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HUMBERT-GUILLAUME DE PRÉCIPIANO

TBANSFÉRÉ DE BRUGES.

Devise : Non in çladio, sed in nomine Domini,

Dans les cryptes de l'église métropolitaine reposent les cendres de deux frères, dont Tun porta les armes pour son roi, et l'autre combattit, « non par le glaive 9 mais au nom du Seigneur, » pour la gloire de la Religion et de TEglise. Le comte Prosper - Amhroise (i), mort à Bruxelles en 1707, avait été lieutenant-général dans les armées de Charles II et dernier gouverneur de la Franche-Comté; son frère, le comte ffumbert- Guillaume, occupa pendant l'espace de vingt-un ans le trône archiépiscopal de Malines. Ils étaient ûls du colonel et sergent-major baron Achille de Précipiano et de Soye (2) et de noble dame Marthe de Montrichard. Du côté paternel, ils descendaient d'une maison opulente, originaire de Gênes et alliée aux Doria et aux Spinola.

(1) Le baron Ptosper-Ambroise fat créé comte de Soje en 1676 par le roi Charles II.

(2) Tué à la bataille de Tritbery en 1642.

i humbert-guillaume de pbécifiano.

Armoiries : de guetUes^ à tépée émanchée chargent, posée en fasce^ garnie dUor^ la pointe à dextre,

Besançon, capitale de la Franche-Comté, est le liea de naissance d*Humbert-Guillaume. Né en 1626, il passa son enfance sous le toit paternel et j reçut une éducation digne du rang de sa famille. Il étudia les lettres anciennes à Constance, sur le Rhin et le lac de Constance, la philosophie à Besançon, les sciences ecclésiastiques au collège des Jésuites à Louvain et à Tuniversité de Dôle. Ce fut dans cette dernière école qu'il gagna les diplômes de licencié en droit et de docteur en théologie.

Il fut successivement nommé chanoine et grandarchidiacre du chapitre métropolitain de Besançon. En 1661, lorsque le doyen du chapitre, J. J. Fauche de Drompel, eut été nommé archevêque de cette ville, l'archidiacre fut élu par les chanoines pour lui succéder dans la dignité décanale. Toutefois, cette nomination donna lieu à des difficultés. Le pape Alexandre VII prétendit que la collation du décanat de Besançon était, pour cette fois, dévolue au Saint-Siège, et il le conféra d*abord à Antoine-Pierre de 6rammont,puis au baron Jean de Watteville ; ce dernier resta en possession, malgré les réclamations du chapitre (i). Ne cachons pas que Précipiano encourut des censures ecclésiastiques, en voulant d abord se maintenir dans la

(1) Oallia Christ V, 30.

stalle décanale. Toutefois, il renonça à ses prétendus droits par acte public signé à Madrid le 23 mai 1660 et déposé entre les mains du nonce apostolique Savi Mellini, archevêque de Césarée, qui leva les censures au nom du pape Innocent XI.

L'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas catholiques, lui donna en commende Tabbaye cistercienne de Belleval (Bourgogne) qui tombait en ruines. Précipiano restaura les édifices et y fit refleurir la règle.

Philippe IV le nomma conseiller ecclésiastique à la cour de Dôle, dans la Franche- Comté, et le députa, en 1667, à la diète de Ratisbonne en qualité de son plénipotentiaire pour le cercle de Bourgogne (i). Cinq années plus tard (1672), il Tappela à Madrid pour y siéger dans le conseil suprême des Pays-Bas et de Franche-Comté .

Lorsque le traité de Nimègue, conclu le 1 7 septembre 1678, adjugea toute la Franche-Comté, le Cambrésis, etc. à Louis XIV, l'abbé de Belleval resta fidèle au Roi catholique et aux traditions de sa maison.

