HUMBERT-GUILLAUME DE PRÉCIPIAXO
sainteté des mœars, les pasteurs doivent exhorter fortement leurs subordonnés à sanctifier les dimanches et les fêtes, à s'abstenir de toute œuvre servile, à assister pieusement au sacrifice de la messe, aux vêpres, au salut, aux sermons, à Texplication de la doctrine chrétienne, etc.
Notre archevêque déplore en particulier la violation toujours croissante des jours que le Seigneur s'est réservés, les irrévérences dans le service divin, les scandaleuses nudités des personnes du sexe qui s'étalent jusque dans] la mabon de Dieu, au moins dans les grandes villes. Satis superque /odimu8 parietem, s'écriet-il ; patent omnibua abomina tianea pessima quœ animum nostrum diu noctuque prémuni atque excruciant.
Parlant des lieux consacrés au culte, il décrit le triste spectacle que lui ont offert les églises, les sacristies et les cimetières, dans plusieurs villages, lorsqu'il y a fait sa tournée pastorale. Il renouvelle l'obligation des archiprêtres de veiller sérieusement à ce que tout soit restauré convenablement et dans le plus court délai, et de ne tolérer aucune peinture, tenture, image ou musique qui soit profane ou puisse devenir une occasion de péché. Il entre à ce sujet dans de grands détails qu'il serait trop long de reproduire ici.
Les explications ne sont pas moins précises ni les ordres moins formels, lorsqu'il parle du respect dû à la divine Eucharistie, soit qu'on la porte aux malades, soit qu'on la distribue aux fidèles dans Téglise. Puis il recommande avec une nouvelle force la prédication, l'instruction catéchistique du jeune âge, la confession des enfants même avant qu'ils aient atteint l'&ge de sept ans.
l'observation ponctuelle des prescriptions liturgiques dans l'administration du baptême et des autres sacrements, ainsi que dans la célébration de la sainte messe. Il s'attache à inculquer la nécessité de rétablir les conférences mensuelles des curés, si malheureusement interrompues par le fléau de la guerre. Il exhorte vivement les curés à se réunir, à un jour et en unlieu déterminés, pour traiter en commun, avec charité et respect réciproques, des intérêts spirituels de leurs ouailles. Enfin il rappelle aux archiprêtres le devoir de faire régulièrement et en toute conscience la visite des églises de leur ressort et à envoyer au vicariat de Malines la relation es acte du bien et du mal qu ils auront découvert (i).
Humbert- Guillaume fut emporté à la suite d'une inflammation pulmonaire (péripneumonie), dans son palais de Bruxelles, le 9 juin 1711. Attendant avec sa fermeté habituelle l'arrivée du Seigneur, il rendit son âme, au milieu des prières et des larmes de ceux qui entouraient sa couche. « Les acatholiques eux-mêmes, dit Foppens , l'avaient respecté ; les jansénistes qui n'avaient cessé de le poursuivre de leur haine implacable, déchirèrent encore la mémoire du défunt dans leurs écrits (2). » Au jour que le grand athlète consomma sa glorieuse course, il avait atteint l'âge de quatre-vingt cinq ans et gouverné l'Eglise de Malines pendant l'es-
(1) Sy». Belg. II, 418-467.
(2) MiM. Chrith naseeiuet erescem^ III, 152.
46 HUMBeUlVGUILLAUMB DE PRÉCIPIANO.
pace de vingt-un ans. Il fut inhamé dans la métropole de Matines près de son frère le comte Prosper-Ambroise. Vis à vis du dais pontifical se dresse encore aujourd'hui le magnifique mausolée en marbre blanc qu'il avait fait élever de son vivant « pour servir d'embellis- 19 sèment à l'église, " comme dit l'inscription du socle (i). C'est une œuvre du sculpteur anversois Michel Vandervoort le vieux.
L oraison funèbre fut prononcée par le chanoine gradué Sébastien Van der Cruys, archiprêtre du district de Malines ; elle n*a pas été, que nous sachions, livrée à l'impression. USlqçium obituarium du défunt se trouve reproduit dans les Acta 8. Rumoldi du P. Sollerius, page 136.
Du 9 juin 1711 jusqu'au 10 février 1716, le diocèse fut administré par Amé-Ignace Coriache dont nous donnons une courte la notice dans l'Appendice de la présente Vie.
La même année 1711 vit descendre dans la tombe deux sectaires de la plus triste mémoire : dom Gerberon qui n'avait eu du bénédictin que la robe noire et l'érudition (2) et Pierre Codde, archevêque de Sébaste et ex-vicaire apostolique des Provinces-Unies. Ce dernier avait été déposé de sa charge à cause de son opiniâtre résistance au Saint-Siège.
(1) Humberiui Ouillelmus, Cornet de Preeipiano et de Soye, drehùpû' copui Mechliniensie, Primas Belçii, ad exercUtu regioe Delegatu» Jpotlolieus, Majesiatis Suae a eomilii» status, etc. In hujus eeelesiae arnaif» vivens posuit MDCCIX,
(S) Voir Tappendioe, no II.
