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Issus Tim et Tautre des plus anciennes et des plus illustres familles de leur pays, ils surent faire oublier leur haute naissance et se faire tout à tous. Prêtres, ils furent humbles et pieux comme des saints. Evêques, ils furent les guides éclairés des pasteurs et des fidèles, les champions de la discipline et des croyances de TEglise, les protecteurs des sciences et des arts, et, ce qui vaut mieux encore, les pères et les nourriciers des pauvres. Princes de l'Eglise romaine, ils honorèrent la pourpre et le Sacré-CoUége non moins par leurs talents que par leurs vertus. La piété tendre, la charité et les austérités du premier rappellent le souvenir des vertus et de la vie mortifiée de saint Charles-Borromée; la fermeté apostolique et l'exil du second Tout fait comparer à saint Athanase d'Alexandrie. Encore à l'heure actuelle, leur peuple bénit leur nom et le clergé redit avec admiration et gratitude les immenses services qu'ils rendirent à l'Eglise entière et en particulier au troupeau qui leur avait été confié par le Pasteur suprême.
La présente notice, puisée à des sources authentiques, est consacrée à Thomas-Philippe d'Alsace, neuvième archevêque de Malines, Primat des Pays-Bas.
Armes : De gueuler à la bande cTor, sans légende. Toutefois on a donné à Thomas-Philippe une devise posthume : Estote miséricordes. Elle marque son inépuisable charité pour les pauvres.
Thomas-Philippe de Hennin -Liétard de Boussu vit le jour à Bruxelles, le 13 novembre 1679| et reçut la
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grâce du baptême dans l'église de Notre-Dame de la Chapelle. Il était le second fils de messire Philippe- Louis d'Alsace de Hennin *Liétard, comte de Boussu et de Beaumont, prince de Chimay et du Saint-Empire, seigneur de Liedekerke, etc., grand d'Espagne, décoré en 1687 de l'ordre de la Toison d'or. Il avait pour mère dame Anne-Louise-Philippine Verreycken, fille unique et héritière de Charles, baron d'Impden, et de Marguerite de Schoonhoven. Ses aïeuls paternels furent le comte Eugène d'Alsace de Hennin-Liétard et Anne- Catherine Croy, princesse de Chimay et d'Aremberg, comtesse de Beaumont (i).
Le futur prince de l'Eglise trouva dans son berceau plus que des richesses et mieux que des titres. Dieu lui avait donné un père à convictions profondément chrétiennes et une mère dont les pieux exemples laissèrent dans son àme d'inefPaçables souvenirs.
Philippe-Louis d'Alsace de Hennin-Liétard de Boussu mourut le 25 mars 1688, laissant la principauté de Chimay avec le comté de Boussu et de Beaumont à son fils aîné, Charles-Louis-Antoine, qui n^en fit le relief qu'en 1699. Sa noble dame trépassa à Malines en 1729.
Charles-Louis- Antoine de Hennin-Liétard d'Alsace, frère aine de Thomas-Philippe, archevêque de Malines,
(1) Anne-Catherine était tante et héritière d'Ernest- Alexandre-Dominique de Groy-Chimay-Aremberg, mort à Pampelane en 1684. Par suite de son mariage avec Eugène d'Alsace de Hennin-Liétard, tous les biens d'Ernest- Alexandre-Dominique passèrent dans cette maison, qui remontait à Thierri d'Alsace, devenu cjmte de Flandre en 11 38. Voir la OénialogU deîa/amilU Coloma, par Aze?edo, in-foi. pag. lOS, 103, 134, et le travail de M. Gachard sur les princes de Chimay et comtes de Beaumont, dans les BnUeitm de P Académie^ Ire série, tom. XI, pag. 163.
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servit quelque temps dans les années d'Espagne et se retira ensuite en France. Il épousa en secondes noces Charlotte de Rouvroy, fille de Louis, duc de Saint- Simon, dont les Mémoires sont famés. Ce mariage fut célébré à Paris le 16 juin 1722. — Le 12 mai de cette même année, le prince avait signé un manifeste où il réclamait la souveraineté des terres franches de Fumay et de Revin-sur-Meuse, deux bourgs situés entre Mezières et Givet. Le grand-conseil de Malines rendit (19 septembre) un arrêt par lequel il déclarait nul et non avenu ce que le commissaire général du prétendant avait fait pour prendre possession, et le décréta même de prise de corps. L'entreprise de Charles-Louis- Antoine était donc un coup (Tétat manqué (i). Proscrit du pays et dépossédé de ses biens pour cause de félonie, il n'obtint sa grâce qu'en 1737, à la suite des nombreuses sollicitations de la France et par le crédit de son frère, le cardinal-archevêque de Malines. La même année, il céda la principauté deChimay et les comtés de Boussu et Beaumont à son frère cadet, Alexandre-Gabriel- Joseph. Il mourut à Bruxelles, sans postérité, le 4 février 1740, lieutenant-général des armées de S. M. Très-Chrétienne. — En 1769, Fumay et Revin furent cédés à la France; Tun et Tautre appartiennent aujourd'hui au département des Ardennes.