Dans toutes les positions qu il avait occupées, Précipiano donna tant de preuves de vertu, de prudence et de dévouement, qu'il fut jugé digne de Tépiscopat. Le roi Charles II Téleva sur le siège de Bruges, vacant par la mort de François de Baillencourt. L'élu, institué canoniquement par Innocent XI, fut sacré à Bruxelles, le 21 mars 1683, par son métropolitain Alphonse de

(1) A Ratisbonne, Préoipiano publia un écrit : Oarantia Cireuh Bnr gimiUo auerta, $ive varia icripia camiiiis Ratitponennbut exhièiia, U j démontrait que l'Empire était tenu de protéger lei proTincea belges contre le roi très-ohrétien.

4 HUMBERT-GUILLAUICE DE PBÉCIPIANO.

Berghes, assisté des évoques d'Anvers et de Raremonde.

Humbert- Guillaume gouverna vigoureusement et sagement TEglise de Bruges pendant l'espace d'environ huit ans. Il y tint le jansénisme en échec et ne dut Irapper de censures qu'un seul curé réfractaire. Le 12 janvier 1685, il interdit par un décret la lecture de l'Ecriture sainte en langue vulgaire. En 1686, il présida, à Bruges, les fâtes jubilaires du Saint-Sang.

En 1690, il fut transféré à Malines. Ayant pris pos« session canonique du siège archiépiscopal par fondé de pouvoirs, il fit son entrée solennelle dans Malines, le 11 août, et reçut le palltum des mains de Jean-Ferdinand de Beughem, évéque d'Anvers.

Sa vie publique se résume désormais dans une lutte non interrompue contre l'hérésie des jansénistes que nous avons vu éclater à l'apparition de VAugustinus. On verra, dans la suite de cette notice, ce que ce grand athlète a fait pour l'autorité du Pontife Romain et du Siège Apostolique, avec quel courage persévérant il a combattu pour les droits de la Religion, le rétablisse ment de la bonne discipline et le maintien des immunités ecclésiastiques. << Plus je considère les faits à la » lumière des documents conservés dans les archives 9» de Malines, dirons-nous avec un savant religieux, 9» plus je me persuade que les historiens ont trop oublié j» jusqu'ici le rôle d'Humbert de Précipiano, pour exal- » ter surtout celui du cardinal d'Alsace, son succes- » seur. Précipiano porta les plus rudes coups au jann nisme dans les Pays-Bas ; il mourut au moment

n d'un triomphe dont il avait préparé tous les élé- 9 ments (i). »

Pour donner à nos lecteurs une idée de ses travaux, Dûus analyserons fidèlement des documents authentiques : ses relations adressées au Saint-Siège, ses lettres pastorales et les principaux actes des congrégations épiscopales tenues sous sa présidence.

Précipiano, félicitant le pape Innocent XII sur son avènement au trône de saint Pierre (1691), saisit l'occasion pour lui exposer le déplorable état où il a trouvé le diocèse de Malines. Reproduisons, en l'abrégeant beaucoup, la peinture qu'il fait.

En prenant possession de l'église archiépiscopale, je me sais senti TÎTement effrayé. Je connaissais déjà les obstacles avec lesquels j'aurais en à latter ; les lettres de mes amis et les libelles dangereux m'avaient beaacoap appris. Mais, hélas, la réalité a dépassé de loin mes craintes ; je n'ai trouvé autour de moi que discordes, rixes et tumultes. J'avais eu le bonheur, par la grâce de Dieu, de maintenir l'antique discipline dans le diocèse de Bruges ; dans celui de Malines, je vois l'erreur lever audadeusement la tète et les factions menacer de tout envahir. La source du mal n'est autre que la doctrine empestée de Baius, de Saint-Cyran et de Jansénins, que l'on défend opiniâtrement et que l'on propage partout, au mépris des décisions et des censures apostoliques. De là toutes ces pernicieuses opinions sur la morale chrétienne ; de là tous ces libelles publiés dans le dessein de rendre la Cour Romaine et le tribunal de la sainte Inquisition odieux au peuple. Je n'exagère rien. Très- Saint Père, mes craintes ne sont pas chimériques; je vois, hélas, une effroyable tempête menacer l'Église belgique; si une plus grande puissance on la sainte

(1) Le P. Van Aken, dans les Siudes reliçieum des PP. de la Compagnie de Jésns, 17« année, t. III, p. 363.

