VII. ALPHONSE 'DE BERGHES
qui font le bon évoque ; aussi fixa-t-elle son choix sur lui pour l'évâché de Tournai (1667). Mais cette nomination n*eut pas d'effet, parce que Louis XIV, devenu cette même année maître de la vUle, y promut (1671) Gilbert de Choyseul du Plessis-Praslin qui occupait alors le siège de Cominges.
En 1669, le comte de Berghes fut présenté au pape Clément X pour le siège de Malines. Ayant reçu ses lettres d'institution, datées du 17 novembre 1670, il prit possession le 3 janvier 1671 par procuration donnée au prévôt du chapitre métropolitain (i). Le 25 suivant, il fut sacré, au palais archiépiscopal de Bruxelles, par Marius-Ambroise Capello, évéque d'Anvers, avec l'assistance des évêquesd'Ipreset deNamur. Son entrée solennelleà Malines eut lieu le 7mars, dimanche Laetare,
Le cabinet de Madrid conféra à Mgr de Berghes les titres et les droits de conseiller d'État et d'aumôniergénéral des armées de Sa Majesté.
Alphonse avait reçu de Dieu le triple don de la piété, de la charité et de la mansuétude ; il était attaché de cœur et d'âme au Saint-Siège Apostolique. Ce qui lui manquait, c'est cette énergie de volonté, ce discernement des esprits et cette science plus qu'ordinaire qui sont indispensables dans le gouvernement d'un vaste diocèse. Tout en rendant hommage à ses
(1) François-Albert Van den Veane, naiif de Malines, licencié en droit, chanoine gradué en 1655, prévôt en 1658, conseiller ecclésiastique an grand-oonseil le 17 juillet 1671, décédé le 10 avril 1689.
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qualités personnelles, nous devons reconnaître que l'archevêque était bien au-dessous de l'homme privé. On constate en effet qu'il se prôta trop facilement aux vues de certains hommes dont la rigide vertu le fascinait, mais dont il ne démêlait pas assez les intentions perfides. Confiant à l'excès « il fut plus d'une fois entraîné, sans qu'il s'en doutât, à des mesures imprudentes qui lui devinrent funestes. Par là aussi il arriva que l'ivraie jansénienne qui avait commencé à grandir sous ses trois devanciers, s'étendit plus loin à son insu, et que son éminent successeur la découvrît dans la plupart des paroisses, dans les couvents et jusque dans le séminaire diocésain. Humbert-Guillaume de Précipiano écrivit en 1699 à l'internonce :
Mgr Alphonse de Bergbes était un boa et pieux prélat , lequel , n*ayant aucune étude, eut le malheur de tomber entre les mains d'un grand et fameux janséniste, nommé Sclessin (1), son conseiller domestique, auquel il s'abandonna et toute l'administration de son diocèse, suivant en tout les conseils de deux docteurs de Louvain, Yianen et Huyghens, chefs assez connus des jansénistes de l'Université. Sous la conduite et la direction de ces trois personnages, il s'est plus introduit de nouveautés dans ce diocèse que sous aucun antre gouvernement des archevêques précédents... L'on ne le peut pas ignorer à Rome, puisque les plaintes des bons catholiques d'ici et des religieux y ont été portées si fréquentes et si continuelles. Innocent XI, de glorieuse mémoire, voulut faire citer ledit archevêque à Rome pour y rendre compte en personne de son administration, et à oet effet' donna ordre à Mgr le cardinal Melhni qui était nonce à Madrid, pendant que j'y occupais la place de conseiller au conseil suprême de Flandre, de s'enquérir ai la cour d'Espagne n'apporterait pas d'obstacle à cette citation ; et comme il s'y trouvait des difficultés au sujet des privilèges du Brabant qui ne permettent pas qu'aucun de cette province puisse être tiré en justiœ ni être jugé hors dea Pays-Bas, l'on ne passa paa outre à cette citation, ce
(I) Albert de Sclessin, chanoine de N.-D. d'Aix-la-Chapelle, officiai de Bruxelles, secrétaire intime de l'archevêque Alphonse.