PEEMIÈRE PÉRIODE. 47
Jusqu'ici nous avons vu TEglisç troublée par YAufftistinus de Tévèque d'Ypres; de plus grands troubles vont surgir en France à propos d'un ouvrage plus dangereux encore, vu qu il était écrit en langue vulgaire et que l'auteur sous des expressions mielleuses et pieuses, y renouvelait les maximes perverses de l'évêque dTpres et au même sens, en y ajoutant bien d'autres erreurs non moins graves. Nous voulons parler du Nouveau Testament en français avec des Réflexions morales sur chaque verset^ intitulé aussi : Ahrégi de la morale de VEvangihy des Actes des Apôtres^ des Epitres de S. Paul^ des Epitres Canoniques et de V Apocalypse^ ou pensées chrétiennes sur le texte de ces livres sacrés. Clément XI avait déjà condamné cette perfide production de Quesnel par un décret du 13 juillet 1708; mais il était devenu nécessaire de l'anathématiser d'une manière solennelle ; c'est ce que le même Pape fit par la constitution Unigenittis Dei Filius, fulminée le 8 septembre 1713. Cent-une propositions, extraites de l'ouvrage cité, sont solennellement proscrites comme respectivement fausses, captieuses, malsonnantes, scandaleuses, pernicieuses, téméraires, injurieuses poui^ l'Eglise et les puissances du siècle, séditieuses, impies, blasphématoires, hérétiques, renouvelant diverses hérésies, principalement celles qui sont contenues dans les cinq propositions de Jansénius (i). Cette constitution qui a été combattue avec
(1) Voir Picot, Mémoires^ t. I, soas les dates da 13 juillet 1708 et do 8 septembre 1718.
48 «UMBERT-GUILLAUMB DE FBÉCIPIANO.
une rage dont les annales de TËglise ne fournissent pas beaucoup d'exemples, n'a révolté que ceux qu'elle frappait; tous les vrais catholiques l'ont respectueusement reçue comme un infaillible jugement en matière de foi rendu par le Vicaire de Jésus-Christ (i). En Belgique le représentant de Rome, Vincent Santini, la communiqua, sans placet royal, aux ordinaires du pays (s), lesquels, à leur tour, la firent connaître à leurs subordonnés respectifs. Coriache la publia respectueusement à Malines.
AaBsitôt que la balle Wniçeniiut m'eût été commaniquée par Tentremiae de rintemoioe, dit Coriaohe, pendant que j'étais encore membre du conseil d'Etat, je l'ai communiquée, selon mon deroir et la ooatame, aux autres conseillers mes collègues. De l'avis préalable des évèques de U Belgique et des vicaires capitnlaires, le Conseil a été persuadé que oeite constitution, étant purement dogmatique, devait selon l'ancien usage, être simplement renvoyée par son secrétaire à l'Intemonce, afin que celui-ci pût la transmettre aux ordinaires du pays avec ordre de la publier. La bulle m'ajant été envoyée ensuite par ledit Jntemonce, je l'ai publiée sans retard, en ma qualité de vicaire-général, le siège vacant. Personne dans le diocèse ne s'est opposé à la réception ni à la publication ; personne u'a suivi le triste exemple de quelques-uns de nos voisins français (3).
Le décret, émané du vicariat, est du 9 juillet 1714. La Faculté de théologie de Louvain et celle de Douai suivirent Texemple donné par les ordinaires (<). Lorsque,
(1) Lafiteau, évéque de Sisteron, a écrit une excellente HUtoireàêia eoMêiitution Umigbkitus.
(8) Voir dans les Râpréêentaiioiu Belgiques, recueil II, li« partie, pag. 91, la lettre du conseil d'Etat au vicariat de Malines, suivie de U réponse, IS et 18 juin 1714.
(3) Aeta Eeeleêioê MecJd. anni 1718, pag. 34.
(4) Voici dans quel ordre les ordinaires publièrent la bulle UjiigmtfU -
plus tard, agissant à l'encontre de ses prédécesseurs, Joseph II osa défendre à tout le clergé de ses Etats de lire ou de respecter la bulle de Clément XI, sous peine d'encourir son indignation royale et impériale, le cardinal Migazzi, archevêque de Vienne, représenta à l'empereur que ce décret purement dogmatique avait partout force de loi, puisqu'il avait été publié et reçu en France, en Espagne, en Portugal et en Belgique* « C'est dans les Pays-Bas surtout, ajoutait-il, que les « évêques donnèrent des preuves éclatantes de leur i> zèle et de leur soumission, par Tacceptation solen- « nelle qu'ils firent de cette bulle. Leurs mandements » en font foi, et c'est avec raison que l'archevêque de « Malines, leur métropolitain (Thomas-Philippe), assure, r» dans sa lettre du 17 octobre 1717, que la constitu- 1» tion Uniffenitua a été admise par tous les évêques des r» Pays-Bas autrichiens, et qu'il unit son sentiment aux « Eglises belgiques (i). »
Le àaianisme s*était successivement transformé en jansénisme et quesnellisme. En France, il ne tarda pas i entrer dans une nouvelle phase qu'on pourrait nommer parlementarisme. Dans ce pays il cessa presque d'être un système de doctrine sur « la grâce efficace, n pour devenir de plus en plus un système d*opposition à l'autorité de TEglise et au gouvernement du roi très-chrétien.
8 mai 1714, Perdinand de Berlo, évéque de Namur; 9 mai, les îicaires' capitalaires à'Fprâi; 10 mai, le vicaire-apostolique de Boisle-Dne^ 19 mai, Ange d'Ongnyes, évêqoede Ruremonde\ 30 mai, Philippe- Brard Van der Noot, évèque de Qand; 30 juin, Franken*Sierstorpff, évéque d'AMPirs; 2 juillet, Lôwenstein, évéqae de Tournai; 7 juillet, Basserj, évèqae de Bruges; 9 juillet, le vicaire-capitulaire de Matinée.