6 HUMBBRT-GUILLAUMB U£ PRÉCIPIANO.

paîesanœ de Diea ne vient à noire secoara, la xuîne de la Religion est certaine; tant le mal a jeté de profondes racines.

La pins grande partie du clergé et même la partie principale, celle que son devoir oblige k aider directement l'évéque, est plos on moins infectée dn venin; il n'est pas une collégiale où tout le corps des bénéficiers mit resté sain et pur; parmi les curés, et notamment parmi ceux qui sont sortis tanquam ex equo Trcjano du collège du Pape de Louvain, U en est peu qui adhèrent aux bonnes doctrines; encore les orthodoxes se voientils écrasés, pour ainsi dire, par les insultes des factieux. L*autorité épi^ copale frappe-t-elle un rebelle, aussitôt cent autres s'insurgent contre elle, ajoutant même des menaces à la désobéissance.

Dès ipon entrée à Malines, j'ai délivré le séminaire d'an pétulant pro fesseur qui y inculquait le venin du jansénisme aux jeunes théologiens... Dans la ville de Bruxelles, j'ai dû suspendre un curé opiniâtrement attaché au même parti (1).

J'ai fait la visite dans des couvents justement suspects, en examinint jusqu*aux cellules des religieuses; j'y ai découvert tout un magasin de livres défendus : le Nouveau T$$iament dit de Mons (2), le Missel Romain et jusqu'au canon de la messe traduits en langue vulgaire, etc. J'ai d& renvoyer quelques directeurs de couvents; là dessus on a jeté des oris tragiques. Ijm religienses ont reçu avec le dernier mépris les confesseurs plus sûrs que je leur avais donnés, et comme pour montrer les progrès qu'elles ont fait sons des maîtres litigieux, elles m'ont menacé d'un bon procès.

Mais ce n'est pas seulement dans les communautés religieuses que se répandent les ouvrages proscrits; on les jette aussi en p&tare à la multitude. On ne saurait dire combien de catéchismes on a répandus, dansées dernières années, pour verser le poison dans l'àme dee simples.

Comme si ce n'était pas assez, on a publié les écrits les plus virulents

(1) Ici l'archevêque donne quelques détails sur l'expulsion du professeur Opstraet et la suspense prononcée contre le curé Van De Nesse. Nous ferons connaître ces faits plus loin.

(2) Le Nouveau Testament.. . à Mont, chez Oatpor Migeot, 1667, S vol. in-12. Cette traduction, imprimée en HolUnde, et non pas à Mons, est l'œuvre de M. de Sacy et de son frère. Elle a été prohibée en 1668 par Clément IX qui la déclara • téméraire, pernicieuse, s'éloignant de la Vnlgate et contenant des choses propres à scandaliser les fidèles. > Voir le Dietionnaire dee livres janeénieiee, t. IV, p. 46 et sqq.

PKBMIÈBE FÉ&IODB. 7

en latin, en français, en flamand^ dont les anteors veulent m'effrayer, me rendre odieux à mon clergé et à tonte la Belgique, et m'empêcher de remplir mon devoir pastoral. Ils écrivent effrontément que je fais la perte de tous les gens de bien (c'est ainsi qu'ils appellent les jansénistes); que j'agis en vrai aicaire; que je ne suis qu'un Bourguignon, comme l'était le cardinal de Granvelle, et que, comme Granvelle, je ne veux rien moins que faire établir en Belgique le tribunal de l'Inquisition. On va même jusqu'à annoncer qu'à cause de ma sévérité ils renonceront à la foi et se lérolteront contre le roi, à l'exemple des Gueux du siècle précédent. Je n'en finirais pas, Très 8aînt Père, si je devais énumérer tous les outrages renfermés dans ces pamphlets ; je ne m'étonne nullement que le conseil de Gueldre, indigné de semblables procédés, ait condamné au feu cea productions plus que séditieuses.

