposer queia succession rapide des affaires •eût permis à un bon évoque la tenue régulière d'un journal, liber dierum^ son éloge funèbre pourrait toujours se clore par les paroles qui terminent, au premier livre des Machabées, Thistoire du grand-prêtre Jean, ffils de Simon : « Le détail de sa vie et de ses discours, » les grands actes qu'il accomplit virilement, la restau- 9 ration des nmrs sacrés et les constructions diverses » qu'il entreprit, tous les autres faits et gestes de son » gouvernement se trouvent marqués dans les annales » de son sacerdoce, depuis le jour de son élévation à la n suprême sacrificature. n
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Notre rôle est celui de simple narrateur, non de panégyriste ou d'apologiste. Convaincu que Thiatoire, si elle est équitable et véridique, a toujours des enseignements, nous nous rappellerons constamment les belles paroles d'un évêque belge du moyen-âge : « Celui, dit-il, qui entreprend de relater les actions de quelque personnage fameux, doit surtout avoir en vue ces deux choses : que sa plume n'écrive que la vérité, et que ses lecteurs puissent tirer quelque fruit de son ouvrage. Mais l'écrivain ne saurait exactement rapporter la vérité, s'il n'évite avec soin ces quatre défauts : la haine et l'afiFection selon le siècle, l'envie et Tadulation selon l'enfer. Car, d'une part, la haine et l'envie cachent les actions louables ou qui ne font que les effleurer, ou les travestissent. D'autre part, l'affection mondaine et l'infernale adulation feignent d'ignorer ce qui mérite le blâme, et, cherchant à plaire, elles couvrent d'un voile ce qui est honnête et digne d'éloges, défigurant sciemment la vérité. Ainsi n'agit point l'affection selon l'esprit. Cette affection aime la vérité et la dit ; si elle ne déguise pas perfidement les choses mauvaises, elle n'étale pas, avec une vaine pompe, celles qui sont bonnes; car elle sait que Dieu peut faire tourner le mal à la correction des hommes, et que les bonnes actions mêmes deviennent préjudiciables, dès qu'elles dégénèrent en orgueil ou en vaine gloire.» Ainsi parlait Adelbold, évêque d'Utrecht, dans la vie de l'empereur saint Henri (i).
(1) A p. BolL 14 Juin, pag. 744 et 745.
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Avant de terminer cet avant-propos, déjà peut-être trop long, nous devons faire encore une observation sur la nature et le but du présent travail.
Notre essai sur l'histoire des Archevêques de Malines ne s'adresse pas exclusivement aux prêtres et aux érudits, ni uniquement aux simples fidèles, désireux de s'instruire davantage et de s'édifier. Il est écrit pour les uns et les autres : Indocti discant et ament meminisse periti. Sans doute, comme l'a dit un ancien, ^ l'histoire est la messagère des temps passés et la vie de la mémoire ; s» mais elle doit être aussi « la lumière de la vérité et la maîtresse de la vie. » Chrétien et prêtre, nous nourrissons le doux espoir que cet ouvrage sera, avant toute chose, un sujet d'édification et de pieuse admiration pour nos catholiques compatriotes.
Nous disons : avant toute chose; car nous avons appris du grand évêque d'Hippone que la science qui passe avec l'homme, est bien vaine et frivole, si elle ne devient pas un instrument pour élever l'édifice de la charité qui demeure éternellement (i).
(1) 8. Âog. Epîst. 65, al. 119, ad Inqais. Januarii, no 39.