(1) Reprit. Belgiques^ recueilli. Ire partie, pag. 117. i
APPENDICE
Extrait d^une lettre de la Congrégation du Concile de Trente
à Mgr de Préeipiano,
au suf'et du Rapport sur Vétai du diocèse en 1699.
(Monumenta orig. et auth, n^ 28).
Perillustris et Bme Domine uii Fraier. E. P. Jacobus de la Fontaine, S. J. sacerdos et S. Theol. professor^ députâtes ab Ampl. Tua ad invisenda BB. Apostolorum liniina... exhibait Emiâ Patribus S. Concilio interpretando prœpositis Incnlentam et prœclarissime ezaratam istius Ecclesiœ, ejasqoe moderni status relationem, ex qua aadita ab eis adco provida et vere pastornli Amp. Tuœ vigilantia, tam in grege sibi credito cnstodiendo dirigendoque, quam in abusibus et pemiciosis corraptelis eradicandis, isti Ecclesise plurimum in Domino gratalati sunt, quod in summis fluctibus, difficillimis nempe temporibuSi talem ac tantum nacta fuerit Eectorem, ut, nedam sub ejus prudenti gubernaculo scopulos omnes errorum exitiosos devitet, sed, perniciosis novitatum temporibus penitos depulsis, ad tranquillitatis portum, ut spenare fas est, Deo adjuvante, quamprimum ait perventura.
Noverunt equidem ex ipsa relatione, quœ tota Ampl. Taie strennis egregiisque conatibus interlucet, E£. PP. nonquam intermissam ab Ampl. Tua apud Sponsam residentiam, Diocesim pluries etiam per visitationes perlustratam, monialium et
religiosaram monasteria optimis confessariis instracta, earumqne pietatem circa freqaentiorem Sacramenioram usum, ac debitam obsequiam et venerationem erga Sanctam Sedem eJQsqne décréta^ in dies adauctum, urêulinarum adeo proficuam introductionem ejas auctorjtate promotam^ seminarii pro?idam gubcrnationem, moremque in eo restitutum deputandi duos Provisores ad îllias cnram et superintendentiam, CoDcilii Provincialis jara ezpletam convocationero^ aliaque qaam plnrima bene gesta pro animamm sibi a Deo creditaram profectii et ad totius Ârchidiocesis sedificationem...
Hinc transeuntes ad ea super quibus Ainpl. Tua humiliter ezposcit Apo8tolic8B Sedis prœsidiuin^ indoluerunt quidem veheinenter de audita jurium spiritualiuin et ecclesiasticorum apad saeculares Prœsides usurpatione ; poiissimum vero circa intentatam concionatoris rerootionem (^) cui ui^ quantum praesentium temporum conditio fert, celeriter occurratur, egeraut ea de re cum S. D. N. qui mandavit super his dari litteras apostolicas Internuncio^ ut suis quibus pollet, ingenio et moderatione^ juncta quoque Ampl. Tuœ solertia^ oinnem operarn adhibeat, etiam apud supremum Belgii moderatorem, ut ea quse Dei sunt^ Deo reddantur, et laicalis auctoritas manus amplius injicere non attentet in causas Sanctuarii. Qua occasione insinuabitur quoque eidem Internuncio quoad similem opem per ipsum prœstandam causa prœcedeutiœ cum congressa Ordinum Brabantiœ...
« Intérim autem Âmpl. Tua non cesset in dies semulari charismata meliora, dum ei in vinea Domini adeo egregie allaboranti et de observantia in Sedem Apostolicam^ nec regionis longinquitate, nec hœreticorum propinquitate, nec bellorum ruinis qoidquam rcmittenti, diutinam in columitatem precamcir a Domino. Romse, XI januarii 1699. n
Clément XI adressa à Précipiano les brefs : Quod ckarita»
(1) Il s'agit du curé réfractaîre Van De Nesse.
52 HUMBERT-GUILLAOMB DE PRÉCIPIANO. — APPENDICE.
palicM, 3 mars 1708, et Etêi jam pridem, 7 mars 1708, reproduit» dans Clemeniis XI Episiolœ et Brevia, t. I, p. II, pag. 448 et 449.
Notices sur divers janêéniêies.
I. Pasquier Quesnel, né à Paris le 14 juillet 1634, avait vingt-trois ans lorsqu'il entra dans l'Oratoire de Jésus, fondé par le cardinal de BérQlle(*). En 1671 il publia un petit volame qui ne contenait que de courtes réflexions sur les quatre Évangiles; ce livre passa d'abord presque inaperçu, et Ton ne soupçonnait pas que l'auteur renou vêlerait un jour, dans une explication, en apparence pieuse et inoifensive, du Nouveau Testament, les erreurs de Jausenius sur la liberté humaine. En 1675, Quesnel donna une édition des œuvres de saint Léon le Grand qui mérita les censures de Rome. Â cette époque les idées janséniennes avaient déjà pénétré dans l'Oratoire; aussi l'assemblée générale, fidèle aux vrais principes, crut-elle devoir donner une déclaration (1678) dans laquelle il était enjoint à tous les membres »» de se défendre avec un soin par 4t ticulier du Jansénisme, condamné ou désapprouvé par le'< « constitutions des souverains-pontifes et de ne jamais soutenir fi aucune proposition de Baius. n Le P. Quesnel méprisa cei ordre de ses supérieurs; obligé de sortir de la Congrégation, il se retira à Orléans (1681), et vint ensuite aux Pays-Bas (février 1685), pour faire cause et maison commune avecle -docteur Antoine Ârnauld, résidant au diocèse de Malines.