Désireux de porter remède à de si grands maux, les évéques de la pro* Tinco de Malines se sont récemment assemblés à Bruxelles à l'occasion de la consécration du nouvel évèque de Bruges (Guillaume Basserj). Les décrets que nous y avons édictés de commun accord, pour le salut de nos ouailles, ne renferment rien qui n'ait été ordonné déjà par les Souverains-Pontifes on les Conciles ; et néanmoins des curés ont osé demander an conseil de Brabant d'en prohiber la promulgation. Heureusement, leur requête a été mal reçue par l'autorité civile (1).

Tel est, a grands traits, le tableau ûavrant, esquissé de la main de l'arc^hevêque de Malines. Nous arrivons aussitôt à Tanalyse sommaire de rassemblée épiscopale dont il parle à la fin du précédent rapport.

Première assemblée épiscopale^ tenue à Bruxelles le

9 Janvier 1691.

Présents : H. G. de Précipiano, métropolitain; Réginald Coo25, évéque de Ruremonde; Jean-Ferdinand

(1) Archives de l'archevêché : Monwnenia orig.ei auth.ée Jii»n9$»iim$ mn. no 33.

8 HUMBERT-GUILLAUMS DS PSLiCIPIANO.

de Beughem^ évéque d'Anvers; Gaillaame Bassery, évêque de Bruges, sacré Favant-veille (i) ; en outre, Philippe-Erard Van der Noot, prévôt de Saint-Rombaut de Malines et vicaire-général de l'archevôque ; le P. Hamey, de Tordre des frères-précheurs , et M. Sieyaeri, tous deux docteurs en théologie à luniversité de Louvain.

Il fut résolu de travailler de concert pour soumettre les Oratoriens de la congrégation de BéruUe aux règles de l'Oratoire de S. Philippe de Néri; de recourir au Saint-Siège et à la cour de Madrid pour exiger la souscription au Formulaire alexandrin de tous ceux qui devaient être promus à des grades académiques, à des dignités, bénéfices et fonctions ecclésiastiques. On fera des démarches auprès du gouvernement pour que les écrits en matière doctrinale ne soient soumis qu'à l'examen d'évêques, et que les placards royaux relatifs à l'impression, à Timportation et à la vente des livres, soient renouvelés; on n'emploiera dans toute la province que le catéchisme de Malines (l'édition de Mgr Jacques Boonen) ; on prohibera la lecture des Livres saints en langue vulgaire et du Nouveau Testament dit de Mons; on donnera quelques instructions spéciales aux confesseurs et l'on fera renouveler leurs pouvoirs en déans le mois (2).

A cette première congrégation des évéques se rattachent un décret de l'archevêque (9 janvier 1691) et une lettre adressée, au nom de l'épiscopat, à la congrégation du saint Office (31 janvier).

(1) Le siège d'Tpres était vacant. Noas ignorons pourquoi TéTêque de Gand, Albert de Homes, ne parut point dans la réunion de ses coUègnei. (S) Syftod. Belg. I, 670.

PREMIÈRE pArIODB. 9

Le décret archiépiscopal du 9 janvier rappelle à robservanee exacte de la 4°^'' règle de l'Index touchant la lecture de la Bible en langue vulgaire; il défend lusage du Nouveau Testament de Mons et du Missel Romain traduit en idiome vulgaire ; il prescrit Tusage exclusif du catéchisme de la province de Malines tel que ce livre a été publié le 22 août 1623 par ordre de Jacques Boonen (i). Les évéques suffragants portèrent des décrets analogues dans leurs diocèses respectifs.

Dans la lettre du 31 janvier 1691, l'archevêque dénonce aux cardinaux du saint Office les manœuvres de la faction janséniste pour faire pénétrer partout leurs fallacieuses doctrines. Elle est déjà parvenue, dit-il, à égarer une grande partie de la malheureuse Belgique : ut multis in locis pars non minima Jansenizet . Les par^ tisans de Jansénius travaillent surtout à attirer les femmes, sachant bien que les anciens hérétiques se servaient du sexe faible pour répandre leurs erreurs. Il j a plus : ils mettent leurs hypocrites maximes en pratique, de telle sorte qu'ils semblent vouloir abolir la Pénitence et TEucharistie ou du moins en rendre l'usage difficile et rare. Si l'autorité romaine ne se hâte d'apporter au mal un remède efficace, on verra bientôt le tribunal de la réconciliation abandonné et la sainte Table déserte. Le livre De la fréquente communion est l'origine de ce rigorisme (2) ; d'ailleurs ce trop fameux

(1) Ibid. 671-574.