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que je sais de foute certitude, et Monseigneur le cardinal Mellini le pourrait témoigner. Ce qui est certain et notoire à toutes ces provinces, est que, pendant le gouvernement de mon dit Prédécesseur, les pastorats, bénéfices et emplois de confesseurs des religieuses ne se donnaient qu'à ceux qoî suiv&îent et soutenaient la doctrine et les sentiments de ces 'trois jinsénUtee ci -dessus mentidnkiés qui faisaient tout son conseil et <Mlt rempli ce diocèse de leurs seetaires (l).
On ne saurait pas dire jusqu'à quel point ce jugement sévère de Mgr de Précipiano est exact. S*il est malheureusement avéré que le janséiiisiûe a fait des progrès sous Tépiscopat que nous venons d esquisser, il est vrai aussi qu* Alphonse de Berghes fut honoré, en 1677, d*un bref pontifical que nous aimons à citer.
Innocent XT, pape. Vénérable frère, sakt et bénédiction apost6li(}Tle. Ifous n'aVons pu lire sans douleur la lettre dans laquelle vous NôUs baltes eonaaitre les discordes toujours croissantes do TU ni ver^iié de Lourain. Noua comprenons parfaitement combien il en doit résulter de scandales poux la perte des âmes. Mais ce qui adoucit notre sollicitude, c'est votre piété et votre zèle pastoral bien connu, et Nous avons la juste coilûance que TOUS mettrez tout en œuvre- pour rétablir la concorde. <i2uaat à Nous, Nous avons donné ordre à des hommes de science et de vertu de faire un sérieux examen de l'état des choses. Usant, dans ces graves circonstance», de l'autorité qui Nous a été accordée d'en haut, NoUa prendrons les mesures que Nous jugerons titiles on nécessaires pour raffermir les fidèles dans l'unité de l'esprit et les conduire dans la voie du salut, comme les députés de l'Université l'exposeront en dCtaii à votre Fraternité à laquelle Nous donnons affectueusement notre bénédiction apostolique. Donné à Rome près de Sainte- Marie- Majeure, sous l'annean da Pécheur, le 3 juin 1677. De notm^oiltiâeat l'un 1.
Marins SF^vfia (S).
(1) Archives de ratchevéohé : M'éihimèMiaùfig, eiûitih.ie^iMêéniêmo, tt, 65. Nous avons simplement modernisé l'oithographe.
(9) Traduit sur l'original conservé aux archives de l'arohevéché : Mouumenta cités, n. 46.
370 PRBICIERE FÉRIODB.
Le 29 août 1674 , Tarchevêque lança une ordonnancdcirculaire qui ouvrit la porte à une longue controverse canonico-liturgique et devint même un objet de troubles dans le clergé. « Dans la plupart des églises de notre diocèse, dit-il, on agit contrairement à la pratique de la sainte Église et aux prescriptions du synode provincial de Malines, en exposant trop fréquemment la très-sainte Eucharistie à Tadoration des fidèles oa en la portant dans les processions. Afin que cette coutume abusive vienne à cesser, nous ordonnons au chapitre de notre église métropolitaine, à toutes les collégiales, aux curés des églises paroissiales et aux recteurs de toutes les autres églises tant séculières que régulières, situées endéans notre archevêché, de n'exposer que très-rarement le T. S. Sacrement à l'adoration publique des fidèles, et seulement pour les causes graves de la paix, de nécessité ou d'utilité publique, comme s'exprime le premier^concile provincial de Malines. Quant aux processions, où se porte le T. S. Sacrement, nous défendons d'y porter en même temps les vénérables reliques et images des Saints, même celles de la bienheureuse Vierge Marie : nec aliquas Sanctorum venerandas reliquias aut imagines, etiam B. Mariae Virginis, una cum ipso SS. Sacramento circumferant aut circum/erri permittant, — afin que l'attention du peuple ne soit pas distraite par plusieurs objets et qu'on rende à Dieu seul toute la gloire et Thonneur qui debetur in solidum (i). »•
(1) Syn. Belg. Il, 369. L'expresaîon : ut tmi toh Deo, qtti dêèelwr