Les deux amis demeuraient ensemble, à Bruxelles, dans tine petite maison de la rue des Cailles, voisine de la maison des Oratoriens. Ârnauld y expira, administré par Tex-père Quesnel, le 8 août 1694, et fut inhumé clandestinement dans
(1) Voir ci-deasus, tom. I, pag. 61.
l'église de Sainte-Catherine ; mais le cœur da grand homme^ do père-abbé, comme disaient leurs affidés, fut transporté à Port-Royal (i).
Désormais Quesnel fut à la tête du parti, mais sous le titre plus modeste de père-prieur, semant le trouble par ses conversations et ses écrits, excitant les prêtres et les religieux contre les évêques et la cour de Eome, se moquant des constitution» pontificales, entretenant une correspondance active et mystérieuse avec ses amis de France et de Hollande. Nous avons vu que Tarchevêque Précipiano, las dv. tant d'excès, le fit arrêter à Bruxelles et condamner par la cour ecclésiastique,. Echappé de la chambre où il était gardé, il s'enfuit en Hollande, et ce fut de là qu'il lâcha un essaim de mémoires, d'apologies et de pamphlets; ce fut là aussi qu'il concourut à préparer le schisme d'Utrecht. Ses Ré/texiom morales sur le Nouveau Testament (4 volumes) dans lesquelles l'hérésie parlait le langage de la plus douce piété, provoquèrent la bulle Uni genitus. Ce misérable personnage qui avait remis le jansénisme à neuf, mourut à Amsterdam le 2 décembre 1719. Il est douloureux de penser qu'au moment de rendre compte de sa vie au souverain Juge, il était sous le poids des plus graves censures apostoliques.
Voir Causa Quesneltiana sive motivum juris pro proeuratore- Curice ecclesiastica MecMiniensis, actore contra Paschasium Quesnel, Oratorii Berulliani in Gallia presbyierum, citatum fugitivum. Bruxelles 1704, in-4, pages 492 (î). Et cfr, les Mémoires de Picot, t. IV, sous l'an 1719, et les Œuvres dogmatiques de saint Alphonse de Liguori, trad. du P. Jacques^ t. IV, pag. 379 et sqq.
U. Gabriel Gerberon, né le 12 août à Saint-Calais dans
(1) Imago primi soêculi Jansenistarum^ t. I, p. 76.
(2) Quesnel répondit par deux libelles : Idée générale et Anaiomie de la sentence d r archevêque de Malineu contre le F. Quesnel, MDCCV.
54 HUMBERT-GUILLAUM£ DE PRÉCIPIAKO. APPE>DICE.
le BaS'Maine, prit eo 1649 l'habit de saint Benoît dans la congrégation de Saint-Maur. 11 s'y distingua par son fanatique engouement pour le système de Jansenius sur la grâce. Il habitait Tabbaye de Corbie, en Picardie^ lorsque Louis XIV ordonna de l'arrêter et de l'enfermer à la Bastille. Averti d(t l'approche des officiers royaux, dom Gcrberon s'enfuit et prit le chemin de la Hollande. En février 1682, il se trouva à Delft, et à la fin d'octobre à Botterdam où il prit le pseudonyme d'Augustin Kergré. De Botterdam il passa à Bruxelles, et c'est là que l'archevêque Précipiano fit saisir le soi-disant Augustin Kergré et le condamna juridiquement avec Quesnel et Brigode, le fidèle Achate de Tun et de l'autre (1703) ainsi que nous l'avons vu (i). Bentré dans sa patrie, Gerberon fut enfermé, par ordre du roi, dans la citadelle d'Amiens, puis an château de Yincennes. Ayant fait amende honorable, il rentra dans son ordre et mourut, le 29 mars 1711, à l'âge de 83 ans. Il est l'auteur d'une méchante Histoire générale du Jansénisme en S volumes, et d'une multitude d'écrits ascétiques, théologiques et polémiques sur les malheureuses disputes de l'époque. Il traduisit en français les Moniia salutaria B. Maria Virginie ai cuUores suos indiscrelos (pages 376), réédita les œuvres de Bains avec les documents à l'appui (pages 142), et donna une édition des œuvres de saint Anselme, archevêque de Gantorbéry (in-fol. Paris 1675). Le janséniste se révèle partout. Il faut rendre cette justice à Gerberon qu'au lieu de se montrer rusé et cauteleux, comme le furent les autres, il alla droit au but et se montra franchement le patron des aberrations pros-
(1) Voir Processus ojfftcii fiscalis euriae ecelesiastieae Mecklimiensis contra domHum G, Gcrberon, ordinis S, Benedicti, Congregationis S, Mauri religiosum preibyierum, qui, e Gallia profugus, sub veste latea et nemitu ficto Augustini Kergré^ in Belgio per plures annos latitaverat, Broxeliefi 1704, in-lo, pp. 66, suivi de deux appendices de pp. 34 et 44. Voir aoaai l'opuscule : Le Jansénisme dévoilé, Lou?ain 1704, in-4o, et les Mémoires du P. d'A?rigny, IV, 249257.
crites. Sa science qui aurait pu être utile à la religion et à l'Eglise, ne servit qu'à leur être préjudiciable.