(9) C'était Td!! des 140 ouvrages d'Antoine Arnauld. D'après ce chef de bande, nul ne peut s'approcher de la sainte Table, si la grâce ne l'attire par son invincible (!) paîssance, s'il n'a pas renoncé à tonte pensée terrestre, s'il n'aime pas Dieu d'un amonr pnr et sans mélange. Ce liyre fat publié en 1643.

10 HUMBERT-GUILLâUME DB PRÉCIPIANO.

ouvrage proclame même dans la préface la proposition hérétiqae des deux che& de TÊglise qui nen font qu^un, de bicipite Ecclesiae capite (i). Dans les écoles et les églises on prêche les cinq articles inventés par Jansénius comme des dogmes de la foi catholique. Le pays est inondé de libelles qui défendent l'errear et censurent amèrement les décisions des Souverains- Pontifes. Parmi les coryphées des jansénistes se signale an premier rang le nommé Palladius qui se glorifie du titre de janséniste, si par là l'on entend désigne seulement celui qui défend la doctrine de Jansénius (2).

Deuxième assemblée épiscopale^ tenue à Bruxelles dans

cours de mars et d'avril 1692.

Parmi les documents de cette réunion, nous remarquons trois lettres collectives de l'archevêque de Malines, des évêques de Ruremonde et d* Anvers susnommés et du vicaire apostolique de Bois-le-Due» adressées au pape Innocent XII. Après avoir signalé

(1) Martin de Baroot, élèTe de Janséniiu et abbé de Saint-Cjrran après Bon oncle Da Vergier de Hauranne (t. 1, p. 879), avait introduit cette erreur. Dana deux ouvrages : De la frondeur de relise Romaine et De Vautoriti de SS, Pierre et Pauly il prétendit prouver que saiut Paul, aussi bien que saint Pierre, avait été le chef visible de l'Eglise. Quelqnei* uns attribuent le premier de ces deux livres à Arnauld. Voir les (Snvrti dogmaiiptee de eaini Alphonse de Liçnori, t. IV, p. 377.

(2) Synod. Belg, 1, 574577. — PaUadiue est Tun des pseadonymei du curé réfraotaire Egide De Wiiie, que nous faisons oonnaitre daai Tappendice.

de nouveau les progrès rapides que font les doctrines de YAugtistinus, progrès que le Formulaire d'Alexandre Vn n'a pas arrêtés, ils annoncent à Sa Sainteté que, voulant couper court à tout subterfuge, ils ont résolu d'exiger le serment du Formulaire avec quelques addi* tions,d6 tous ceux qui doivent être promus aux ordres où à des bénéfices et fonctions ecclésiastiques (i), et ils espèrent que le Saint-Siège approuvera ce projet.

Il fut un temps, disent-ils, où la doctrine de Jansénius trouvait un certain appui dans le pouToir ciril, dans quelques chefs du clergé et quelques membres de rUnirersité de LouTain. Aujourd'hui il n'en est plus de même. Tooa les évéques des Pays- fias sont du bon parti; les principaux théologiens de Louvain tra?aillent d'accord avec nous; la puissance laïque penche plus qu'autrefois vers Tobéissance au Siège Apostolique. Les opposants qui restent, sont comparatiirement en petit nombre; ce sont généralement les mêmes dont les livres ont été condamnés par l'autorité du Saint-Siège; les écrits qu'ils lancent encore^ paraissent sous le voile de l'anonyme. En ajoutant au Formulaire une explication que nous soumettons au jugement de Votre Sainteté, nous avons voulu aller à l'encontre de ceux qui voudraient échapper à la condamnation par la frivole distinction du droit et àa/ait. Si Votre Sainteté^ comme quelques-uns s'en vantent imprudemment, désapprouvait l'addition, nous obéirions avec toute la promptitude possible; nous sommes toutefois persuadés que ce serait au détriment de notre autorité et de celle du Siège Apostolique lui-même. Nous espérons vaincre, si le Saint; Siège daigne noua prêter main- forte.