Thomas avait environ neuf ans lorsqu'il perdit son père. Il grandit, depuis, sous les ailes de sa mère et
(1) C'est sons ce titre que cet étrange incident est raconté dansb Bévue d'histoire et d'archéologie (Bruxelles chez Devroje), tome II, p. 241-260.
SOUS la sage direction des jésuites de sa ville natale. L'amour du travail et de la retraite, mais surtout la candeur et Tangélique piété du jeune étudiant firent bientôt présager le prêtre, et les maîtres dévoués qui cultivaient ses heureuses dispositions tout en l'initiant auxétudes latines, purent s'apercevoir qu'une haute destinée l'attendait dans le sacerdoce. Il n'avait pas encore seize ans accomplis, lorsque Charles II, roi d'Espagne et souverain des Pays-Bas catholiques, l'investit d'un canonicat et de la prévôté de Saint-Bavon à Gand. Le 13 juillet 1696, il prit possession, par fondé de pouvoir, de sa prébende et de la stalle prévôtale, avec une dispense d'âge octroyée par le pape Innocent XII. Malgré son extrême jeunesse, il annonça par sa modestie et sa piété qu'il connaissait la sublimité de Tétat qu'il avait embrassé.
Après avoir achevé, avec une rare distinction, son cours de philosophie au collège des Trois-Couronnés à Cologne, le jeune prévôt alla à Rome s'appliquer aux sciences théologiques et canoniques sous la direction des pères de la compagnie de Jésus. En 1701, il défendit les thèses pour le doctorat en théologie au collège germanique. Elles roulaient sur l'unité de la vraie Eglise, les articles de la foi catholique, les traditions, l'infaillibilité de l'Eglise, et étaient dirigées dans leur ensemble contre les divers systèmes d'indifférence qui avaient commencé à se répandre (i). L'année suivante,
(1) Indifferentia in Religione,,, contra nosiri Umporis haereticos, Tkâ-
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il reçut à Rome les ordres sacrés, avec dispense d'âge, et il offrit, le 15 octobre, ses prémices sacerdotales.
Messire Thomas-Philippe d'Alsace, pour parler la langue de Bossuet, « avait prévenu son ordination; il s'était, dès son enfance, consacré lui-même par la pratique persévérante de la piété. Ainsi son innocence l'ayant disposé à recevoir la plénitude du Saint-Esprit par l'ordination sacrée, il aspirait sans cesse à la perfection du sacerdoce (i). »
Honoré du grade de docteur, il revint aux Pays-Bas et fixa sa résidence à Gand, où rappelaient les obligations de son bénéfice. Son éminente piété et ses aptitudes exceptionnelles lui valurent l'affection particulière du chef du diocèse, Philippe-Erard Van der Noot, son compatriote. Ce prélat lui confia les fonctions d'examinateur, déjuge synodal, et celles de vicaire-général en son absence.
L'évèque de Gand n'avait pas hésité à recommander le jeune prévôt de Saint-Bavon au pape Clément XI. Celui-ci répondit le 19 mars 1707 : « Vous Nous faites connaître dans votre lettre les hautes qualités qui distinguent notre cher fils le comte de Boussu, prévôt de votre cathédrale; ce beau témoignage Nous a causé d'autant plus de satisfaction qu'il confirme pleinement l'opinion favorable que Nous avions déjà Nous-mëme conçue de lui. Votre recommandation est auprès de
iûi polemieae in ColUgio G^rmanico et Hungarico Romae a Tàorna-PAilippo ab AUaiia propugttaiae, m-4, pp. 31, Rome 1701. A la Toussaint delà même année, il eat l'honnear de prononoer le discours latin d'usage devant le Pape et le Sacré- Collège.