III. Lambert Baerts, né à Tirlemont le 5 avril 1651, curé de Saint-Jacques à Louvain en 1680, licencié en théologie vers 1683, fut promu, en 1684, à la plébanie de Saint-Bombaat, à Malines, par la faculté des arts de l'Université. Nous avons vu qu'il se distingua parmi les rigoristes, ennemis jurés de l'archevêque Précipiano. En 1700, il s'agit de lui donner le canonicat gradué, vacant dans la cathédrale de 6and, par la mort de son ami Erasme Yan Geet. Mais l'opposition du marquis de Bedmar, gouverneur intérimaire du pajs, l'empêcha d'entrer en possession de ce bénéfice. En 1713, il renonça à la plébanie de Malines et fut malheureusement remplacé par Guillaume Van Eoost que nous verrons plus tard en action. L'ex-pléban se retira dans sa ville natale et y mourut, le 7 février 1715. Voir Paquot, Mémoires^ II, 127.
IV. Egide ou Gilles De Witte, né à Qand, 21 février 1648, se rendit à Paris où il se lia avec le docteur Arnauld. De retour aux Pays-Bas, en 1684, il fut nommé curé et doyen {door" deken) de la collégiale de Notre-Dame au-delà de la Dyle à Malines. Mgr de Précipiano s'étant énergiquement déclaré contre les jansénistes, De Witte prit à tâche de critiquer amèrement toutes les opérations de son archevêque et se fit le panégyriste de la secte. En 1686, l'ofBcial de Malines lui dé* fendit, sons peine de suspense, d'écrire ou de publier encore quoi que ce soit contre l'autorité du Souverain- Pontife. Le 24 mars 1691, De Witte écrivit à l'archevêque : n Prévoyant le temps où je ne pourrai plus prêcher la parole de Dieu, et sachant qu'un curé est obligé à la prédication, j'adresse à Votre Grâce la présente protestation et je lui renvoie les lettres d'institution que j'ai reçues de son digne prédécesseur et du célèbre chapitre métropolitain. // Il voulait, disait l'écrivailleur dans une autre missive, mourir in nidulo suo dont Alphonse de Berghes l'avait arraché. En conséquenc le curé réfractaire re«
56 UUMBKRT-OUILLAUME DE PRÉCIPIANO. — APPENDICE.
tourna dans sa ville natale d'où il passa bientôt à Utrecht, l'asile de tous les appelants. Il se signala par les violences de ses diatribes contre la balle Vineam Damini Sabaotk, le formulaire d'Alexandre VIII et la constitution Unigenitus. Décédé dans le schisme, le 7 avril 1721, à Tàge de 73 ans, il'reçut la sépulture au cimetière de Warmond, près de Lejde (i). Il a gaspillé son temps et ses talents en écrivant enriron 140 opuscules, tous publiés sous des noms empruntés : Palladius, Aeyidiua Albanus JEgidius Candiduê, Urbicus Aleihophilus, Avitua AcademicuSf /. Canior, etc., etc. Nommons seulement Panegj/rU Janseniana, Denuntiatio solemnis bullœ Yinbak DoMiNi Sabaoth faeta univtrsœ JScclesia, Auoustinus Ipbsn- SIS vindicatus atque e damnaiione Romanorum Pontifieum Vrbani VIII, etc., ereplus et erutus,»,, anno afflicta gratia 70, cera vulgaria 171. On voit que l'auteur ne cachait pas ses sentiments. £n 1717 il publia à Utrecht une assez bonne version flamande de la Bible, mais qui essuya des critiques graves et méritées (2). Pour lui, le Pape n'est que \%primu8 interparet, la lettre A de F alphabet dans le corps épiscopal, ce qu'est le curé de Saint-Rombaut parmi les curés de Malines et le premier échevin de Gand dans le corps échevinal de cette ville !
V. Jean-Libert Hbnnëbbl, né à Wavre en 1652, reçu docteur en théologie à Louvain en 1682, président du collège de Yiglius en 1684, docteur-régent en 1708, fut opposé à Is signature du Formulaire et défenseur du rigorisme. L'Université le députa à Rome en novembre en 1693. Hennebel y résida près de huit ans et fut de retour à Ijouvain en janvier 1701. Rappelons ici un fragment d'une lettre écrite an roi
(1) Là forent également enterrés Quesnel, Pierre Codde, les pseadoarohevêques Steenhoven et Berchman-Wnytiers, poar ne nommer que les plas conons. Les jansénistes appelaient cet endroit : le Lieu Saint.
(2) Voir le P. Wiihelm Smits, Prolégomènes da Ptalterium, t. li pag. Lxxxxi. Le docte récollet applique au traducteur De Witle oe qae l'on dit des rabbins : Uài bêne, newio melitu; ubi wtale, newto ptjui.