(1) Les additions proposées étaient celles-ci : ' Juro autem secundnm intentionem Alexandri VII praefati, non tantum in reverentiam Gonstitutionum, de quibus in dicta Formula.sed etiam in veritatem earum : et non tantum in veritatem eorum quae in istis Constitutionibus speo* tant ad jus, sed etiam eorum quae, ut loquuntur, spectant ad factum ab Alexandre VU definitum ; hoc est, me damnare quinque propositiones non solum generaliter in omni sensu haeretioo quem habent, sed etiam speoialiter ut excerptas ex Comelii Jansenii libro, oui titulus AnçMsiimtê, et in sensu ab eodem Cornelio Jansenio intento, seu in praedicto ejua libro expresso, • (SyM. Belg, I, 585.)

12 HUKBSBT-GUILLAUMS DB FRÉGIPIANO.

Innocent XII répond à Tarchevôque et à ses suffiragrants d'Anvers, de Bruges, de Gand et de Ruremonde, par le bref Nuper ex litteris, daté de Sainte-Marie- Majeure le 6 février 1694. Le Pape veut que les Constitutions de ses prédécesseurs Innocent X et Alexandre VII demeurent dans toute leur force. Quant au Formulaire, il faut exiger absolument que le serment soit prêté dans la teneur formulée par Alexandre YII; mais il ne faut rien ajouter aux paroles de la formule alexandrine, vu que ceux qui ont à prêter le serment, sont obligés de le faire sincèrement, sans distinction, restriction ni explication aucune, en condamnant les cinq propositions dans le sens propre et naturel des termes : in sensu obvio quem ipsamet propositionum verba prae se ferunt^ protU sensum illum damnarunt Summi Pontifices Praedecessores nostri, damnatumque haberi voluerunt a ChrHsti fidelibus (i). L'internonce Piazza, résidant à Bruxelles, avait écrit dès le 30 juillet 1692, à notre archevêque que Sa Sainteté, comptant sur la prudence et la parfaite soumission de Tépiscopat belge, a prononcé qu'il ne faut rien innover, nihil innovari debere proponendo interrogationes, uti coeptum est usitari, en attendant qu'il plaise à la

(1) Noas lisons dans une Ordonnance et Instruction pastorale de Tarcheyêqae de Paris (21 août 1696), rédigée par Bossuet : > L intelligence des oonstitutions d'Innocent X et d'Alexandre VU est claire : il n*y a qu'à prendre les constitntiona et les propositions qu'elles condamnent, dans le sens qni se fait sentir d'abord et que la lecture présente, in se»» obvio. C'est la règle que donne aux évéques des Pays-Bas et à la faculté de théologie de Louvain, par ses brefs du 6 février 169é, Notre Saint* Père le Pape Innocent XII... Noua ne pouvons marcher par une voie plus sûre. •

PREMIÈRE PiRIODE. 13

Congrégation du saint Office de donner à ce sujet une déclaration déterminée (i).

Aussitôt que la réponse de la curie romaine fut connue, l'archevêque s'empressa de la promulguer et d'y conformer sa conduite.

Moi-même, dit*il, j'ai youla jurer le premier selon la formule d'Alexandre VII et y souscrire de ma propre main, et mon yicaire-générai a &ui?i mon exemple, afin que les prêtres d*un rang inférieur n'aient pas droit de murmurer. Dans une ohose honnête et approuvée par le fiaint-Siége, les brebis ne doivent pas rougir de suivre leur pasteur, ni les prêtres d'imiter l'exemple de leur évéque. Le serment doit être prêté selon la formule d'Alexandre VII, à laquelle il ne faut rien ajouter ni intérieurement ni extérieurement, ni rien retrancher, sous quelque prétexte que ce seit. Tous doivent prêter le serment sincèrement, sans aucune distinction, restriction ou explication, et dans le sens obvie des paroles mêmes du Formulaire. Si quelqu'un a l'audace de le faire autrement, il pourra tromper les hommes, mais non le Très-Haut qui scrute les cœurs et ne laissera pas impuni l'horrible crime du parjure (9).