(1) Oraison funèbre du R. P. Bourgoing.
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Nous d'une grande valeur ; lorsque Toccasion s'en présentera, Nous n'aurons garde de l'oublier (i). »
De fait, Toccasion se présenta peu de temps après. Le comte de Boussu, retourné à Rome en 1710 sous le pontificat de Clément XI, se vit nommer camérier d*honneur de Sa Sainteté et peu après (1712) prélat domestique (2). Le Pape appréciait si bien les dons de son esprit et de son cœur qu'il songea à le placer, sans attendre le choix du souverain, à la tête de TEglise de Tournai et puis de celle d'Ypres; mais des raisons d'Etat l'empêchèrent de donner suite à ce dessein. La Providence destinait Thomas-Philippe à des honneurs plus grands ou plutôt à une carrière où son zèle aurait un champ plus vaste à parcourir.
L'Eglise primatiale de Malines était dans le veuvage, depuis le 9 juin 1711, par le décès de Humbert-Guillaume de Précipiano. L'empereur Charles VI, après les informations d'usage, la confia à Thomas-Philippe d'Alsace par lettres patentes datées de Vienne, le 3 mars 1714, et le pape Clément XI confirma cette nomination au consistoire secret du 12 décembre 1715. L'élu, qui n'avait que trente-cinq ans, reçut la mitre et le caractère épiscopal à Vienne, le 19 janvier 1716. Le consécrateur fut Georges Spinola, nonce apostolique près S. M. I. et R., archevêque de Césarée inpartibua. La
11) Syn. Belg. IV, 877.
(2) Le chapitre cathedra! de Grand réclama contre la non-résidenoe de aon préyôt et vcalat lai enlever les fruits de la prébende, malgré la dispense apostoliqne qae Thomas-Philippe avait reçae. Clément XI envoya un bref à Tévêque de Gand pour faire connaître qae l'absence du comte de Boassa était légitime. Voir le Sfn. Belg, IV, 379.
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cérémoBie eat lieu dans Téglise de la maison professe des jésuites et la cour y assista. Le 10 fémer, Thomas- Philippe prit possession de son siège par procnration donnée à Louis-Joseph de Visscher, chanoine gradué de Tordre des nobles.
Le nouvel archevêque eut hâte de revenir dans la patrie. Il entra à Malines, le 15 mars, au milieu de ces touchantes démonstrations de respect et d'allégresse que nos religieux ancêtres savaient déployer en pareille circonstance. Ce fut une entrée vraiment triomphale. Le pallium lui fit remis, quelques jours après, par révêque de Namur, Ferdinand-Maximilien, comte de Berlo de Brus. Le 18 avril, l'empereur l'honora du titre et des prérogatives de conseiller actuel et intime d*£tat.
Depuis Granvelle, les archevêques avaient eu leur résidence presque habituelle à Bruxelles» où les appelaient des affaires d*Etat. Thomas-Philippe, pour obéir aux vœux des saints canons, avait résolu de s'éloigner autant que possible de cet exemple. Aussi dès le commencement de son épiscopat restaura-t-il, de son patrimoine, la plus grande partie du palais archiépiscopal de Malines. Dans un rapport adressé à Clément XII, il nous apprend qu'il y dépensa environ 100,000 florins. C'était une pensée religieuse qui l'inspirait : il voulait faire aimer à ses successeurs le séjour de la cité métropolitaine et les attacher plus étroitement à leur sainte épouse Téglise de Saint-Rombaut. C'est dans le même but qu'il fit Tacquisition d'une foule d'ouvrages de
théologie, de droit canon, de liturgie, d'histoire, etc., et enrichit peu à peu le palais d'une bibliothèque choisie. Il la légua par donation entre vifs à ses successeurs et au chapitre métropolitain. Ce précieux trésor scientifique et littéraire fut, malheureusement, dispersé à la révolution et vendu au début de notre siècle. Plus tard, le séminaire de Malines a pu faire l'acquisition de quelques ouvrages précieux, marqués aux armes de Thomas-Philippe.