(6 septembre 1696) par Philippe-Erard Van der Noot, alors évêque de Gand : " J'ai conféré à une personne très-digne et nullement snspecte un canonicat de ma cathédrale qui est à ma collation ; or, le docteur Hennebel, aujourd'hui à Bome et y faisant ouvertement les affaires des novateurs et des rigoristes contre les Evêques de Belgique, élève des prétentions sur ce bénéfice en s'appujant sur la nomination et les privilèges de injniversité de Louvain. C'est cet homme que V. M. a récemment fait exclure de la stricte Faculté et privé à bon droit de l'office de censeur des livres; car ses thèses théologiques avaient déjà été condamnées par le Saint-Siège, et la Sacrée Congrégation l'a forcé de rétracter une lettre téméraire et méchante contre l'archevêque de Malines, son légitime supérieur. Ce même Hennebel, agissant en son nom et au nom de toute sa faction, a osé présenter à la curie Romaine un mémoire où il demande la suppression des Edits de Votre Ma^jesté (4).// — En novembre 1708, Hennebel signa la bulle Fineum Domini SabaotA, mais ne parut pas encore abandonner tout à fait ses premières opinions. A la fin, néanmoins, il accepta sans restriction la constitution Unigeniius, comme il le déclara, avec les docteurs de la stricte Faculté de Louvain, par un écrit public du S juillet 1715. Il mourut au collège de Viglius, le 3 août 1720, à l'âge de 69 ans et fut enterré dans l'église de Saint-Quentin. Faquot fait connaître sa vie et surtout ses écrits dans les Mémoires pour servir à l' histoire littéraire des Pays-Bas, t. XVIII, p. 286-803.
VI. Jean Opstraet naquit le 3 octobre 1651 à Beringhen, qui est aussi le lieu natal de Calenus (t. I, p. 828). II professa longtemps la poésie latine au collège de la Trinité à Louvain et composa beaucoup de vers d'assez heureuse facture. Mais le poëte étudia aussi la théologie et parvint au grade de licencié. Le docteur Huyghens lui confia un cours au collège du Fape et le
(1) S^n. Belff. î, 599.
58 HUM BERT-GUILLAUMB DE PRECIPIANO. APPENDICE.
recommanda ensuite à Mgr Alphonse de Berghes qui n'avait malheureusement aucune défiance. Cet archevêque appela Opstraet à Malines et lui confia une chaire au séminaire. L'auteur de Y Imago primi sœeuli Jansenisiarum dit à ce sujet : a Aliorum fucatis et falsis commendationibus vir bonus (Al- // phonsus de Berghes) se deceptum videre noiuit; fucum // omnem detexit Alphonsi successor. // Le licencié Opstraet avait déjà mis en avant plusieurs thèses suspectes ; celle qu'il publia De remediis peccaii et que censura la sacrée Faculté de Louvain, combla la mesure. Mgr De Via, internonce^ écrivit à l'archevêque Humbert-Guillaume de Frécipiano : « Sacra /' Congregatio Supremœ Inquisitionis literis die 16 jnnii datis, '/ mihi scribit : Examinatis thesibus defensis in isto seminario Il a Domino Opstraet, inventam fuisse additionem Imperiinentia Il admodum audacem, injnriosam, et indulgentiarum irrisoriam. u Quocirca injnngit, ut Illustr. Vestra Dominatio opportunis '/ remediis reprimi curet similia scandala... Bruzellis, 23 Aa- " gusti 1690. I' Les thèses du professeur furent brûlées à Bruxelles par la main du bourreau , d'après les ordres du conseil du roi. Benvoyé du séminaire par ordre de rarchevêque, Opstraet lui intenta un procès devant la cour de justice de Malines ; mais il s'y vit condamné à l'unanimité des voix.
Se retirant de nouveau au collège du Fape à Louvain, prèsde son ami Huyghens, (t. I, pag. 884), Opstraet se remua si bien en faveur de la secte Jansénio-Quesnellienne que Philippe V dut le bannir de ses Etats (1704). Opstraet revint néanmoins à Louvain, lorsque la Belgique passa sous la maison d'Autriche. Il devint président de la pédagogie du Faucon. La soumission respectueuse et sincère de l'Université brabançonne à la constitution Unigenitus lui inspira une longue élégie en prose sous ce titre ; Aniiqvœ FacuUatU tàeologica Lovan%ensi9 qui adhuc per Belgium superstiûeê sunt discipuH, ad eos qui hodie Lovanii suni tAeologos , de deelaratione super eonètitutionem Unigenitus, volume de 374 pages, 1717. Il mourut en 1720, à la grande
douleur des appelants de la Hollande dont il était l'oracle (4). II a laissé une douzaine d'écrits de théologie scolastique et de controverse ; la plupart ont été prohibés par la Congrégation de l'Index à cause des erreurs qui y sont contenues. Si Ton voulait connaître à tond cet homnae, il faudrait consulter le manuscrit Imago primi sœeuli Jansenistarum déjà plusieurs fois cité.
VIL Le P. Pierre Van HammEj de Qand^ entré à l'Oratoire de Jésus en 1675, fut quelque temps maître des novices dans la maison des oratoriens à Louvain. Ne tenant aucun compte des ordres formels des supérieurs de l'Oratoire^ il se jeta avec une imprudente ardeur dans la mêlée théologique, et fit de la propagande en vendant et distribuant les élucubrations de la secte jansénienne. L'archevêque Précipiano se vit enfin forcé de séquestrer le remuant oratorien dans une chambre du palais archiépiscopal à etBruxelles de faire instruire son procès par l'official. Le promoteur de la cour ecclésiastique exigea que le coupable lit la profession de foi de Pie IV et jutât le Formulaire d'Alexandre VU. En outre, on le priva de la faculté d'entendre les confessions, de prêcher et de faire le catéchisme, ainsi que du vote passif et actif dans la congrégation de l'Oratoire dont il était membre ; en même temps on lui ordonna de rester interné, pendant deux ans, dans une maison de l'ordre qae ses supérieurs lui assigneraient. La sentence est datée de Bruxelles, 29 octobre 1701. Nous empruntons ces détails au livre : Causa Quesnelliana, pag. VIL
Le F. Van Hamme sortit de l'Oratoire et alla tristement mourir dans sa ville natale.