A peine le bref Nuper eœ litteris (6 février 1694) avait-il paru, que les prétendus augustiniens crièrent victoire sur toute la ligne. A les entendre, « Innocent XII avait altéré ou réformé Alexandre VII ; désormais il ne fallait plus réprouver les cinq propositions dans le sens que Jansénius avait eu en vue, mais dans Vun ou l'autre sens obvie différent celui de Jansénius, in sensu quodam obvio qui a praedicto sensu Auctoris

(1) Syti. Belg. I, 586. L'original se trouve dans les Monumenia orig. ei auihânt. de JantenUmo, Tt9 14, (S) Décret du 5 juillet 1696.

14 HUlfBEBT-GVILLAUHE DE PRÉCXPIANO.

diversusesset{i). y* On ne peut nier que le bref ne donnât au moins une apparence de tort à notre épiscopat. L'archevêque qui était toujours le point de mire du ressentiment jansénistique, se vit ouvertement raillé par les charitables rigoristes (2). Le zélé prélat avait reçu la réponse romaine avec étonnement et douleur, mais aussi avec respect et obéissance filiale. Après avoir fait part de ses impressions personnelles à Tinternonce, il crut devoir consulter ses su&agants. Les prélats jugèrent qu'il était nécessaire de recourir de nouveau au Saint-Siège et de faire connaître que le bref submentionné, loin de produire l'effet qu'on pouvait en attendre, était devenu une nouvelle arme entre les mains des réfractaîres. « En jurant le Formulaire, disent-ils dans leur lettre du 19 juillet 1696, les partisans de Jansénius déclarent qu'ils condamnent les cinq propositions dans le sens obvie^ c'est-à-dire, dans le sens qu'eux-mêmes se forgent comme tel (in sensu quem ipsipro libitu suo sibi obvium fingunt), sans tenir aucun compte du sens obvie du Formulaire même; or

(1) S^n, Belg. I, 62é; Mémoires da F. d'Avrigny, lU, élS.

(S) 11 écrivit à rinternonce : « Ils ont eu l'impudenoe d'afficher aux portes de mon palais archiépiscopal de Malines et à celles de mon séminaire des billets infâmes, portant pour titre : Bxequiaê juramnH /brmuloâ, etc., et mercredi passé, comme je retournais de la grande église où j'avais chanté une messe solennelle pour les nécessités publiques, à laquelle avait assisté le SSme Electeur de Bavière, quatre ecclésiastiques, me voyant passer dans mon carrosse, eurent l'effronterie de dire : Vo^ez comme l'archevêque a un pied de nez depuis l'abrogation du Formulaire, — ' non sans grand scandale de ceux qui l'entendaient. « Dans les Monumânia oriç, et autàent, de JameniemOt mss. de l*archevéoh6, no 64.

PKEiaiBB PiRIODB. 15

c'est ainsi qu ils tiennent le sens du livre de Jansénius pour catholique et véritablement augustinien. Par cette manœuvre.toute la doctrine jansénienne triomphe des Souverains*Fontifes et des Constitutions apostoliques ; et nous nous voyons forcés de conférer les saints ordres et de donner charge d'âmes à ceux qui prêtent de la sorte le serment exigé. Assurément nous n'aurions pas vu tous ces maux, si l'intention de Votre Sainteté eût été mieux connue; si, par exemple, tous les promovendi avaient vu plus clairement qu'ils doivent reconnaître que les cinq propositions, condamnées par Innocent X et Alexandre YII, se trouvent dans l'Augustinus de Ciorneille Jansénius, qu'elles sont proscrites comme hérétiques et dans le sens dans lequel on les énonce dans ce livre. Nous supplions humblement Votre Sainteté d'arrôter le mal par des moyens plus efficaces et de nous prescrire ce que nous avons à faire ou à éviter pour extirper l'hérésie jansénienne. Ces moyens, nous ne les suggérons plus ; n'ayant pas à enseigner la Chaire romaine, nous désirons apprendre d'elle ce qui doit sauver nos Eglises. Au surplus, les évoques belges déclarent que le docteur Hennebel qui s'est rendu à la curie romaine pour la tromper, a calomnié d'une façon indigne l'archevôque, son supérieur légitime, en affirmant, dans un mémoire présenté au Saint-Siège, que l'archevêque s'était refusé à la promulgation du bref Nuper ex litteris. Et puisque le mémoire d'Hennebel, traduit de l'italien en latin, se répand aussi en Belgique, au grand scandale des fidèles, ils demandent que le calomniateur soit puni conformément au droit canonique. Cet exemple de juste sévérité portera des fruits, j»