L'archevêque nourrit parmi le clergé l'amour du savoir et favorisa puissamment les sciences historiques, bibliques et théologiques. Les prêtres et les religieux qui s'occupaient d études relatives à la religion trouvèrent en lui un mécène éclairé et généreux. Le bollandiste Du Sollier, qui illustra les annales de la cité de Malines dans les Ada S, Rumoldi^ le docte exégète et hébraïsant Smits, qui entreprit et publia sous ses auspices la traduction flamande de l'ancien Testament (i), d'autres encore éprouvèrent les effets de sa munificence. Citons aussi le professeur De £a^#, exégète, Tarchiprétre Hoynck van Papendrecht, l'archidiacre Foppens et le curé Van Gestely trois savants dont le monde érudit connaît les recherches sur l'histoire religieuse et civile de la Belgique. Le théologien Pierre DefiSy qu'il mit à la tête de son séminaire (1735), entreprit un ouvrage classique très-estimé dans tous les pays.
Mais la plus haute sollicitude de Thomas-Philippe fut le salut de ses ouailles et sa propre sanctification,
(1) Le bot de rarcbevéqne était d'opposer une version fidèle au perfide travail da janséniste De Witte, paru en 1717. Voir Van De Velde, Synops, Monum,, 1. 1, pag. CVII et suivantes.
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et il se choisit saint Charles-Borromée poar modèle et patron spécial. Non-seulement il reproduisit dans ses décrets et ses lettres pastorales les pensées du grand archevêque de Milan, mais il fut l'imitateur de ses vertus sacerdotales et épiscopales, de sa conduite énergique et prudente tout à la fois, de son angélique piété et même de ses macérations corporelles. Gomme saint Charles aussi, il fut un modèle dobéissance à la voix de TEglise et des souverains-pontifes.
Durant presijue toute la seconde moitié du siècle précédent, le diocèse avait été troublé par le parti janséniste, et toute l'énergie épiscopale de Mgr de Précipiano n'avait pas suffi pour ramener complètement la paix. Les fidèles et la presque totalité du clergé étaient attachés du fond des entrailles à la doctrine de l'Eglise sur les dogmes de la grâce, de la prédestination et du libre-arbitre ; mais quelques prêtres opiniâtres poussaient des cris de résistance et en appelaient de la décision du Saint-Siège à Toracle d'un futur concile général. Le pape Clément XI, qui avait condamné, par la constitution Uniffenitm (8 septembre 1713), les Réflexions morales de Quesnel, lança, le 18 août 1718, l'encyclique Paatoralia offidi qui déclarait que les appelants ne pouvaient être considérés comme enfants de l'Eglise catholique romaine. Notre archevêque fut le premier qui répondit au désir de Sa Sainteté, en publiant, sous la date du 17 octobre 1718, une lettre doctrinale (i)
(1) Syn. Belg. II, 7-11.
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signée de son nom et de celui de tous les chanoines de Saint- Rombauty à Fexception d'un seul, le pléban Van fioost, dont le nom doit revenir sous notre plume. La lettre de l'archevêque et du chapitre, adressée directement au clergé et aux fidèles du diocèse, fut également communiquée au corps épiscopal de Belgique, aux chefs des abbayes et des autres communautés religieuses, aux doyens ruraux et à leurs subordonnés, en un mot, à tout le clergé séculier et régulier. Tous, à part quelques mauvaises têtes de Tordre de saint Benoit (i) et bon nombre d'oratoriens, acceptèrent sans réserve aucune la constitution portée par lorgane infaillible de la foi catholique. « Dans notre pays, écrivit » de Bruxelles larchi-prêtre Amé- Ignace Coriache à 9 l'archevêque de Malines, on a toujours écouté avec " un respect inviolable la voix des Souverains-Pontifes » enseignant à l'Eglise universelle ce qui regarde la foi » ou les mœurs ; nous devons proclamer et nous pro* » clamons tous que la chaire sacrée du Pontife Romain 9 est la pierre sur laquelle TEglise a été fondée. »
L'archevêque de Malines et ses suffragants les évéques d'Anvers, de Gand, de Ruremonde et de Bruges, le docteur Govarts, vicaire • apostolique du diocèse de Bois-le-Duc (2), auxquels se joignit Ferdinand-Maximilien de Berlo, évêque de Namur, en-
(1) Nommons Pierre Paradanus, natif de Tarnhout, prélat de l'abbaye bénédictine de Vlierbeek-lez-Lonvain. En 1728, il fat privé de sa dignité et de tonte jaridiction.
(3) La ville épiscopale d'Ypres, réunie à la France par le traité de Nimègue (1682), avait en deux évéques français. Le traité d'Utrecht (1713) avait rendu la ville à TAutriche; toutefois, par suite des événements politiques, le siège resta vacant jusqu'en 1721.