(1) Dans les AnaUeiet pour servir à Fhist, eeel, de Belgique, IX, 399, M. le prof. Daris dit qu'Opstraet renonça sincèrement au parti des jansénistes; mais cette renonciation, si elle a eu lieu, est postérieure à l'an 1717.
60 HUMBERT-OUILLAUME DE PRÉCIPIANO. — APPENDICE.
Notices sur divers personnages orthodoxes.
I. Henri-Joseph Van Susteren, né à Amsterdam, le 22 juillet 1668, patfsa ane bonne partie de sa vie à Malines. Il y remplit, sous Mgr de Précipiano, les fonctions de secrétaire, d'écolâtre, de vicaire-général, enfin d'official pour le Brabant. Nous avons vu que ce fut lui qui jugea la cause de Qaesnel et de Qerberon. Elevé sur le siège épiscopal de Bruges par l'empereur Charles VI et le pape Clément XI, il quitta Malines pour Bruges en mars 1716 et rendit son âme à Dieu, le 24 février 1742. Sa vie sera décrite dans l'histoire des évêques de Bruges.
II. Léodegar-Charles De Decker, né à Mons en 1646, licencié en théologie de Louvain, fut élevé à la dignité de doyen du chapitre métropolitain de Malines au début de 1704 et décéda pieusement, le 14 octobre 1723. Paquot énumère, au tome XII de ses Mémoires, les écrits du savant doyen de Mi- Unes. Nous remarquons surtout les suivants : Baianismi Hittoria brevis, Louvain 1699, pages 62; Jansenismi Historié brevis, Louvain 1700, pages 158; De/ensio brevis Hisiom Jansenismi et Vindiciœ brevis Historia Jansenismi, où il réfute le panégyrique de la secte écrit par De Witte ; la Quktessence du Jansénisme et plusieurs autres erreurs et divenei injures tir/es mot à mot d'un livre nouveau (de Qerberon) qui a pour titre : Histoire générale du Jansénisme. Dans les deux premiers opuscules, De Decker rapporte la substance des actes dressés à l'occasion du baianisme et du jansénisme.
De Decker a pris aussi à tâche de dévoiler les erreurs de son contemporain Van Ëspen qui ne sut lui répondre. Voici les titres de ces opuscules : Animadversiones in librum damnosun oui titulus : Tractatus de promulgatione legum eeclesiasticarum,»» auctore Z. B, Van Espen, Hasselt 1716, pages 46, in-4; ,Annotationes in librum oui titulus : Jus ecclesiasticum universum, etc. Liège 1718, pages 88, in-4.
IIL Le P. Bernard DésiranTi né à Bruges, le 21 mai 1656, religieux de Tordre des Augustins, proclamé docteur en théologie de l'Université de Louvain, le 20 novembre 1685, se déclara hautement avec Steyaert, Harney, etc., contre les rigides jansénistes Hnyghens, Hennebel, Opstraet, Van Espen et d'autres qui s'entêtaient à s'attaquer à ce qu'ils appelaient la morale relâchée. £n 1694, l'archevêque Précipiano et ses suffragants l'envoyèrent à Bome pour appuyer les censures infligées par l'épiscopat aux partisans du rigorisme et provoquer une sentence apostolique. Sa mission toutefois n'aboutit pas au résultat qu'on en avait espéré. Le P. Désirant défendit, il est vrai, la bonne cause, mais il outrepassait souvent les limites de la prudence, de la charité et parfois même de la vérité. En 1697, il assista en qualité de théologien à l'assemblée des évéques belges dont nous avons parlé ci-dessus. Au mois de mail 708, on le déclara déchu de tous les leçons, droits et offices qa'il possédait à l'Université de Louvain et on le bannit à perpétuité de tous les pays de l'obéissance de Sa Majesté. Il se retira d'abord à Âix-la-Chapelle et jouit de la faveur du nonce de Cologne. En 1716, il fut appelé à Rome par Clément XI qui le nomma professeur à la Sapience et le chargea d'écrire l'histoire de l'archevêché d'Utrecht pour servir de réfutation de la Batavia Sacra de Van Huyssen. 11 écrivit en effet un ouvrage intitulé Batavia Sacra, mais il n'en parut qu'un abrégé : Eiitoria de rébus Eccleaiœ Ulirajectensia a iempore muiaia Religianis in fœderato Belgio, Bruxelles 1725, in-4. Le chanoine Hoynck V9n Papendrecht s'est beaucoup aidé de ce livre pour écrire son Hiêloria Ecclesia UUrajeclina publiée sous les auspices du cardinal Thomas-Philippe d'Alsace.