16 HUlfBERT-GUlLLAUM£ DE P&ÉCIPIANO.

Cette lettre collective, signée par Humbert-Gaillaume de Précipiano, les évêques de Ruremonde, d'Anvers, de Bruges et de Gand, et par M. Steyaert, vicaireapostolique de Bois-le-Duc, fut recommandée au cardinal Cybo par une lettre particulière de l'archevêque (i).

Nous avons mentionné tantôt la lettre collective de répiseopat. Innocent XII répondit, le 24 novembre 1696, par le bref : Litterae qtuzs XIX Julii ad Nos dedistis. Il y est dit que le mal que les prélats belges ont signalé au Chef suprême de l'Eglise ne vient pas du bref lui-même ; car ce document est parfaitement clair et prescrit un remède qui est opportun et efficace ; mais peut-être ne le met-on pa» en exécution comme il convient. Si les novateurs, en jurant le Formulaire, se forgent intérieurement à leur fantaisie un sens naturel et obvie, mais sans en venir à aucun acte externe, l'Eglise ne juge pas de leurs intentions intérieures que Dieu seul connaît. Si, au contraire, ils manifestent par la parole ou la plume le sens de leur invention et qui est contraire au sens des constitutions apostoliques, dès lors les évêques peuvent et doivent procéder contre eux non seulement par leur autorité ordinaire, mais encore en vertu de la faculté spéciale qu'ils ont reçue du Saint- Siège; ils doivent aussi les punir convenablement servatis servandis. Quant à la lecture des livres défendus, particulièrement de la Bible traduite en langue vui*

(1) S^n. Belg, I, 593-598.

gaire, et aux récentes controverses sur l'administration des sacrements, les évéques veilleront que le clergé se conforme aux lois canoniques et à la pratique de l'Eglise, en tenant compte de chaque cas avec toutes les circonstances qui Tentourent (i).

L'archevêque s'empressa de faire part de cette réponse à ses suffrafçants, et tout l'épiscopat de la province de Malines la fit promulguer sans retard (2). Il fut résolu en outre que l'archevêque et ses suffragants s'entendraient pour rédiger en commun la lettre de respectueux; remerciement qui serait adressée au Souverain-Pontife (3). Cette réponse collective fut envoyée à Rome en 1697, comme nous verrons plus loin.

Par décret du 15 janvier 1695, notre Primat censura et prohiba septante-un libelles diffamatoires, tous de provenance janséniste, et d'autres écrits ténébreux de la plus mauvaise espèce, nommément le livre français de la fréquente communion^ de sorti l'intarissable plume d'Amauld, docteur de la Sorbonne, et la Méthode de remettre et de retenir les péchés, composée en latin par le docteur Huyghens. Ce fut à l'occasion de ce décret que l'oratorien Quesnel lança sa très-humble remontrance à messire de Précipiano, archevêque de Malines, ^ qui fut brûlée, dit le P. d'Âvrigny dans ses iMémoires,

(1) Syn. Belg, I, 600, et De Decker, Jan», UUtoria breviê, page 83.

(2) Le bref fat publié une seconde fois en 1700, à la demande du goa?ernement. Syu, Bûlg, I, 649 et 650.

(3) Syn. Bêlg. I, 609.

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