Le P. Désirant mourut à Bome le 2 mars 1725. Trop loué par les uns, trop déprimé par les autres, il n'a pas encore eu un biographe équitable. M. Goethals, dans ses Lectures relatives à ^histoire des sciences... en Belgique, tom. I, énumère ses écrits théologiques, historiques et polémiques; la liste monte
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à vingt-neuf (i). Le respectacle Picot dit de lai dans ses Mémoires, t. IV, sons Tan 1727, » II écrivit contre les quatre articles du clergé de France, contre Dupin, contre l'Eglise (schismatiqne) de Hollande. Il était, dit-on, très-vif sar ces matières. On le peint dans les écrits d'Arnauld et de ses amis comme un fourbe, un emporté, un déclamateur et un ultramontain outré : n'y a-t-il pas un peu à rabattre de ces traits injurieux, partis de mains ennemies ? »
lY. Martin Steyaert, né le 16 avril 1647 à Somei^hem (diocèse de Gand), primua de Louvain en 1665, chanoine théologal à Ypres en 1674, créé docteur en théologie en 1675, fut député à Bome en 1677, avec le P. Chrétien Lupus et le docteur Van Vianen pour y dénoncer plusieurs propositions de morale relâchée. Depuis 1685 jusqu'à sa mort arrivée le 17 avril 1701, il séjourna à Louvain et v remplit les premières charges académiques. Vice-recteur et recteur-magnifique de rUniversité, docteur-régent et professeur royal de théologie, successivement président du collège de Baius et du grand collège du Saint-Esprit, chanoine et doyen de la collégiale de Saint-Pierre, il fut promu, en 1691, par le pape Innocent XI à la charge importante de vicaire apostolique de Bois-Ie-Duc. Dans sa chaire et dans ses nombreux écrits il battit avec an talent rare le parti des Huyghens, desHennebel, desÂrnaald, des Quesnel, etc. Le jansénisme, à son époque, n'eut pas de plus redoutable adversaire. Les œuvres du docteur Steyaert ont été publiées en 6 volumes in-8, Louvain 1703. La pins exacte notice sur ses travaux se trouve dans le Synopsis Monumentorum de Van de Velde, t. III, pag. 853>878 .
V. L'ami et le digne émule de Steyaert, le P. Martin Habnet, né à Amsterdam en 1634, entré dans l'ordre des frèresprêcheurs en 1650, obtint en 1669 le bonnet de docteur en
(1) Voir aussi Nicolas de Tombear, Provinda Belgica ord, /rotrtm Sr&mitarum S, Anffustini^ in- fol. pag. 124.
théologie à l'Université. Dans Fintérêt des saines doctrines, il fit trois fois le voyage de Borne, en 1672, 1677 et 1694; il mérita l'estime des Papes et du Sacré-Gollége. Frécipiano, archevêque de Malines, se servit de ses lumières et de sa plume pour combattre les opinions de Jansénius et les tentatives du parti soi-disant augustinien. Le P. Harney décéda au couvent de son ordre à Louvain, le 22 avril 1704. Il avait publié divers ouvrages latins et flamands en faveur des décrets du Saint-Siège. Le principal traite de V Obéissance raisonnable des catholiques des Pays-Bas par rajpporl à la lecture de V Ecriture Sainte. — Voir Paquot, Mémoires, t. VI, p. 18-21.
Un souvenir de pieuse reconnaissance est dû aux deux Coriache.
VI. ÂMÉ CoRiACHE, natif de Bruges, licencié és-droii de rUniversité de Douai, nommé chanoine de la cathédrale dTpres par l'évêque Jansénius en 1687, chanoine gradué de Saint-Bombaut à Matines en 1688, officiai en 1649, devint archidiacre après le décès de Galenus en 1653. Après la mort de Tarchevéque Jacques Boonen dont il fut le principal exécuteur testamentaire, il remplit les fonctions de vicaire-général capitulaire depuis le 15 avril 1656 jusqu'au 26 juin 1657 (pag. 310), et depuis le 10 novembre 1666 jusqu'au 3 janvier 1671 (pag. 847). Par une ordonnance de 1656, il recommanda la pieuse pratique d'un jour de recueillement et de sanctification pour la grâce du baptême et de la confirmation ; en 1667, il prohiba la proclamation des bans nationaux durant le tem^ pus clausum (i). Il mourut à Matines pieusement, comme il avait vécu, le 6 octobre 1682. Le chanoine Van Helmont dit de lui (manuscrit conservé à l'archevêché) : » Vir magnus ad a snmma natus, infulis episcopalibus dignus, ad quas sœpius u per plures Belgii episcopos nominatus fuit prudentia insuper " jurisque scientia excellens, necnon monumentorum de rébus
(1) Sr^. Selç. II, 347 et 369.
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if ecclesiasticis compilator assidouSi quorum plus quam XX il volumina mss. hodie dum in Ârchivio archiepiscopali exis- // tentia dereliquit. u Amé Coriacbe a été inhumé daus la chapelle du Saint-Nom de Jésus, dans l'église métropolitaine. YII. Son petit-neveu^ Amé-Ionace Cobuche, né le 27 janvier 1667 à Malines, licencié en droit, chanoine gradué à Malines en 1681, archiprétre de Malines, officiai depuis 1686 jusqu'en 1707, maître des requêtes à la cour royale (1713), conseiller ecclésiastique au grand-conseil de Sa Majesté I. et £. (1707), fut élu vicaire capitulaire après la mort de Mgr de Frécipiano, le 9 juin 1711, et gouverna le diocèse jusqu'au 10 février 1716, jour où il remit ses pouvoirs entre les mains de Mgr Thomas-Philippe, prenant possession par fondé de pouvoirs. On a de lui divers décrets : contre l'usage des exorcismes, sur l'observation du jeûne quadragésimal, sur le respect dû au T. -S. -Sacrement, sur la sépulture des morts (i). Ce fut loi, nous l'avons vu, qui publia en 1714 la constitution Unigenitut de Clément XI. Il mourut le 8 octobre 17S1 et fut inhumé à côté de son grand-oncle Amé Coriache. C'était un prêtre pieux, laborieux, de science solide et d'un sincère dévouement à l'Eglise et au pays.
(1) Syn. Belg, II, 467.174.